U NE VIELLE HISTOIRE (part 2)
 




CHAPITRE V
Hôpital St Andrew :

(17h30) Joy avait été transférée au bloc et Largo, après avoir rempli les différents papiers nécessaires à son admission et répondu aux questions de la police, s'était assis dans la salle d'attente, pensif. Il se remémorait les derniers mots de l'ambulancier. Pourquoi avait-il dit ça? Se pouvait-il qu'il ait raison? Qu'il soit amoureux? Il ne pouvait nier que Joy l'attirait, et même beaucoup. Il savait que Joy éprouvait la même attirance pour lui, mais c'était son garde du corps. Ils ne pouvaient se permettre d'avoir une aventure ensemble. Bien des fois, ils en avaient eu l'occasion, mais à chaque fois ils n'avaient pas craqué. Pourtant aujourd'hui, lorsqu'il l'avait vu si pâle, baignant dans son sang et qu'il l'avait cru morte… C'était comme si… Comme si tout son univers s'effondrait. Comme si la vie s'était arrêtée… n'avait plus de raison d'être. Alors il réalisa que Joy lui était devenue indispensable, sans qu'il s'en rende compte. Elle faisait partie intégrante de son univers et sans elle, son monde s'écroulait. Comment pourrait-il vivre sans elle? Comment avait-il fait pour vivre sans elle, avant de la connaître? Il en était là de ses méditations, lorsqu'une infirmière vint le prévenir :
- " M.Winch ? Un appel pour vous. " déclara-t-elle.
- " Merci " dit-il tout en attrapant le combiné. " oui ? "
- " Largo? C'est John! J'ai appris pour Joy. Comment va-t-elle? " demanda Sullivan.
- " Elle est toujours en chirurgie, ils ne peuvent rien dire… Ils ne savent rien. " déclara Winch d'un air navré. " Des nouvelles de Kerensky? " demanda-t-il
- " Il prête mains fortes aux enquêteurs afin qu'ils puissent identifier les agresseurs de Joy au plus vite. Pour l'instant, la seule chose que l'on sait, c'est qu'ils n'étaient que deux et qu'ils étaient employés au groupe au service de la maintenance depuis 2 ou 3 mois, mais leurs papiers étaient faux " expliqua Sullivan. " Kerensky fait des recherches sur les empreintes digitales du mort. Mais pour le moment ça n'a rien donné. " conclut-il.
- " Trouvez qui était cette ordure! Et trouvez le deuxième homme, il peut recommencer n'importe quand! " déclara Largo.
- " Justement, Largo. Je sais que vous ne voulez pas laisser Joy seule, mais Kerensky a raison. Vous pourriez très bien être la véritable cible des tueurs. Vous devriez rentrer, c'est plus prudent. " insista-t-il. " vous… "
- " C'est hors de question, John! Je ne la quitterai pas! Pas sans savoir … " le coupa Largo. " D'ailleurs si ça peut vous rassurer, la police est là et nous protège tous les deux. De plus, je ne partage pas votre opinion. Ces tueurs pouvaient m'atteindre quand ils le voulaient, Joy n'est pas toujours avec moi dans le building. Ils n'avaient pas besoin d'éliminer Joy pour me tuer. Non, plus j'y pense et plus je suis persuadé que c'est bien après Joy qu'ils en avaient. "
- " Mais peut-être que Joy s'est juste trouvée au mauvais endroit au mauvais moment. Y avez-vous pensé, Largo? Peut-être les a-t-elle surpris alors qu'ils étaient en plein préparatif? " suggéra Sullivan.
- " Allons John! A qui voulez-vous faire croire ça? Vous savez aussi bien que moi que si c'était Joy qui les avait surpris, on aurait eu un cadavre de plus et elle, elle serait indemne. De plus, Joy m'a clairement dit que c'était une embuscade. " affirma-t-il. " Ils l'attendaient, John! Ils étaient là pour la tuer et ils y sont peut-être parvenu. " conclut-il en réprimant un frisson à cette idée.
John le sentit.
- " Ecoutez Largo, restez près d'elle mais soyez prudent! Je vais annuler vos rendez-vous d'aujourd'hui et de demain. " dit-il en prenant l'agenda de Largo. Il repensa alors que la dernière fois qu'il avait vu Joy, c'était juste avant la fusillade et justement pour réorganiser l'emploi du temps de Largo. Il hocha la tête l'air dépité. Que se serait-il passé s'il ne l'avait pas retenue? Largo le tira de ses pensées.
- " John? John, vous êtes toujours là? " demandait Largo.
- " Heu… Oui! Que se passe-t-il? " s'exclama John.
- " Rien, je ne vous entendais plus, c'est tout. "
- " Désolé Largo, j'ai été distrait " s'excusa John. " Bien, faites attention à vous et ne vous souciez pas du groupe, il peut survivre sans vous quelques jours. On vous appelle dès qu'on en sait plus. " finit-il.
- " Très bien, j'en ferai de même dès que j'aurai des nouvelles de Joy. Merci d'avoir appelé John. " termina Largo avant de raccrocher.
Bunker au même moment :
Kerensky avait interrogé les collègues des deux inconnus qui se faisaient appeler Greg Ravell et Peter Craig. Il avait apprit qu'ils n'étaient pas très bavards, mais que lorsqu'ils s'exprimaient, c'était avec un fort accent russe, ce qui était curieux vu leurs noms, et généralement pour poser des questions au sujet de Joy, mais sans trop insister. Kerensky se dit qu'un de ces jours il s'occuperait lui-même des entretiens d'embauche. Quel était le crétin qui avait fait une bourde pareille? Engager des ressortissants russes, avec des noms bien américains, sans se poser plus de questions. C'était bien là l'œuvre d'un capitaliste. Simon sourit et lui fit remarquer que ce n'était pas avec ce genre de préjugés qu'ils allaient avancer. Kerensky leva les yeux vers Simon et fit une moue qui signifiait qu'il ne retirait pas ce qu'il venait de dire, mais qu'il n'entrerait pas non plus dans ce genre de débats.
- " Cela fait une heure que l'on tourne en rond en cherchant dans les fichiers russes, Georgy. Peut être qu'ils ne sont pas russes après tout et qu'ils ont juste un accent soviétique " déclara Simon.
- " Non, je pense qu'ils étaient bien russes, mais que l'on ne cherche pas là où il faut. Ils avaient un fusil d'un type très particulier, assez rare mais très efficace et ce n'est pas donné à n'importe qui de pouvoir s'en procurer un et de savoir s'en servir. " expliqua Kerensky en pianotant sur le clavier de son ordinateur.
- " Tu penses à quoi ? " demanda Simon.
- " KGB " répondit Kerensky qui venait de s'arrêter de taper.
- " Tu crois vraiment que… ?" questionna Simon.
- " C'est ce qu'on va vite savoir! " déclara Kerensky tout en entrant dans les fichiers protégés du KGB. " Je n'ai accès qu'aux archives des ex-agents, mais avec un peu de chance on va y trouver notre inconnu. " déclara Kerensky en entrant les empreintes digitales du mort, qu'il avait scannées.
L'ordinateur fit défiler plusieurs photos durant sa recherche, avant de s'arrêter sur un homme :



- " Bingo! Dimitri Czentovic! Il a travaillé à l'agence durant plusieurs années mais je ne me rappelle pas avoir entendu son nom . Il a été viré et incarcéré il y a 4 ans pour haute trahison. " énonça Georgy.
- " Reste à savoir quels liens il avait avec Joy " déclara Simon.
- " C'est là que ça devient intéressant : Il s'était réfugié aux Etats-Unis. Il a été capturé par les services américains qui l'ont renvoyé en Russie. Combien tu paries que Joy n'est pas étrangère à l'affaire? " demanda Kerensky.
- " Pas le plus petit dollars! Comment comptes-tu vérifier? " l'interrogeât Simon.
- " Mais le plus simplement du monde! Il suffit de demander aux principaux intéressés. Pour ça il va falloir entrer dans les fichiers de la CIA. " annonça Kerensky que l'idée enchantait.
- " C'est un problème ? " demanda Simon
Georgy le regarda l'air dubitatif : Simon doutait-il vraiment de ses capacités?
- " A ton avis? " finit-il par répondre en se remettant à pianoter " Voyons, la troisième barrière de sécurité est franchie. Recherche agent… Joy Arden! J'utilise le moteur de recherche de ce dossier et je cherche à … Dimitri Czentovic… " décrivait-il au fur et à mesure des opérations.
- " Tu m'étonneras toujours, rien ne te résiste ! " déclara Simon.
- " Ouais, nous y voilà! Joy a eut la mission de traquer et d'arrêter Czentovic, chose qu'elle a fait en un temps record. Dimitri a été extradé en Russie. "
- " Ca existe, entre les Etats-Unis et la Russie, les extraditions? " s'exclama Simon.
- " Bien sûr! Ca a toujours existé, mais pas officiellement. C'est du donnant-donnant. " expliqua Kerensky.
- " Et ils lui reprochaient quoi à ce Dimitri? " demanda Simon.
- " Divers crimes de haute trahison, dont la vente de certains trésors du patrimoine russe. Et comme il a continué son petit trafic en Amérique et c'est rendu coupable de plusieurs délits, ils n'ont pas hésité à le renvoyer là-bas où il devrait toujours être emprisonné avec … "
Kerensky n'acheva pas sa phrase et sembla absorbé dans sa lecture. Simon se pencha sur lui, pour lire ce qui était affiché à l'écran. Mais Georgy naviguait rapidement entre les archives du KGB et celles de la CIA.
- " Que se passe-t-il? Tu as découvert autre chose? " demanda-t-il intrigué.
Kerensky se redressa, et se tournant vers Simon, lui expliqua :
- " Notre ami Dimitri a un frère aîné : Yvan! Ils sont inséparables et ce que je t'ai dit pour l'un est valable pour l'autre. " déclara-t-il.
- " Tu veux dire que lui aussi s'est fait arrêter par Joy? " demanda Simon.
Kerensky répondit :
- " Oui! Et il y a fort à parier que si Dimitri était dans le parking tout à l'heure, alors … "
- " … Alors Yvan aussi! " poursuivit Simon.
- " Exactement! " confirma Kerensky qui venait de faire apparaître à l'écran une photo d'Yvan trouvée dans les fichiers de la CIA et une de Peter Craig provenant des fichiers du groupe W. C'était bien la même personne. " Je crois que l'on tient notre deuxième homme. " dit-il en saisissant une feuille qu'il venait d'imprimer.
- " Oui, mais on ne sait pas où il est! " reprit Simon. " Il faut absolument le retrouver. "
- " Et vite! Il doit être fou furieux, maintenant que Joy a tué son petit frère. S'il sait qu' elle est toujours vivante, il va récidiver et peu importe les moyens! " déclara-t-il en se dirigeant vers la sortie du bunker.
- " Où vas-tu? " demanda Simon en lui emboîtant le pas.
- " A l'hôpital. "
- " Tu penses qu'il va recommencer? " interrogea Simon.
- " Peut-être pas tout de suite. Tout dépends de la gravité de ses blessures, mais on ne sait jamais. Appelles l'hôpital et préviens Largo. "

CHAPITRE VI
Hôpital St Andrew :

(18h00) Joy sortit du bloc opératoire, Largo avait du mal à la voir dans cet état, une infirmière la ventilait et une autre tenait des perfusions. Lorsque le chirurgien l'aperçu, il vint lui parler :
- " M.Winch, je suppose? Je me présente, je suis le Docteur Carter. C'est moi qui me suis occupé de Mademoiselle Arden. " déclara-t-il.
Largo le regarda inquiet :
- " Docteur, comment va-t-elle ? " demanda-t-il.
- " Elle est sortie du bloc opératoire, mais je ne peux pas encore me prononcer. C'est déjà, un miracle qu'elle soit restée en vie jusqu'ici. Elle a été très sérieusement blessée au thorax, mais par chance le cœur n'a pas été touché. Un centimètre plus à gauche et elle aurait été tuée sur le coup. Par contre, l'aorte a été perforée et je ne vous cacherai pas qu'on a failli la perdre une nouvelle fois durant l'opération. " expliqua-t-il posément.
- " Où est-elle? " s'inquiéta Largo.
- " En soins intensifs… Je suis désolé mais… "
- " Mais? " interrogea Largo que l'hésitation du médecin inquiétait.
- " M.Winch, je suis désolé, mais votre amie est… dans le coma… " annonça-t-il navré.
Largo ferma les yeux et soupira, découragé. Le docteur reprit :
- " Nous ne savons pas si son cerveau a été privé d'oxygène. Mais ce qui nous préoccupe le plus, pour l'instant, c'est qu'elle est très faible. Elle a perdu beaucoup de sang. Nous ne savons pas si son cœur résistera au choc post-opératoire. De plus comme je vous l'ai déjà dit, l'aorte a été touchée, on pense avoir réussi à la refermer, mais… Tout le problème est de savoir si elle passera la nuit. Si oui, alors elle aura fait le plus dur. Sinon… "

Carter soupira en secouant la tête. Il n'avait pas finit sa phrase mais Largo avait parfaitement compris.
- " Où est sa chambre? " demanda-t-il.
- " Vous ne pouvez pas la voir! On la mettra peut-être dans une autre chambre un peu plus tard, mais d'ici là… " répondit Carter en le regardant d'un air contrit." Je suis désolé… Je sais ce que vous ressentez, c'est dur de la laisser seule dans un moment pareil, mais elle est entre de bonnes mains. " insista le médecin.
Il allait partir, mais Largo le retint :
- " Docteur?… Quelles sont ses chances? "
Le médecin soutint son regard puis finit par baisser les yeux sans donner de réponse. Largo soupira, anéanti. Après quelques instants de silence, le docteur lui dit :
- " Ecoutez! Vous devriez vous faire raccompagner chez vous et vous reposer. Je vous appelle au moindre changement. "
- " Je préfère rester et puis je pense que je n'arriverai pas à dormir de toutes façons. " répondit-il.
- " Comme vous voudrez, mais essayez qu'en même de vous reposer. Je peux vous prescrire des tranquillisants si vous voulez? " lui suggéra-t-il.
- " Je vous remercie, mais je pense qu'il doit y avoir tout ce qu'il faut chez moi. " lui répondit Largo.
- " Très bien, mais si vous vous décidez….Ne vous inquiétez pas! Je vous appelle à la moindre alerte. " le rassura le docteur.
- " Quelque soit l'heure, surtout n'hésitez pas! " insista Largo.
- " C'est promis. " dit-il.
Le médecin le regarda hésitant et reprit :
- " Je vais vous faire amener à sa chambre. Mais vous ne pourrez pas entrer. Vous ne pourrez que la voir. Et s'il se passe quelque chose, il faut me promettre que vous ne nous gênerez pas. "
Largo étonné le regarda avec des yeux débordant de reconnaissance. Il balbutia quelques mots de remerciement mêlés à de vagues promesses et une infirmière l'emmena. Une grande fenêtre donnait sur l'intérieur de la salle où était allongée Joy. Largo ne pouvait plus détacher son regard de ce corps inerte, entouré de tuyaux et relié à des machines en tout genre, qui luttait pour survivre.
Un peu plus tard une infirmière vint le chercher. Simon le demandait au téléphone, c'était urgent. Largo vérifia que le policier était bien à son poste et se précipita au téléphone.
Simon lui demanda de ne pas quitter Joy des yeux jusqu'à leur arrivée et de se tenir sur ses gardes. Il retourna donc rapidement auprès de Joy et les attendit avec impatience.



(18h30) Quand ils arrivèrent enfin, il alla à leur rencontre. Simon lui fit un bref topo de ce qu'ils avaient découvert et Kerensky lui montra la photo d'Yvan qu'il avait imprimée. Largo fronça les sourcils en regardant la photo et se jura de lui faire la peau lui-même. Il demanda à Kerensky de confier le cliché au policier qui gardait Joy. Ce qu'il fit immédiatement.
- " Ecoute Largo, tu devrais rentrer te reposer." lui conseilla Simon.
- " Tu ne vas pas t'y mettre aussi?! " s'emporta Largo. " Comment veux-tu que je partes après ce que vous venez de m'apprendre? Joy est entre la vie et la mort, ce fou peut arriver n'importe quand pour l'achever et tu voudrais que je rentre me reposer? " s'énerva-t-il.
- " Calme-toi Largo! Je ne faisais qu'une suggestion. " se défendit Simon.
Largo se calma, comprenant l'inutilité de son emportement et, se passant les mains sur le visage comme pour se raisonner, finit par confier à son ami :
- " je n'en peux plus, Simon! Je ne supporte plus de rester là, à la regarder, impuissant, lutter contre la mort. J'aurais dû empêcher tout ça, mieux la protéger! " culpabilisa-t-il.
- " Arrêtes de te torturer Largo! Ca ne sert à rien, tu ne pouvais rien y faire. C'est une vieille histoire qui a ressurgit. Comment aurais-tu pu deviner? " le raisonna Simon.
- " Tu ne comprends pas Simon… Je ne supporterai pas de la perdre… Si elle devait mourir, je crois que j'en mourrais aussi! " assura Largo à bout de nerfs.
- " Tu réalises enfin combien tu tiens à elle? " intervint Kerensky qui jusque là, avait préféré rester en dehors de la conversation. " Il était temps que tu comprennes que tu l'aimais bien plus que ce que tu ne voulais bien l'admettre et bien plus que ce que tu ne l'aurais dû. " continua-t-il.
- " Comment se fait-il que je sois toujours le dernier au courant!? " s'exclama Ovronaz qui cherchait à détendre l'atmosphère.
- " Moi-même je ne l'avais pas comprit Simon. J'étais trop con pour me rendre compte que celle que je cherchais, était devant mes yeux depuis tout ce temps! " s'apitoya Largo.
- " L'amour rend aveugle, Largo! c'est bien connu! " affirma Simon en essayant de redonner le moral à son ami.
- " Ouais, mais là, ça commençait vraiment à être long! " constata sarcastiquement Kerensky que Simon fusilla du regard.
- " Je ne veux pas la perdre! Je ne peux pas! Je ne le supporterais pas! " déclara Winch sans tenir compte de la remarque de Georgy.
- " Mais personne ne le souhaite Largo. " protesta Simon.
Ils se tournèrent tous vers la chambre de Joy et la regardèrent en silence. Au bout d'un moment Simon posa ses mains sur les épaules de son ami et lui dit doucement :
- " Viens Largo, rentrons! Georgy restera là pour veiller sur Joy. On se relayera tous les trois auprès d'elle jusqu'à qu'elle ne court plus aucun danger. Mais pour être efficace, il ne faut pas être à moitié endormi. Et puis… Tes vêtements sont pleins de sang, tu as besoin d'en changer. "
Largo le regarda dans les yeux. Simon soutint son regard avec le plus de compassion possible. Largo finit par accepter de rentrer se reposer avec Simon.
CHAPITRE VII
Au groupe W, dans l'appartement de Largo :

(18h55) Le téléphone se mit à sonner et Largo sursauta. Il décrocha avec la peur que ce soit une mauvaise nouvelle :
- " Largo? C'est John. " déclara la voix au bout du fil.
Winch poussa un soupir de soulagement.
- " Largo? Qu'est ce qui se passe? " s'inquiéta Sullivan.
- " J'attend un coup de fil du médecin, si l'état de Joy change dans un sens ou dans l'autre. " annonça Winch.
- " Ils n'ont rien pu vous dire? " demanda Sullivan.
- " Non, la nuit sera décisive. " annonça Largo.
- " Bon, je ne veux pas occuper la ligne trop longtemps, j'ai appelé l'hôpital et ils m'ont dit que vous étiez rentré. Je voulais juste m'assurer que vous étiez arrivé sans encombre. Je suis sur la route, je vous rejoins dans un moment. " déclara Sullivan.
- " Entendu John, à tout de suite. " termina Largo avant de raccrocher.

(19h00) Simon était parti préparer des cafés. Largo restait seul dans son bureau l'air pensif ne pouvant détacher son regard de la photo qu'il tenait entre ses mains et qui habituellement était posée sur son bureau. Elle avait été prise le jour de l'anniversaire de Joy. Elle était au milieu des trois compères, arborant un sourire radieux, les yeux pétillants de vitalité et respirant la joie de vivre. Qui aurait pu croire qu'à cette heure, elle gisait dans un lit d'hôpital, entre la vie et la mort. Largo frissonna. Soudain quelqu'un frappa à la porte et la tête de Cardignac apparut dans l'embrasure de la porte. Largo eut un geste d'agacement.
- " Que voulez-vous Michel? " demanda-il froidement.
- " Ah M.Winch! Je venais vous voir au sujet de ma Ferrari. " commença Cardignac en entrant dans la pièce.
- " Votre Ferrari? " interrogea Largo intrigué. " Qu'est-ce que votre Ferrari a à voir avec moi? "
- " Et bien, figurez-vous qu'elle a été endommagée par la fusillade… " poursuivit Cardignac.
- " Endommagée?! " s'exclama Largo ahuri, les yeux ronds.
- " Oui, elle est complètement foutue. Elle a explosée et j'aimerais savoir si vous comptez m'en payer une autre étant donné que ça s'est passé dans le parking du Groupe W… " déclara Cardignac sans la moindre gêne.



Largo en resta sans voix. Il était estomaqué. Quel culot! Il en aurait presque rit si Joy n'avait pas été sur un lit d'hôpital. Cardignac continua sans se rendre compte de l'indécence de ses propos :
- " … et que c'est votre garde du corps personnel qui est à l'origine de l'incident… "
S'en était trop! Largo était abasourdi et n'en croyez pas ses oreilles. Il se leva et se dirigea vers Cardignac, très irrité par le comportement de son employé.
- " … parce que vous savez ça coûte une petite fortune ces voit… " mais il fut coupé par un Winch ulcéré.
- " Vous vous fichez de moi Cardignac!? Joy est sur un lit d'hôpital, et vous, vous venez me parler de votre voiture?! " s'écria Largo furieux.
- " Vous ne savez pas ce qu'elle m'a coûtée! Et sans cette femme qui vous sert de garde du corps… C'est de sa faute, tout de même! J'espère que vous allez la virer… " s'exclama Michel dépassant les bornes.
Largo explosa. Il attrapa Cardignac par le col et le plaqua violemment contre le mur.
- " Cette femme, comme vous dites lutte en ce moment même entre la vie et la mort, et son état me préoccupe considérablement plus que celui de votre maudit tas de ferraille! Si elle meurt je vous promets que je vous rachète une voiture et que je vous écrase avec! Vous m'entendez, Cardignac?! Et je suis, on ne peut plus sérieux! " hurla Largo hors de lui.
Dans le couloir menant au bureau et appartement de Winch :
Sullivan et Simon venaient d'arriver au dernier étage de la tour, là où Largo logeait, lorsqu'ils entendirent distinctement Winch et Cardignac s'engueuler. Ils accélérèrent alors le pas.
- " Vous vous fichez de moi Cardignac!? Joy est sur un lit d'hôpital, et vous, vous me parlez de votre voiture?! " s'écria Largo furieux.
- " Vous ne savez pas ce qu'elle m'a coûtée! Et sans cette femme qui vous sert de garde du corps! C'est de sa faute, tot de même! J'espère que vous allez la virer… " s'exclama Michel dépassant les bornes.
Un bruit sourd se fit entendre, celui du corps de Cardignac qui venait d'être plaqué contre le mur.
- " Cette femme, comme vous dites, lutte en ce moment même entre la vie et la mort, et son état me préoccupe considérablement plus que celui de votre maudit tas de ferraille!… "



Le duo entra précipitamment dans la pièce, alors que Largo était entrain de gueuler sur Michel, en le maintenant en l'air, plaqué contre un mur, par le col.
- " … Si elle meurt je vous promets que je vous rachète une voiture et que je vous écrase avec! Vous m'entendez, Cardignac?! Et je suis, on ne peut plus sérieux! " hurla Largo hors de lui.
Il était vraiment fou furieux et d'un commun accord, Sullivan et Simon décidèrent de le maîtriser afin qu'il lâche sa victime :
- " Calme toi Largo! Lâche-le, il n'en vaut pas la peine! " déclara Simon tout en le maintenant à grande peine.
- " Vous n'avez vraiment aucun savoir-vivre? Vous avez vu ça John? Vous êtes témoin, cet homme est fou… " lança Michel tout en rajustant sa cravate et la veste de son costume.
Les muscles de Largo se tendirent. Il aurait voulu se rejeter sur lui, mais ses amis le tenaient bien.
- " Vous n'êtes qu'un… " commença Winch avant d'être coupé par Sullivan.
- " Michel, cette fois encore vous allez trop loin! Vous devriez vous taire et sortir avant que je ne change d'avis et que je le laisse faire. Vous n'aurez alors plus qu'à vous débrouiller seul avec lui. " menaça Sullivan.
- " Je… " commença Michel, mais Sullivan reprit :
- " Vous feriez mieux de partir Cardignac avant qu'il ne vous arrive la même chose qu'à votre voiture. Et un dernier conseil, priez le ciel pour que Joy survive, ou je crois que vous avez de sacrés soucis à vous faire pour votre avenir. "
Michel regarda un par un les personnes présentes dans la pièce et qui le fixaient toutes d'une façon détestable. En voyant la haine dans les yeux de Largo, il sut qu'il ne plaisantait pas, ce qui le décida à sortir tout en grommelant quelque chose. Quand ils furent certains que Largo n'allait pas se ruer à sa poursuite, Sullivan et Simon le relâchèrent.
- " Je me demande pourquoi je ne l'ai pas encore viré celui-là! " déclara Largo tout en shootant dans une boite qui se trouvait par terre, puis il s'assit dans son fauteuil afin de se calmer.
- " Je me suis posé la question pas mal de fois. Mais il n'a aucun sens moral et pour les affaires c'est un avantage certain. Cela dit, je trouve qu'il est vraiment inconscient d'être venu vous demander ça dans des circonstances pareilles. " concéda John.
Sullivan laissa un peu de temps à Largo avant de le rassurer sur le véritable détonateur de son comportement :


- " Je suis sûr qu'elle va s'en sortir, Largo. Joy n'est pas du genre à se laisser vaincre sans se battre, c'est une dure à cuire! " dit-il l'air sûr de lui.
- " Merci John. Je souhaite que vous ayez raison. " répondit Winch implorant.
CHAPITRE VIII
Le lendemain :

(mercredi 9h00) Largo n'était pas parvenu à trouver le sommeil, il avait demandé à Simon et Sullivan de le laisser seul car il avait besoin de réfléchir. Ni Kerensky, ni le docteur n'avait appelé. C'était plutôt bon signe. Largo décida d'aller, sans perdre un instant, à l'hôpital. Sans prévenir qui que ce soit, il descendit au parking pour prendre sa voiture. La vision du périmètre de sécurité qui avait été installé par la police dans la zone où les deux frères avaient attaqué le mit mal à l'aise. Sur le sol, on pouvait encore voir deux grosses taches noirâtres aux endroits où Joy et Dimitri étaient tombés. La vue de tout ce sang séché sur le sol lui rappelant de mauvais souvenirs, il ferma les yeux quelques secondes afin de reprendre ses esprits. Cinq bonnes minutes plus tard, Largo arrivait à l'hôpital.

Hôpital St Andrews

Il se rendit immédiatement au service des soins intensifs. Là il aperçut, Simon qui avait remplacé Kerensky tard dans la nuit, en pleine conversation avec le docteur Carter. Un frisson d'angoisse le traversa. Que se passait-il? Il aurait voulu aller aux nouvelles, mais il n'osait pas. Et si…? Il rejeta cette idée en secouant la tête et lentement leva les yeux vers le lit de Joy. Il eut un soupir de soulagement en l'apercevant toujours allongée sur le lit, relié au monitoring qui indiquait imperturbablement son rythme cardiaque. Joy vivait. Le docteur l'ayant aperçut, il s'approcha accompagné de Simon. Il lui annonça qu'il n'y avait aucun changement mais que Joy avait néanmoins passé la nuit ce qui était une très bonne chose. Désormais Largo pouvait aller la voir. On ne savait pas si elle pouvait entendre, mais si c'était le cas c'était une bonne chose. Il fallait essayer de lui parler pour qu'elle se réveille.

Aux Soins Intensifs :

(9h20) Largo entra dans la salle et resta quelques instants immobile n'osant pas avancer. Elle était si pâle et avait l'air si fragile. Il finit par se décider à approcher de son lit et à s'asseoir sur la chaise que l'on avait placée là à son attention. Il attrapa la main de Joy et la porta à son visage. Il la frotta doucement contre sa joue et y déposa quelques baisers. Sentir la chaleur de sa main contre lui, après tout ce qui s'était passé et la peur qu'il avait éprouvé toute la nuit, le réconforta. Il sentit à nouveau la force des sentiments qu'il éprouvait pour elle, monter en lui : il l'aimait! Il n'y avait plus aucun doute. Il la chérissait plus qu'aucunes autres. Jamais il n'avait éprouvé des sentiments aussi forts. Rien d'autre n'avait d'importance, il fallait qu'elle vive. Il n'envisageait même plus la vie sans elle.
- " Joy? C'est Largo! Je ne vais pas pouvoir rester longtemps, mais je voulais que tu saches qu'on est tous avec toi. Tu dois te battre Joy. Il le faut! Tu ne peux pas m'abandonner, j'ai tellement besoin de toi! " la supplia tendrement Largo. " Tu sais, les médecins disent qu'il faudrait que tu essayes de te réveiller… Réveilles-toi Joy, j't'en prie!… " l'implora-t-il.

(9h30) Quelques minutes plus tard, une infirmière lui indiqua qu'il était temps qu'il reparte.
- " Je dois te laisser Joy, les médecins ne m'autorisent pas à rester plus longtemps. Tu dois continuer à te battre et te réveiller. Je reviendrai dès qu'on me le permettra à nouveau. " lui murmura-t-il doucement à l'oreille avant de déposer un baiser sur son front et de quitter la pièce.
Largo resta encore quelques minutes avec Simon, puis partit. Il passa deux bonnes heures à tourner en rond dans New York avant de se décider à rentrer.


(11h43) Au groupe W :
- " Mais bon sang Largo, où est-ce que vous étiez?! " s'exclama Sullivan en l'apercevant.
- " Je suis allé voir Joy " déclara Largo fatigué par la nuit blanche qu'il avait passé.
- " Je sais, mais Simon m'a dit que ça faisait plus de deux heures que vous l'aviez laissé. Où étiez-vous pendant tout ce temps? " questionna John.
- " J'avais besoin d'être seul. Il fallait que je fasse le point, alors je me suis promené dans New-York. " expliqua Largo épuisé.
Sullivan se calma et demanda :
- " Comment va-t-elle? "
- " Aucune évolution! Mais elle a passé la nuit, ce qui est très positif. Maintenant il faut juste qu'elle se réveille, mais ça peut prendre plusieurs jours. Le docteur pense que le plus dur est passé. " annonça Largo.
- " C'est une très bonne nouvelle! " s'exclama-t-il avant de reprendre sur un ton plus modéré " Mais dorénavant, dites à quelqu'un où vous allez afin qu'on ne croit pas à un enlèvement ou je ne sais quoi d'autre. Je crois que Joy n'apprécie pas non plus quand vous faîtes cela, n'est-ce pas? "


Largo sourit.
- " Vous avez ma parole, John! " promit Largo avant de se diriger vers son appartement.
- " Largo! Une dernière chose… essayez donc de dormir un peu. Vous avez une mine épouvantable! " ajouta Sullivan.
- " Je ne parviendrais pas à fermer l'œil! Mais je vais essayer, ne vous inquiétez pas. " répondit-il.

Part 3