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Chapitre 13 (suite)
Ils regardèrent les anciens collègues de Joy se prélasser dans leurs sièges, et Georgi remarqua avec indignation l'un d'entre eux en train de boire dans sa tasse, il faudrait qu'il pense à la désinfecter quand, enfin plutôt, si jamais il la récuperait. Joy restait silencieuse en voyant ces hommes aux côtés desquels elle avait travaillé, et qui en fait étaient tous des traîtrès. Il allait falloir faire un sacré ménage.
Simon: "Heu, Kerensky, tu es sûr qu'ils ne peuvent pas nous repérer?" La lenteur avec laquelle celui-ci tourna la tête vers lui fit comprendre a Simon que ce n'était peut-être pas la bonne question à poser. "Non, mais je disais ça comme ça. De toute façon vu qu'on a plus que un jour et demi pour agir…" Il détestait ce qu'il s'apprêtait à leur annoncer, surtout pour le mal qu'il allait causer à Joy, alors qu'il sentait encore la douceur de son baiser sur sa joue, mais il n'avait pas le choix: il leur fit un rapide topo des nouvelles du matin. Joy eut l'impression qu'un gouffre s'ouvrait sous ses pieds: Largo allait épouser Diana… et ils n'auraient jamais la chance de savoir si… La phrase résonnait en elle et effaçait tout le reste.
Georgi tournait dans sa main la pilule que Simon venait de lui donner: si Largo était sous l'influence d'un médicament quelconque, cela expliquerait son comportement pour le moins étrange. Malheureusement… "Simon, je vais te donner l'adresse d'un labo et tu vas leur poster la pilule en sortant, mais on risque de ne pas avoir les résultats à temps, ce genre d'analyse, ça peut prendre deux heures comme une semaine, ça dépend du produit. Et puis si ça se trouve, ce n'est même pas avec ça qu'on le drogue".
Un sentiment de désastre imminent les envahissaient quand une voix familière résonna: Sullivan venait d'entrer dans le Bunker et s'adressait à l'homme assis à ce qui était normalement la place de Kerensky: "Alors, vous avez enfin percé ses fichues sécurités??" . "Non", lui répondit d'une voix fatiguée son interlocuteur, "j'ai beau manipuler dans tous les sens, à chaque fois que je crois l'atteindre…c'est comme si ce maudit code jouait à cache-cache avec moi!!". Un air comblé s'afficha sur le visage de Georgi, le petit programme qu'il avait installé avait l'air de bien fonctionner.
Sullivan donna un coup de poing sur la table. "Bon sang!!!" avant de se calmer. "Enfin, finalement, ce n'est pas trop grave, le reste fonctionne à merveille et nous finirons bien par mettre la main sur lui. Continuez", ordonna-t-il avant de se tourner vers les autres hommes: "Je veux une sécurité maximum à tous les niveaux pour les deux prochains jours. Revérifiez tout et mettez vous en stand-by. Rien ne doit venir gâcher ce moment!!". Un sourire glacé sur les lèvres, il quitta la pièce.
Simon: "ça y est, on a une preuve!" Georgi lui répondit sombrement: "Non, on peut parfaitement interpréter ses paroles comme celle d'un ami fidèle, qui veut que rien ne vienne troubler le mariage du Largo, et qui s'inquiète de la sécurité du Groupe." Tous deux se tournèrent vers Joy: "Ton avis?"
Joy les regarda, aussi perdue qu'ils pouvaient l'être, ils tournaient en rond. "Bon, récapitulons, qu'est ce qu'on a? Kerensky, tu as récuperé les enregistrements vocaux, et tu as la preuve que Marissa avait trafiqué les résultats de l'autopsie, tu as encore des marques de coups. Simon peut raconter ce qu'il a entendu, et comment nous avons suivi Marissa et t'avons récuperé mais nous n'avons rien qui la lie à Sullivan, à part ta parole et, sans vouloir te vexer, je ne pense pas que tu sois très crédible aux yeux de Largo... Et j'ai vérifié, la maison où tu étais enfermé a l'air d'avoir toujours appartenu à un respectable avocat de New York, associé chez Baker & Mackenzie, et la fiche d'embauche de Marissa a été établie par Cardignac. Franchement, je commence à haïr l'informatique, c'est si facile de changer la vérité…."
Georgi encaissa sans rien dire, il savait qu'elle n'avait pas tort sur les dangers de détournement du monde des réseaux, ainsi qu'il l'avait lui-même prouvé à Cardignac quand il avait cru que celui-ci maltraitait Marissa. Il leva un regard amer vers Joy, qui s'adoucit malgré lui quand il vit l'expression malheureuse sur son visage: "Très bien, alors que nous suggères-tu? Qu'on laisse tomber??"
Joy s'assit et répondit avec lassitude: "Non, évidemment, mais en admettant qu'on franchisse leurs barrages, et qu'on arrive à Largo, dans son état, il est quasi certain qu'il ne va pas croire un mot de ce que toi, moi ou même Simon lui diront. Et on ne peut pas prendre le risque de compter sur Diana pour nous aider, puisqu' on n'est pas du tout sûr de son rôle. Dans un sens, il faut presque qu'on agisse contre Largo si on veut l'aider."
Simon réagit en entendant cela: "Et si on le kidnappait tout simplement? Le temps de le désintoxiquer, et puis ça nous laisserait un peu de marge pour impliquer Sullivan. Je n'aurais qu'à prétendre qu'on doit absolument enterrer sa vie de garçon pour le faire sortir, et là on le chope".
Georgi et Joy réflechissaient, l'idée était séduisante mais… Georgi la démonta froidement: "Un, il faut qu'on récupère Largo sans casse, admettons qu'on y arrive, deux, il faut l'isoler quelque part et le convaincre, admettons encore… Mais tant qu'on n'est pas certain du degré d'implication de Diana, on ne peut pas les laisser, elle et Jack, aux mains de Sullivan, il est parfaitement capable de les utiliser comme monnaie d'échange face à Largo, et par contre, si jamais elle est mouillée, on se grille en même temps. Et puis, ça ne règle pas le problème du faux Nerio, Largo a annoncé haut et fort que c'était son père, donc s'il change d'avis maintenant, tout le monde va le prendre pour un fou. De quel côté penchera le Conseil à votre avis??"
Joy hocha la tête: Largo ne leur pardonnerait jamais de faire courir des risques à des innocents pour le sauver, et innocent, Jack au moins l'était. Et si c'était pour voir l'oeuvre de son pere tomber aux mains de la Commission, cela aussi le désespérerait… Elle parla à voix haute sans s'en rendre compte: "En fait, il faudrait faire ça publiquement, et avec quelqu'un que Largo ne pourrait pas mettre en doute…" Elle s'interrompit en voyant la petite lueur qui s'était allumée dans les yeux de Kerensky. Elle regarda Simon et leurs pupilles se mirent à briller: la même idée venait de les traverser. "Vous croyez vraiment que ça a une chance de marcher?"
Georgi avait l'air d'un chat qui vient d'apercevoir une superbe souris: "Le tout, c'est de bien présenter la chose et puis moi en tout cas, je n'ai plus rien à perdre, je ne vais pas rester cloîtré à vie dans cet appartement avec ma tête mise à prix, même si je dois reconnaître qu'il est très agréable". Il les regardait tous les deux, mais Joy savait que ses derniers mots étaient pour elle seule et elle ressentit comme une petite bulle de chaleur à l'intérieur. "Je suis d'accord, autant tenter le tout pour le tout!!"
Simon se frottait les main: "Bon, ben, on s'y met, je vous signale que l'heure tourne…"
Chapitre 14
Deux jours plus tard, salle du Conseil, réunion exceptionnelle, 14h
Largo regardait les membres du Conseil. Ils discutaient ouvertement entre eux du comportement scandaleux de Largo qui les empêchait de voir Nerio. Largo sourit, ils étaient partis pour une belle surprise.
Cardignac murmurait quelque chose à l'oreille d'Alicia Del Ferril, qui semblait refuser énergiquement et se recroquevilla sous l'oeil de Largo: finalement, il leur avait donné une belle leçon au procès et aucun ne s'opposerait directement à lui, ils avaient trop peur de perdre leurs précieux privilèges…
Largo s'essuya les mains et le front, il transpirait. Probablement la nervosité: après tout dans deux heures au plus, il serait marié et père de famille. Fini la belle vie insouciante et les conquêtes avec Simon, les aventures dans lesquelles il se lançait à corps perdu: son entrée dans le Groupe W l'avait déjà obligé à un peu s'assagir, mais maintenant, il devrait penser à sa famille. Ce n'était pas les femmes qui lui manqueraient le plus, de toute façon en ce moment, la plus belle aurait pu se promener nue devant lui, il l'aurait gentiment invitée à sortir. Non, c'était peut-être juste la sensation de liberté tout bêtement… Il regarda la porte d'où Diana devait entrer avec Jack d'une minute à l'autre. Son père et Sullivan les suivrait, et puis ce serait le début du cirque. Ses pensées revinrent sur l'année écoulée, sur le petit groupe qu'il avait forméé autour de lui et qui, d'un coup, s'éétait disloqéué. Il avait pourtant cru un moment qu'ils avaient tous néoué des liens solides, que l'alchimie du groupe avait pris, mais tout çça n'avaéiét été que du vent, une sorte d'illusion maudite…
Heureusement, Simon, son ami fidèle, serait présent à ses côtés pour l'encourager à franchir le pas. Diana. Elle avait été là pour lui au moment qui avait le plus compté, et elle était séduisante, intelligente, douce. Elle lui avait dit qu'elle se sentait en sécurité dans ses bras, et il lui avait répondu qu'il la protégerait toujours. C'est comme ça qu'elle avait accepté sa demande. Et puis Jack était son fils. Largo savait qu'il ne fallait pas qu'il aille fouiller trop loin dans son subconscient, où continuait à errer l'image de Joy en train de perdre son sang dans ses bras, Joy en train de sourire, Joy fâchée contre lui, qui n'hésitait pas à lui tenir tête quand elle pensait qu'il faisait une bêtise…Il savait que son orgueil de mâle en avait pris un coup, qu'il lui en avait voulu de ne pas acquiescer à toutes ses paroles, comme toutes les autres femmes, comme Diana. Mais Joy n'éétait pas comme les autres femmes justement, et cela le déésarçonnait, il ne savait pas toujours sur quel pied danser avec elle, et le flirt éléger qu'il entretenait avec toutes les personnes du sexe oppéosé prenait un valeur particulièère avec elle. Elle avait l'air si forte, il en avaiét déduit qu'elle n'avait pas besoin de lui, ou sinon elle le lui aurait fait comprendre, mais au fond, il savait bien que celéa n'était qu'une protection qu'elle projettait pour êêtre priseé au sérieux dansé son métier, eét pour éviter d'ouvrir son coeur àà de nouévelles désillusions. Peut-êêtreé qu'il s'étéait aveuglé lui-êmême parce que s'engager dans quelque chose avec Joy auraiét representé bien plus qu'une nuit ensemble, et qu'il avait eu peur de la blesser… De toute faççon, la question ne se posait plus… Une petite lueéur sembla s'éteindre dans son regard. Il fallait qu'il se reprenne. Il savait qu'il aiméait Diana, c'était juste la tension nerveuse et le brouillard qui semblait ne pas quitter son cerveau depuis des semaines. Largo pensa au Pèère Maurice qui les atétéendait poéuér célébrer la cérémonie sur la grande terrasse de la Tour: le Conseil entier pourrait les admirer. Largo regarda la porte ragaillardi, il aurait dûû penser àà filmer ce qui allait se passer…
Au même moment, dans une rue parallèle au Bunker, un van garé. A l'intérieur, Kerensky surveillait les caméras du Bunker et du dernier étage, le Conseil était réuni mais les principaux acteurs n'étaient pas encore là. Il voyait Simon en train de flirter avec Gabriella qui semblait adorer ça: Georgi se pencha en avant, suivant attentivement les mains de Simon qui jonglait avec des stylos avant de tout lâcher. Oui, ça y était presque, parfait, Gabriella n'y avait vu que du feu: Simon avait réussi à coller le relai qu'il lui avait confié derrière l'armoire du côté de la fenêtre. Il restait le travail de Joy et ensuite… Un lueur d'inquiétude passa dans ses yeux: elle avait une mission essentielle mais dangereuse, et Georgi avait détesté la laisser partir. Il n'aimait pas ressentir cela, se soucier de quelqu'un était une faiblesse, mais il ne pouvait s'en empêêcher. De toute façon, il ferait bien de s'habituer: mêême si Joy déécidait de s'engager avec lui, elle n'éétait pas du genre à abandonner son travail. Il sourit: c'est comme çça qu'il l'aimait de toute faççon, amie ou amante, êtêtue comme une mule… Sa main se porta au col rouélé qui cachait la morsure qui ornait son cou. Son esprit le ramena quelques heures plus tôôt: iél était eéntré dans la salle de bain que Joy venait de quitter, toute éembuée de chaleuér, s'éétait dééshabillé et s'apêprêtait àà entrer dans la cabine de douche quand la éporte s'était rouverte. Joy n'avait qu'une fine serviette autour d'elle et elle avaiét balbutié qu'elle aévait oublié sa brosse. Elle avait tendu la main pour la prendre tout en gardant lées yeux fixés dans les siens, et aêu même instant, sa éservieétteé s'était dénéouée et elleé s'était retrouvée nue. Geéorgi n'avait pu résister, eét il l'avait attiré àà lui sous l'eau chaude. Les nuages de vaépeur avaient entouré leurs caresses, éencore plus passionnéeés. Georgi avait laissé ses mains courir sur son corps s'attardant sur le ventre, le dos, les seéins dont il avait exité les pointes, le creux des reins… pendant que Joyé dessinait en retour d'étranges arabesques sur sa peau, l'embraéssant et la mordillant légèèé;rement. Il l'avait poussé contre le mur et soulevant douceéméenét ses fesses, l'avait pénétré: ils avaienté faits l'amour debout accrochés l'unà à l'autre, tanguant sous le plaisir violent qu'ils se donnaient mutuellement. L'eau qui ruisselait sur eux accentuait leur sensatioên d'être hors du temps… Joy l'avait mordu pour contenir son cri quand il avait joui en elle. Le regard de Georgi se reconcentra brusquement sur éléa salle du Conseil: Diana y pénétrai&agraéve;t à l'instant. Si leur plan réussissait, il faudrait qu'il se contrôôle v&agraéve;is-à-vis de Joy… Puis ses pensées ne furent plusà qu'à ce qui allait se passer, et son regard devîînt de glace.
Joy regarda sa montre: si leurs calculs étaient exacts, son numéro commençait dans deux minutes. Elle était assise à un café en face de la Tour: elle resserra les pants de son manteau autour d'elle. Elle frissonnait: l'enjeu était trop important. Elle repensa aux bleus presque imperceptibles qu'elle avait sur les hanches, là où les mains de Georgi l'avaient serrée quand ils faisaient l'amour, et à la morsure dont elle l'avait marqué. Ça avait été beaucoup plus violent que la fois précédente, mais leur acte l'avait emplie de force. Elle sourit: c'était comme si son corps longtemps endormi s'était réveillé. Elle allait y arriver. Elle se leva et se dirigea vers la Tour sans se rendre compte du regard admiratif du serveur: longues jambes, mocassins à talons hauts, manteau court impeccablement boutonné sous lequel on pouvait tout imaginer… Joy passa la porte d'entréée et continua son chemin comme si elle éétait attendue. Ils avaienté étuédié les gardes de l'eéntrée en piratant des images de laé caméra dans le hall, et elle avaité pu vérifier que c'etaient des nouveaux, qui n'appartenaient épéas précédemment au service, et donc ne pourraient pas la reconnaîître. Coméme elle étaéit supposée êêtre aux Bahamas, elle ne devait pas faire partie des personnes à&aégrave; repérer. Du émoins l'espérait-elle fortement… Elle appuya sur le bouton du troisièème sous-sol en adressant un sourire radieux au garde qui se dirigeait vers elle: "Pourriez-vous êêtre assez gentil pour m'accompagner &aégrave;à la réception de mariage?" Elleé avait employéà à dessein un ton trèès upper class comme on le lui avait appris au pensionnaté, et qu'elle détestait. Les portes se referèmèrent sur eux. Lorsqu'elles se roéuvrirent trois étages plus bas, Joy laissa l'homme endormi dans l'ascenseur qu'elle bloqua. Elle prit une inspiration et se dirigea vers la porte du Bunker. Elle glissa sa carte, tapa le code et entra le plus naturellement du monde. Les quatre hommes la rega&egréave;rdèrent stupéfaits. L'un deux sifflota: "Et bien, Joy Arden, tu aurais dûû t'habiller comme çça quand tu travaillais avec nous, peutê-être que je t'aurais sorti une ou édeux fois…" Joy répliqua en lui faisant des yeux de velours: "Dans tesê rêves seulement..." Le regard de son ex-cèollègue se refroidit nettement: "Qu'est ce que tu fait ici? éTéu viens pour la cérémonie de mariage de ton patron, tu es bonne perdante…"
Joy: "Tu plaisantes, cet ingrat m'a à peine remercié de lui avoir sauvé la vie! Non, je suis venue récupérer mes affaires, j'en ai par-dessus la tête de Largo Winch et de ses caprices." Elle se dirigea vers la porte en verre qui protégait certains systèmes et, leur tournant le dos, modifia raidement quelques branchements comme Kerensky le lui avait indiqué. Elle attrapait une cassette, quand l'un des hommes se porta à ses côtés et la fit tourner en la prenant par le bras violemment: "Qu'est ce que tu fabriques?" Elle se dégagea: "Je prends ce qui m'appartient, c'est une cassette personelle"
"Ah oui, on va voir ça..." Il glissa la bande dans le lecteur et les quatre hommes se tournèrent vers l'écran. D'un mouvement très souple, Joy recula vers le fond de la pièce et sortit le pistolet de sa poche: deux des hommes s'écroulèrent avant d'avoir compris, elle atteint le troisième qui se jétait sur elle et tomba comme foudroyé, mais ne put éviter le coup du dernier qui l'envoya valser contre le mur: il avait degainé à son tour et, en un flash, elle revit le moment où les balles l'avaient touchée à Montréal. Il s'écoula un millionième de seconde avant qu'elle ne roule sur elle-même, et Joy tira à nouveau: l'homme s'écroula sur la table. Sortant un autre pistolet de sa poche, Joy les tint en joue et se redressa. Jouer sur leur machisme en arrivant habillée ainsi avait été une excellente idée, ces crétins ne l'avaient même pas fouilléée!! Le coeur battant, elle véérifia, mais ilsé étaient tous inconscients, et pour un bon moment: la zoologiste que Simon connaissait lui avait dit que ce produit faisait effet instantéanément, et neutralisait un tigre pendant cinq heures. Elle sourit en pensant que Simon lui avait racéonté qu'il partait chasser les animaux sauvages en Inde: ésacré Simon, il avait un talent pour inventer des histoires… Ils avaieénété préféré cette solution à&agérave; l'élimination pure et simple car ils souhaitaient les interroger plus tard, mêême si dans le mondeé cloisonné de la Commission Adriatique, aucun d'eux ne se faisait beaucoup d'illusions sur les renseignements qu'ils pourraient en tirer.
Joy enleva son manteau révélant un pull et une jupe droite noirs, et ajusta le sac en bandoulière caché sous le manteau sur ses épaules. Elle sortit la cassette du lecteur et en introduisit une autre tirée du sac: heureusement, elle n'avait pas ete abimée pendant sa chute. Joy eut des frissons rien que d'y penser… Elle lança un appel du portable, et un air triomphant se peignit sur son visage en imaginant Kerensky dans le van. "Est ce que c'est bon?"
Kerensky avait suivi toute la scène sur la caméra espion du Bunker et il avait tremblé quand l'un des hommes l'avait frappée: ils avaient bien pensé à utiliser des fumigènes ou des gaz anesthésiants pour les mettre KO dès le début, mais ils ne pouvaient courir le risque que l'un d'entre-eux donne l'alarme. Heureusement, pour l'instant, leur plan fonctionnait. "Rappelle moi de ne jamais te tourner le dos si tu es en colère contre moi… Oui, c'est parfait, avec vos relais, je vais pouvoir diffuser notre petite surprise sur tous les écrans d'ordinateur de cette Tour. Je l'ai programmé pour démarrer dans quinze minutes. Ça devrait nous laisser le temps d'arriver à la salle du Conseil en espérant que tout se passe bien pour Simon. Je te retrouve à l'accueil." Il regarda Joy quitter le bunker et se dit qu'elle était à nouveau dans son élément: il avait lu dans ses yeux que toute peur liéée à sa blessure avait disparu. Georgi lui laissa une minute puis, claquant la porte du van, se dirigea àà son tour vers la Tour W. Une jeune femme qui sortait du méétro regarda avec inétérêêt l'homme blond qui laé dépassait, les cheveux flottant au vent tout comme les pants de sa veste longue en cuir noire. Il portait une sacoche d'ordinateur àà séon épaule et monta d'un pas vif les quelques marches qui menaità à l'éentrée de la Tour.
Chapitre 15
Pendant ce temps, dans la salle du Conseil.
La foire d'empoigne avait commencé dès que Diana avait mis les pieds dans la pièce portant Jack dans ses bras. Voir Nerio et Sullivan qui la suivaient n'avait fait qu'empirer les choses, et Largo avait le plus grand mal à rétablir le calme quand Simon pénetra dans la pièce, suivi de Gabriella. Cardignac hurlait avec indignation que si ce Conseil se transformait en pouponière, il viendrait en brassière la prochaine fois. "Non mais franchement Nerio, c'est n'importe quoi, votre fils amène sa maîtrèsse et un enfant à une réunion déterminante. Voyez vous-même à quel point il se soucie du Groupe!! Largo, assis à la droite de Nerio, jouait avec Jack installé sur ses genoux, pendant que Diana se tenait derrière lui avec Sullivan. Il ouvrit la bouche pour répliquer sèchement à Cardignac, quand Simon intervint en prenant Jack dans ses bras: "Hé bout de chou, tu fais ta première visite au zoo aujourd'hui, tu vois comme les loups hurlent à la mort…" Il se tourna vers Largo: "Regarde-le, il est sur le point de pleurer, çça lui fait peur autant de gens, on devrait laisser Gabriella le garder, de dehors, il entendra tout aussi bien", finit-il en riant. Simon se tourna vers Diana : "Tu ne crois pas?" Elle héésita un instant mais aquiesca, "Simon a raison, Largo, c'est inutile que Jack reste làà." Largo se tourna vers Gabriella :"çça ne vous déérange pas?". Elle sourit et prit Jack des bras de Simon: "Bien sûûr que non, c'est un adorable petit gaçrçon". Largo les regarda sortir et sursauta quand Nerio tapa du poing sur la table. "Il suffit que je m'absente un peu et ce Conseil devient une vraie volièère!!"
Cardignac se tourna vers lui: "Vous absenter un peu?? Nerio, je suis désolé d'insister, mais nous avons assisté à votre enterrement… Le Conseil a le droit de connaître la raison de cette mascarade!!" Il harengua Sullivan: "Et vous, certainement, vous étiez au courant!" Nerio leva une main pour faire signe à Sullivan de le laisser parler: "Oui, John était au courant. C'était le seul auquel je pouvais faire confiance ici, et votre comportement après ma fausse mort m'a confirmé dans ce que je pensais. Vous saviez tous que j'avais un cancer, même si la nouvelle n'était pas publique, et il fallait que je m'éloigne quelque temps pour bénéficier d'un traitement expérimental, qui, j'en suis convaincu, vous serez ravis, m'a complètement guéri. Ma maladie m'avait néanmoins fait comprendre qu'il me fallait commencer à préparer un successeur, et qui mieux que mon fils Largo…" Nerio regardait Largo: "Je suis très fier de ce qu'il a accompli depuis qu'il s'est retrouve propulséé à la têête de l'empire W: il a satisfait àà toutes les espéérances que j'avais de lui. Quant àà la mort du sosie que j'avais engaégé, se retourna-t-il vers Cardignac, "éc'était un malencontreux incident, mais que j'ai misà à profit pour me soigner en paix, et aussi pour observer voés réactions. Je dois dire, Michel, que vous m'avez asséez déççu, vous n'avezé cessé de mettre des bââtons dans les roues de Largo, mais j'ai éregardé lées données de votre secteur hier, et elles sont excellentes, donc, vous resterez encore un petit moment parmi nous, ce qui ne seéra pas nécessairement le cas de tous vos collèèguées ici-présents…"
Largo regarda Simon qui avait l'air épaté par le discours de Nerio, et rit intérieurement de la mine déconfite des membres du Conseil. Ils avaient longuement discuté avec Sullivan hier soir, et en étaient arrivés à la conclusion qu'il valait mieux passer sous silence le rôle de la Commission dans la longue absence de Nerio: comme l'avait dit Sullivan, cela ne ferait que semer le trouble et le Groupe n'avait franchement pas besoin de ça. Largo se redressa, ça allait être à lui d'assener le dernier choc au Conseil: un mariage et la relève assurée pour une autre generation, on ne se débarassait pas des Winch si facilement… Bien sûr, son père et lui allaient avoir des désaccords sur la marche des affaires, mais il se faisait fort de le convaincre que le monde avait changé. Et plus tard, il y aurait Jack, enfin, s'il en avait envie, se corrigea-t-il, jamais il n'obligerait son fils à faire ce qu'il ne souhaitait pas… Nerio attendait qu'il prenne la parole: Largo tendit la main Diana et annonçça les grandes nouvelles.
Simon écoutait Nerio écoeuré: c'est fou ce que cet imposteur se débrouillait bien. Et personne qui ait l'air de remarquer un détail qui sortirait de l'ordinaire. Il n'y avait pas à dire, la Commission faisait bien son boulot. La mort de son sosie, un déplorable incident… ça, pas de doute, ça collait parfaitement avec l'image de Nerio odieux magnat des affaires que le Conseil connaissait… Et Largo qui ne relevait même pas. D'un autre côté, songea-t-il, le pauvre diable n'avait sans doute pas le choix, et un faux pas de sa part l'aurait condamné à une mort certaine, une résurgence foudroyante de son cancer par exemple… Pas étonnant qu'il se prétende guéri à cent pour cent, puisque ce n'était pas le même homme!!! Il entendit Largo commencer son petit discours et regarda discrètement sa montre: plus qu'une ou deux minutes. Heureusement, il avait réussi à sortir Jack de là. Simon se dééplaça discrètement et se retrouva derrière Sullivan….
Quelques instants plus tôt, à l'entrée de la Tour W.
Georgi vit le garde dégainer dès qu'il mit un pied dans le building: visiblement, sa photo devait être affichée en néon rouge! Il levait doucement les mains quand le garde s'effondra, touché par Joy qui avait tiré depuis l'ascenseur. Il la rejoignit, et elle appuya sur le bouton de l'avant-dernier étage. Georgi ouvrit sa sacoche et passa de nouvelles flèches à Joy, ainsi qu'un autre pistolet muni d'un silencieux: ils ne voulaient surtout pas courir le risque de blesser un innocent, ni celui d'attirer l'attention par le bruit de coups de feu, au cas où ceux-ci s'avèreraient nécessaires.
Etage de la salle du Conseil, deux minutes plus tard.
Lorsque les portes de l'ascenseur s'ouvrirent, les cinq gardes pointèrent leurs armes sur du vide: deux s'avancèrent pour regarder à l'intérieur, ils se retournèrent en entendant le bruit des corps qui tombaient sur le sol, et Joy et Kerensky les envoyèrent au même moment dans les bras de Morphee. Georgi avait dirigé l'ascenseur de son portable, et ils étaient monté à pieds depuis l'étage en-dessous, après avoir immobilisé l'autre ascenseur. Ils avaient donc surgi dans le dos des gardes, et avaient pu les neutraliser en douceur. Ils avaient pris ce risque calculé car il y avait un tournant dans le couloir juste avant la salle de réunion, et ils avaient escompté que certains gardes resteraient postés devant. La même réflexion traversait l'esprit de Joy et Georgi: ils avaient déjà eu une sacrée dose de chance… Joy lança un regard interrogateur à Kerensky qui hocha affirmativement la têête: les ascenseurs et les portes des escaliers éétaient bloquéés, donc plus personne ne pouvait arriver jusqu'àà eux. Ils avaient eu neuf gardes, il en restait quatre d'aprèès ce qu'ils avaient obserévé sur les céaméras la veille. Gardant son bras reéplié derrièère elle, Joy commençça àà avancer vers la salle. Kerensky la suivait en rasant le mur. Joy soupira de soulagement en apercevant Gabriella et Jack: Simon avaéit réussi son coup. Elle s'avançça vers eux avec un grand sourire qui se tenédit léègèrement en apercevant deux gardeés postés devant la salle du Conseil. Ou édiable étaient les deux autres?
Georgi entendit la porte des toilettes s'ouvrir: il se colla au mur et retint la porte ouverte avant de la relâcher: les deux hommes étaient par terre sans même avoir eu le temps de réagir. C'est bien ce qu'il avait pensé: neutraliser le noyau central en premier, ceux qui donnaient les ordres, et les autres se feraient avoir comme des bleus. Un air méprisant s'afficha sur son visage: au KGB, ces hommes auraient été liquidés il y a longtemps, mais aujourd'hui… Même plus d'adversaires à sa mesure…Georgi sortit son téléphone et composa le numéro de Gabriella: "Ici le Bunker, je n'arrive pas à joindre les gardes devant la porte, dites-leur que je veux leur parler": il avait modifié sa voix pour lui donner une légère intonation allemande comme l'un des hommes qu'ils avaient écoutés hier. Gabriella était très surprise de voir Joy: mais sans doute Largo Winch l'avait-il invité pour le mariage, elle savait qu'ils éétaient amis en dehors de leurs relations de travail. Elle s'apprêêtait à la saluer quand le téééléphone sonna. Gabrielléa écouta le message, puis fit signe aux gardes de s'approcher: "Messieurs, excusez moi, mais on vous demande du Bunker". Ceux-ci sée déplacèèrent et elle sentit la main de Joy se poser sur sa bouche, alors qu'elle voyait leurs corps s'abattre sur le sol. Joy lui murmura àà l'oreille sans enlever sa main, "Gabriella, je suéis édésolée mais pour véotre ésécurité, je dois vous enfermer dans un bureau. Prenez Jack avec vous. Et n'ayez pas peur pour ces hommes, ils sont simplement endormis". Elle sentit un revolver se poser sur sa temépe et obéit sans discuter. Juste avant que la porte ne se referme avec un clic, elle aperççut le visage de Monsieur Kerensky. "Est cée qu'ils étaient devenus fous? Pourtant, elle avait senéti éla sincérité dans la voix de Joy quand elle luéi avait parlé.
Gabriella serra Jack dans ses bras, elle essaya la porte mais elle était bien bloquée, puis elle décrocha le téléphone, il fallait quand même qu'elle essaie de prévenir: aucune tonalité, elle aurait dû s'en douter… Elle s'assit sur le fauteuil de Cardignac, songeant à sa fureur s'il la trouvait là. Elle essaya l'ordinateur mais le clavier semblait cassé lui aussi, seul le sigle du Groupe tournait sur l'écran. Gabriella se demanda ce qui se passait dans la salle du Conseil et sursauta en entendant la voix qui semblait sortir du moniteur…
Georgi et Joy se trouvaient devant la porte de la salle. Joy avait deux pistolets et Kerensky un fusil à canon scié qu'il avait pu glisser dans sa sacoche: l'effet de surprise allait jouer pour beaucoup… Leur visages étaient impassibles: désormais, ils ne pouvaient plus reculer. Joy poussa la porte et ils entrèrent dans la pièce.
Part 6
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