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Vassilli avait peur. Il devait garder le prisonnier et comme il était seul, il n'était pas rassuré. On lui avait dit que ça ne durerait pas très longtemps quinze minutes grand maximum. Mais il n'était pas sûr de lui. Il savait que tous les autres étaient bien plus intelligents que lui. Quand la bombe explosa à l'entrée, il faillit se mettre à pleurer. Evidemment ils avaient attendu que ce soit son tour. Il ne remarqua pas tout de suite les éclats dans sa chair. Il avait entendu la voix de son chef ordonner le repli d'urgence. Ce qui signifiait... Qu'il allait rester seul, face à ceux qui venaient libérer le prisonnier. Il eût très peur et remarqua qu'il saignait. Il ne connaissait qu'une solution pour éviter la honte et la douleur. Il porta son arme vers la tête, pria et... se retrouva par terre alors qu'une rafale sifflait. Il reconnu les cheveux blonds e son sauveur avant de le voir. Kerensky. Déjà ils étaient dehors, et rejoignaient le reste de l'équipe. Giorgi le soutenait et Vassilli était si touché qu'il en avait les larmes aux yeux. Il ne l'avait pas laissé comme les autres, il l'avait sauvé.
Vassilli ouvrit les yeux. Aujourd'hui c'était différent. Giorgi les avait trahi. On lui avait confié sa garde, à titre d'épreuve et Vassilli voulait que son chef soit fier de lui. Il jeta un petit coup d'oeil dans la chambrette qui ne comportait qu'une armoire, une table et un lit en fer. Kerensky était couché sur ce lit. Il avait les mains croisées sur la poitrine, ligotées. Le chef avait insisté pour qu'on l'habille, la tradition voulait qu'un traître soit tué dans ses vêtements de travail. Habillé de noir, Giorgi avait déjà l'air d'un mort. Il était livide, ses cheveux formaient une auréole sur le drap blanc. Depuis qu'ils avaient quitté l'hôpital, il ne s'était pas réveillé et le médecin de l'équipe était pessimiste. Sans assistance médicale il estimait que Giorgi ne reprendrait pas connaissance et que son état irait en s'aggravant. Le chef en était malade. Il avait tellement rêvé cette confrontation, et voilà qu'elle lui échappait. Il avait laissé Vassilli s'occuper de Kerensky avec pour ordre de le prévenir s'il y avait ne seraitce qu'une once d'amélioration ou s'il reprenait connaissance. Vassilli était resté longtemps debout près du lit. De temps en temps, Giorgi gémissait. Le géant était allé cherché son arme et l'avait posée contre la temps de Kerensky afin d'abréger ses souffrances. Trois fois, et trois fois il n'en avait pas eu le courage. Alors il était sorti de la pièce et il jetait un coup d'oeil de temps en temps. Mais plus le temps passait, plus Giorgi semblait aller mal, de telle sorte que Vassilli se retrouva désemparé, hésitant entre appeler son chef ou tuer Giorgi. Il savait qu'en le tuant, il s'exploserait à des remontrances, mais il était mal à l'aise avec cet homme qui avait été son ami si proche de lui et pourtant si loin. Lorsque Kerensky avait trahi, il s'était retrouvé seul une fois encore, et le chef l'avait raillé en lui demandant pourquoi il n'avait pas accompagné Giorgi. Vassilli avait passé plus d'une semaine enfermé avant d'avoir l'occasion de prouver sa fidélité. Il ne voulait pas que tout ses efforts soient anéantis à cause d'un seul homme. Il ne le permettrait plus.
Largo et Joy avaient dû patienter le temps que l'infirmière informe le médecin. Il avait finalement donné son accord et leur avait permis de voir Simon. Lorsqu'ils entrèrent tous les deux dans la chambreils virent que Simon avait l'air grave et Largo en eût froid dans le dos.
" C'est Kerensky, einh? ", attaqua le Suisse.
Joy acquiesça. Elle s'était assise à côté du lit et Largo était resté debout.
" Simon, tu voulais me dire quelque chose tout à l'heure, tu te souviens de ce que c'était? "
" Evidemment que je m'en souviens. Mais d'abord dis moi ce qui se passe, vous tirez des tronches d'enterrement tous les deux. "
Joy ne pût se retenir plus longtemps: " Kerensky a été enlevé. "
Simon regarda Largo, sans doute en espérant qu'il nie cette déclaration. Mais devant l'ai accablé de son ami il se laissa tomber sur l'oreiller: " Et merde. J'aurais dû te parler Largo, c'est ma faute. Sur la piste, ils parlaient de Kerensky. Y en a qui parlaient russe et d'autres anglais, et crois-moi ils avaient l'air de lui en vouloir. Et puis j'en ai reconnu un, enfin je crois. Tu te souviens la première fois qu'on a vu Kerensky dans le bar avec le père Maurice, ben un de ses types, j'en suis presque sûr. "
- Tu veux dire que son ex patron aurait mis toute cette affaire sur pied, juste pour mettre la main sur Giorgi? Non, ça ne tient pas debout.
Joy ne pouvait envisager une telle hypothèse. Largo restait pensif. Il finit par soupirer: " Je vous avoue, j'ai un peu de mal à comprendre. "
Joy se leva brusquement: " Et si... Et si ce n'était qu'une coïncidence? Admettons que la Commission aie mis ce plan sur pied. Elle veut se débarasser de Largo, ça on le sait. On arrive sur ces entrefaits, on trouve les preuves et la Commission nous balance des tueurs à nos trousses. Manque de bol, ces tueurs reconnaissent Kerensky. Et du coup ils en font une affaire personnelle. "
Simon siffla: " Woaw, brillant! "
- Sauf que maintenant, ces types ont Kerensky et que si j'ai bien suivi il y a des chances pour que la Commission veuille liquider les russes. Ils ne feront pas de sentiments, surtout s'ils reconnaissent Kerensky. Dans les deux cas...
- Il est mort, termina Simon.
- Sauf si on leur met la main dessus avant, reprit Joy.
- Et comment comptes-tu t'y prendre?
- Puisque ces types veulent échapper à la Commission, ils vont se réfugier dans le seul endroit où ils sont pratiquement intouchables. En Russie.
Largo réagit au quart de tour et téléphona à l'enquêteur en charge de l'affaire en lui demandant de surveiller tous les départs pour la Russie. En raccrochant, il avait l'air sûr de lui.
" Joy, le premier vol est à six heures. On y sera. Ils ne quitteront pas le sol américain. "
" Hé!, s'écria Simon, vous n'allez pas me laisser ici! "
Largo et Joy lui sourirent: " Mais si. " Et tous deux quittèrent la pièce alors que Simon leur jetait tout ce qui lui tombait sous la main.
Sortis de l'hôpital Largo redevint sérieux: " Tu crois qu'ils prendront le risqe de partie dès le matin? "
- Oui. Sauf si ça ne marche pas comme ils veulent.
- J'espère que ce n'est pas trop tard...
Le brouillard dans sa tête commençait à s'estomper et Giorgi se sentait mieux. Il se sentait opressé et ouvrit prudemment les yeux. Il n'avait pas rêvé. Ils l'avaient retrouvé. Il était ligoté sur ce lit, prêt à être exécuté. Il referma les yeux et se concentra. Il ignorait où il était, combien d'hommes le gardaient et il était en situation de faiblesse, désarmé de surcroît. Il entendit du bruit et s'efforça de simuler le sommeil. Des pas lourds qui s'arrêtèrent au bord du lit. Il sentit une main chaude sur son front.
" Camarade Giorgi. Pourquoi tu as trahi? Tu m'as abandonné à eux, tu ne sais pas ce que j'ai enduré. Maintenant tu es là, presque mort, et moi je n'ai toujours pas de réponses à mes questions... " L'homme s'éloigna. Kerensky avait reconnu Vassilli. Ce gamin un peu niais qui avait failli y passer. Il était bon garçon, mais pot de colle et Giorgi détestait cela. Il était parti sans penser à lui. Sans regrets. Il ouvrit les yeux et tenta de regarder autour de lui. Il y avait peu de mobilier et il ne voyait pas la fenêtre. Il ne savait que faire, attirer l'attention de Vassilli et espérer qu'il lui vienne en aide? Fuir par ses propres moyens? Il n'arriverait pas à défaire ses liens seul. Il se sentait mieux mais craignait de surestimer ses forces. Il n'avait pourtant guère d'options. Il soupira profondément et battit des paupières. Aussitôt, Vassilli accourut. Giorgi gémit et le géant russe sortit son gsm, à la grande joie de Kerensky qui en profita pour rouler sur le lit et tomber au sol. Vassilli plaça le téléphone dans sa poche et se pencha sur Giorgi. Il le prit dans les bras en lui parlant comme à un enfant. Par son mouvement Giorgi s'était rendu compte qu'il ne souffrait que de légers vertiges, mais il en rajouta et feignit de s'évanouir. Vassilli le secoua sans rudesse: " Camarade, écoute moi, ne te laisse pas aller... "
" Pour...quoi? Si ce n'est pas... la...blessure, c'est ton...chef qui me...tuera... "
Il laissa tomber sa tête sur la poitrine. Vassilli hésitait. C'est tout ce qu'attendait Giorgi qui lui assena un coup avec les poignets dans la figure. Le géant s'effondra entraînant Kerensky dans sa chute et heurta la table. Il resta à terre, sans connaissance. Aussitôt, Giorgi prit le portable et composa le numéro du Bunker. Ce n'était guère évident de taper avec les mains attachées mais enfin, il y arriva. Par question de pouvoir amener le téléphone à son oreille, il le posa sur le lit et inclina la tête.
Largo dormait, la tête dans les mains, assis à la table dans le Bunker. Le téléphone sonna une fois, deux fois et Largo se jeta littéralement dessus: " Allo? "
Il faillit hurler de joie en entendant Kerensky: " Ecoute moi bien Largo, je n'ai pas le temps. Tâche de repérer mon appel, fais vite, j'ignore où je suis, c'est le seul moyen pour me trouver. Il suffit de rentrer le numéro de gsm qui s'est affiché dans le logiciel ou de brancher ton téléphone sur l'ordinateur et lui cherche les coordonnées du dernier appel reçu. Fais vite. Et Largo... "
- Oui?
- ...
- Giorgi?
La conversation fut interrompue. Largo se rua hors du bunker et faillit renverser Joy au passage, tout aussi énervée que lui. " Largo on a repéré un appel bizarre, on essaie de le localiser. "
- Je sais , c'est Kerensky qui a appelé. Il a demandé de l'aide, on a été coupés.
- Largo, c'est peut être un piège...
- Tant pis, je prends le risque. Quand saura t-on où il est?
- Dès que possible...
Largo et Joy étaient retournés dans le Bunker. Largo tournait en rond comme un lion en cage et Joy le regardait avec inquiétude.
" Largo, s'il te plaît, arrête de t'énerver, ça ne sert à rien "
- Bon sang Joy, je deviens dingue. Il a réussi à m'appeler Il est peut être en danger. Et je suis là, sans rien faire.
Joy posa une main compatissante sur son épaule. " Il est fort Largo, il va s'en sortir. "
- Joy...
- Oui Largo ?
- Je ne lui ai même pas dit que c'était un ami cher à mes yeux. Je ne lui ai même pas dit qu'il avait réussi sa mission..
- Il le sait Largo. Il le sait.
Giorgi raccrocha de suite, il se sentait mal. Il replaça le portable dans la poche de Vassilli et se laissa tomber à côté de lui. Tout dépendait de Largo à présent. Il ferma les yeux. Il voyait Largo, Simon et Joy. Simon et Joy avaient-ils survécus ? Peut être que s'il mourait il les rejoindrait. Il sentit comme on le prenait et on le relevait. Il rouvrit les yeux. Vassilli le regardait avec colère. Il se sentait étrangement loin de tout, il n'avait plus peur. Le géant russe avait l'air effrayé. Il le reposa sur le lit et lui détacha les mains. Il s'assit sur le bord du lit et lui passa un linge humide sur le front. Kerensky le vit prendre son portable et composer un numéro.
" Chef, c'est Vassilli. Je vous appelle au sujet de Kerensky, il est en train d'agoniser. "
Alors c'était ça ? Il était sur le point de mourir ? Kerensky était étonné, il croyait la mort plus effrayante. Ce n'était finalement que l'antichambre du sommeil. Vassilli avait raccroché et il regardait Giorgi avec effroi.
" Camarade. Tu en as vu des hommes mourir, ça ne doit plus t'effrayer. "
- La mort ne m'effraie pas Giorgi. Mais la mort de mon maître si. J'ai peur de te voir mourir. Parce que je saurais que quelque chose en moi mourra aussi.
Vassilli fut surpris de ce qu'il venait de dire. Giorgi, son maître ? Oui, il lui avait tout appris. Mais il l'avait abandonné.
" Le chef va bientôt arriver. Il veut être la dernière personne que tu verras avant de mourir. "
Giorgi sourit : " Non Vassilli. Tu seras la dernière personne que je verrai. Tu sais que je ne lui donnerai pas ce plaisir. "
Il ferma les yeux, épuisé d'avoir tant parlé. Vassilli le secoua violemment. " Non ! Non ! Tu dois attendre ! Ne meurs pas ! "
Vassilli vola à l'autre bout de la pièce lorsque Giorgi le dégagea de ses mains. Il se jeta à terre au moment où Vassilli dégainait son arme et plongea vers la porte. Deux coups de feu éclatèrent dans son dos. Il se releva, se plaqua contre le mur et fit un rapide tour d'horizon. Un couloir au bout duquel il y avait la porte d'entrée. Mauvaise idée. Il se ferait tiré comme un lapin. L'escalier de secours. Oui, ça c'était une idée. Il avait aperçu une télévision en marche sur sa droite. Il s'accroupit puis bondit, se réceptionna sur les mains mais s'effondra. Il avait oublié la balle dans l'épaule. Il jura, se leva et courut se tenant l'épaule. Vassilli avait pris son courage à deux mains et était sorti de la chambre, il le poursuivait en tirant comme un fou. Giorgi ne prit pas la peine d'ouvrir la porte vitrée qui donnait sur le petit balcon et la brisa en passant au travers. L'échelle était sur la gauche. Il enjamba le rebord du balcon et commença à descendre. Il vit au dessus de lui Vassilli qui penchait la tête. Un sourire mauvais aux lèvres, Vassilli dévissa les boulons qui retenaient l'échelle de secours et dans un grincement de tôle, l'échelle tomba dans le vide, Giorgi avec.
C'était sans compter l'agilité de Kerensky. Il se raccrocha de sa main valide à un des barreaux de l'échelle de l'étage du dessous. Il parvint à se replacer sur l'échelle, se remettant du même coup dans la ligne de tir de Vassilli, qui ne se gêna pas pour tirer. Kerensky maugréait en russe. C'était vraiment une sale journée. Il regarda en bas. Deux étages. Il ne pouvait pas se permettre de sauter. Il se tuerai pour sûr. Vassilli avait entre temps disparu, ce qui lui donna l'occasion de descendre. Son épaule le faisait souffrir, il avait du verre dans la bouche, et savait très bien qu'il ne résisterait plus longtemps. Il sauta à bas de l'échelle lorsqu'elle s'interrompit, et se reçut sur les talons. Il était dans une rue. Il se relevait lorsqu'il entendit un pistolet qu'on armait. " Désolé camarade. " Une détonation. Un corps tomba. Kerensky se retourna. Vassilli était à terre. Joy avait encore l'arme en main et regardait devant elle. Giorgi s'approcha du corps du géant russe, éloigna l'arme du pied, et se penchant, le prit dans les bras. Vassilli avait du sang qui coulait de ses lèvres, il était étonné.
" Giorgi. Qu'est ce que... "
- Mon pauvre Vassilli, tu viens de te faire tirer dessus. Comme d'habitude c'est moi qui ramasse les morceaux. Mais cette fois c'est trop tard. La situation est retournée.
Vassilli tenta de parler mais un flot de sang sortit de sa bouche et ses yeux devinrent fixes alors qu'il rendait son dernier soupir.
Giorgi le laissa retomber au sol. S'il avait de la peine pour le russe maladroit, il ne le montra pas et fit face à Joy et Largo qui l'avait rejointe.
" Il vaut mieux ne pas traîner dans le coin. La mafia ne va pas tarder à se rappliquer. "
- Trop tard, lui fit remarquer Joy.
Des deux côtés de la rue, des voitures arrivaient. Joy tendit un revolver à Giorgi. " Tiens, tu vas en avoir besoin. " Les trois se précipitèrent vers un porche resté ouvert au moment où les russes se mettaient à faire feu. La cour dans laquelle ils parvinrent était parfaite pour se faire tuer. Joy aperçut la première la porte défoncée de l'immeuble et n'hésita pas une seconde, elle s'y rua suivie de Largo et Kerensky. Ils montèrent quatre à quatre les escaliers et Joy se rendit vite compte que Kerensky ne tiendrait pas longtemps à ce rythme. Il était en arrière et haletait.
" Largo ! " cria t-elle, " prend Giorgi avec toi, allez sur les toits et trouvez un moyen de filer, moi je retiens les autres. "
Largo obtempéra. Il soutint Giorgi et atteignit le dernier palier. Il tenta d'ouvrir la porte. Fermée. Kerensky lui fit signe de s'écarter et fit sauter la serrure d'une balle. Ils arrivèrent sur le toit. Largo fit un tour d'horizon. Ils n'avaient pas beaucoup de choix, ils pouvaient passer d'un toit à l'autre pour essayer de mettre de la distance entre eux et leurs poursuivants, mais la question était de savoir si Kerensky en était capable.
Joy arriva sur ces entre faits, ou plutôt elle déboula comme une furie sur le toit. Elle tenta de bloquer la porte avec une barre qu'elle avait trouvé au sol histoire de ralentir ses poursuivants. Elle avisa Largo et Giorgi qui jaugeaient la distance entre les toits.
" Largo, il ne faut pas traîner, c'est dangereux. "
- Je disais à Kerensky que la voiture était garée par là dit-il en désignant l'immeuble voisin.
- Super. Il ne reste qu'à sauter de toits en toits, génial comme plan. On pourrait aussi sauter dans le vide, ce serait moins douloureux.
Kerensky fit claquer sa langue, agacé. Il sentait que les reproches allaient suivre. Et il entendait les coups que les mafiosi assenaient à la porte. Il prit son élan, couru et sous les yeux horrifiés de Largo et Joy sauta d'un toit à l'autre. Il se réceptionna parfaitement sur le toit voisin, ignorant la douleur tenace dans son épaule. Largo et Joy n'hésitèrent pas un instant et le suivirent. Giorgi courait déjà de l'autre côté du toit. Largo et Joy le rattrapèrent mais ne firent aucun commentaire, ils se contèrent de jauger les distances entre les toits. De toit en toit ils se rapprochaient du but. Jusqu'à ce que Kerensky leur fit signe qu'il ne pourrait plus aller très loin.
" Camarades, là je ne vous suis plus. J'en ai assez fait pour aujourd'hui. "
Il avait les traits tirés et avait vraiment l'air mal en point. Largo le soutint pendant que Joy leur faisait signe de la suivre. Elle avait décidé de descendre et de faire le reste du chemin par la voie terrestre. En arrivant en bas, elle découvrit que les russes étaient en faction devant les immeubles pendant qu'une équipe les poursuivait sur le toit. Cachés dans la cage d'escalier ils réfléchirent sur la marche à suivre.
" La voiture est garée sur la gauche en sortant, pas très loin. Largo va partir en éclaireur et la faire démarrer. Ils ne l'ont pas vu assez longtemps, le temps qu'ils le reconnaissent il sera déjà loin. "
- OK Joy, toi tu restes ici avec Giorgi.
Il se leva, descendit en sifflotant les marches, sortit et s'attira un regard du mafioso qui gardait l'entrée. Largo lui fit un petit signe poli auquel le russe répondit.
" Mon Dieu ce qu'ils sont stupides ", murmura Giorgi, " Ils me font honte. "
Joy sourit. Quelques instants plus tard ils entendirent un moteur ronfler et se préparèrent à sortir en force. Largo arrivait avec la voiture. Il pila net devant l'entrée de l'immeuble au moment où Joy et Kerensky faisaient irruption de l'immeuble et tiraient sur les russes qui étaient accourus. Aussitôt Joy et Giorgi dans la voiture, Largo démarra en trombe, sous le feu nourri des russes. Kerensky, à l'avant soupira de soulagement : " Mes amis, vous m'avez sauvé la vie. " Et il s'évanouit.
Largo avait décidé de retourner directement au siège du groupe W. Il estimait que Kerensky y serait en sécurité, et pendant le trajet il avait ordonné que Simon y soit transféré également. Giorgi avait repris conscience mais ne disait rien, les yeux perdus dans le vague et Largo et Joy eurent toutes les peines du monde à le traîner jusqu'à la chambre qui lui avait été attribuée. Le médecin déjà présente sur les lieux diagnostiqua une sévère commotion et un choc nerveux qui l'inquiétait. La blessure à l'épaule s'était rouverte et il préconisa le repos. Simon les rejoignit. Il avait meilleure mine et jurait que c'était le bon air de l'immeuble qui lui faisait cet effet. L'intel Unit de Largo Winch était réunie à présent, et vivait sur le même étage que Largo.
" On est inséparables les potes, " sourit Simon.
Soixante seize heures plus tard, Kerensky avait réintégré le Bunker. Il avait appris que l'équipe qui l'avait enlevé avait affrété un avion privé pour rentrer en Russie qui s'était écrasé en mer. Personne ne fit de remarque, ils savaient tous que la Commission n'admettait pas les échecs. Il n'avait rien dit de son enlèvement, il n'avait pas beaucoup parlé et Largo s'était inquiété. Il avait fini par réussir à voir Kerensky seul dans le bunker et lui avait fait part de ses soucis.
" Merci Largo, c'est une preuve d'amitié que tu me donnes, et crois-moi des amis il ne m'en reste pas beaucoup. "
Largo ne répondit pas, attendant que Kerensky poursuive.
" Le gars qu'a tué Joy, pour me défendre, c'était mon ami. Il s'appelait Vassilli. Je lui ai sauvé la vie un jour, et nous avons travaillé ensembles. J'avais de l'affection pour lui. Je croyais. Enfin j'espérais que notre amitié était sincère. Mais comme tu l'as vu, il n'aurait pas hésité à me tirer dans le dos pour prouver sa fidélité à des types qui l'auraient tué si ça avait servi leurs intérêts. C'est dur à avaler. Mais c'est du passé. Mon passé s'effiloche. Il ne me restera bientôt plus que le présent et toi, Joy et Simon, et crois moi j'espère que notre amitié sera plus solide que celle qui me liait à Vassilli. "
Il se replongea dan ses recherches et Largo lui donna une tape sur l'épaule et quitta le bunker, ébranlé par la déclaration du russe. Il le savait peu disert mais venait d'avoir une preuve flagrante de sa sensibilité et autant qu'il aurait pu être démonstratif avec Simon, il ignorait que dire à Kerensky, ni que faire. Il retourna simplement en réunion, ferma la porte derrière lui alors qu'en bas, au niveau secret du building, Kerensky effaçait tous les dossiers et les preuves qui le liaient à la mafia russe et à un certain Vassilli...
FIN
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