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Disclaimer: les personnages ne m'appartiennent pas (ils sont la propriété des
éditions Dupuis), je fais ceci gratuitement pour mon plaisir personnel, et, j'espère, celui des gens qui
me liront.
Note de l'auteur: Le chapitre 11 et un passage du chapitre 14 sont
classés NC 17, et sont à éviter pour les largojoyistes pur et dur.
NE PAS PUBLIER SANS MON AUTORISATION (Toute personne tentée de passer outre est invitée à aller
consulter les articles L-111 et suivants du Code de la Propriété Intellectuelle...) |
Chapitre 1
Deux heures après la scène finale de Résurrection. De l'extérieur, un grand parc, des sapins d'où l'on entre-aperçoit une grande propriété style demeure de campagne victorienne, puis une pièce assez grande, des fenêtrès sur la moitié haute des murs laissant percer les rayons d'un soleil descendant, et un homme attaché sur une chaise.
"Georgi, Georgi", il entendait une voix lointaine qui semblait flotter. Il essaya de bouger mais il semblait paralysé. Il s'hummecta les lèvres et tenta de rassembler ses esprits. Sa vision redevenait plus claire à présent.
"Georgi, allons réveille toi, tss...", il sentit un coup claquer sur sa joue. Une cravache. Il se concentra sur la silhouette de noire vêtue qui se tenait devant lui un peu en retrait. Elle s'avança dans la lumière.
Georgi: "Marissa!!!" Il la dévisagea: elle n'avait plus rien de la petite secrétaire effarouchée qui l'avait ému, bien plus qu'il n'avait voulu se l'avouer. Un pantalon cintré sur des bottes hautes, un petit pull au décolleté en V qui moulait parfaitement sa poitrine: elle se pencha vers lui et sourit. Son regard était froid.
Marissa:"Tu vois Georgi, tu n'aurais pas dû refuser mon invitation à diner. On aurait pu beaucoup s'amuser avant d'en arriver là". Elle s'assit sur lui. "Tu étais si facile à manipuler en connaissant ton dossier: aucune femme fatale n'aurait pu te tourner la tete mais ton syndrôme de l'homme dangereux et protecteur, c'était si prévisible", reprit-elle d'un ton venimeux. Il ne pouvait bouger les bras et les jambes menottés au barreau de la chaise sur laquelle il était assis, et lorsqu'il essaya de bouger toute la chaise, il se rendit compte qu'elle était coulée dans le sol. Marissa lui agrippa les cheveux et tira sa tête en arrière.
Marissa: "Georgi, Georgi, c'est sur moi que tu dois te concentrer". Elle l'embrassa fougueusement et poussa un cri. "Chien!". Un nouveau coup de cravache partit, déchirant légèrement la peau de sa joue cette fois-ci.
Une lueur haineuse dans les yeux, Marissa essuya le sang qui perlait de sa lèvre, là où Georgi l'avait mordue.
Il sourit ironiquement. "Désolé, ma belle, je n'ai jamais pu embrasser les serpents." Il regarda autour de lui. Trois hommes à la porte, des MK-47 à la main, ce n'était pas comme ça qu'il allait sortir.
Il entendit Marissa prononcer le nom de Joy et la regarda à nouveau.
Marissa, savourant ce qu'elle allait lui apprendre: "Là j'ai toute ton attention,
n'est ce pas mon chéri? Oui, tes petits copains sont tombés dans le panneau comme prévu, et il y a même eu un peu de casse avec ta copine Joy: elle y a laissé sa peau en voulant sauver ton imbécile de patron". Hmmm, elle sourit," j'oubliais, ton ex-patron".
Il revit brusquement la scène: il les avait entendu dans le jet, les trois qui lui avaient retiré leur confiance d'un seul coup, comme s'il ne leur avait pas prouvé? Cela lui avait fait mal, beaucoup plus qu'il ne l'aurait jamais pensé, ça lui apprendrait à laisser des gens entrer dans sa vie. Il avait trouvé d'où venait la photo, mais Simon, un traître, ça paraîssait invraisemblable, il aurait eu mille fois l'occasion de se débarasser de Largo. Et puis, n'importe qui d'un peu adroit aurait réussi à y entrer dans son appartement, Simon ne verrouillait le code qu'une fois sur..., ce n'était même pas la peine de compter. De toute façon, ce n'était plus son affaire. Il avait changé le message du Bunker mais au moment de sortir, il s'était retourné et il s'était dit que c'était trop idiot, il avait déjà fui une fois quand le KGB l'avait rejeté, il n'allait pas tout recommencer à nouveau. Il avait entendu le téélééphone sonner et sé'était diréigé pouér répondre quand il avait vu rouler à ses pieds un cylindére dégageant de léa fumée et puis, plus rien…
Marissa le regardait toujours, devinant le cheminement de ses pensées. Elle cliqua des doigts et un pan du mur glissa, révélant un écran de contrôle: c'était l'intérieur du Bunker, mais dévasté.
Puis comme si il venait de se réveiller à nouveau, il se rappela les mots de Marissa. Joy, morte, les ex-agents de la CIA ne se faisaient pas avoir si facilement, mais avec ses sentiments cachés pour Largo? Les autres devaient être effondrés. Et vulnérables!! Mais déjà ses réflexes reprenaient le dessus. Il pleurerait Joy quand il le pourrait, en attendant que pouvait-il faire…
Mais pourquoi l'avoir enlevé, lui, pourquoi ne pas l'avoir déjà éliminé, cela n'avait aucun sens, à moins que? Il regarda Marissa avec froideur: "Le corps que Largo a fait exhumer du cercueil de Nerio, ce n'était pas le corps qui y avait été enterré."
Marissa: "Je vois que tu comprends enfin. Pour un ex-agent du KGB, tu es assez décevant, je dois dire…"
Georgi: "Vous aviez piraté mes ordinateurs donc quand j'ai comparé la photo de Nerio avec mon logiciel, vous avez truqué les résultats. Mais vous n'aviez pas prévu que je ferais aussi une reconnaissance vocale."
Marissa: "Je devais garder ce moucheron de Jack et jouer la bonne petite secrétaire quand tu a lancé la recherche, je n'ai pas eu le temps de modifier les paramètrès. De toute façon, Largo était déjà persuadé que c'était son père. La Commission avait raison sur toute la ligne: vous attaquer de front ne menait à rien alors on a essayé la bonne vieille psychologie. A vous voir de près, vos sentiments étaient si tranparents, c'en était risible. Votre jalousie réciproque avec Simon, le flirt de Joy et Largo, sa jalousie envers Diana."
Georgi: "Alors pourquoi ne pas me tuer tout de suite puisque tout s'est déroulé selon vos plans?"
La rage se peignit sur le visage de Marissa: "Le Bunker est le seul endroit d'où je puisse effacer les dernières traces du vrai Nerio, mais ton système de sécurité s'est mis en route et je n'ai pas réussi à le contourner. Tu vas donc faire ça pour moi, mon trésor".
Un des hommes l'appela et lui parla à voix basse. "Gardez la porte jusqu'à ce que je revienne". Elle se retourna vers Georgi: "Pas la peine de rêver, même si tu t'arrachais la peau en réussissant a défaire les menottes, les murs sont électrifiés et le sol va l'être aussi, excepté pour les 50 cm entourant ta chaise. Vu la hauteur du plafond, je dirais que tu vas être un bon garçon et m'attendre ici!!"
Il se retrouva seul dans la pièce éclairée par les derniers rayons du soleil. Quel était leur but avec ce faux Nerio? Pourquoi avoir fait semblant de l'enlever à nouveau? Des questions sans réponses se bousculaient dans sa tête. La tension sur ses bras et ses jambes se faisait sentir peu à peu et dans quelques heures, il savait que la douleur deviendrait intolérable. Marissa savait ce qu'elle faisait, pensa-t-il avec amertume.
Chapitre 2
Pendant ce temps à Montréal. Hôpital de la Pitié, le service des Urgences, très occupé, des gens qui passent dans tous les sens, d'autres allongés sur des brancards, des infirmières, des médecins...
Largo était au téléphone avec Diana. Puisque quelqu'un semblait connaître si précisement leurs mouvements, Diana et Jack étaient des proies faciles, particulièrement si Kerensky les avait trahi. Heureusement, elle avait répondu tout de suite, elle était morte d'inquiétude, le flash télévisé qu'elle avait vu sur une chaîne canadienne avait annoncé une violente fusillade dans les entrepôts et parlé de plusieurs morts sans autres précisions. Il racrocha en lui promettant de rentrer le plus tôt possible. Il n' avait pas mentionné Joy.
A ses côtés, Simon le regardait, rongeant son frein. "Incroyable", lui dit-il, "Joy qui se prend deux balles pour toi et la première chose que tu fais, c'est d'appeler Diana. Tu me dégoutes vraiment cette fois!"
Simon s'éloigna de quelques pas et fixa intensément la porte de la salle d'opération. Les médecins n'avaient rien voulu leur dire depuis qu'on avait transporté Joy ici. Son coeur était reparti après trois chocs électriques, et personne ne voulait se prononcer. Les médias, ces vautours, avaient déjà annoncé son décès.
"Allez ma belle", pensa-t-il très fort, comme s'il pouvait lui communiquer la force dont elle avait besoin, "Tu ne vas pas nous faire ça, tu sais bien quels sombres crétins nous serions sans toi, et puis, tu ne vas quand même pas laisser Diana gagner la partie si facilement!!" Au fond de son coeur, pourtant, il savait très bien que ce n'était pas là la vraie raison. Quand il l'avait vu étendue, le sang coulant peu a peu de ses plaies, dans les bras de Largo, il avait voulu être à la place de son meilleur ami, il l'avait souhaité si intensément, qu' un bref instant, il avait presque haï Largo, pour qui Joy venait de donner sa vie. Il soupira tristement, jamais elle ne serait pour lui, le clown, le pantin, l'ex-voleur, jamais il ne pourrait lui dire ce qu'il ressentait sans qu'elle lui rit au nez. Comment aurait-il pu lutter face au beau, généreux, intelligent Largo... Et ce côté masochiste qui l'avait poussé à aider Joy à se rapprocher de Largo, si cela la rendait heureuse. En fait, c'éétait tout ce qu'il voulait, la voir heureuse, et si c'éétait avec Largo, tant pis. Avant, il aurait dit que son meilleur ami la éméritait bien, mais ces derniers temps, depuis que Dianéa était revenue, le comportement de Larégo était en dessous de tout. Diana, depuis qu'eélle était làà, tout allait de traverés. C'éétait étonnant d'ailleurs, elle avait tout fait épour s'éloigner de Largo une fois qu'on avait su qéue Jack était le fils de David. Et làà, elle revenait comme une fleur et l'attirait dans ses filets en jouant ésur son désir, son manque d'une famille. Et tout ç&ccéedil;a, c'était sa faute en plus…
Pour impressionner Joy, qui devait s'en ficher éperdument, il avait été suivre ce maudit séminaire à Berlin. Ensuite, à voir Largo et Diana se rapprocher à nouveau, il avait bêtement cru qu'il pourrait peut-être atteindre Joy, qu'elle le voit différemment. Résultat, il s'était mis à jouer au petit chef face à Kerensky et ça avait été un vrai désastre. Il repensa au message du russe sur le répondeur du Bunker: ils avaient été de véritables salauds avec lui. Au lieu de lui laisser une chance, tous ensemble, ils en étaient revenus à la défiance du début, et regardez où ça les avait mené. Il aurait dû se renseigner sur la provenance du fax, mais sur le moment, ça lui avait paru
si évident. En fait, il devait bien se l'avouer maintenant, il avait été jaloux. Parce que Joy, quand elle ne regardait pas Largo, écoutait toujours Kerensky, le respectait, même s'ils n'arrêtaient pas de se lancer des piques.
Kerensky, il fallait absolument le prévenir pour Joy. Il réessaya le Bunker mais toutes les lignes semblaient coupées, puis son portable. "Amis capitalistes, bonjour, si c'est pour m'empoisonner l'existence avec un nouveau problème dérisoire, laissez tomber, sinon, laissez un message". Malgré lui, Simon sourit puis son visage redevint grave. "Georgi, c'est Simon, on est à l'hôpital de la Pitié à Montréal. Je ne sais pas si tu es au courant, mais ça a été la cata ici. En bref, on a perdu Nerio et Joy s'est pris deux balles. On l'opère en ce moment. Rappelle-moi dès que tu as ce message. Et Kerensky..., je m'excuse". Il raccrocha et se remit à regarder la porte derrière laquelle Joy était en train de se battre pour sa vie. Il en était sûr. Jamais elle n'abandonnerait!!
Largo regardait Simon, si aborbé dans ses pensées. Il avait été tellement choqué en l'entendant qu'il était resté là, comme un imbécile. Bien sûr il n'avait pas parlé de Joy à Diana. S'il l'avait fait, il se serait mis à pleurer comme un bébé au bout du fil. Elle lui avait sauvé la vie alors qu'il l'avait traité si froidement quelques heures auparavant. Il baissa la tête sur les tâches sombres qui maculaient son pull. C'était le sang de Joy. Celui qu'elle avait versé pour lui. Et Simon qui avait l'air de ne rien comprendre. Décidément, tout allait de mal en pis. Savoir que son père était vivant l'avait complèment déboussolé. Il s'était raccroché à Diana et à Jack comme une fuite en avant, comme parce qu'ils représentaient l'image de la famille parfaite, celle qui lui avait tant manqué. Pouvoir parler à son père, savoir pourquoi il avait véécu ééloigéné de lui, quéi était sa mère, queléle était cette sombre farce qui avait fait de lui le dirigeant de la compagnie Winch??
Simon appelait Kerensky pour le prévenir. Largo avait honte de son attitude vis-a-vis d'eux. Simon, Joy et Kerenski n'avaient cherché qu'à l'aider et lui, il s'était enfoncé tout seul dans son cauchemar. Il les avait relégués au rang de simples employés. Il leur en avait voulu de ne pas être aussi heureux que lui de la nouvelle pour son père. Et sutout à Kerensky qui ne semblait pas convaincu. C'était à cela qu'il avait pensé quand il l'avait mis hors du coup. Pas étonnant que le russe soit parti. Kerensky avait sa fierté et Largo sentait aussi instinctivement qu'ils l'avaient blessé. Georgi avait abaissé sa garde avec eux. Ils étaient les seuls à avoir son numéro de portable, les seuls à qui il avait fait cette confiance. Et ils l'avaient trahi.
Largo sentit les larmes lui monter aux yeux. Pour lui, pour son père, pour son comportement envers ses amis, et surtout pour Joy. Si forte, si professionelle, si légère évanouie dans ses bras, alors qu'il s'accrochait à elle sans savoir quoi faire. Il avait cru la perdre. Il était hors de question que cela se produise. Il sentit une colère noire l'envahir. Celui qui les avait trahi allait payer. Jaegger déjà était mort. Il aurait voulu le tuer mais, bien que blessé, celui-ci s'était lui-même tiré une balle dans la tête. La Commission ne devait pas apprécier les échecs. Et elle avait echoué puisqu'il était en vie, bien décidé à retrouver son père. Et Joy. Il était temps de réagir. Il aurait tout le temps de clarifier ses sentiments face à Joy et Diana, car il savait avec certitude que Joy allait survivre. Il ne pouvait pas en être autrement. Son portable sonna.
Largo: "Sullivan, que se passe-il?"
Sullivan: "C'est plutôt à moi de vous le demander, Largo. Entre Diana qui a débarqué hystérique en pleine réunion du Conseil parce qu'elle était morte d'inquiétude suite à votre escapade, et qui révèle que Nerio n'est pas mort. Je ne vous raconte pas les questions auxquelles j'ai été soumis. Cela va être la guerre quand vous rentrerez. Michel, pour ne pas le nommer, est outré de ne pas avoir été mis au courant. Et quand j'ai essayé de trouver Kerensky pour qu'il me dise de quoi il retournait, j'ai trouvé le Bunker ouvert, mis à sac. Vous l'avez viré et il s'est vengé ou quoi?"
Largo resta assommé par ce qu'il entendait. Le Conseil, il en faisait son affaire, c'était une bande de hyènes, mais qui détaleraient à la première sommation, en particulier suite à leur cuisante défaite pendant le procès. Bien sûr, pensa-t-il, ça les arrangerait bien que son père soit vivant, ils pourraient retourner à leurs sales petites magouilles. Mais Kerensky disparu… Le froid l'envahit. Alors il s'était trompé du tout au tout sur le russe. C'était bien lui la taupe.
Il raccrocha au nez de Sullivan et se dirigea vers Simon pour le mettre au courant quand la porte de la salle d'opération s'ouvrit. Une infirmiere sortit, poussant un lit dans lequel était allongée Joy, blanche comme la mort. Largo et Simon se precipitèrent.
Docteur: "Chut, du calme, Messieurs, elle doit se reposer". Ils suivirent le brancard des yeux, puis reportèrent leur attention sur le médecin. "Melle Arden a perdu beaucoup de sang mais son arrêt cardiaque nous a le plus inquiété. Heureusement, il était dû plus au traumatisme du choc des balles qu'à une hémorragie interne comme nous l'avions craint. Elle a eu beaucoup de chance. Les balles étaient ressorties et n'ont pas touché d'organes vitaux. C'est quelqu'un qui a du caractère, elle va se remettre sans problème mais il lui faut beaucoup de repos."
Un poids s'enleva de la poitrine des deux hommes. Ils se regardèrent et tombèrent dans les bras l'un de l'autre.
Simon: "Qu'est ce qu'on peut être con des fois, hein Largo, J'suis désolé, je sais pas ce qui m'a pris!!"
Largo: "Tais toi, c'est ma faute, j'ai été lamentable sur ce coup-là."
Il repensa au coup de fil de Sullivan. Plus tard. D'abord aller voir Joy et ensuite… Les deux hommes se dirigèrent à la suite de l'infirmière.
Chapitre 3
Retour à la pièce où Georgi est prisonnier.
Il essaya de bouger un peu les épaules. Il avait vraiment perdu de son entraînement, il s'était tellement laissé aller pendant ces années noires où il était ivre de dégoût pour lui-même, pour le travail qu'il faisait. Largo lui avait rendu sa fierté. Bien sûr, c'était un immonde pourceau capitaliste, pensa-t-il en essayant de se faire rire, mais il avait vraiment un fond humaniste. Toujours prêt à aider les gens, à intégrer le coût humain dans ses décisions. A la différence du vrai Nerio, qui d'après le peu qu'il en savait, tous les dossiers le concernant ayant été effacés par la Commission, avait été un vrai requin des affaires. Sans doute avait-il eu quelques succès dans sa lutte contre la Commission qui avait décidé de se débarasser de lui. Mais elle n'avait pas compté sur Largo, et sur l'aide que le Père Maurice et Sullivan lui avaient apportéé.
Tout cela ne le menait à rien. Si c'était un faux Nerio dehors, pourquoi faire semblant de le kidnapper devant Largo comme le lui avait dit Marissa? Il avait lui-même failli croire à ce personnage, il savait que les autres seraient complètement sous l'illusion. Ce faux Nerio aurait pu reprendre la direction du Groupe Winch et pousser doucement Largo vers la sortie. Tout cela n'avait décidément aucun sens.
La porte se rouvrit et Marissa apparut. Elle s'était changée. En d'autres temps, elle aurait été tout à fait à son goût: une longue robe de soie noire à fines bretelles, avec un décolleté qui descendait très bas. Elle tourna sur elle-même et il vit le dos nu et la longue fente sur le côté de la robe qui mettait ses jambes en valeur, leur courbure accentuée par les escarpins qu'elle portait. Ses cheveux étaient relevés sur sa nuque et quelques boucles s'en échappaient.
Marissa, lui souriant: "Alors Georgi, cela fait combien de temps que tu n'a pas tenu une femme comme moi dans tes bras? D'après notre surveillance, tu vis à peu près comme un moine avec tes petits ordinateurs…"
Alors elle savait cela aussi. Les ordinateurs, ça ne faisait pas souffrir. Et il avait eu son compte de femmes qui l'avaient quitté. Qu'est ce qui faisait qu'il n'arrivait jamais à les retenir… Longtemps, il avait eu l'excuse de son travail, mais après… alors il était resté seul. La dernière fois qu'il avait couché avec une femme, c'était avec une inconnue rencontrée dans un bar. Ce n'était pas ce qu'il appelait faire l'amour. Elle était jolie mais le genre de femme qui rentre avec un homme après quelques verres n'était décidément pas le sien. Il l'avait quitté avant qu'elle soit réveillée. Il aurait dû la présenter à Simon… Il lui aurait fallu une femme avec qui il pourrait se découvrir. Son passé l'encombrait trop. Encore que à regarder Marissa maintenant, il avait vraiment été stupide de ne pas vouloir la mettre en danger.
Il repensa à ce qu'elle lui avait dit. Joy, morte. Joy, avec qui il se disputait sans cesse au début, et puis où était venu le respect mutuel. Joy qui pouvait être si jolie et si sexy sans même le chercher. Il avait parfois imaginé ce qu'il pourrait ressentir s'il l'embrassait, s'il sentait son corps contre le sien. Mais elle était folle de Largo même si elle faisait tous les efforts pour ne pas le montrer. Elle le lui avait quasiment avoué quand Vanessa était venue la première fois et il respectait ça. Vanessa. Il pensa à Simon. A son attitude si étrange juste avant tout ceci. Est-ce qu'il avait été jaloux de l'attention portée par Diana à Largo alors que c'était Simon qui lui avait sauvée la vie? Il avait sans doute essayé de se rendre important et Kerensky n'avait pas supporté de se faire remettre à sa place devant Joy. Simon l'avait humilié mêême si, en fin de compte, il n'avait certainement pas voulu ça.
Une gifle vint interrompre ses réflexions.
Marissa, boudeuse, "Décidément, il faudrait que je me promène nue devant toi pour que tu te concentrès un peu." Elle tourna la tête vers l'écran et il l'imita machinalement: Sullivan venait de pénétrer dans le Bunker. Etonnant, pensa Georgi, il n'a pas l'air affolé. Sullivan se tourna vers eux et leur fit un petit signe. Il ne pouvait pas les voir… Mais quel aveugle il avait été. Qui, avec ses faux airs de ne pas y croire, avait poussé Largo? Qui était au courant pour le sosie? Qui, se rappela-t-il soudain, avait embauché Marissa et l'avait affectée à Cardignac, sachant comment il traitait ses subordonnées femmes?
La mort dans l'âme, il suivit la conversation de Largo et Sullivan. Rien qu'à l'entendre, il sentait que Largo l'avait définitivement identifié comme celui qui les avait trahi et avait permis la reprise de l'homme qu'il croyait son père.
Sullivan entendit Largo lui raccrocher au nez et se tourna vers la caméra. "Vous pouvez abandonner tout espoir que vos amis viennent à votre secours, Mr Kerensky". Il parlait d'une voix seche, bien différente de celle que Georgi lui connaissait habituellement.
Sullivan: "D'ailleurs, peux-t-on parler d'amis quand on voit la vitesse avec laquelle ils vont ont condamné. La Commission, elle, écoute un membre avant de le sacrifier. Pourquoi ne nous rejoindriez-vous pas? Marissa serait ravie, elle qui a un petit faible pour vous", dit-il ironiquement.
"Espèce d'idiote, si c'est en vous promenant habillée ainsi que vous pensez l'amener à faire ce qu'on lui demande.."
Georgi vit la peur s'inscrire brièvement dans le regard de Marissa. Intéressant, la Commission n'était pas la seule à pouvoir jouer sur le terrain des sentiments.
Sullivan: "Faites lui sa piqûre et emmenez-le"
Marissa était déjà derrière lui, et il sentit l'aiguille s'enfoncer dans sa nuque. Il tenta de résister mais ses yeux se fermèrent. La dernière chose qu'il entendit semblait parvenir de très loin. Sullivan hurlait; "Quoi, Joy Arden est vivante". Puis ce fut le néant….
Chapitre 4
Une semaine plus tard. Une chambre d'hôpital, grande, des murs bleus, une fenêtre qui donne sur un parc, des fleurs partout. Le soleil qui se lève…
Joy se redressa et regarda le soleil illuminer peu à peu sa chambre. Il y avait déjà une heure qu'elle était réveillée. Il faut dire qu'après trois jours à ne faire que dormir, même après s'être fait tirer dessus puis opérer, elle commençait de plus en plus à tourner en rond. Grimaçant un peu, elle repoussa le drap et, la main sur le ventre, se dirigea vers la glace de l'entrée. Dieu merci, avait-elle pensé quand Simon lui avait apporté des affaires au bout de deux jours, elle n'aurait plus supporté la blouse d'hôpital une journée de plus: elle s'était sentie si nue dedans face à Largo…
Elle releva son t-shirt et regarda le pansement blanc lui entourant la taille et l'estomac qu'on lui changeait tous les jours. Les médecins lui avaient dit que c'était un miracle que ni sa rate ni son foie n'aient été touchés. Avec précaution, elle commença à le dérouler, jusqu'à l'enlever entièrement: elle passa doucement la main sur la peau rouge encore gonflée à l'endroit des cicatrices. Elle avait beau se remettre très vite, on l'avait prévenu qu'il lui fallait du repos et du calme. Comme si c'était le moment!!
Elle réenroula les bandages et se dirigea vers le placard. Tout en s'habillant en silence, ne voulant pas alerter les deux gardes postés en permanence devant sa chambre, elle repensait aux évènements des derniers jours.
Lorsque les balles l'avaient touchée, elle avait vraiment cru que cette fois… Mais même inconsciente, elle avait sentie la présence de Largo, puis celles de Simon et de Kerensky, qui tous les trois l'avaient poussée à s'accrocher. Elle secoua la tête. Elle avait trop les pieds sur terre pour que cet épisode ne la trouble pas et elle ne voulait pas s'appesantir dessus. Finalement, c'était plutôt à son réveil que les choses avaient été rudes. Prendre une balle ou mourir, quelque part, son entraînement à la CIA l'y avait préparé et elle connaissait les risques inhérents au métier de garde du corps. Mais avec les sentiments… Elle regarda à nouveau les bouquets qui envahissaient sa chambre: Largo, Simon, Diana, Sullivan, tous ces gens qui pensaient à elle.
Largo et Simon avaient tenté en vain de joindre son père: la maison qu'il occupait la dernière fois qu'ils étaient venus était vide et la réponse officielle avait bien sûr été "Jamais entendu parler". Mais un air nostalgique flotta sur son visage alors qu'elle regardait la petite fougère en pot posée sur un rebord de la fenêtre: l'infirmière avait eu l'air dubitative en la lui remettant hier et elle pensait certainement "Quelle drôle d'idée". Aucune carte ne l'accompagnait. Joy seule savait de qui elle venait: quand elle était petite, sa mère et elle avaient une passion pour les fougères et lors des balades en forêt, une fois les exercices auxquels la soumettaient son père réussis, elles déterraient ensemble des fougères et les replantaient dans leur jardin. Lorsque sa mère était morte, elle avait laissé le jardin et les fougères à l'abandon comme un reflet de sa tristesse.
La tristesse. Elle refoula les larmes qui lui montaient aux yeux en regardant les bouquets de Largo. Que des roses. Elle s'assit sur le lit pour mettre ses bottines. Se pencher en avant lui faisait mal, et elle ne voulait pas rouvrir les cicatrices. Elle saisit une rose rouge sur la table de chevet et écrasa ses pétales: peu lui importait toutes ces fleurs, ce qui lui faisait mal, c'était que Largo n'avait été là que quelques minutes pour son réveil puis était reparti pour New York. Sa raison lui disait bien qu'il le fallait, pour reprendre le groupe en main, lancer les recherches sur Nerio… Elle était sûre qu'inconsciemment, il lui en voulait d'avoir failli à la tache: elle lui avait sauvé la vie mais elle n'avait pas récuperé son père. Là-bas, il avait Diana qui s'occupait de lui.
Elle se leva et se dirigea vers la fenêtre. Elle était totalement impuissante face à Diana pour l'instant. Par contre, pour le boulot, il se passait des choses dont on la tenait écartée et cela n'allait pas continuer ainsi. Elle pensa à Kerensky. Largo et Simon avaient eu l'air embarassés quand elle leur en avait parlé. Sur son lit d'hôpital, elle avait réfléchi et n'arrivait pas à croire la photo que Simon leur avait montrée dans le jet. Elle n'arrivait pas à comprendre pourquoi elle l'avait si vite condamné. C'était ses maudits réflexes d'ex-agent de la CIA. On ne passait pas des années à se méfier de quelqu'un sans que cela ne laisse des séquelles. C'était à la fois si loin et si proche. Simon lui avait dit que Kerensky n'avait pas envoyé de fleurs car il trouvait cette coutume bourgeoise trop déprimante, mais qu'il pensait très fort à elle. Elle éétait encore dans le cirage à ce moment-là, mais elle se rappelait bien Simon qui n'arrivait pas àà la regarder en face.
"Tu ne vas pas t'en sortir si facilement, mon bonhomme" dit-elle à voix haute. Elle glissait le long de la corniche du cinquième étage. Elle franchit la fenêtre laissée ouverte, et passa avec un grand sourire devant le vieux monsieur en train de faire des mots croisés. "Vérification des sorties de secours!" Elle jeta un oeil à l'extérieur de la chambre et s'engouffra dans l'ascenseur. Elle avait un sourire carnassier. Simon était à l'hôtel juste en face. Il était resté pour veiller sur elle. Et elle allait le faire parler!
Part 2
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