| |
Winch Building - lundi matin
"Simon ! appeles Jerry, on retourne à Montréal
- Joy est sortie du coma ?
- oui à l'instant ! Elle est encore fatiguée. Il n'ont pas pu me la passer.
- c'est génial !
- tu fais ça discrètement ok ?
- aucun problème"
"Elle a mordu, un porte-container dans les eaux internationales. C'est de là qu'ils écoutent." annonça le Russe à l'écran.
- ok Georgi, on l'arrête et on la livre à la police déclara Largo.
- attendez ! Y'a un problème !
- quoi ?
- elle a fait rentrer quelqu'un dans le système.
- et alors ? demanda Simon
- si le pirate m'a repéré, il l'a peut-être prévenu.
- on fonce !
Les deux amis envahirent le bureau de Cardignac, armes au poing.
- qu'est-ce que ... M. Winch ! ce n'est pas des m...
- où est Marissa ?
- Marissa ? euh je ne sais pas... à la photocopieuse.
Il sortirent aussi vite qu'ils étaient entrés. Simon donnait des ordres aux vigiles pour bloquer les issues. Un cri strident les figea tous.
- Diana !
Il firent demi-tour vers les chambres d'amis. Marissa se tenait le dos à la baie vitrée, menacant la tempe de Jack avec un révolver. Diana restait pres de la porte, en larme, effondrée.
- mon béébéééé ! S'il vous plaaaît !
- silence ! sauf si tu veux que ton fils assiste à la mort de sa mère. La voix était inhumainement calme.
La jeune mère contint ses sanglots du mieux qu'elle put.
- Winch si tu veux qu'il vive, approches et lâches ça ! Les autres, fermez la porte !
Largo posa délicatement son pistolet à terre et avança, impassible.
- Marissa où qui que vous soyez, vous ne vous en sortirez pas vivante.
- la ferme !
- chaque membre de la commission n'est interessé que par une seule chose : le pouvoir et c'est le genre de denrée qui ne s'apprécie que vivant.
La portée réelle de ses propres paroles lui sauta aux yeux. Elle attendait quelque chose sinon elle aurait déjà tiré. Le chemin était encombré.
La vitre s'assombrit une fraction de seconde. Personne ne sembla le remarquer puis une étrange rosace lumineuse apparu suivie d'une deuxième. Les ténèbres tombèrent. Un coup de feu déchira l'obscurité. Cinq impacts constellaient maintenant la paroi de verre devenue opaque. La porte vola en morçeaux.
- ne tirez pas ! n'allumez pas la lumière !
- Largo !
Six, sept, huit impacts. La vitre éclata partiellement laissant la lumière du jour révéler la scène : Marissa était au sol, une dague de lancé dans la gorge. Largo protégeait l'enfant dans la pénombre, le long d'un mur et Diana était derrière le lit.
- Jaaack !
- restes ou tu es Diana ! il va bien !
- Mamaan !
- ne ne bouge pas mon cheri !
- Simon, appeles les flics, y'a un sniper sur l'immeuble d'en face.
- ok, amenez les boucliers !
Cinq minutes plus tard, les vigiles, protégés par des boucliers d'intervention en titane, formèrent un véritable mur de métal. Tout le monde sortit indemne.
Diana prit son fils dans ses bras en pleurant à chaudes larmes, comme lui.
- qu'est-ce qui s'est passé Largo ? demanda Simon
- Georgi nous a aidé. Elle avait un parachute et comptait sauter mais elle devait attendre qu'on lui explose la vitre. Si elle avait tiré avant, vous l'auriez abattu dans la seconde.
- et alors ?
- Georgi a déclenché la polarisation des vitres mais...
Ils se regardèrent et le même éclair traversa leur esprit simultanément.
- il n'y a pas de caméra dans cette pièce, comment il a su ?
Allo Georgi ? Qu'est-ce qui s'est passé ?
- je suis tombé sur une transmission audio.
- il y a encore un micro ?
- oui. On a ouvert le flux audio sous mes yeux.
- comment ça ?
- le son et plus lourd que le texte. Ca se remarque.
- tu veux dire qu'on a délibérement branché l'écoute pour que tu interceptes la communication ?
- on dirait.
- ... Simon, fais venir un hélico d'intervention, tu prends une dizaine de gars en tenue de soirée. On va sur le bateau.
- on appelle pas les gardes-cotes ?
- non, les eaux internationales sont en dehors de leur juridiction, c'est voulu. Moi, j'essaye de trouver le micro.
- Georgi, on va jouer à "chaud ou froid".
- je suis pret.
Largo refit le tour de la chambre sans résultat.
- tu as une idée ?
- à un moment, il n'y avait que quatre personnes dans la pièce et...
- mais oui ! bon sang ! Diana !
- oui ?
- as-tu quelque chose de nouveau sur toi ou sur Jack ? Depuis que tu vous êtes venus ici ?
- je... comment ?
- on cherche un micro.
- euh non je n'ai rien acheté mais...
Elle sortit un porte-monnaie en cuir.
- ca. On me l'a offert lors d'une exhibition.
Largo lui prit des mains et déballa tout le contenu mais rien de concluant.
- Georgi je ne trouve rien.
- la réception ne peut pas être meilleure, tu es dessus.
Le milliardaire plissa les yeux.
- il y a quatre ans, le brevet des conducteurs souples n'a pas été volé à la Winch Corp. ?
- bien vu !
- attention, ça va couper.
Il prit une de ses dagues et trancha dans le cuir même du porte monnaie libérant une quantité de composants électroniques flexibles et ultraplats. Il avait trouvé.
A Montréal, une jeune femme avait tout suivi "par Kerensky interposé". Le montant en métal de sa table roulante s'en souviendrait toujours.
- restes là Jack. Maman revient. Largo je peux te parler ?
- bien sur mais vite si possible, un hélico m'attend.
- ça ne sera pas long...
- je t'écoute.
Son expression était douce, l'angoisse avait laissé place à une certaine sérénité.
- je voulais... Merci pour Jack.
- ...
- j'ai été injuste avec toi... de l'orgueil mal placé et tu ne le mérites pas. Je suis venu te conquérir et j'ai tout de suite remarqué l'attirance de Joy pour toi. C'était tellement évident... j'ai pensé que tu avais aussi remarqué mais que tu n'y répondait pas.
- ... j'ai bien senti quelque chose mais je n'ai pas compris. Ce n'est pourtant pas le genre de choses qui m'échappent d'habitude... enfin je crois.
- ah oui ? qu'est-ce que tu connais à l'amour toi ? Je ne me suis jamais fait d'illusions sur tes sentiments à mon égard... Tu m'as toujours plu et ta nouvelle situation ne gâche rien. Je t'épargne le couplet de la mère célibataire...
- Diana...
- laisses-moi finir s'il te plaît... avec ce qu'il vient d'arriver. Il est clair que Jack et moi n'avons pas de place dans ta vie. Le danger, c'était plutôt excitant jusqu'à présent mais je ne pourrais pas revivre ça... Je n'en aurai pas la force.
Largo se sentait las, troublé mais un peu soulagé et en avait honte. Il l'a prit dans ses bras.
- merci Diana... Je ne sais pas quoi te dire. Je me sens tellement con. Je sais pas comment tu fais... pour toi tout est toujours limpide...
- je ne regrette rien. Winczlav ou Winch, Largo tu auras toujours une place à part dans mon coeur.
- ...
- vas-t-en ! Ils doivent t'attendre.
Elle l'embrassa et pris Jack dans ses bras en le regardant s'éloigner. Devant l'ascenseur, il se retourna.
- Diana, je ne veux pas acheter ton pardon mais, à l'avenir, si... je pense aux études de Jack par exemple, tu me comblerais en acceptant de l'aide.
- tu as toujours su parler aux femmes Largo. Merci et ne changes pas.
Dans l'ascenseur :
- Georgi je...
- que crois tu que j'aurais fait à ta place ?... Laisses tomber.
- ok, merci. J'arrive sur le toit, je coupe.
- sois prudent.
Le milliardaire, le coeur deux fois plus léger, grimpa dans la cabine, salua tout le monde et enfila son gilet de sauvetage.
Le soleil tentait de faire fondre les derniers amas de brumes qui s'accrochaient à la surface de l'eau. Ciel et Mer se mélangeaient à l'horizon. La vingtaine était en tenu d'intervention lourde avec masque à gaz et pistolets mitrailleurs.
Le bourdonnement régulier des turbines mettait Largo dans un état quasi-hypnotique. Il tournait la question dans sa tête.
Le vent avait changé et des nuages s'amoncelaient. En bas, les vagues prenaient de l'ampleur. Mais dans ce secteur, même par temps calme, la mer était toujours déchaînée. C'était le coin où s'entraînaient les gardes-côtes dans leur vedette... où ils jouaient à chavirer, se redresser puis chavirer encore. Le Sykorsky luttait maintenant contre des turbulences.
"San-Estaban en vue, battant pavillon panaméen !
- nous y voila dit Simon
- M. Winch, j'ai un écho radar qui s'en éloigne.
- quoi ?
- vu la vitesse, c'est un hélico, on l'a loupé de peu.
- comment ça se fait que vous ne l'ayez que maintenant ?
- furtif...
- prévenez l'Air-Force.
Le milliardaire prit son téléphone portable pour composer un long SMS. Parler dans l'habitacle était par essence inutile.
En bas, le 50 000 tonnes ne semblait pas avoir conscience de la furie des eaux autour de lui. L'atterrissage se ferait en rappel. Quatre cordes pendaient jusqu'au pont principal et tour à tour les vingt-deux hommes descendirent pour prendre position. Aucun signe de vie dans cet univers minéral de rouille, d'eau et de sel.
Largo divisa le groupe en deux équipes de progression. Un marin n'eut pas de chance et, avec un espagnol sans accent, subit un interrogatoire en règle. Il donna la description des lieux et des effectifs. La progression repris sur le pont battu par l'écume.
Un catacatac caractéristique retentit. Conformément aux ordres, des grenades lacrymogènes furent tirées en premier recours, des balles de calibre 5.56 en dernier. Les marins morts ou hors de combat avaient des AK-47 en parfait état.
- ça change des kalachs de sixième main dit Largo. Ils étaient bien préparés.
- avec les kosovars au moins, il n'y avait pas de surprise rétorqua Simon. Là, je sais pas pourquoi mais je le sens mal. Un de nos gars est blessé mais ça ira.
- M. Winch, les derniers sont retranchés derrière cette porte.
Cinq hommes étaient répartis le long du couloir. Un artificier plaça une charge de C4. L'acide du détonateur créa la réaction chimique attendue et un bruit énorme résonna.
La fumée dissipée, un nuage de plomb à haute vélocité franchi l'ouverture béante. Le bruit était lourd et la cadence élevée.
- une mitrailleuse !
Une grenade tut les rafales.
Il n'y avait rien, pas même un cadavre. La mitrailleuse était un drone mis en marche depuis peu mais toujours pas de matériel informatique.
- je te l'accorde Simon, les kosovars n'avaient pas moyens de se payer ça.
Ne restait qu'une porte étanche. Les hommes l'ouvrirent, tombèrent sur la salle informatique et la fouillèrent rapidement. Il n'y avait pas de poignée de ce coté de la porte.
"Largo, on se croirait dans le Bunker !
- m'ouais, enfin faut pas exagérer quand même.
Un des hommes crut voir quelque chose et ouvrit rapidement un panneau.
- Personne ne bouge ou M. Winch est mort !
C'était une voix féminine assurée. Une tache lumineuse rouge était apparue sur la tempe de Largo.
- ne tirez pas ! dit Simon.
- sage décision.
- que comptez vous faire ? demanda Largo. Vous n'aviez aucun moyen de sortir d'ici, ils vous ont enfermé...
- quand je vois arriver des commandos en armes, j'ai dans l'idée qu'ils vont tirer d'abord et poser des questions à l'autopsie.
Une des consoles fit un bruit étrange.
- le salaud ! Il a tout piégé ! cria la femme.
Une explosion ébranla le navire. Tout ce qui pouvait tomber tomba dans un fracas assourdissant. Les écrans implosèrent. La coque gémit comme un animal blessé.
- Largo on va couler ! Il faut sortir d'ici !
- écoutez mademoiselle ou madame, on n'a pas de mort à vous reprocher. Il vaudrait mieux que tout le monde s'en sorte vivant.
- de toutes façons il n'était pas chargé, ils ne m'auraient jamais laissé avoir des munitions !
Elle sortit de l'ombre. Rousse aux yeux bleus, c'est ce que Simon eu le temps de remarquer avant de se ruer vers l'escalier avec les autres.
Le navire semblait déséquilibré, les couloirs penchaient.
- des containers ont du tomber à la mer !
La lumière s'éteint brusquement. Des torches s'allumèrent en réponse et la marche repris.
Un craquement métallique résonna puis soudain un rayon lumineux inonda l'escalier : le jour !
- la coque se déchire ! On est au milieu !
Après second craquement plus fort que le précédent, une lame de fond passa par la brèche.
Laaargooo !!!!!!! hurla Simon
Plus rien. Il ne restait plus rien. L'escalier en dessous de lui était transformé en dentelle de métal tordu. Ses hommes le retinrent pour l'empêcher de sauter.
Le Suisse, pâle, se laissa harnacher. Le treuil le remonta dans l'hélicoptère. Son esprit tournait en boucle sur cette seconde atroce. Le navire déjà couché sur le flan laissait s'échapper les containers comme autant de flaques de sang puis finit par sombrer.
Chambre de Joy - lundi midi
"Je ne capte plus d'émission en provenance du navire" dit Georgi.
- et ?
- soit ils ont coupé la connexion, soit il y a un problème.
- Appelles-les.
- ... ça ne répond pas.
Les minutes passèrent et les multiples vérifications du Russe ne donnèrent rien. La jeune femme, poussée par une obscure intuition, alluma la télévision :
"... Vos actualités. Il y a une demi-heure de cela, le Sant-Esteban, un cargo porte-container battant pavillon Panaméen, a sombré au large du New Jersey après une mystérieuse explosion. D'après l'Air-Force américaine, un appel provenant d'un hélicoptère de la Winch Corp. signalait la présence suspecte d'un autre appareil, furtif celui là. Il semblerait que M. Largo Winch, le multimilliardaire était à bord du navire au moment où il a sombré. M. Sullivan son bras droit n'a toujours pas confirmé l'information. Si la disparition de M. Winch venait à être proclamée, les conséquences sur le groupe et l'économie américaine, bien que difficiles à évaluer, seraient importantes, en effet..."
Le coeur de Joy cessa de battre. Un froid que plus rien ne chasserait l'envahit. Elle ne pleura pas. Elle ne pleurerait plus.
Plus tard, Simon finit par les contacter du bunker et leur raconta en détail. Sa voix était hachée. Il avait du mal à finir ses phrases. Il avait l'air d'un enfant qui découvrait la mort pour la première fois.
Beaucoup de containers avaient coulé, d'autres flottaient, parfaitement étanches. Tous voulaient croire qu'il avait réussi à s'accrocher. Les jours passèrent mais ni Largo ni son corps ne fut retrouvé.
Montréal vendredi matin
Joy sorti enfin de la clinique et rentra avec Georgi à New York. Simon l'avait officiellement réhabilité au sein du groupe W.
Elle avait encore mal. Au moins son épaule lui disait qu'elle était encore vivante. En arrivant dans son salon, elle trouva une toile signée Corot accrochée au mur et qui représentait un satyre courtisant une nymphe dans une forêt de bouleaux. Un petit mot était coincé entre la toile et le cadre. "Si accepter ce cadeau doit froisser ta sensibilité ou tes principes, on a qu'à dire que c'est un prêt pour une durée indéterminée. J'ai deux ou trois choses à te dire de vive voix. - Largo".
Joy recula, pris la toile d'une main tremblante et la posa au fond d'un placard. "Pardonnes moi... c'est trop dur... trop tôt". Elle défit et rangea ses affaires pour occuper son esprit. Les larmes jouaient aux abonnées absentes.
>)-oOo-(<
Plus tard dans la matinée, les trois membres de l'Intel-Unit se retrouvèrent au siège de la Winch Corp. Sullivan les accueilli personnellement dans le bureau de Largo. Il avait pris la direction par intérim.
- Entrez, je...vous voulez boire quelque chose ?
- non-merci répondirent-ils en coeur.
Sullivan occupait une autre chaise que celle du patron, placée légèrement sur la droite. Comme un régent, il tenait à afficher cette différence et la taille du bureau le permettait.
- suivez-moi s'il vous plait.
Il sortit sur la terrasse. Ils l'imitèrent, intrigués.
- qui va prendre sa succession ? demanda Joy toujours en quête de pensées pratiques.
- le conseil d'administration va en décider aujourd'hui parmi ses membres. Les discussions ont évidement commencé et trois candidats se dégagent : George Wallenstein, Michel Cardignac et votre serviteur. Il reste des indécis et les changements de dernière minute sont sans doute à attendre. En tout cas la prise de contrôle ne sera officiellement entérinée que dans une semaine. Mais je ne vous ai pas prié de venir pour cela.
Les trois amis regardèrent l'américano-irlandais avec attention. Voici le message que Largo m'a envoyé avant d'atterrir sur le porte-container.
- quoi ? demanda Simon. Il vous a appelé ?
- c'est un SMS. Je n'ai toujours pas effacé le message. Je ne l'ai jamais imprimé et n'en ai parlé à personne en dehors de vous, aujourd'hui, à l'abri d'éventuelles oreilles indiscrètes.
Ils lurent :
"Possibilité Smyth vivant. 2431-3RX. Si attentat, il reprendra le Groupe W pour la CA. Soyez prudent"
- Il avait pensé à ça ? dit Kerensky qui n'en revenait pas.
- pourquoi il ne me l'a pas dit sur place ?
- parce que dans sa tête, si tu mourais avec lui, personne n'aurait jamais su.
- alors il a fini par comprendre... dit Simon, la voix blanche.
- comment ça ? repris Sullivan.
- l'agression de l'hôpital a démontré que la Commission Adriatique avait changé d'angle d'attaque : on voulait le tuer, plus faire pression sur lui.
- Largo a douté de moi à cause de Smyth. Je n'ai pourtant fait qu'appliquer la volonté de Nerio. Mais c'est à moi qu'il a envoyé ce message. Je le prend donc comme un gage de confiance. Voila pourquoi vous êtes au courant désormais. Je pense qu'il l'aurai voulu et que c'est à vous de continuer l'enquête sur la Commission. Je ne pourrai peut-être pas vous appuyer à l'avenir comme c'est possible aujourd'hui mais je vous soutiendrai financièrement.
- merci... alors si on doit commencer, a quoi correspond le code dans le message ?
Joy avait déjà commencé.
- euh... oui... c'est l'ancien système de numérotation des projets de recherche et développement. Tenez voici le dossier.
Il tendit une chemise cartonnée.
- une version électronique était plus pratique dit Kerensky
- il n'y en a pas ce qui signifie qu'il fait partie des rares projets que Nerio suivait pour personnellement, en dehors de la procédure habituelle.
Joy s'en saisit.
- c'est un procédé médical qui combine l'action d'un laser à un produit appliqué sur la peau... La synthèse du produit est complexe car elle est spécifique à chaque patient... Les applications sont esthétiques : gommer les imperfections liées aux greffes de peau des grands brulés.
- en quoi ça nous concerne demanda Sullivan.
Simon sourit
- on peut peut-être falsifier des empruntes digitales avec ça non ?
Les trois autres le regardèrent
- quoi ? j'ai pas le droit d'avoir des idées moi aussi ?
- Nerio a rendu Smyth véritablement semblable à lui, sauf pour l'ADN... et la voix. Ca expliquerait pourquoi il y a divergence entre les empruntes digitales et les empruntes vocales... poursuivit Kerensky
- Smyth serait donc celui qui l'a appelé depuis l'aéroport et le type au fond de son cercueil quelqu'un d'autre maquillé avec la même technique dit Simon.
- ... et le véritable Nerio Winch peut-être encore en vie finit Joy. Comment Largo est tombé sur ce dossier ?
- surement pendant la fouille répondit Sullivan. Vous vous en chargez ?
- ... c'est le moins qu'on puisse faire repondit Joy. L'action atténuerait la torture des derniers jours.
Kerensky approuva d'un hochement de tête.
- une dernière danse en ton honneur Largo, mon ami, mon frère...
Une flamme étrange brillait dans leurs yeux
L'interphone sonna. Sullivan répondit :
"Oui ?
- M. Sullivan, c'... c'est incroyable... M. Winch est à la réception.
- comment ?
- euh je veux dire M. Nerio Winch.
Les quatre se regardèrent. La tension venait de monter d'un cran.
>)-oOo-(<
Nerio Winch entre dans le bureau de Sullivan. Son visage était sévère.
"Bonjour, je souhaite parler à John seul à seul.
Son ton ne souffrait aucune réplique.
- bonjour Nerio, c'est... enfin je te croyais.
Sullivan était incapable de trancher. De fait, ce pouvait être Smyth.
- mort ? ça a bien faillit. Il faut vraiment que nous parlions avant le début du conseil d'administration.
L'élocution, les tournures de phrases, les attitudes tout semblait correspondre.
- si tu veux mais avant il faut que je te présente l'Intel-Unit.
Nerio les salua en inclinant la tête mais son expression était glaciale.
- ce qu'il en reste tu veux dire. Mais nous en reparlerons. A mon tour de te présenter Daniel Travis. Il m'a sauvé la vie et c'est un expert en sécurité.
Un type aux cheveux noir et aux yeux verts, la trentaine et une certaine classe, entra. Il dévisageat l'IU avec condescendance.
Nerio, Sullivan et Travis restèrent dans le bureau. Le vieil homme, avant d'arriver, s'était expliqué devant la justice et comptait bien reconquérir son empire.
La scéance du conseil eu lieu dans une ambiance tendue. Winch repris la tête temporaire du groupe en l'absence de contestation. Les parts de Largo lui reviendraient quand celui-ci serait déclaré mort. Un cénotaphe serait dressé à sa mémoire dans trois jours.
Durant ces trois jours, Nerio Winch réorganisa tout.
The Blue Note - Club de Jazz de Greenwich village
Joy, Kerensky et Simon attendaient dans une arrière salle. Cela faisait deux jours qu'ils avaient été licenciés pour incompétence. Nerio avait utilisé la mort de Largo comme prétexte. Protester aurait été parfaitement inutile.
John Sullivan les rejoint. Ils étaient tous arrivés à des heures différentes, plus ou moins grimés sauf lui qui était un véritable habitué. Malgré les notes chaudes et exubérantes d'un fameux morceau du "Bird", l'ambiance n'était pas très "bib-bop".
Que se passe-t-il avec Nerio ? demanda Joy.
- ce n'est surement pas Nerio déclara Sullivan calmement.
- Smyth ? proposa Simon.
- difficile à dire, Il n'a jamais été engagé que pour les manifestations publiques. Là, on a évoqué des souvenirs personnels.
- euh... il est trop parfait ?
- après une heure de discussion, je me suis rendu compte qu'on n'avait jamais autant parlé du passé. Il a fait une erreur en évoquant une partie de chasse en Italie qui a finit en poursuite par la mafia. Le simple fait de savoir cela aurait suffit.
- mais ?
- mais d'après lui, je lui avais sauvé la vie et en fait, c'était l'inverse.
- il n'a pas pu oublier ?
- ce jour marque le début de notre amitié. Il n'aurait pas pu oublier.
Il se turent laissant le solo de saxo mourir et le brouhaha de la salle principale couvrir leur silence.
Joy le rompis : "Donc, soit ce type est un parfait inconnu, soit c'est Smyth. Dans les deux cas il a été très bien informé à une curieuse exception près. Pourquoi ?"
- je crois que Nerio a été capturé par la Commission et qu'elle a pu lui sous-tirer ces informations d'une manière ou une autre.
- pourquoi un souvenir précis et important est faux alors ? demanda Simon.
- Nerio Winch est quelqu'un de malin. Il a coopéré au maximum pour donner le plus d'impact à cette "erreur". Il n'a pas choisi ce souvenir au hasard, c'est une bouteille à la mer, un message destiné à un ami proche.
- je suis d'accord avec vous M. Kerensky.
- on spécule là. On n'a pas le contexte. Quand notre faux Nerio a évoqué cette histoire il était détendu, sur de lui, stressé ?
- hum à bien y réfléchir... pendant tout l'entretien, il a gardé une bonne maîtrise de lui. Il parlait et me regardait normalement en ignorant Travis comme l'aurai fait Nerio. Et... à ce moment il a bien appuyé en me regardant dans les yeux.
- alors, Smyth ou non, c'est peut-être ce type qui vous a peut-être envoyé une bouteille à la mer. Si son "ami" ne vous a pas quitté, il n'était peut-être pas libre de ses mots conclut Simon.
- on n'en sait rien. Le mieux est quand même de chercher à prouver son usurpation trancha Sullivan. Nous verrons bien qui il est et quelles sont ses motivations. Comment peut-on procéder ?
- un test ADN.
- les autorités auraient du l'éxiger. "Notre Nerio" n'a produit aucune preuve et c'est passé comme une lettre à la poste.
- quelqu'un au département d'état doit travailler pour la Commission. Ils ne laisseront personne procéder à ces tests.
- sauf si on retrouve le vrai Nerio ou à défaut...
- ... son corps acheva Sullivan.
La pendule donnait maintenant minuit sur 'Round midnight.
- avec le registre de la Commission Adriatique, on pourrait peut-être accuser l'huile qui bloque les tests ADN.
- Simon, tu sais bien qu'il a disparu avec cette "Martine Duclerc" répondit Joy.
- oui mais la nouvelle Intel-Unit va sans doute reprendre le système informatique et Kerensky pourrait écouter aux portes. Avec un peu de chance ils appèleront leur QG.
- c'est faisable mais pas évident. Ca pourra marcher une fois ou deux. Il vaudrait peut-être mieux garder nos cartouches pour un objectif moins incertain déclara le Russe.
- il y a aussi la piste de Nério en Suisse.
- en attendant, vous pouvez commencer à apprecier votre marge de manoeuvre. Il y a trop d'hypothèses en suspend. Demain, la cérémonie aura lieu, nous verrons après acheva John Sullivan. Soyez prudent, Travis et la nouvelle IU doivent déjà être en train de vous pister... je ne serais pas surpris qu'ils cherchent à "limiter" les risques.
>)-oOo-(<
Le lendemain à dix heures, la cérémonie officialisant le "décès" de Largo Winch eu lieu. Y assistèrent son père, tous les membres du conseil d'administration et d'autres personnes plus ou moins proches à l'exception de l'ex-IU, clairement laissée à l'écart.
L'oraison du père Maurice sembla produire beaucoup d'effet. Douleur réelle ou masque de circonstance tout le monde était parfait. A la fin, lui et Diana restèrent pour l'hommage du trio.
Simon, les larmes au yeux, déposa une couronne et se recueilla a genoux. Les images du passé remontaient d'elle-même, les quatre cent coups, les engueulades, les rires, les joies, les peines, ce que peu de monde connaissait en une vie entière.
- j'ai évité les Chrysanthèmes, c'est trop sinistre... putain ! j'aurai jamais pensé me retrouver ici. J'espère que t'es bien là où tu es. Je suis désolé, j'ai rien pu faire...
... merde qu'est-ce que je vais devenir sans toi ?... Ils vont payer Largo... J'te jure qu'ils vont payer.
Kerensky à son tour s'approcha en silence. Qui pouvait dire ce que cachait son masque impassible ?
Joy, enfin, posa un bouquet de roses blanches.
Largo...
Elle n'avait pas pu lui dire. Elle ne le pourrait plus. Ses amis auraient préféré la voir pleurer que tout interioriser comme elle le fit.
- merci mon père, vos mots nous ont touchés dit Simon.
- Largo était le seul fils que ma fonction m'autorisait à élever. C'était un sacré garnement et il m'en a fait voir de toutes les couleurs mais c'étaient de bien belles années. Je regrette seulement qu'on ne vous ai pas permis d'approcher. Nerio n'a jamais été un père aimant mais là...
Seul le chant des oiseaux était étranger à la pesanteur de l'ambiance.
- Joy je peux vous parler ?
- ... si vous voulez.
Les deux femmes s'éloignèrent du groupe.
- je vais sans doute accentuer votre douleur mais je pense à lui et ... je ne supporte pas l'idée qu'il soit parti sans avoir pu vous le dire.
- ... me dire quoi ?
- qu'il vous aimait. Il me l'a dit...
"Amour" signifie avenir, projets et il vivait au présent. Il n'a jamais été préparé à ça.
- ...
- Je pensais avoir une chance. On s'est toujours plu. On s'est perdu de vu, retrouvé et peu de femmes peuvent se dire véritablement amie de lui. Mais avec vous, c'était différent et c'est pour ça, je pense, qu'il n'a pas compris tout de suite. Seulement quand il a failli vous perdre...
... je vous ai peut-être privé de moments...
... il n'y a pas grand chose qui puisse m'excuser...
Joy avait une boule de billard dans la gorge.
- merci... je vous ai mal jugé, je crois.
>)-oOo-(<
Le trio, en prennant maints chemins détournés, mangeait dans l'arrière salle d'un petit restaurant. Simon voulait casser l'atmosphère de deuil.
- résumons ! Qu'est-ce qu'on sait et qu'est-ce qu'on fait ?
- le système central n'a pas été remanié en profondeur, seuls les accès depuis l'extérieur ont été touchés. A mon avis des gars surveillent en permanence le réseau pour réagir à la moindre intrusion. Kerensky avait sa voix professionnelle. J'ai commencé à installer, incognito, des serveurs autonomes un peu partout dans plusieurs appartements vides. Ils fonctionnent comme des fusibles : si je m'en sert pour lancer une attaque, l'IU tombera dessus sans remonter jusqu'à moi. Je peux aussi, a partir d'autres machines distantes déjà piratées, saturer le serveur d'authentification du groupe W. C'est classique et brutal mais ça peut aussi servir de diversion.
- en épluchant les dossiers des anciens administrateurs réseaux du groupe W. on est tombé sur un cas suspect : Frank Sanders, lui et sa famille ont été massacrés dans un "cambriolage qui a mal tourné". Avec le rapport de police et un petit complément d'enquête, il est évident qu'on a fait pression sur lui pour créer une faille dans le système.
- la pirate qui a exploité la faille était retenue prisonnière dit Simon.
- ou c'est ce qu'on a voulu vous faire croire, répondit Joy.
- elle a disparut aussi... enfin si seul Jagger et sa bande étaient à l'origine de la faille, il y a peut-être une chance pour que la nouvelle IU soit passé à coté... la porte est peut-être encore ouverte.
- ça je te le dirais quand j'y serais mais le fait d'utiliser cette porte, c'est aussi signer l'attaque.
Il se turent quand le serveur apporta l'addition. Joy reprit : Par recoupement, on connaît l'emplacement de plusieurs bases de la commission mais comment savoir où est le livre ?
En réponse, le téléphone de Simon retentit. Il le prit mais ne le porta pas à l'oreille et le tendit à Kerensky : "Tu comprends quelque chose ?"
Le Russe perdit son masque inexpressif et regarda les deux autres
- quoi ? en coeur.
- je ne sais pas si c'est une plaisanterie mais quelqu'un utilise le code de Largo...
... il ressemble à celui qu'on avait utilisé avant que je sécurise les communications.
Part 4
| |