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CHECS ET ... PAT (part 1) |
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Note de l'auteur: J'attends bien entendu les commentaires!
Au passage, merci à KG pour ses suggestions éclairées, et à Grae et Soph pour avoir testé ma fic...
Bonne lecture!
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Georgi Kerensky entamait sa 5ème heure de lutte non-stop contre le programme du ministère de la défense suisse. Il n'avait rien d'autre à faire en ce moment que de " mettre à jour " ses chers ordinateurs. Les quatre premières barrières avaient cédé, mais la dernière lui résistait encore, ce qui n'était pas pour lui déplaire d'ailleurs.
A vrai dire, rien ne pouvait lui faire plus plaisir qu'un problème apparemment insoluble… Son cerveau fonctionnait avec encore plus d'acuité, et tant qu'il n'avait pas trouvé la faille, il oubliait le monde extérieur pour ne se concentrer que sur ce point précis.
Il but une gorgée de café, rejeta ses cheveux en arrière, et recommença à pianoter de plus belle sur son clavier. Le créateur de ce logiciel avait été malin, il fallait au moins lui reconnaître ça, mais il savait qu'il en viendrait à bout. Avant la fin de la journée, il montrerait qui était le meilleur et il le maîtriserait comme s'il en avait été le programmateur.
Il fut tiré de sa concentration par des voix et des rires qui se rapprochaient du Bunker. Le bruit de la porte se déverrouillant sonnait la fin de sa tranquillité.
Il laissa échapper un léger soupir, et regarda par dessus ses lunettes les trois personnes qui étaient entrées. Sourires satisfaits. Mines conspiratrices. Ils restaient plantés en haut des marches, sans bouger. Ça n'augurait rien de bon.
- Je suppose que ce n'est pas pour me saluer et me souhaiter une bonne journée que vous êtes venus en force ? Que se passe-t-il ?
- Kerensky, il se trouve que je viens de recevoir des invitations pour une manifestation qui doit se tenir dans quelques jours à New Delhi, commença Largo, affichant toujours le même sourire.
- Et ?…
- Et j'ai pensé que tu voudrais peut-être nous accompagner, histoire de changer un peu d'air, continua Simon. Etre toujours coincé dans cette pièce, c'est pas sain. Tu sens le renfermé, camarade !
- Au risque de vous déplaire, la réponse est NON. Je ne vous suis pas dans les coups tordus, c'est dans mon contrat.
- Bon, bon ! Je n'insiste pas ! se défendit Simon, bras levés. Se tournant vers Largo, il ajouta : Il ne te reste plus qu'à trouver quelqu'un d'autre. Mais où trouver une personne qui accepte de nous accompagner à la demi-finale des championnats du Monde d'Echecs ? En plus, ce dîner avec Viswanathan Anand* et Kasparov risque d'être d'un ennuyeux…
Au mot " échecs ", le russe avait relevé la tête, soudain très intéressé. La suite de la phrase l'avait fait bondir de sa chaise… Oublié le programme suisse, son esprit était focalisé sur cette nouvelle.
Il était à présent debout devant ses compagnons, avec la tête d'un gamin qui a trouvé la clé du placard à chocolat. Largo lui confia le courrier qu'il avait reçu, sans préciser bien sûr qu'il avait un peu poussé les organisateurs à lui envoyer ces quatre invitations.
Simon était très fier de l'effet produit, d'autant qu'il avait répété au moins une vingtaine de fois le nom du champion indien avant de pouvoir le prononcer sans bafouiller. Il se rapprocha de Joy pour commenter la réaction de Georgi.
- Tiens tiens ! Joy, dis-moi, j'ai l'impression qu'il vient de sourire, là !
- Non, un spasme musculaire tout au plus.
- Si, je t'assure c'était bien un sourire. J'aurais juré qu'il était content.
- Tu crois ? Nan…
- D'accord, c'est imperceptible… Mais regarde mieux !
Kerensky ne les écoutait même plus… Il se contentait de lire encore et encore la lettre que Largo lui avait tendue. Il adorait les échecs, il vouait un véritable culte aux meilleurs joueurs, et il allait pouvoir les voir, leur parler. Ce boulot avait du bon, décidément.
Largo prit Simon et Joy chacun par un bras avant que les hostilités ne soient ouvertes, et les escorta vers la sortie, laissant Georgi muet, immobile, bouche bée. Heureux.
~ ~oOo~ ~
Deux jours plus tard, l'ensemble de l'équipe avait pris place dans le Jet. Ils étaient supposés décoller en direction de New Delhi dès 8h30, mais il était déjà 9h07 et rien ne bougeait sur le tarmac.
Kerensky était arrivé très en avance, et piaffait d'impatience en attendant Simon, qui avait eu comme d'habitude une panne d'oreiller. Il regardait toute les 5 secondes par le hublot, en maudissant la dépravation et l'habitude des américains à ne jamais arriver à l'heure, oubliant au passage que Simon n'était en aucun cas américain.
Joy et Largo échangeaient un regard amusé à chaque soupir du russe. C'était la première fois qu'ils le voyaient abandonner son flegme légendaire. Au bout d'un moment, Kerensky s'aperçut de leur manège, et il prit un air outragé. Il tenta de se reprendre et de rester stoïque, mais la manière dont il triturait les boutons de sa veste ou tout autre objet qui passait à sa portée ne laissait aucun doute quant à son état d'esprit.
Lorsque Simon arriva au bras d'une brune sculpturale, il était au bord de l'explosion. Voyant cela, Largo fit un signe discret à son ami pour lui signifier que s'il ne se pressait pas un peu, il risquait au mieux un regard meurtrier de la part du Russe, et au pire voir s'installer une guerre froide entre eux pendant toute la durée du trajet.
Simon saisit la jeune femme par la taille d'un geste théâtral, la renversa en arrière et l'embrassa passionnément. Puis il la lâcha et prononça un " Ne vous en faites pas, Lady Scarlett, je reviendrai sain et sauf, je vous le promets " avec un accent du Sud absolument irréprochable. Laissant sa compagne d'un jour sur le tarmac, qui restait plantée là, abasourdie par son comportement, Simon monta les marches de la passerelle en deux enjambées.
- Simon Ovronnaz au rapport, chef ! Paré à larguer les amarres !!
- Pas trop tôt ! grommela Kerensky
Largo réussit à dissimuler son hilarité, et donna le signal du départ à Jerry, pilote en chef de l'appareil.
- A nous les petites indiennes ! lâcha Simon
Kerensky ne fit aucun commentaire… Mais à voir son expression, il émettait de réels doutes quant à savoir si Simon avait réellement atteint l'âge de la puberté pour se comporter de cette manière…
Désireux de détendre l'atmosphère, Largo détourna l'attention du Russe, en lui demandant ses pronostics concernant le championnat.
~ ~oOo~ ~
Deux heures plus tard, la conversation n'avait pas dévié, et Largo regrettait franchement d'avoir posé la question… " Un bienfait reste rarement impuni… Tu n'avais pas tort, mon vieux Benjamin Franklin " pensait-il…
La " conférence " de Georgi fut interrompue par un brusque changement de cap de l'avion, qui bougeait comme s'il était pris dans une grosse turbulence. Ils sentirent leur cœur se soulever, puis l'avion repris son vol normal. Tous restèrent quelques instants muets tandis qu'ils essayaient de reprendre leur souffle.
La voix de Jerry se fit entendre.
- Excusez-nous, Monsieur Winch, nous avons eu une baisse de poussée du moteur droit. Rien de grave, mais pour plus de sécurité je crois que nous ferions mieux de nous poser quelques instants. L'aéroport de Budapest est sur notre route.
- Pas de problème, Jerry. Vous êtes aux commandes, alors profitez-en !
L'avion commença sa descente. Trop absorbés par leurs discussions, ni Joy, ni Simon, ni Largo ne remarquèrent la fixité du regard de Kerensky, ni ses phalanges qui viraient au blanc comme il serrait ses accoudoirs. Il resta muet jusqu'à l'atterrissage. Un mutisme malheureusement habituel chez lui.
S'il avait parlé à ce moment, peut-être aurait-il pu éviter pas mal d'ennuis.
~ ~oOo~ ~
La vérification des moteurs ne prit que quelques minutes, pendant lesquelles l'équipe resta à l'intérieur de l'avion. Les mécaniciens hongrois conseillèrent une réparation immédiate, obligatoire pour des raisons de sécurité, et qui ne prendrait que quelques heures. Largo et Jerry discutèrent avec eux, avec mille difficultés de langage, afin de réduire au maximum le temps des travaux. Après quelques minutes, Largo annonça le verdict à ses amis : entre cinq et sept heures d'immobilisation. Ils seraient à l'heure pour assister aux matchs.
Tous se mirent d'accord pour en profiter, et faire du tourisme dans Budapest. Tous, sauf Georgi, qui restait silencieux, nerveux.
Les autres s'étaient levés et se dirigeaient vers la sortie, mais lui n'avait pas esquissé un mouvement. Cette fois, Joy remarqua le malaise de son compagnon, et attendit que Largo et Simon sortent avant de se rapprocher du russe.
- Un problème ?
- Quoi ? Non, rien…
- Tu es encore plus silencieux que d'habitude, tu n'as fait aucune réflexion à Simon depuis tout à l'heure, malgré toutes les occasions qui se sont présentées… Je sais pertinemment qu'il se passe quelque chose, et tu sais pertinemment que je ne vais pas te lâcher d'une semelle tant que je ne saurai pas ce qui se passe. Alors vide ton sac !
Kerensky la regarda dans les yeux pendant un moment, comme s'il hésitait sur ce qui convenait de faire ou de dire. Joy eut peur tout à coup. Cet homme qui donnait toujours l'impression d'être un roc vacillait. Son instinct lui criait que quelque chose allait se passer, quelque chose de grave. Et elle se fiait toujours à son instinct.
Ce malaise ne dura qu'un instant, puis Georgi retrouva son expression habituelle et rétorqua " Te prendrais-tu pour ma mère ? ". Joy comprit le message : il n'était pas prêt à en parler, il ne le serait peut-être jamais, et elle ne tirerait rien de lui. " Ou du moins pas directement " pensa-t-elle.
" Tu viens ? ". Georgi refusa. Il prétendit qu'il connaissait Budapest depuis longtemps, et que faire du lèche-vitrine ne correspondait pas précisément à son idée d'une journée bien employée… Il préférait en profiter pour relire une dernière fois le palmarès du Championnat via les ordinateurs du jet.
Autant d'arguments qui ne faisaient pas illusion un seul instant, mais Joy sortit à son tour, respectant son désir d'être seul. Il serait toujours temps de découvrir ce qui se tramait.
Cependant les mécaniciens n'étaient pas de cet avis : ils exigèrent que tout le monde sorte pour pouvoir commencer les réparation. C'était le règlement, et il était hors de question d'y déroger.
Georgi dut suivre le mouvement, à regret. En le voyant apparaître à la porte de l'avion, Simon ne put retenir ses remarques acerbes.
- Regardez-le. Il fait la tête quand on le sort du Bunker, il fait la tête quand il sort de l'avion… Georgi, la vraie vie c'est dehors ! Lâche tes ordinateurs deux secondes et viens respirer avec moi le grand air !
- Simon… Tais toi.
C'était Joy qui avait parlé. Interloqué, Simon n'ajouta pas un mot. Joy était toujours prompte à le remettre en place lorsqu'il la provoquait, mais en général elle n'intervenait pas dans les joutes verbales qui l'opposaient à Kerensky. Elle en était au contraire la spectatrice assidue, en général : elle adorait les voir en difficulté à tour de rôle. Curieux…
Sentant une certaine tension s'installer, Simon essaya de se sortir de là en utilisant la seule arme qu'il connaissait : l'humour. " Largo, toi dont le nom ouvre désormais toutes les portes, tu pourrais peut-être nous trouver une voiture assez rapidement ? Avec jacuzzi pour moi, ordinateur pour Georgi, et salle d'entraînement pour Joy ? ". Reconnaissants, Georgi et Joy sourirent.
Une heure plus tard, toute la troupe se promenait dans la vieille ville de Buda, assis dans un des tramways " vieille époque ", admirant le paysage de la Volga… Simon, au passage, surprit tout le monde en expliquant l'histoire de cette ville, à l'origine composée de Buda, sur la rive droite de la Volga, et plus tard de Pest, sur la rive gauche…
Joy ne fit aucun commentaire, mais son visage exprimait la plus grande surprise, comme si elle découvrait une nouvelle facette de ce personnage fantasque et complexe qu'était Simon. Largo les regardait, amusé : lui savait que son ami était autre chose qu'un coureur de jupon ou qu'un clown déjanté.
Seul Georgi semblait encore une fois ailleurs. Il contemplait la ville qui défilait sous ses yeux avec une expression infiniment mélancolique. Le pont des Chaînes, le vieux Parlement avec ses tourelles et ses balcons… Tant de souvenirs. Tant de souffrances qu'il avait essayé d'oublier. Et maintenant son passé ressurgissait avec plus de force que jamais. Il ferma les yeux sur des images qui avaient longtemps hanté ses nuits.
- Georgi, tu dors ? On descend !
- J'arrive…
Joy le regardait avec inquiétude maintenant. Un sourire aux lèvres pour la rassurer, Georgi passa devant elle pour sortir du tramway. Il fallait qu'il fasse attention : Joy était particulièrement perspicace, et encore plus tenace quand il s'agissait de découvrir ce que quelqu'un essayait de lui cacher.
Il descendit et regarda l'agitation des passants et des touristes, autour de lui. Joy posa doucement sa main sur l'épaule de son ami. " Tu viens ? J'ai faim ! "
L'équipe entra dans un des restaurants qui leur faisait de l'œil.
Pendant le repas, Georgi réussit enfin à se détendre. Les chaussons à la viande étaient délicieux, l'ambiance chaude et agréable, et tous se sentaient en vacances. Après tout, il avait beaucoup changé ces dernières années. Physiquement et mentalement.
Aujourd'hui il se sentait bien.
- Georgi Kerensky ?
Georgi se retourna brusquement. Deux hommes en uniforme se tenaient derrière lui. Il pâlit, et comprit qu'il n'aurait jamais dû espérer que le passé le laisse tranquille.
- Vous êtes Georgi Kerensky ? répéta l'homme
- Oui.
Sa voix n'était plus qu'un souffle. Il se leva, résigné. Inutile de nier, inutile de lutter, il avait fuit déjà pendant trop longtemps. Cela valait peut-être mieux comme ça, d'ailleurs : il allait payer pour ce qu'il avait fait. Enfin.
Ses compagnons le regardaient sans comprendre. Il leur fit face, et leur sourit. " Mes amis, je dois vous laisser. Désolé. Je vous souhaite un bon voyage. Dasvidania ".
- Nous vous arrêtons pour le meurtre de Stefen Rozmisch et de Joszef Kicsi
Largo fut le plus rapide à réagir. Il tenta de s'interposer, de comprendre ce qui se passait, d'interroger les deux hommes, mais un geste de Kerensky l'arrêta.
- Laisse. Je vous expliquerai.
La scène avait quelque chose d'irréel. Georgi sortait d'un restaurant poussé par deux policiers pas très amènes, alors que quelques instants auparavant ils riaient tous ensemble. Stupéfaits, tous restaient inertes, debout autour de la table. Ils ne remarquaient pas tous les regards des clients qui convergeaient vers eux.
Joy se tourna soudain vers le patron et le serveur, qui discutaient à voix basse. Pas besoin de se demander qui avait prévenu les flics. Les dents serrées, elle donna le signal du départ. Elle ne savait pas ce qui se tramait, mais ils allaient tout faire pour le découvrir.
~ ~oOo~ ~
La mort dans l'âme, ils regagnèrent le jet. Aucun mot ne fut échangé entre eux, Largo renvoya les derniers techniciens jusqu'à nouvel ordre. Chacun assis à un bout de l'avion, Simon et Joy ruminaient leurs pensées, sans savoir très bien quoi faire pour sortir Georgi de là. Ils ne savaient même pas ce qu'il avait bien pu faire pour se retrouver dans cette situation.
Le premier réflexe de Largo fut de téléphoner à Sullivan : dans les moments critiques, il était un roc et il réussissait toujours à contacter la personne la plus apte à aider. Et encore une fois il prit en charge les recherches, afin de déterminer où Georgi avait été emmené, et pourquoi.
Mais Joy ne supportait pas de devoir attendre un hypothétique coup de téléphone de John. Elle s'assit devant l'ordinateur portable de Kerensky, et commença à pianoter au hasard. Simon s'approcha : lui aussi avait besoin de faire quelque chose.
- Tu fais quoi ?
- Je cherche un nom, un article, n'importe quoi. Il est inutile de chercher à fouiller dans la vie de Kerensky : je suis prête à parier qu'il a effacé tout son passé. Et puis je n'ai pas les compétences nécessaires pour forcer les sécurités du KGB… Par contre, je suis capable d'aller fouiller dans les archives des journaux.
- Et pour y trouver quoi ?
- Les noms que les flics ont mentionné tout à l'heure. Kics ou quelque chose comme ça.
- " Kicsi "… ça veut dire " Le Petit ".
Joy, incrédule, se tourna vers Simon. Soit il se fichait d'elle, soit il faisait encore preuve de la variété de son savoir. Avec son air de gentil nounours coureur de jupons, il cachait bien son jeu, mais à force d'avoir bourlingué à travers le monde et d'avoir fait mille petits métiers pour pouvoir survivre, il avait accumulé une foule de connaissances hétéroclites.
Elle se tourna vers Largo pour qu'il confirme ce que disait Simon. Mais Largo se contenta de hausser les épaules et de hocher la tête en signe d'ignorance : même pour lui, connaître les multiples facettes de Simon était mission impossible.
Avec un soupir et un haussement de sourcil, Joy se retourna vers l'ordinateur : sa recherche avait aboutit et des articles de journaux étaient apparus sur l'écran… en hongrois. " Evidemment, j'aurais dû y penser… Le meurtre a eu lieu en Hongrie, seuls les journaux locaux en ont parlé… Merci au génie qui a créé le traducteur instantané ! " murmura Joy. La traduction était approximative, mais les informations les plus importantes étaient parfaitement compréhensibles. " Oh oh… ".
Simon, alarmé, se pencha vers Joy.
- Quoi " oh oh " ? Je déteste quand tu fais " oh oh "… la dernière fois, c'était parce qu'il y avait une bombe au Groupe W, alors retire tout de suite ce " oh oh "…
- D'accord, d'accord, je retire le " oh oh ". Bon, d'après ce que je vois Georgi a été mêlé dans une affaire d'attentat à la bombe, qui a causé la mort de deux policiers venus la désamorcer.
- Georgi un terroriste ? Non, ça m'étonnerait !
- Il y a beaucoup de choses que tu ignores à propos de lui. Je l'ai effectivement connu à une époque où il travaillait pour des terroristes. Et ça ne m'étonnerait pas de lui, il s'y connaît en explosifs. En revanche il y a une chose où ça ne colle pas : apparemment la bombe avait été posée dans une école, et je ne le vois pas du tout risquer la vie d'enfants. Il a une conscience, tout de même, quoi qu'il en dise !
Joy lisait et relisait l'article… Oui, le Georgi qu'elle connaissait avait une conscience… Mais il y a 5 ans, qui était-il ? Elle-même avait tellement changé ces dernières années. La mort était devenue une fidèle compagne, qui la suivait partout où elle allait. La mort d'inconnus, la mort de proches. Et c'était souvent elle qui décidait de leur vie ou de leur mort.
Il y a cinq ans… Joy ferma les yeux sur ses souvenirs. La formation avec Donovan et son père… Et maintenant, Donovan était mort, son père était presque un inconnu… Elle était une autre femme aujourd'hui… Tout comme Georgi était un autre homme. Tout le monde changeait, tout le monde pouvait faire des erreurs…
Elle savait que Georgi avait été bouleversé par la mort de cette petite fille dans l'explosion de la voiture qu'il avait piégée, au point qu'il en avait quitté le KGB… Qu'il ne voulait même plus aller sur le terrain. Et pourtant, quand on le voyait à l'œuvre, on ne pouvait que constater qu'il était un expert en matière de maniement des armes.
Un espion hors-normes.
Non, décidément il ne pouvait pas avoir fait ça. Elle rouvrit les yeux, à présent décidée à remuer ciel et terre pour trouver le fin mot de l'histoire.
- On va le sortir de là. Mais pour ça il va falloir qu'on sache où il est, et qu'on le prévienne de se tenir prêt. Pour ça un seul moyen : il faut que je le voie.
- Pas évident : d'après ce que disait Sullivan il est accusé de la mort de deux policiers, et en tant que tel il est sous haute garde.
- Pourtant il le faut ! On ne va pas rester les bras ballants à attendre qu'il soit condamné !
- Pas de problèmes, ma chère Joy! Le grand Simon va faire des miracles, encore une fois !
Simon prit le combiné avec un geste théâtral.
- Mademoiselle Arden, trouvez-moi le numéro de téléphone du poste de police le plus proche, je vous prie !
- Et je trouve ça comment ???
- L'annuaire, tu en as entendu parler ? Largo, je te prends à témoin : la CIA a des lacunes dans l'éducation de ses agents !
Joy lui jeta un regard meurtrier, mais n'osa rien dire pour le moment : ils avaient encore besoin de lui, et il serait toujours temps pour lancer une joute verbale en règle un peu plus tard.
Elle trouva le numéro dans un temps record, et le transmis à Simon. " A toi de jouer, maintenant, montre-nous ton savoir ! "… Bien calée dans le fauteuil, elle le regardait d'un air goguenard.
Simon lui sourit de toutes ses dents, et composa le numéro.
- Hall ? Ki van ott ? (Allo ? Qui parle ?)
- …
- A nevem Simon Ovronnaz, Winch Law's firm.
Derrière lui, deux paires d'yeux s'ouvraient au grand format.
- C'est pas vrai ! Il parle vraiment Hongrois !!! laissa échapper Joy malgré elle.
- On dirait… On aurait dû parier, j'aurais gagné pas mal d'argent !
- Tu es déjà milliardaire, alors laisse-moi ma faible paye de garde du corps, tu veux !
- Faible paye ! Tu ne trouves pas que…
- Mindjá rt! Egy pillanat! (Un moment s'il vous plaît!) Les enfants, allez vous chamaillez plus loin, j'ai un chef de la police à embobiner, moi !
- Bocsá natot kérek! (excusez-moi, pardon)
Pris en faute, Joy et Largo se turent et admirèrent Simon dans son grand numéro de beau parleur.
Au bout de cinq minutes, il raccrocha, un grand sourire aux lèvres. Il salua ses deux amis comme s'il avait donné la meilleure représentation de sa carrière. Largo et Joy éclatèrent de rire : la tension accumulée ces dernières heures disparaissaient soudain face à la joie de vivre de Simon. Joy posa la question qui la taraudait.
- Tu nous expliques comment tu as fait ?
- J'ai connu une hongroise, il y a quelques années… J'ai fini par apprendre quelques mots.
- J'aurais dû m'en douter. L'apprentissage via petite amie… Pourquoi ai-je posé cette question stupide ?
- Alors, des nouvelles ? coupa Largo.
- OK, alors il est toujours en détention provisoire chez les flics, et ils attendent un avocat de chez nous, qui pourra lui parler en tête à tête.
- Un avocat de… Largo n'eut pas le temps de finir sa phrase. Simon s'était tourné vers Joy et la regardait de bas en haut.
- Joy, tu aurais fait une superbe avocate, non ??? J'ai comme une idée pour aider notre pote…
Joy le regarda comme s'il avait été pris d'un coup de folie… Largo et Simon semblaient ravis de l'effet produit. Avec un soupir, Joy nota mentalement les éléments nécessaires pour convaincre des flics retors de ne pas être trop regardants : un attaché-case, et surtout un tailleur strict muni d'une jupe assez courte pour détourner l'attention…
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Part 2
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* Grand champion d'échecs indien, il est le vainqueur pressenti pour la finale du Championnat du Monde d'échecs 2001, à Téhéran.
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