R ETROUVAILLES
 




Note de l'auteur: Librement inspiré de La Chute de la maison Usher d'Edgar Allan Poe et d'Octobre Solitaire de Stephen Marlowe.
A lire avec la piste n°11…


...
Fyorentina pleurait à chaudes larmes. Il avait retrouvé la mémoire et lui avait demandé des explications. Elle avait échappé à la confrontation en se retranchant dans la suite qu'elle s'était aménagée. Elle aurait un peu de répit avant que Georgi ne la retrouve. Ce qui lui laissait le temps de trouver une nouvelle parade. Elle avait troqué ses habits 19ème contre des vêtements plus à la mode et plus confortables au cas où. Elle avait envie de casser quelque chose, n'importe quoi pour se libérer de toute la colère et la frustration qui la tenaillaient. La sonnerie du téléphone la fit sursauter. Promptement, elle décrocha : c'était Irma, des Monuments historiques. Irma était la gentillesse même, et elle s'était entichée de la jeune femme pour une raison qui échappait à Fyorentina. Elle lui annonça que trois personnes dont un certain Largo Winch étaient à sa recherche. Après avoir demandé à Irma de les retenir autant qu'elle le pourrait, elle raccrocha et réfléchit très vite. Retrouver Georgi et lui expliquer avant qu'ils n'arrivent.
Elle le retrouva dans le hall. Prêt à partir. Son visage était totalement inexpressif et elle parla la première.
" Tu voulais des explications ? Je vais t'en donner. Mais je crois que tu m'as mal jugée. "
Elle lui fit signe de la suivre et elle l'entraîna jusqu'à sa suite. Elle le fit entrer dans une petite chambre dissimulée derrière une bibliothèque et elle le vit sourire. Il avait l'habitude des idées farfelues de Fyorentina et connaissait son goût pour les cachettes et autres couloirs secrets. La pièce dans laquelle il pénétra était aménagée comme un boudoir. Des tentures étaient accrochées aux murs, des poufs tenaient lieu de siège. C'était confortable et intime. Il prit place sur l'un des poufs, alors qu'elle s'asseyait en face de lui. Elle sourit doucement, visiblement mal à l'aise. Il s'abstint de dire quoi que ce soit, la laissant se lancer.
" Je sais pas trop par où commencer… "
" Par le début ? " proposa t-il.
La jeune femme prit une profonde inspiration.
" Il y a quelque temps, le groupe W a été l'objet d'un attentat… J'étais en Belgique quand j'ai entendu la nouvelle. Il y a eu peu de victimes, mais tout le rez-de-chaussée était parti en fumée, et d'après les autorités, également les sous-sols. Tu étais là-dedans… J'ai pris le premier avion. Quand je suis arrivée, ils avaient l'intention d'arrêter les fouilles… J'ai attendu la nuit et je suis allée sur les lieux de l'attentat. Je ne sais pas pourquoi… Largo, Joy et Simon me sont tombés dessus et j'ai paniqué… je me suis enfuie, ils m'ont rattrapée et nous sommes revenus au groupe W. Et nous t'avons retrouvé. Tu étais grièvement blessé, amnésique… Je t'ai fait sortir de l'hôpital avec l'aide de mon médecin, et nous t'avons installé ici. Tu délirais, tu te croyais au 19ème siècle… On a joué le jeu, c'était la meilleure solution. Enfin c'est ce que disait le médecin. Nous avons vécu dans un isolement total. Je nous ai fait passer pour des frère et sœur. Et tu as retrouvé la mémoire. Voilà. Je ne sais pas ce que je pourrais ajouter. "
Georgi réfléchissait et tentait de se rappeler des derniers évènements, sans succès.
" Et les autres ? Largo, Joy et Simon ? "
" Je ne leur ai pas donné de nouvelles. Que voulais-tu que je leur dise ? Que pour ton bien, je t'avais kidnappé… Ils ne m'aiment pas beaucoup… "
" Arrête, ils ne te connaissent pas c'est tout. Et puis, tu n'as rien fait pour qu'ils t'apprécient. "
Elle ne répondit rien.
" Qu'est ce que tu veux faire ? "
Kerensky hésitait.
" Je crois qu'on devrait entrer en contact avec Largo. "
" Ouais. "
Sans grande conviction, Fyora se leva, marquant du même coup la fin de leur conversation.
" Tu n'as pas l'air très emballée par le projet. "
" Je ne sais pas si tu es déjà assez en forme pour reprendre ta vie d'avant. "
" Fyo… Je suis assez grand pour décider. J'ai eu de la chance que tu t'occupes de moi, mais tu sais… "
Elle était déjà sortie. Elle écoutait. Non, aucun bruit. Ils n'étaient peut-être pas venus. N'avaient peut-être pas trouvé la maison… Ou s'étaient perdus dans le caveau. Cette pensée la fit sourire. S'ils restaient dans le caveau, rien ne l'empêcherait de mener la vie qu'elle souhaitait mener avec Georgi. Elle partagerait sa peine, et s'occuperait de lui. Il se rendrait compte qu'elle lui était indispensable. Les yeux brillant, elle se retourna vers lui :
" Oui, tu as raison, on va se mettre en contact avec Largo. Mais par contre il faut aller jusqu'à la Poste pour téléphoner. "
" Mais comment tu faisais pour prévenir le médecin ? "
" Il habite à deux pas d'ici. Soit je courais le chercher, soit j'envoyais quelqu'un. "
Elle avait réponse à tout. Georgi ne pouvait qu'admirer son sens de l'organisation. Et dire qu'il avait contribué à sa formation. Un frisson lui parcourut l'échine. Il se souvenait de sa froideur lorsqu'elle avait tué Jagger. Il avait lu dans ses yeux une détermination qui l'avait inquiété. Et il se félicita d'être de son côté et pas contre elle. Combien de morts avait-elle sur la conscience ? Il éluda la question, et s'étonna même de se l'être posée. Peut être regrettait-il d'être en partie responsable de ce qu'était devenu la jeune femme. Si elle ne s'était pas trouvée au mauvais endroit au mauvais moment, elle vivrait sans doute encore dans sa belle maison… Il soupira et elle le regarda, inquiète.
Se doutait-il de quelque chose ? Avait-il entendu un bruit ? S'il apprenait qu'elle avait tout le matériel de communication le plus moderne, il piquerait sa crise, c'était sûr. D'ailleurs, elle s'étonnait qu'il la croie aussi facilement. Un voile de tristesse passa devant ses yeux. Elle avait tellement l'habitude d'être trahie, qu'elle ne savait plus faire confiance aux siens. Elle aurait aimé tout dire à Georgi. Ses doutes, ce qu'elle avait découvert sur eux, ses craintes…
Elle l'entraîna dans un dédale de couloirs, descendit au rez-de-chaussée où elle découvrit la porte du sous-sol entr'ouverte. D'un geste brusque, elle la claqua.
" Ces vieilles porte ferment mal " donna t-elle pour explication à Georgi.
Ils quittèrent la maison, lui, pressé de donner de ses nouvelles à ses amis, elle, satisfaite de la tournure que prenaient les évènements.
La porte claqua et renvoya un écho amplifié à travers le caveau. Le son parvint aux oreilles de Simon, accroupi contre le mur. Son visage reflétait toute l'angoisse qu'il ressentait à ce moment précis. Personne ne savait où ils se trouvaient. Il avait compris que Largo et Joy étaient prisonniers eux-aussi, lorsqu'ils n'étaient pas venus le délivrer. Il avait tenté d'utiliser, en vain, son portable, mais il avait découvert que sa batterie était vide et qu'il n'avait aucun réseau. De temps à autres, il se levait, et tournait comme un lion en cage. Mourir, oui, mais pas de cette façon. Il lui semblait que même une balle de revolver était plus douce.
" Fyorentina !!! Je te hais !!! "
Hurler lui fit du bien. Il se sentit soulagé. Et il entendit une autre voix répondre à la sienne. Largo. Largo hurlait quelque chose à son adresse. Bouleversé, Simon colla son visage entre les grilles, afin d'entendre le maximum.
" …sonniers… eau… Joy… "
Il se laissa glisser à terre. Non seulement, il n'avait entendu que des bribes, mais en plus, de ce qu'il en avait compris, Largo et Joy étaient également enfermés quelque part. sans moyen de s'en sortir. Il soupira profondément et faillit se mettre à pleurer. Cette fois, son bel optimisme avait fondu comme neige au soleil. Il ne donnait pas cher de sa peau. Et fit une prière.
Fyorentina et Georgi avaient été à la Poste, mais la jeune femme avait préféré laisser Georgi passer ses coups de téléphone seul. Elle ne savait pas vraiment quoi faire à présent. Appuyée contre le mur, elle laissait dériver ses pensées. La nostalgie la reprenait, elle repensait au passé, à ces jours qui s'étaient écoulés, heureux.
Elle n'entendit pas Georgi revenir et sursauta lorsqu'elle le vit face à elle. Il avait l'air grave.
" Alors ? Tu as pu les rassurer ? "
Les rassurer. Pourquoi avait-elle employé ce mot ? Etait-ce à dessein, ou involontaire ? Elle avait l'air assez perturbé. Georgi se sentait en terrain glissant avec elle. Il sentait que leur confiance mutuelle avait souffert ces derniers temps et qu'ils en payaient maintenant les conséquences.
" Non. Ils sont partis à ma recherche. Fyora, tu ne me caches rien, n'est ce pas ? "
Elle le regarda, outrée.
" Ecoutes, je voudrais les retrouver. "
" Appelle les sur leur portable. " dit-elle d'un ton peu amène.
" Ils ne répondent pas. "
Elle parut très étonnée : " Pas un des trois ? "
Il hocha la tête : " C'est ça qui m'inquiète. "
Elle jubilait. Merveilleuse maison. Son plan fonctionnait à merveille. Pour un peu, elle aurait dansé sur place.
" Il me faut du matériel, Fyo. "
" J'en ai dans mon kot à Bruxelles. "
Et menteuse professionnelle avec ça. Elle avait de quoi le faire pâlir d'envie à la maison, mais il était capable d'arriver à temps. Et avec ce qu'elle savait du sous-sol, elle espérait bien qu'il arrive trop tard.
" Pour la voiture, on peut demander à mes voisins. "
Ils perdirent une heure chez lesdits voisins chez qui ils ne purent échapper au rituel kopje koffie met kookjes en een wolkje melk !
Ils mirent une autre heure à faire le trajet jusqu'à l'université. Georgi retrouva avec plaisir des outils qu'il manipulait très bien. Fyorentina ne disait mot. Elle avait appris par expérience qu'il ne supportait pas être dérangé pendant qu'il configurait son instrument de travail. L'ordinateur de la jeune femme était performant, et il ne perdit guère de temps à le préparer pour l'usage qu'il comptait en faire. Son plan était simple, il avait l'intention d'entrer dans le Groupe W et son réseau informatique, se connecter sur le Bunker et de là, superviser toute une série de recherches. En priorité celle des portables de Largo, Joy et Simon grâce aux mini-émetteurs qu'il y avait dissimulé.
Le temps passait et Georgi ne disait rien. Fyorentina s'était mise à côté de lui et regardait l'avancée des recherches. Il avait eu du mal à se connecter au Bunker, et elle l'entendait pester de temps en temps. Enfin, elle vit que la recherche était lancée et brisa enfin le silence en lui demandant s'il voulait du thé. Sans attendre la réponse, elle se leva et prépara deux tasses. Il daigna quitter l'écran des yeux et la remercia d'un sourire.
" Qu'est ce que ça donne ? "
" Avec du T1 ce serait plus rapide. "
" Tu peux t'estimer heureux que j'aie internet ! "
Son sourire s'élargit : " Je te connais Fyo, tu ne serais jamais venue ici si tu avais su qu'il n'y avait pas internet. "
La phrase résonna dans son esprit au moment où il la disait. Et la maison ? Fyorentina aurait-elle sacrifié son amour de la technologie pour lui ? Il fut saisi d'un doute mais en la voyant rire de bon cœur à sa boutade, sa méfiance s'envola. Ils venaient de se retrouver, comme autrefois.
" Georgi, regarde ! "
Elle désignait l'ordinateur. La recherche des émetteurs était terminée et la localisation leur permit d'avoir une adresse précise.
" Mais…mais… " bégaya Fyora.
" Quoi ? "
Visiblement, l'adresse semblait la déstabiliser.
" Mais c'est chez moi ! A Gand ! Ils sont à la maison ! "s'écria t-elle enfin.
Bouche bée, Georgi n'en revenait pas.
" Mais, comment se fait-il que nous ne les ayons pas vu ? "
" Et surtout, comment sont ils rentrés ? "
" Attends, ça ne colle pas. Ils sont immobiles, mais séparés. Joy et Largo sont ensembles et Simon est seul. "
" Tu peux voir dans quelle partie de la maison ils sont ? "
Georgi pianota quelques instants.
" Dans les sous-sols. "
Fyorentina faillit lâcher sa tasse.
" Les sous-sols ? Mais bon sang, qu'est ce qu'ils font là ? "
Georgi lui aussi se posait la question…
Fyorentina vit dans les yeux de Georgi qu'elle avait été convaincante. Après tout, il leur fallait faire encore le trajet, les retrouver et surtout les délivrer.
Largo et Joy claquaient des dents. L'eau montait très vite, en partie parce que le débit de l'eau devenait de plus en plus rapide et plus dense. Ils avaient de l'eau pratiquement jusqu'aux épaules et sombraient dans le désespoir. Ils avaient tenté de trouver un moyen de débloquer le mécanisme de leur prison, en vain. L'eau qui montait les avait rapidement empêché de poursuivre. Ils se parlaient à peine et Largo lisait l'échec dans les yeux de Joy.
" Tu n'es pas responsable… "
" J'ai échoué Largo. Je suis nulle ! "
Elle tapa sur l'eau avec le plat de la main, ce qui eut pour effet de les éclabousser. Elle devenait hystérique. Largo lui prit les mains.
" Calme toi. On va trouver une solution. "
" On va y passer. "
" Joy… "
" Largo, avant que… qu'on… il faut que je te dise quelque chose que je n'ai jamais osé t'avouer. Principalement parce que je n'osais pas l'admettre moi même… C'est Simon et Kerensky qui m'en ont fait prendre conscience. "
Georgi avait les mains crispées sur le volant et Fyorentina ne se sentait pas rassurée.
" Ne le prends pas mal Georgi, mais si tu nous tues sur la route, on ne verra pas tes amis de sitôt. "
Il ralentit à peine et Fyora soupira. Il était ailleurs. Mais où ? Elle le regarda en coin. Il ne semblait rien avoir remarqué. Il venait de battre le record de vitesse entre Bruxelles et Gand. Et évidemment pas de police routière pour les verbaliser et leur faire perdre du temps. Vraiment, tout jouait en sa défaveur.
A Gand, Fyora le guida jusqu'à la maison, et à peine garé, il bondit hors du véhicule, et courut presque jusqu'à la maison talonné par la jeune femme qui n'avait pas vraiment envie de rester derrière. Elle lui montra la porte qui conduisait au sous-sol.
" Laisse moi deux minutes, le temps de trouver des lampes. "
Effectivement, elle revint très rapidement, les lampes torches en main.
" Il paraît que c'est un vrai dédale là dedans. "
Georgi passa le premier, suivi de la jeune femme.
" Mais comment se sont-ils retrouvés là ? Largo ! Joy ! Simon ! Où êtes-vous?”
D'abord, il n'entendit rien, à part le silence des morts qui reposaient dans le caveau, enfin, il entendit un cri étouffé. Il suivit les couloirs et se retrouva devant une grille. Derrière celle-ci, Simon, qui, les larmes aux yeux, saisit les mains de Georgi :
" Kerensky, mon pote ! Je savais que tu viendrais… "
Georgi cherchait déjà des yeux un système pour débloquer la grille. Son œil exercé finit par apercevoir un bouton dissimulé dans une infractuosité du mur. La grille se releva et Simon quitta sa prison. Il saisit le bras de Georgi.
" Largo et Joy sont enfermés et je crois que pour eux ça craint vraiment. "
Le Russe suivit Simon et se rendit compte que Fyorentina n'était visible nulle part.
" Attends, où est Fyora ? "
" Quoi ? Elle est avec toi ? Je crois qu'elle a pété un plomb, et que c'est elle qui nous a enfermés ! "
L'ex-voleur ne laissa pas le temps à Georgi d'être surpris et l'entraîna dans un couloir.
" C'est le couloir qu'à emprunté Joy. "
Au bout du couloir, un mur. Simon se retourna vers l'ex-agent du KGB.
" Là, j'y comprends rien. "
" regarde le mur. "
" Quoi ? "
" On dirait qu'il y a de l'eau derrière. Ca suinte. "
Simon ne put que constater, horrifié.
" Je les ai entendus, ils ont dit prisonniers et eau… Où il est le bouton ? "
Comme un fou, Simon tâtait le mur, alors que Georgi regardait. Tout à coup, il se baissa et ramassa quelque chose. Le mur devant eux se releva alors que des trombes d'eau s'abattaient sur eux. Au final, Georgi et Simon furent totalement trempés, alors que Joy et Largo, à quatre pattes, toussaient et crachaient.
" Mais qu'est ce que vous foutiez là ? " s'exclama Georgi.
" C'est toi qu'on cherchait ! " croassa Largo.
" Allez, on se casse ! " annonça Simon en soutenant Joy. " Tu sais que t'es mignonne toute mouillée ? J'espère que vous n'avez pas fait trop de bêtises tous les deux ! "
Pour toute réponse, il ne reçut qu'un regard noir. Georgi et Largo souriaient. Ils arrivèrent dans la pièce aux niches et Georgi se rappela soudain qu'il n'était pas venu seul.
" Au fait, où est Fyorentina ? "
" C'est elle que tu cherches ? "
Les quatre amis virent deux femmes arriver dans la pièce. La première, habillée façon XIXème siècle avançait, un revolver sur la tempe, tenu par la seconde qui lui ressemblait comme une sœur, mais qui portait des vêtements modernes.
" Mais qu'est ce que… "
" Ta gueule le Russkof. Tu vois ma chérie, il ne s'est même pas rendu compte de la substitution. "
" Qui êtes-vous ? " demanda Largo.
" Mon nom ne vous dira rien. J'ai été recrutée par la Commission pour vous éliminer tous. "
" Hé ! expliquez nous ! " s'écria Simon.
La femme ricana.
" C'est simple, nous avons découvert que Fyorentina Van Winckel se nommait en réalité Snejana Kerensky, et qu'elle était la sœur de Georgi. J'ai donc été formée pour la remplacer. Seulement j'ignorais que cette folle n'avait rien dit à son frère. Ca fait un bout de temps que j'attends ce moment. Et vous ne vous êtes rendus compte de rien ! "
La lueur de démence qui brillait dans ses yeux les confortèrent dans leur opinion : elle était givrée. Elle ne sembla pas remarquer que Joy s'était rapprochée de Largo et que Georgi regardait la véritable Fyorentina avec insistance, et poursuivit son récit.
" Quand Fyorentina a kidnappé son frère, j'ai compris que c'était le moment et j'ai pris sa place lorsque vous êtes tombés tous les deux devant l'étang. Ca a été si facile ! "
Elle éclata de rire et Fyorentina en profita pour se dégager violemment. Elle se jeta dans les bras de Georgi qui s'était précipité vers elle. Le frère et la sœur roulèrent à terre alors que des coups de feu retentissaient. Largo, Joy et Simon avaient couru vers le couloir de sortie. Ils entendirent le craquement sinistre dans leur dos et le hurlement qui les fit se retourner, mais trop tard. Le plafond, fragilisé par l'atmosphère du caveau s'était fragilisé au fil des ans et venait de s'effondrer sur la femme dont seule la main crispée sur le revolver émergeait des décombres.
" Tout va s'effondrer ! "
Tous coururent et quittèrent la maison. Ils se retrouvèrent devant l'étang, dans le parc. Snejana était dans les bras de Georgi et pleurait. Le Russe avait l'air perdu et la serrait dans ses bras.
" On ferait mieux de rentrer… " dit doucement Simon.
Puis, avec un cri plaintif et profond, elle tomba lourdement en avant sur son frère.
Il se fit un bruit prolongé, un fracas tumultueux comme la voix de mille cataractes, - et l'étang profond et croupi placé à mes pieds se referma tristement et silencieusement sur les ruines de la Maison Usher.


FIN