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Chapitre 8
La nuit qui tombe, une forêt d'érables, le sol gonflé par la pluie, de la mousse, des feuilles mortes. Une silhouette qui tibube entre les arbres puis s'effondre.
Georgi venait de trébucher sur une souche et de tomber. Il rassembla ses dernières forces pour essayer de se redresser. S'agrippant au tronc de l'arbre le plus proche, il serra les dents et parvint à se relever. Sa main laissa une trace rougeâtre. Il errait dans cette forêt depuis une demi-heure déjà, et il sentait que ses forces n'allaient pas tarder à complètement l'abandonner. Ça, ou alors les agents de la Commission parviendraient à le rattraper et là, il ne donnait pas cher de sa peau. Marissa devait savoir qu'il s'était enfui maintenant.
Il repensa aux dernières heures. Marissa avait bien failli l'achever cette fois-ci: il avait senti son coeur qui s'emballait puis commençait à battre de plus en plus irrégulièrement. Son regard se brouillait… Ils devaient être surveillés par caméra et son visage avait dû reflèter ce qui lui arrivait car un homme avait fait irruption dans la cellule, s'était précipité sur lui avec une seringue et avait fait signe à d'autres agents de le détacher. Marissa avait tenté de s'y opposer mais l'autre homme lui avait rappelé qu'ils devaient le garder en vie… "Pour l'instant" avait-il ajouté en riant.
Georgi avait glissé sur le sol de terre sans aucune réaction, étranger à son propre corps. Deux hommes l'avaient tiré dans un long couloir en céramique froide, puis l'avaient balancé sur une paillasse dans une cellule. Il était resté là un long moment, concentré sur les battements de son coeur, qui s'etaient peu à peu régularisés. En levant les yeux, il avait aperçu la lumière du jour éclairant le mur un peu plus haut, au niveau d'un soupirail et un espoir infime l'avait envahi. Très lentement, il avait parcouru la cellule des yeux: des murs de pierres irrégulières, de la mousse à certains endroits, mais aucune caméra visible. Georgi avait attendu encore quelques moments puis s'était mis debout: la paille était ensanglantée là ou il avait été allongé. Il avait tendu la main et un rayon de soleil avait brièvement chaufféé le bout de ses doigts. Il s'éétait concentéré comme le lui avait appris ce yakusa renconétré lors d'une mission à Hong Kong, vidant son esprit de toute autre péensée et, d'un bond, avaéit réussi a s'agripper aux barreaux du soupirail. éIl s'étaiét hissé, les muscles de ses bras se tendant sous l'effort et avait aperççu le dehors, une forêêt qui commenççait àà quelques mèètrèès àà peine de l'endroit oùù il se trouvait. Malheureusement, il avait lâ&aécirc;ché prise au bout d'une minute. Son coeur battaità à nouveau la chamadée: il s'étaéit allongé et avait mis en oeuvre toutes les techniques de concentration apprises au KGB pour reprendre le dessus. Peu éa peu, il étaité comme entré en transe, touteés seés facultés s'éétaient aiguisées… Lorsque l'homme avait ouvert la porte, Georgi avait eu l'impression de regarder la s&egravée;cène de l'extérieur, il avait attendu que l'homme le secoue du pied pour se redresser et, en un geste, briséer ésa nuque et récupérer soén pistoleté. Il s'était glissé dans le couloiér sombre, avait passé plusieurs autres cellules et atteint uné eéscalier en fer forgé, étroit, qui remontait en colimasson.
Georgi avait gravi les marches silencieusement, s'attendant à chaque instant à tomber nez à nez avec un agent de la Commission. Mais on aurait dit que l'étoile de Leningrad veillait sur lui à nouveau. C'était ainsi qu'il avait nommé la chance qui, plusieurs fois, l'avait sauvé par miracle quand il était au KGB. Il savait que certains avaient parlé dans son dos à l'époque, la superstition restait une seconde nature pour les russes: pour lui qui ne croyait en rien, c'était juste une preuve de son entraînement et de son intelligence. Dans le cas présent, qu'il ait eu l'air si faible avait certainement incité les gardes à relâcher leur vigilance.
Arrivé dans ce qui lui sembla être un hall, il commença à entendre des bruits venant du bas, sa fuite avait été découverte: des grands escaliers en marbre, il entendait le bruit des pieds qui le dévalaient, les cris envahissaient toute la demeure, sa marge de manoeuvre se rétrécissait de seconde en seconde. Il jaillit vers le garde qui venait de surgir dans l'entrée et le retournant, l'utilisa comme bouclier avant d'abandonner son corps déchiqueté par les balles. Poussé par une décharge d'adrénaline, il avait ensuite plongé sur le côté du perron et avait couru vers la forêt sous le feu de ses assaillants. Ce n'est qu'une fois à couvert qu'il avait senti la balle qui lui avait touché l'épaule. Il avait couru encore, toujours au plus profond des arbres, mais au bout d'une vingtaine de minutes, il n'en pouvait plus.
Georgi regarda autour de lui. Sa vision se troublait. Il fit encore quelque pas, chacun lui coûtant plus que le précédent. La nuit était tombée, c'était la fin cette fois-ci, il n'avait plus la force d'avancer. Il sentit qu'il tombait sur le sol mouillé, et se tourna sur le dos. Sa dernière vision, il voulait que ce soit ces étoiles, il ne pouvait plus se battre et il préférait mille fois mourir ainsi qu'entre les mains de Marissa. Penser qu'elle serait certainement liquidée pour son échec ne lui donnait aucun plaisir. Il était au-delà de tout cela. Peut-être resterait-il ainsi une chance qu'on découvre la machination de Sullivan. Largo, Simon, il avait l'impression de voir leurs visages qui riaient de lui.
Le froid humide s'infiltrait dans chacun de ses os. Il se mit à grelotter. Joy. Il avait l'impression de sentir son parfum. C'était ridicule, elle était loin, aux Bahamas, à se remettre de ses blessures. Personne ne viendrait l'aider. C'est ainsi qu'il l'avait voulu, être seul… Pourquoi n'avait-il pas tenté sa chance? Joy. Il commença à délirer, à lui parler: qu'il la trouvait si belle, si vivante, si forte, comment il la provoquait pour susciter une reaction de sa part, qu'elle s'intéresse à lui plus qu'à Largo ou Simon une minute. Comment il rêvait de gouter sa peau, de la tenir nue dans ses bras, de…
Il sentit un doigt se poser sur ses lèvres l'incitant au silence. Il se raidit. Marissa l'avait retrouvé. Mais il entendit la voix douce qui murmurait à ses oreilles. "Chut… On va te sortir de là, Kerensky mais il faut que tu tiennes le coup". On aurait dit celle de Joy. Et celle de Simon maintenant… "Ben mon vieux, qu'est ce que je suis content de te voir!!". Il se sentit soulevé et porté pendant un moment, il essayait de les aider en allégeant son poids au maximum, puis ils le déposèrent avec délicatesse sur une banquette de voiture. Il sombra dans une bienheureuse nuit: Joy et Simon l'avaient retrouvé.
Chapitre 9
Joy conduisait en silence, les machoires tendues. Simon se retournait sans cesse pour vérifier le pouls de Kerensky, heureusement, il restait stable, le russe semblait simplement dormir, leur faisant confiance pour sa sécurité. Simon avait le coeur serré en le regardant et à voir l'expression de Joy, elle était prête à massacrer ceux qui lui avaient fait cela. Kerensky ne portait qu'un pantalon déchiré, ses pieds étaient en sang et tout le haut de son corps n'était qu'une plaie sanguinolante. Il avait également des traces de coups et des coupures au visage et ses cheveux sales etaient emmêlés par la sueur et le sang. Simon réajusta la couverture sur lui, puis se tourna vers Joy.
"Il continue à trembler dans son sommeil et j'ai vu qu'il a été touché par une balle à l'épaule, il faut absolument qu'on l'emmène à l'hôpital". Joy ne réagissait pas. "Eh, tu m'ecoutes??"
Joy: "Tais toi un peu Simon, je réfléchis". Vexé, il se tourna pour regarder par la vitre. C'était quand même grâce à lui qu'ils avaient retrouvé Kerensky!! Joy avait failli l'étrangler quand il lui avait raconté qu'il avait laissé partir seul Largo, mais quand elle avait su pourquoi, elle s'était calmée et il avait échappé au pire. Grâce à l'ordinateur portable qu'elle avait déniché, ils avaient suivi la position de Marissa de loin. Il ne fallait surtout pas qu'elle se doute de quelque chose.
Finalement, le signal s'était arrêté et ne bougeait pratiquement plus, donc Marissa se déplaceait sur de très petites distances: ils avaient pris un chemin de terre extrêmêment boueux à l'opposé et avaient fini par tomber sur de grands panneaux "Propriété Privée". Heureusement, avec le temps, un des piquets qui tenaient le grillage était tombé et ils s'etaient arrangé pour aggrandir le trou de manière à ce que cela paraisse naturel. S'ils retrouvaient Kerensky, il ne fallait pas tout ficher par terre en se faisant prendre ou même qu'on soupçonne que quelqu'un l'avait aidé.
Il repensa à ce qui s'était passé alors: Joy s'était bagarrée avec Internet pour essayer de savoir à qui appartenait ce domaine, elle était loin d'arriver à la cheville de Kerensky mais, par rapport à lui, elle était à des années-lumières. Quand il l'avait vu blêmir, il avait tourné le portable et y avait lu ce qu'encore maintenant, il n'arrivait pas à croire. La propriété appartenait à Kate Sullivan…
Joy se concentrait sur la route, elle ne voulait pas allumer les phares et courir le risque d'être repérés. Elle se méfiait de tout maintenant. La fille de Sullivan…Mais ils n'avaient pas eu le temps de s'appesantir là-dessus: ils avaient entendu des voix énervées au loin: dans la nuit calme, les bruits portaient. Ils s'étaient penchés sur les plans obtenus à partir du site du cadastre: la maison était à environ deux kilomètrès à vol d'oiseau, et elle était entourée de champs d'un côté, et d'une forêt, là ou ils etaient, de l'autre côté. Simon avait regardé Joy désespéré, c'était comme rechercher une aiguille dans une botte de foin. Ils n'avaient pas le choix, il fallait qu'ils espèrent un miracle.
Joy avait repensé à son entraînement à la CIA: certains reflexes étaient communs à tous les agents. Kerensky n'aurait pas choisi les champs, trop facile de s'y faire repérer, donc c'était la forêt mais vers où? Vers le plus profond, là où les arbres sont le plus touffus, au Nord: la réponse était sortie malgré elle. Simon l'avait regardé, il faisait peser le poids de la décision sur ses seules épaules sans s'en rendre compte. Elle avait pris plusieurs chargeurs, en avait donné deux a Simon et ils étaient partis à pieds. L'avantage d'être avec un ex-voleur, c'est qu'il sait être silencieux! Elle n'était pas sûre que Largo aurait su marcher avec autant de souplesse sur le tapis de feuilles mouillées, et elle-même mobilisait toutes ses compétences pour ne pas glisser.
Soudain, elle avait arrêté Simon, elle avait cru entendre un bruit. Ils s'étaient rapprochés et au bout de quelques mètrès, elle avait failli s'étaler sur le corps étendu. Quand elle s'était penchée pour vérifer son pouls, elle avait entendu les murmures de Kerensky. Il avait dû la confondre avec un des ces anciens amours. Son front était brûlant et il avait pesé lourd sur leurs épaules pendant qu'ils le ramenaient à la voiture. Elle avait senti la douleur de sa blessure se réveiller.
Simon se tourna vers elle: "Alors, qu'est-ce que tu décides?" Sa colère était passée aussi vite qu'elle était venue, ils étaient dans un tel état de nerfs…
Joy gara la voiture sur un bas-côté et le regarda désemparée. "Simon, on ne peut pas l'emmener a l'hôpital, tu m'a dit toi-même que Largo avait mis sa tete à prix. En plus, vu l'état dans lequel il est, tu imagines les questions, la publicité, la Commission comprendrait tout immédiatement"
Simon: "Oui, mais on ne peut quand même pas le laisser comme ça!!".
Joy tapotait le volant des mains. Il y avait très longtemps qu'elle n'avait pas fait cela, mais elle savait retirer une balle et soigner la plaie. Ça avait fait partie de l'éducation de Arden père et ça lui avait sauvé la vie une fois déjà. Elle se retourna et posa sa main sur le front de Kerensky qui gémit. Il était toujours aussi brûlant mais avec des tonnes d'antibiotiques et d'aspirines, ça devrait pouvoir s'arranger. Il fallait aussi des bandages, de l'alcool et diverses autres choses pour soigner ses plaies. Et par dessus tout, Il leur fallait une endroit tranquille où personne ne viendrait les chercher. Un voile de tristesse assombrit son regard, elle connaissait cet endroit.
Chapitre 10
Deux jours plus tard, un petit appartement chaleureux, des tissus indiens aux murs, des bougies, lampes japonaises, une guirlande de perles qui pend devant la porte de la cuisine, le soleil qui innonde le lit dans lequel un homme est allongé. Dans le salon, Simon et Joy qui discutent.
Georgi reprenait conscience. Les yeux fermés, il entendait des voix indistinctes puis qui se transformèrent en celles de Joy et Simon. Un immense soulagement l'envahit. Il n'avait pas rêvé même si une sorte de brouillard recouvrait ces derniers jours. Il ouvrit les yeux et regarda le soleil qui jouait avec un mobile de papier accroché au plafond. Il tenta de se redresser mais il avait l'impression d'avoir du coton dans les bras.
Simon racontait à Joy les dernières nouvelles au Groupe W: Largo passait son temps au chevet de Nerio. Celui-ci avait subi toutes sortes d'examens qui avaient finalement conclu qu'il était apte à quitter l'hôpital, et Largo devait le ramener au groupe dans l'après-midi. Marissa n'avait pas réapparu. La raison officielle était qu'elle était absente pour cause de maladie. La Commission n'avait pas dû apprécier la perte de Kerensky… Joy tourna la tete pour vérifier que tout allait bien dans la chambre et son coeur battit plus fort quand elle vit Kerensky bouger. "Il est réveillé!!".
Simon et elle se precipitèrent et aidèrent le russe à s'adosser aux oreillers. Un silence un peu gêné s'installa pendant une minute avant que Simon, un grand sourire aux lèvres, ne s'asseoit sur le lit et tape sur l'épaule de Georgi. "Tu peux te vanter de nous avoir fait une belle peur. Pourtant tu as bénéficié des meilleurs soins du docteur Joy et de l'infirmière Simon!!". Joy ajouta, l'air un peu ironique. "Tu comprends, on ne voulait pas courir le risque de t'emmener à l'hôpital et j'ai toujours adoré jouer au docteur". Georgi la regarda, une autre image venait de se créer dans son esprit. Comme si elle paraissait deviner ses pensées, Joy parut tout d'un coup mal à l'aise. "Simon, fais lui boire un peu d'eau, je vais préparer quelque chose à manger".
Georgi la suivit des yeux sans comprendre, elle repoussa la porte de la chambre derrière elle. Il se tourna interrogateur vers Simon, qui lui aussi avait maintenant l'air embarassé. Simon attrapa le verre d'eau et aida Kerensky à boire quelques gorgées mais il fallait bien qu'il lui dise, sinon, ça ne ferait que tout compliquer. Il se lança un peu hésitant: "Heu, tu sais, quand on t'a retrouvé, tu etais très abimé. On a soigné toutes tes plaies et Joy a retiré la balle". Georgi toisa Simon: d'accord il était quasiment nu dans un lit donc les autres l'avaient déshabillé, son torse et son épaule étaient bandés, il avait été lavé mais il n'imaginait pas Joy jouer les prudes dans ces circonstances et Simon avait dû se charger des endroits les plus délicats. Un frisson d'horreur l'envahit et il chassa vite cette vision!
Simon espérait que Kerensky allait se rappeler tout seul et qu'il n'aurait pas besoin de mettre ses gros sabots. Mais à regarder sa tête, ça n'avait pas l'air de lui revenir. Il recula prudemment pour se mettre hors de portée et, jetant un oeil vers la porte pour s'assurer que Joy ne revenait pas, il poursuivit. "La forêt était très humide et tu avais pris froid, tu avais 40 de fièvre et tu as déliré pendant un bon moment avant que les antibiotiques ne fassent leurs effets." Simon prit une grande inspiration et termina à toute vitesse: "Tu as dit que tu aimais Joy, que tu avais envie d'elle, enfin plein de trucs du même genre…"
Georgi resta assommé. Non, il n'avait quand même pas…Il n'avait aucun souvenir de ce qu'il avait dit, mais s'il avait parlé de ce qu'il ressentait au fond de lui… Il regarda Simon, mais celui-ci n'aurait pas inventé: rien dans son attitude d'avant, il en était certain, n'aurait pu laisser deviner les sentiments qu'il avait developpé pour Joy. Il se raidit en attendant les plaisanteries qui allaient fuser mais, à sa grande surprise, Simon ne saisit pas l'occasion. Il regardait le russe dans les yeux avec une drôle d'expression un peu triste, et une compréhension mutuelle passa entre les deux hommes. Ils étaient dans le même bateau, amoureux d'une femme qui en aimait un autre. Tous deux se regardaient avec un respect nouveau. Pas besoin d'ajouter autre chose. Simon s'éclaircit la voix et lança plus fort: "Bon Joy, je crois que notre cher camarade a besoin de reprendre des forces. Elle arrive la soupe ou faut que j'aille la chercher moi-mêême???"
Dans la cuisine, Joy finissait de préparer le plateau: du thé bien chaud, de la soupe, un peu de pain, il fallait y aller en douceur. Ses gestes étaient mécaniques mais son esprit vagabondait. Cette cuisine. Avec ses murs peints aux couleurs de l'arc-en-ciel: elles s'en étaient mis partout pendant deux jours mais elles avaient beaucoup ri.!! Joy repensa aux innombrables soirées qu'elles avaient passées assises autour de la vieille table en bois, une bouteille de vin toujours ouverte, et faisant la cuisine chacune à son tour. Au travail, elles maintenaient leurs distances, mais ici, elles s'étaient peu à peu confiées et le poids de leurs passés respectifs avait commencé à s'alléger. C'étaient leurs prénoms qui les avaient d'abord rapprochées, commençant par la même lettre. Julianne. Elle aurait su lui dire quoi faire face au maelström de ses pensées. En quelques jours, toutes ces certitudes avaient éétéé chambouélées. Simon qui seé érévélait êêtre un soutieén précieux et d'une perspiécacité redoutable, Georgi dont les aveux l'avait plus que étroublée. Elle n'avait jamaéis pensé àà lui de cette faççon mais maintenant elle n'arrivait pas àà s'enlever écette idée de la têête. Pouértant, c'était Largo qu'elle aimait. Mais Largoé l'avéait déélaissé, il était avec Diana. Tout se brouillait dans son cerveau…
A l'appel de Simon, Joy revint à la vie et emmena le plateau dans la chambre. Elle le déposa doucement sur les genoux de Georgi, qui prit sa main et l'obligea à s'asseoir.
Simon: "Mais t'a oublié sa bavette, franchement, vu son état, tu ne veux pas qu'on ait de la soupe partout…" Il sortit pour leur laisser le temps de clarifier la situation. Il espérait que Joy mettrait tout de suite un terme aux idées de Kerensky. Largo, il pouvait le supporter mais Kerensky! Il avait vu Joy faire l'indifferente quand Kerensky délirait mais il l'avait sentit touchée malgré tout.
Peut-être qu'il faudrait qu'il se batte plus…
Georgi regarda Joy avec beaucoup de douceur: "Merci de ne pas m'avoir abandonné". Joy sourit soulagée, ce n'était que ça: "Tu ferais mieux de remercier Simon, c'est lui qui a pratiquement tout fait, finalement, on doit exercer une bonne influence sur lui!" Georgi tenait toujours sa main et elle tenta de la retirer.
Georgi: "Joy, je…"
Joy, suppliante: "Non, s'il te plaît Kerensky, …" Elle ne voulait pas en parler, elle ne le supporterait pas, il fallait d'abord régler tous les autres problemes.
Georgi lâcha sa main. Il n'insisterait pas pour le moment. Au moins, elle ne lui avait pas dit qu'elle avait été horrifiée ou dégoûtée de l'entendre parler d'elle ainsi. Son expression se ferma légèrement et il commença à manger. Simon lui ramenait une serviette, un sourire triomphal sur son visage: "Voilà, celle-ci sera parfaite. Oh, mais je vois que tes années dans le monde capitaliste t'ont appris à bien te tenir". Kerensky lui jeta un regard noir puis son visage se détendit, et il esquissa un sourire. "Ouf" pensa Simon, ils allaient pouvoir se remettre au boulot.
Georgi: "Il paraît que tu as fait des miracles pendant ma malencontreuse indisponibilité?" Joy se relaxa elle aussi, pendant que Simon résumait les derniers jours en insistant bien sur son incroyable flair et son intelligence. Quand il en arriva au moment où il avait surpris la conversation de Marissa, Simon vit le visage de Kerensky devenir très dur.
Georgi: "Je m'excuse". Les mots sortaient difficilement de sa bouche. "J'aurais dû me méfier. Quelque part, c'est ma faute, c'est ma faute si tu as été blessée, Joy"
Joy:"C'est ça, et moi j'ai été complètement idiote de foncer dans le panneau du fax!!"
Simon se sentit dans ses petits souliers: ce maudit fax, c'était lui qui l'avait montré à Joy et Largo. Il simplifia la situation. "Bon, on est tous d'accord, on s'est tous planté sur ce coup-là. Mais c'est pas le moment de larmoyer sur notre sort. Largo a besoin de nous! Et puis, pas étonnant que la Commission ait été si bien renseignée sur nous, Sulllivan ne se serait jamais méfié de sa fille!!"
Georgi le saisit brutalement au bras: "Sa fille??" Joy le regarda. Il n'avait pas l'air au courant: "Oui, la propriété où tu étais enfermé, elle appartient à Kate Sullivan". Georgi se laissa retomber sur ses oreillers avec un petit rire sombre: "Décidement, il brouille toutes les pistes…" Il revoyait Sullivan lui faire coucou de la caméra espionne du Bunker, et lorsqu'il était venu le voir. Il relata ce qu'il avait appris aux deux autres. Lorsqu'enfin, il s'interrompit, une expression horrifiée était peinte sur leurs visages.
Simon avait l'impression qu'il venait de tomber au fond d'un trou et qu'il n'en ressortirait jamais. Sullivan, le traître? La mère de Largo morte, assassinée par la Commission. Un faux Nerio. Quand il entendit le drôle de bruit venir de Joy, il se tourna vers elle. La jeune femme avait plaqué ses mains sur sa bouche comme pour se retenir d'hurler. Pour elle, c'était pire, Sullivan avait été son patron et il l'avait manipulée tout ce temps.
Joy se précipita soudain dans la salle de bains. Elle vomit de la bile puis se redressa avec difficulté: dans la glace, elle voyait son visage défiguré par les larmes qui coulaient. Elle se passa de l'eau sur la figure et se brossa les dents. Simon toqua à la porte: "Joy, ça va?"
Il fallait qu'elle se resaisisse. Elle sortit et passa tête haute devant Simon pour retourner dans la chambre.
Simon: "Joy, je sais, c'est dur, mais tu ne pouvais pas deviner. Et pour la mère de Largo, ça c'est passé avant ta naissance, ce n'est pas comme si…" Kerensky l'interrompit, plus perspicace: "Ce n'est pas à ça qu'elle pense. Joy, parle nous."
Joy sentait la boule dans sa gorge se gonfler. Elle essuya d'un geste rageur la larme qui perlait à ses yeux: "Cet… appartement. Il appartient à ma meilleure amie: elle bossait avec moi au Groupe W. Il y a environ 1 an et demi, on a eu une très grosse bagarre au boulot et elle a démissionné brusquement. En fait, quelques jours après cela, j'ai trouvé chez moi un petit paquet: les clés de l'appart et un mot où elle m'expliquait qu'elle avait flairé un truc louche au sein du service, mais que comme elle n'avait aucune preuve, elle n'avait pas voulu m'impliquer et elle partait undercover. J'ai continué à payer son loyer et je viens ici régulièrement, mais je n'ai plus jamais eu de ses nouvelles. Si elle avait découvert que Sullivan était une taupe de la Commission, ça expliquerait tout."
Les deux hommes la regardaient avec beaucoup de douceur mais ils sentaient qu'une parole de travers et Joy, toute forte qu'elle soit, se briserait comme du verre.
"Bon", se lança Simon, "qu'est ce qu'on fait maintenant? One peut pas laisser croire à Largo que c'est son père qu'il a retrouvé??" Il imaginait la détresse de son ami face à la nouvelle.
Kerensky regarda Simon approbateur: dans l'état où était Joy, se concentrer sur l'action lui ferait du bien. Finalement, malgré un goût atroce, il n'était pas si mal que ça, ce garçon…
Il prit la parole à son tour: "Attendez, on n'a aucune preuve pour l'instant, juste ma parole contre celle de Sullivan. Je sais que vous me croyez, mais Largo?? Et puis, je vous parie que, dans l'heure qui a suivi ma fuite, la maison a cessé d'être au nom de Kate Sullivan et toutes les traces ont été effacées. Il me faut du matériel pour tenter d'accéder au Bunker d'ici. Avec un peu de chance, ils n'auront pas complètement foutu en l'air mon merveilleux système, et je pourrais récupérer les preuves contre le faux Nerio et Sullivan."
Joy eut un faible sourire. Revoilà le Kerensky qu'elle connaissait. Leur équipe se ressoudait. "Bon, Simon, tu retournes au Groupe W et tu surveilles tout en ayant l'air naturel." Elle le regarda sévèrement: "Tu vas y arriver?" Simon haussa les epaules en secouant la tête d'un air de dire "Evidemment!". Elle reprit "Ils ne vont probablement rien tenter contre Largo tout de suite, ça paraîtrait trop louche, donc on a un petit peu de temps devant nous pour essayer de deviner leurs plans. Moi, je vais aller à la pêche aux ordinateurs pour Kerensky. Et Monsieur", elle tourna vers Kerensky avec un air moqueur, "va gentiment faire sa sieste en attendant." Il voulut argumenter mais dut reconnaître qu'il se sentait épuisé: s'il voulait être utile, se reposer n'était pas une mauvaise idée. "Si tu pouvais me rapporter des vêtements, ça serait bien aussi, je ne vais quand même pas passer ma vie dans ce lit."
Simon: "Vous avez parle de vêtements? Vos désirs sont des ordres, monsieur," et avec un geste de prestidigitateur, il sortit un sac de sous le lit." Kerensky l'ouvrit: il contenait ses propres affaires. "Simon, je crois que je ne veux pas savoir comment tu as fait, mais merci!!".
Simon sourit et les salua d'un air désinvolte en se dirigeant vers la porte d'entrée. Joy le suivit attrapant son sac au passage. "A tout à l'heure".
Georgi s'endormit en regardant le mobile qui oscillait doucement.
Chapitre 11
L'appartement de Julianne. La nuit, la lune qui se reflète dans la vitre du salon.
Georgi, allongé sur le canapé, se tournait et se retournait. Quelques jours avaient passé et tout comme Joy, il avait récuperé très rapidement. Heureusement, la balle avait en fait traversé le gras du bras et, depuis aujourd'hui, il pouvait à nouveau le bouger normalement. Ses plaies aussi cicatrisaient bien, il n'avait quasiment plus de traces au visage, mais il garderait certaines marques au ventre, cadeau de Marissa... Penser comme il s'était trompé sur elle l'amenait à penser à Joy. Elle dormait dans la chambre à côté.
Tous deux n'étaient pas sortis depuis plusieurs jours. Simon leur avait téléphoné: c'était le statu-quo au Groupe W. Nerio, enfin, le faux Nerio, se remettait, mais il ne voulait encore voir personne et Largo le protégeait. Il leur avait dit que Largo avait l'air très fatigué, mais à part ça, Sullivan était soi-disant en voyage pour une affaire importante et il devait rentrer le lendemain. Ils devaient être prêts: Kerensky était presque arrivé au but, mais il lui manquait encore un logiciel pirate chinois qu'ils devaient obtenir demain: grâce à cela, il devrait pouvoir enregistrer les images de la caméra cachée dans le Bunker et espionner à son tour sans se faire détecter.
Après, il leur faudrait bien se lancer. Il savait que tous, ils redoutaient le moment où ils devraient briser les illusions de Largo. Sur le moment, le choc serait extrèmêment rude. Mais Simon et Joy, et lui, seraient là pour le soutenir. Enfin, s'ils arrivaient à le convaincre…
Ensuite, tout reviendrait peut-être à la normale. Aussi illogique que cela puisse paraître, il n'était pas sûr de le vouloir. Ici, il était si proche de Joy. Il essaya de freiner l'image qui apparaîssait dans sa tete: ce matin, la porte de la salle de bain était restée entrebaillée et, un bref instant, avant de détourner le regard, il l'avait aperçue nue, alors qu'elle entrait dans la douche. Ses seins ronds et haut perchés, la cicatrice devenue rose pâle sur son ventre plat, ses hanches fines et son sexe légèrement bombé recouvert d'une fine toison dorée.
Georgi se leva et s'approcha de la porte fermée de la chambre. Il posa une main dessus. Vivre à ses côtés 24hsur 24 depuis cinq jours n'avait fait qu'exacerber son désir et, après l'avoir vue ce matin... Il brûlait de goûter sa peau, de la sentir vibrer de plaisir. Il savait qu'il était un bon amant. Cela faisait partie des enseignements du KGB et sa sensualité naturelle décuplait leurs effets. Tous ses muscles étaient tendus. Mais il ne pouvait s'imposer à elle... Respirant profondément, il s'éloigna de la porte et alla près de la fenêtre.
Joy n'arrivait pas à dormir. Elle regardait le plafond et la lune qui l'éclairait d'une lumière argentée. Demain, tout allait se remettre en mouvement après ces quelques jours plus paisibles. Dans un sens, elle avait aimé les passer auprès de Kerensky. Elle l'avait longuement regardéquand il s'acharnait sur les ordinateurs qu'elle lui avait trouvé, on aurait dit que son esprit oubliait le monde exterieur. Et à côté de cela, il s'était révélé drôle et cultivé lorsqu'ils faisaient une pause. Tous deux avaient cessé de se lancer des piques sans même s'en rendre compte. Bien sûr, la situation était très grave, mais si Joy devait être honnête avec elle-même, entendre Kerensky dire qu'il la désirait avait éveillé quelque chose en elle. Elle le regardait différemment maintenant. Il était bel homme et l'impression de puissance qu'il dégageait ne la laissait pas indifférente. Il y avait longtemps qu'un homme ne l'avait pas touchée. Elle s'était tellement concentrée sur Largo qu'elle avait abandonné toute vie à côté et là, suite à sa blessure, elle ressentait l'envie de se sentir vivante à nouveau. Elle n'aimerait jamais Kerensky comme elle aimait Largo mais il l'attirait irréésistiblement.
Joy se leva pour aller boire un verre d'eau. Elle ouvrit la porte très doucement pour ne pas réveiller Kerensky mais elle l'aperçut les deux mains posées sur la fenêtre, légèrement incliné vers l'avant. Il lui tournait le dos et elle apercevait la marque des traitements de Marissa. Il ne portait qu'un pantalon de toile léger, Simon ayant oublié de lui prendre son fameux pyjama et elle pouvait deviner tout son corps. Sans pouvoir se retenir, Joy s'avança derrière lui: ses pieds nus ne faisaient aucun bruit sur les tapis persans. Elle tendit la main et la posa sur son dos.
Georgi se retourna d'un geste et emprisonna sa main dans la sienne. Il la serrait à lui faire mal et son visage était très dur. Pourtant, Joy n'éprouvait aucune peur: de son autre main, elle dessina le contour du visage du russe puis celui de ses lèvres. Il les entrouvrit pour déposer un baiser sur ses doigts. Son souffle chaud fit abandonner toute retenue à Joy, qui se haussa sur la pointe des pieds pour l'embrasser. Leurs lèvres, puis leurs langues se mêlèrent. Georgi avait laché sa main pour mieux la serrer contre lui, et Joy commença à caresser sa nuque, son torse. Elle lisait dans ses yeux la faim qu'il avait d'elle. Elle passa sa main très doucement sur son ventre au niveau du haut du pantalon, glissant ses doigts à l'intérieur jusqu'à effleurer la peau juste au dessus de son sexe, palpant sa dureté pressée contre elle. Joy portait une chemise d'homme en guise de chemise de nuit, et Georgi passa ses mains en dessous: comme lui, elle était nue sous cette fine couche de tissu. Il caressa ses fesses, si douces. Toute sa peau était merveilleusement douce d'ailleurs. Il sentait à travers le tissu les pointes dresésées de ses seins frotter contre sa peau, et il les pinçaé délicatement en laissant sa main errer. Comme des animaux, ils s'enivraient chacun du parfum de l'autreé: légèrement éboisé pour Georgi; celui du lilas aprèès la pluie pour Joy. Il l'embrassa dans le cou et la sentéit frémir de tout son corps. Joy avait toujourés adoré cela, des tremblements couraient séur son épine dorsale: elle s'arqua et offrit sa gorge aux baisers de Georgi. Sesé mains détacèhèrent le noeud de son pantalon et le firent tomber.
Part 4
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