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A Addams A mon étoile toujours présente. |
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Une larme coula sur la joue de l'homme. Il était déjà âgé, peut être prendrait t-il sa retraite un jour prochain. Il était affalé sur une chaise inconfortable, et n'avait pas pris la peine d'ôter son manteau. Non qu'il souhaite partir dans la minute, c'est l'urgence qui l'y contraint. Il sent que le temps vient d'accélérer. Qu'il va lui échapper. Pour le coup le sablier ne se retourne pas, il se vide, et le sable disparaît et se transforme en cendres qui seront jetées à la mer, comme convenu. C'est écrit noir sur blanc. D'ailleurs, il le promet oralement. Il le fera. Il dénoue sa cravate maladroitement. De la main gauche ce n'est pas facile. Il s'étonne de savoir pleurer encore. Avec le temps on oublie. Enfin, c'est ce qu'il croyait. Mais il n'a jamais pu l'oublier. Il l'a enterrée sous des piles de dossiers qui n'en finissent pas. Et il regrette, oh oui, il regrette. Tout. Le passé. Le présent. Il se sent seul. Il l'a toujours été plus ou moins, mais aujourd'hui c'est encore pire qu'avant. Il sait que la note de sa vie sera salée. Il a tout donné, mais pas aux bonnes personnes. Pas à celles qui méritaient de l'attention. Il donne à la Machine. Celle qui l'oubliera quand il ne sera plus. Qui vivra sans lui. Personne n'est indispensable. Sauf elle.
Il veut l'empêcher de partir, mais ça ne marche pas. Il la sent le quitter. Il ne peut pas la retenir. Il n'a pas le droit de lui demander cela maintenant. Il est tard, les lumières du dehors s'allument comme autant de représentations de l'âme. Il y en a tant. Elle ne sera pas seule. Lui il ne l'a pas méritée. Il veut ce qu'il y a de mieux pour elle. Elle n'aurait manqué de rien s'il avait su lui parler.
Les mots restent bloqués dans sa gorge.
" Je t'aime ".
Il n'y arrive pas. Il n'a jamais réussi, et il se sent lâche. Il n'a jamais été courageux. Il se laisse porter par les autres, il vit par procuration l'aventure. De toute façon il a passé l'âge. Avant il se trouvait trop jeune pour ça, maintenant il est trop vieux. Il n'y a pas de juste milieu. La vie vient, et elle repart. Ce sont les hommes qui lui donnent un sens, une organisation. Ils la balisent, comme la route. C'est une route plus ou moins longue, tout dépend de la vitesse et des autres conducteurs. Mais on ne conduit pas la vie comme on conduit une voiture. Il y a un passage. Un détail qui fait toute la différence. Et il ne l'a pas trouvé, pas vu, pas pris.
De sa main libre, il serre ses doigts. Il veut que le temps s'arrête sur cette image. Partir avec. Qui le retient ? Il a tout ce qu'un homme peut rêver d'avoir. L'argent, le pouvoir, la notoriété. Il peut se le permettre.
Il la regarde. Elle est belle. Elle a vieilli, lui aussi, ils restent les mêmes. Ils n'ont pas vraiment changé, sinon, elle ne l'aurait pas fait venir. Elle est fière de lui autant qu'il l'est d'elle. Il ne dit rien. Il n'a rien à dire. Tout s'est dit en quelques regards. Déjà lorsqu'ils étaient dans la section économie de l'université, il y avait ce feeling. Qu'est ce qui a dérapé ? Elle s'est mariée, et lui aussi. Ils sont partis de leur côté en sachant qu'ils faisaient une erreur. Trente ans plus tard ils se retrouvent.
Il baise la main déjà froide et la repose avec douceur. Elle est belle, endormie pour l'éternité. Elle n'a pas souffert comme tant d'autres. Il se lève. Un homme en blanc lui demande s'il a besoin de quelque chose. D'elle, a t-il envie de répondre. Il regarde une dernière fois en arrière pendant que le volet descend. Adieu. Même ce mot il ne sait pas le dire.
La porte se ferme derrière lui. Demain, John Sullivan posera un jour de congé pour assister à l'incinération de son premier amour.
FIN
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