U N FRERE (part 3)
 




Chambre 107, 8 h 13
Infirmière : Bonjour, Mlle Arden. C'est Betty, je viens vous faire votre toilette, annonça la femme en rose alors qu'elle avançait à reculons avec le chariot… Oh mon Dieu !!! Cathy, vite appelle la sécurité !
Cathy : Que se passe t-il ?
Betty : Mlle Arden n'est plus dans son lit !
Cathy : Elle s'est peut-être réveillée. As-tu regardé dans le cabinet de toilette ?
Betty : Oui mais elle ne risquait pas d'y être… Cela fait plus de 5 mois qu'elle est dans le coma elle n'a pas pu se lever comme ça! Tu confonds avec celle de la chambre voisine qui elle ne risque pas de rester clouée dans un fauteuil roulant pendant longtemps. Il faut la retrouver et alerter le docteur Garvey.
Cathy : Je préviens le médecin et la sécurité. Tu devrais appeler son frère sur l'autre ligne.
Betty : Tu as raison.

La panique s'installa dans le service. Les agents de la sécurité cherchèrent dans tous les coins et recoins de l'hôpital mais pas de Joy. Jimmy restait injoignable, il était sur une opération des plus délicates (un incendie dans un orphelinat), le service laissa un message au centre de secours. Largo qui arrivait pour son tour de garde habituel fut rapidement mis au courant. Avec le médecin, ils prirent la décision d'appeler la police. La cassette de vidéosurveillance fut transmise à Kerensky pour qu'il y trouve des indices.
Service de réanimation, 4 heures plus tard
Garvey : Mr Winch, il faut appeler la police. Toutes les recherches effectuées dans et autour de l'hôpital n'ont rien donné.
L : Allez y. Moi, je vais voir si mon ami a pu tirer quelque chose de votre caméra de surveillance… Il se dirigea vers l'accueil pour passer un coup de fil au Russe. Kerensky, c'est moi. As-tu trouvé un indice qui pourrait nous aider ?
K : Non. Celui qui l'a enlevé savait parfaitement à quel moment la caméra de surveillance ne tournait pas dans le service. Je n'ai rien pu en tirer si ce n'est qu'un homme est sortit avec un brancard recouvert d'un drap à 3 h31.
L : Bon, je te remercie. Le médecin a appelé la police. Je vais essayer de joindre Jimmy pendant ce temps.
K : Tiens le choc camarade.
L : Oui, on va essayer…
Centre de Secours, 55e district
Chef : Kim ! Téléphone !
Kim : J'arrive ! Qui c'est ?
Chef : Largo Winch.
Kim : Allô ? Largo, ça va ?… Quoi ?!… Jimmy a été appelé pour un incendie, il devrait pas tarder… Je lui laisse un message et je viens tout de suite…
Chef : Un problème ?
Kim : Oh oui ! Et même un énorme. Je dois partir. Quand Jimmy arrivera, pouvez-vous lui dire de se rendre immédiatement au Mount Sinaï ?
Chef : D'accord. Tu peux me dire ce qu'y arrive ?
Kim : La sœur de Jimmy a été enlevé pendant la nuit. Ils ont fouillé tout l'hôpital mais pas de trace d'elle. Elle n'a pas pu se lever toute seule car personne ne sait à quel point elle peut être handicapée…
Chef : Tu n'as qu'à prendre ta journée. Je préviens Jimmy dés son arrivée.
Kim : Merci beaucoup.

Le pompier arriva 30 min après le départ de son ex-femme. Son chef lui apprit la nouvelle, le jeune homme se rendit sur le champ dans le service où était sa sœur. L'hôpital grouillait de policiers.

Service de Réanimation, 13 h 05

Le jeune homme arriva en trombe dans le service, il avait le même regard noir que Joy lorsqu'elle était en colère. En croisant le regard du frère de sa dulcinée, le beau milliardaire se décomposa. Jimmy s'insurgea immédiatement à l'encontre du personnel soignant :

Jimmy : Est-ce que vous l'avez retrouvé ?? depuis quand vous ne faites pas des rondes de nuit pour voir vos patients ???? hurla-t-il dans leurs oreilles.
L :Calme-toi, Jimmy, ça ne sert à rien de crier. Les deux infirmières qui se sont rendus compte de sa disparition sont en train de faire leur déposition.
Jimmy : Je me calmerai si je veux ! Ma sœur a disparu on ne sait où et toi tu veux que je reste zen ?? Mais ma parole tu es de glace ou quoi ?!
L : Non ! Je te rappelles que j'aime ta sœur plus que tout au monde !!
Kim : Arrêtes Jimmy. Ça suffit maintenant. Je vais aller avec les autres participer aux recherches. Toi, tu restes ici avec Largo et tu essaies de donner un coup de main pour refaire des fouilles dans l'établissement.
Jimmy : C'est bon , j'ai compris. J'arrête les frais pour le moment.
Kim : Bien. Va avec Bosco et Yokas.
Jimmy : D'accord mais je veux être tenu au courant si vous la retrouvez avant nous.
Kim : Oui.

La secouriste partit tandis que le frère jumeau rejoignait les deux policiers qui les avaient escortés quelques mois plus tôt. Le milliardaire participa aussi aux recherches.
New York, 5 heures plus tard
Un petit attroupement se bousculait à l'entrée d'une rue. Des policiers essayaient de retenir les badauds. Une ambulance arriva…

Flic : Laissez passer, les secouristes… Laissez passer… Merci.
Doc : Salut, Sully. Qu'est-ce qu'on a ?
Sully : Notre vieil ami Eddie a trouvé le corps de cette jeune femme, il y a ½ heure et il nous a appelé. Apparemment, elle respire.
Doc : Oh, bon sang ! Carlos va chercher Kim dans l'ambulance !!
Carlos : J'y vais !
Sully : Tu la connais ?
Doc : On peut dire ça…
Kim : Tu as besoin de moi, Doc ?
Doc : Regarde…
Kim, dont le visage changea de couleur : Mon Dieu !! Mais c'est Joy !! Davis préviens le central qu'on a retrouvée la jeune femme !
Davis : Comment sais tu que c'est elle ? s'étonna le deuxième policier.
Kim : Parce que c'est la sœur de Jimmy… Doc, est-ce qu'elle respire ?
Doc : Oui mais elle est en hypothermie. Il faut vite la ramener à l'hôpital.
Carlos : Je vais chercher la civière.
Kim : Fais vite !
Doc : A 3, on la soulève. 1, 2, 3… C'est partit. Est-ce que vous pouvez nous escorter ?
Sully : Pas de problème.

Les deux véhicules de secours démarrèrent en trombe. Largo et Jimmy, qui avaient prévenus, attendaient l'ambulance avec angoisse. Celle-ci arriva facilement à se frayer un chemin dans la circulation dense de New York.
Urgences, 18 h 40
Doc : On se dépêche. J'amène la jeune femme qui avait disparue. Elle est en hypothermie, aucune blessures apparentes.
Grey : On la prend en charge. Bon boulot les gars ! Suzanne, bipez le docteur Garvey.
Suzanne : Bien docteur.

Les secouristes et la famille se rendirent dans cette salle d'attente qu'ils connaissaient que trop. Une heure plus tard, les deux médecins vinrent à leur rencontre.

Garvey : Bon. Mlle Arden va bien. Elle n'a subit aucuns sévices sexuels malgré quelques ecchymoses sûrement dû à une chute, le kidnappeur l'a peut-être jeté. Sa température corporelle est remontée. Malheureusement, elle est toujours dans le coma.
Jimmy : Est-ce que je peux rester à ses côtés cette nuit, docteur ?
Garvey : D'accord. Mais une seule personne alors.
Jimmy : Merci infiniment, docteur. Veuillez m'excuser pour tout ce que j'ai dit cet après-midi.
Garvey : C'est oublié.
Jimmy : Si tu veux Largo, tu peux rester un petit moment avec elle le temps que j'ailles manger un morceau.
L : Merci. A tout de suite.

Winch resta prés de ¾ d'heure à parler à la femme qu'il aimait. Il lui disait tout ce qui lui passait par la tête mais elle ne bougeait pas, elle ne réagissait pas… Le soldat du feu prit la relève vers 21 heures. Il poussa le fauteuil prés du lit de sa sœur, il s'endormit rapidement. Sa tête était posée sur le lit, il tenait sa main dans la sienne, il ne voulait plus la lâcher. Il s'en voulait de ce qui s'était passé le matin même.


Petit à petit, la garde du corps commençait à revenir à la surface. Elle se trouvait dans un endroit merveilleux où tout était calme et paisible. La lumière était éblouissante. Une forme s'approchait d'elle. Elle la reconnu… c'était sa mère.

Joy : " Maman ! C'est toi ? Si tu savais comme j'ai rêvé de cet instant…
Katherine : Moi aussi ma chérie. Il faut que tu retournes dans ton univers, ma douce.
Joy : Non, je veux rester avec toi. Je souffre trop. La vie là-bas est trop dure, j'aime un homme qui se désintéresse de moi. C'est un coureur de jupons
Katherine : Tu as été absente de ton monde pendant tellement longtemps que tu auras du mal à comprendre ce qu'il t'arrive.
Joy : Je ne comprends pas.
Katherine : Fais moi confiance. Il faut que tu sois forte, ma fille. Quelqu'un que tu ne connaissait pas va entrer dans ta vie, ne le repousse pas. Quand tu sortiras de mon paradis, tu pourras ouvrir la boîte magique que je t'avais offert le jour de tes seize ans.
Joy : Tu m'as dit qu'il y avait un grand secret dedans, es-tu sûr de vouloir que je l'ouvre ?
Katherine : Oui. Il est temps maintenant que tu partes et souviens-toi. Ils t'aiment tous les deux…
Joy : Qui ça tous les deux ? Maman… "

A ce moment-là, sa main bougea réveillant par la même occasion Jimmy. Ce dernier appela le médecin de garde. Il regarda sa montre, elle affichait minuit. Il lui parla pour la rassurer et se rassurer lui-même par la même occasion. Des larmes perlaient sur son visage rond.

Jimmy : Joy, prends ton temps pour te réveiller. Je t'aime p'tite sœur.

A ces mots, elle ouvrit les yeux avec difficulté, tout était noir autour d'elle. Elle entendait quelqu'un lui parler, la voix résonnait comme un écho. Sa tête était remplie d'images complètement désordonnées. Après un long moment de silence, elle articula avec peine…

Joy : Ma… Mam… Maman, reviens…
Jimmy : Chuttt, je suis là. Tu n'es plus seule.
Joy : Lar… Largo ?
Jimmy : Non. C'est Jimmy, lui chuchota-t-il.
Joy : Boîte… Musique
Jimmy : Tu veux parler de celle-là, lui demanda-t-il en lui tendant le fameux objet qu'il avait pris sur le chevet.
Joy : Mer… Merci… murmura-t-elle en tendant la main vers quelque chose qu'elle distinguait avec difficulté.

Dans l'obscurité, la jeune femme voyait mal le visage de cette voix inconnue.

Joy : Lumière, s'il vous plait, susurra la Belle au Bois Dormant.
Jimmy : Je vais te mettre l'éclairage tamisé pour que tu ne sois pas éblouie.

A présent, la garde du corps observait tout ce qu'il y avait autour d'elle. Elle se sentait perdue dans un endroit quel ne reconnaissait pas avec quelqu'un qui lui était inconnu bien qu'il lui inspirait la douceur et le réconfort.

Joy : Où suis-je ?… Qui êtes-vous ?…
Jimmy : Je suis ton frère jumeau. Je m'appelle Jimmy
Joy : Tu es le secret de ma boîte à musique… Mam… Maman m'a dit le jour de mes seize ans que j'avais un frère mais ça devait rester un secret entre nous… il ne doit pas savoir... Toute la vérité se trouve là dedans…
Jimmy : On peut l'ouvrir si tu veux…
Joy : Non pas tout de suite… Laisse moi prendre le temps de réaliser et de te regarder.
Jimmy : Si tu veux.

La jeune femme passa plusieurs minutes à scruter le visage de son frère qu'elle allait apprendre à connaître. Il était beau, fort : son regard pétillait, son visage était rond comme le sien, il avait ses fossettes…

Joy : Tu es moi au masculin…
Jimmy : Exactement et je suis plus qu'heureux que tu sois revenue. Tu devrais te reposer. On verra tout demain.

Il alla éteindre la lumière. Quand il revint, il posa un baiser sur son front.

Joy : Non… Ne me quittes pas…
Jimmy : Non, je reste avec toi.
Joy : Tiens moi la main, s'il te plait… J'ai peur…
Jimmy : N'ais pas peur, tu n'as plus rien à craindre… Dors maintenant…

Le frère et la sœur se rendormirent profondément. La jeune femme serrait très fort cette main musclée. Le lendemain, ils furent réveillés par le docteur Garvey qui venait prendre des nouvelles de sa patiente ressuscitée, il n'arrivait que maintenant car il n'avait pas pu venir immédiatement lorsqu'elle s'était réveillée.
Chambre 107, 9 h 10
Garvey : Bonjour, bonjour ! Excusez-moi de vous réveiller mais j'ai lu dans le cahier que Mlle Arden s'était réveillée à minuit.
Jimmy : Oui. Vous voulez que je vous laisse seuls ?
Joy : Non ! Reste !
Garvey : Puisque votre sœur le demande avec autant de ferveur, vous pouvez rester. Mlle Arden, Vous souvenez-vous de ce qui s'est passé ?
Joy : Non. C'est flou. Dans ma tête, j'entends des bruits et il fait froid.
Garvey : Bon. Les souvenirs vont vous revenir petit à petit. Je vais donner le programme de la journée. Dans une heure, vous allez passer de nouveaux examens…
Joy, l'interrompit : Quels genres d'examens ?
Garvey : Tout d'abord. On va vous faire passer un IRM pour voir si votre traumatisme crânien n'a laissé aucunes séquelles apparentes ensuite on fera un scanner pour voir si vous n'avez pas de problèmes supplémentaires…
Joy : Pourquoi ?… Que m'est-il arrivé ? demanda-t-elle en faisant des yeux tous ronds.
Jimmy : En voulant protéger Largo, tu a été grièvement blessée. Tu es restée dans le coma pendant plus de 5 mois. On a faillit te perdre à plusieurs reprises.
Garvey : A ce propos, l'agent Davis vous attend dans le couloir.
Jimmy : Merci. Je vais aller le voir. Je reviens Joy, je suis juste là, dit-il en lui montrant le policier dont on apercevait la silhouette derrière les stores.
Joy : D'accord mais tu reviens après…
Jimmy : Promis, et il sortit de la pièce.
Garvey : A nous, Mlle Arden. Je voudrais vérifier si tout fonctionne à peu prés.
Joy : Allez-y.

Le médecin commença à l'ausculter. Il lui faisait toutes sortes de manipulations pour vous voir si ses muscles n'étaient pas trop raides malgré les séances qu'avait effectué le kiné pendant son coma. Il vérifia la mobilité de son épaule blessée. Puis il s'attaqua à son appareil moteur inférieur malheureusement la jeune femme ne sentait rien. Elle n'arrivait pas à bouger les orteils (Aïe, aïe, aïe… pauvre Joy !). Après avoir terminé sa visite, il sortit de la chambre et rejoignit le pompier.
Couloir du Service de Réa, pendant ce temps
Davis : Salut, Jimmy. Comment va ta sœur ?
Jimmy : Très bien, elle s'est réveillée pendant la nuit. Le médecin est avec elle.
Davis : Mais c'est génial ! Je venais pour te dire qu'on a retrouvé le kidnappeur. C'est un déséquilibré mental qui l'a enlevé. Bosco s'est chargé de l'interroger.
Jimmy : Connaissant Bosco, il a dû arriver à lui sortir les vers du nez.
Davis : Tout à fait. Le bonhomme avait entendu parler du semi-réveil de ta sœur à la télé alors il s'est dit qu'elle arriverait peut-être à faire revenir à la vie sa mère. Quand il s'est rendu compte que ta sœur ne se réveillait pas, il s'en est débarrassé en la jetant de sa voiture. La suite tu la connais. Il a été placé dans un hôpital psychiatrique en attendant son jugement.
Jimmy : Merci d'être venu jusqu'ici pour m'annoncer la nouvelle. Je te laisse, le médecin sort de la chambre.
Davis : A plus tard. Souhaite lui un bon rétablissement de ma part, elle ne me connaît pas mais c'est l'intention qui compte.
Jimmy : Merci.
Garvey : Mr Doherty, je vais demander à ce que votre sœur soit transférée dans le service de traumatologie dés demain. J'attends les résultats du scanner mais je pense qu'elle ne pourra plus jamais marcher.
Jimmy : Au Seigneur !! Vous lui avez dit ?
Garvey : Non, elle s'en est rendue compte toute seule pendant que je l'examinais. Je vous laisse, j'ai d'autres patients à voir.
Jimmy : Oui… Merci, docteur.

Le jeune homme retourna dans la petite pièce remplie de fleurs. Joy était tournée vers la fenêtre. Son regard était perdu dans le vague, des larmes ruisselaient. Jimmy ne savait pas comment s'y prendre avec elle. Il s'assit sur le lit et lui sécha ses gouttelettes d'eau salée. Elle se jeta dans ses bras pour être réconfortée, il la serra très fort pour essayer de l'apaiser. Ils restèrent comme ça un long moment. Les brancardiers firent leur apparition pour emmener la jeune femme dans le service de radiologie.

Jimmy : Joy, je dois aller au travail pour poser mes congés. Quand tu reviendras de tes examens, Largo sera là.
Joy : Tu reviendras bien ici après.
Jimmy : Oui, oui ne t'inquiètes pas. Allez à toute à l'heure.
Joy : D'accord.

Il laissa les deux infirmiers s'éloigner en poussant le lit de Joy ; il partit à l'opposé.
Chambre 107, 11 h 45
Cela faisait un peu plus de 10 minutes que Joy avait été reconduite dans sa chambre. Elle était tellement éprouvée qu'elle ne s'était pas rendu compte de la présence d'un élégant jeune homme. Celui-ci s'assit comme à son habitude dans le fauteuil qui était prés du lit. . Joy, quand à elle avait les yeux fermés et se garda bien de lui montrer qu'elle était consciente. Après un long moment, il se décida à parler :

L : Joy. Je voulais encore te dire que je t'aime. Les médecins disent que là où tu es, tu entends tout ce qu'on te raconte. Moi, je pense qu'à ton réveil tu n'auras aucuns souvenirs de tout ce que j'ai pu te dire. Tu comptes énormément à mes yeux. (eh oui ! il est pas au courant, Jimmy n'a pas eu le temps de le prévenir… LOL)

La jeune femme avait écouté les supplications de son patron mais n'avait rien dit car elle pensait pertinemment qu'il n'était pas franchement honnête avec ses sentiments. Elle attendait avec impatience l'arrivée de son autre moitié. Elle était mal à l'aise car bientôt elle allait devoir affronter le regard de ses amis. Comment allaient-ils réagir par rapport à son infirmité ? Le fait qu'elle ne serait plus capable de protéger l'homme de sa vie ? Après un moment d'hésitation, elle se retourna pour faire face au bourreau des cœurs…

J : Lar… Largo. Arrêtes de me faire souffrir, s'il te plait… chuchota-t-elle en pleurant.
L : Joy !! Tu t'es réveillée !! C'est merveilleux !! Je vais chercher quelqu'un, je reviens.
J, qui l'arrêta net : Pas le peine. Ils le savent déjà…
L : Comment ça ?
J : Je… je me suis réveillée dans la nuit…
L : Ton frère a dû oublier de me prévenir mais je ne lui en veux pas, je suis trop content !
J : J'ai entendu tout ce que tu as dit mais je te connais trop bien pour savoir que tu n'es pas honnête…
L : Si je te jure que je te dis la vérité. Je ne peux pas imaginer le reste de ma vie sans toi !
J : Laisse-moi s'il te plait. J'ai besoin d'être seule ; puis elle se tourna de nouveau face à la fenêtre.

Le milliardaire resta là, le regard vide, ses yeux étaient mouillés. Il ne s'attendait absolument pas à ça. Après quelques instants, il s'exécuta et sortit de la chambre. Il ne vit même pas Jimmy qui venait à sa rencontre.

Jimmy : Eh Largo ! Tu as vu Joy ?
L : …

Le pompier observa son ami s'éloigner, il ressemblait à un zombi. Il entra dans la chambre 107 et compris que quelque chose s'était passé durant son absence

Jimmy : Joy ? Que se passe-t-il ? Je viens de voir Largo et il n'avait pas l'air bien.
J : Il m'a dit qu'il m'aimait mais je ne peux pas le croire. Je l'ai tellement vu avec d'autres femmes…
Jimmy : Crois moi, il t'aime. J'ai rarement vu quelqu'un aimer une autre personne comme ça. Depuis le début, il est resté à tes côtés. Quand je ne pouvais pas être auprès de toi à cause de mon travail, il me remplaçait. Simon m'a dit que tu ne montrais jamais tes sentiments mais si tu continues c'est toi qui va le perdre. Ouvre ton cœur. Tu es humaine, oublie ton armure.
J : Moi, aussi je l'aime. Mais crois-tu vraiment qu'il m'aimera toujours s'il apprend que je risque de rester toute ma vie dans cette fichue carriole, dit-elle en désignant le fauteuil roulant qu'on lui avait apporté pendant son absence.
Jimmy : Bien sûr qu'il t'aimera. Tout ce qui t'es arrivé lui a vraiment fait peur. Ces événements lui ont fait prendre conscience des sentiments qui se cachaient au plus profond de son cœur. Comment te sens-tu ?
J : Vidée, j'ai l'impression que je ne sers à rien maintenant. Je vais devoir réapprendre à vivre et je ne sais pas si j'en aurais le courage. J'ai besoin d'un but pour pouvoir continuer.
Jimmy : Ton but c'est de tout faire pour remarcher un jour, pour reprendre ton travail. Tu peux très bien vivre une relation avec un homme même si tu es dans cette voiture un peu spéciale…
J : Je ne sais pas si j'aurais la force de continuer. Pour être garde du corps, il faut avoir ses jambes. Je vais peut-être chercher un autre emploi… Tiens ! Comme conférencière sur la sécurité !…
Jimmy : C'est une idée mais reste dans la pensée qu'un jour ou l'autre tu remarcheras comme avant.
J : Est-ce qu'on peut arrêter de parler de ça, s'il te plait ? Parlons plutôt de toi. Après tout, tu sais beaucoup de choses sur moi mais je n'en connais aucune de toi.
Jimmy : Par quoi veux-tu que je commence ?
J : Est-ce que tu es marié ? Je sais que tu travailles mais tu ne m'as pas dit où ?
Jimmy : J'ai été marié mais je suis divorcé. Elle s'appelle Kim, tu la verras car parfois elle restait de longues heures ici à te parler. On a eu un petit garçon, Joey, qui est impatient de te connaître. Je suis pompier au 55e district dans le Bronx.
J : Où travaille Kim ?
Jimmy : Elle est secouriste dans la même unité que moi. C'est pratique car quand on a des problèmes avec ton neveu, on n'a pas besoin de s'appeler.
J : Quand est-ce que je les rencontrerai pour de vrai ?
Jimmy : Dans quelques jours, je préfère que tu te reposes avant de voir débouler la tornade Joey. C'est un enfant très vivant comme tous les gosses de son âge. Il faut être en forme le jour de votre première rencontre.
J : Je vais faire tout mon possible pour aller mieux mais ne me parles plus de cet engin de malheur avant un certain temps.
Jimmy : Tu as vu l'heure ! Je vais voir s'ils n'ont pas oublié de t'apporter ton repas…
J : D'accord mais tu manges avec moi.
Jimmy : Si tu veux. Après il faudra que tu te reposes un peu, tu es convalescente ne l'oublie pas.
J : Oui grand frère ; et la jeune femme esquiva son premier sourire depuis son retour parmi les vivants.

En voyant le contenu de son plateau-repas, la garde du corps fit une grimace… les menus des hôpitaux n'étaient vraiment pas appétissant. Elle pignocha un peu, et fatiguée, elle s'endormit.
A son réveil, elle trouva Simon triste, il n'avait pas ces petites étincelles qui généralement brillaient dans ses yeux. Il entama la conversation :

S : Alors, ma Belle… Bien dormi ?
J : C'est toi Simon ? Oui, merci.
S : Largo m'a dit que ton retour parmi nous avait mal commencé…
J : Ah !… Je vois qu'il t'a parlé de notre petite discussion…
S : Oui et je ne saisis pas ton comportement envers lui. Je sais que tu es éperdument amoureuse de lui. Alors pourquoi est-ce que tu le fais souffrir ? Il a cru à plusieurs reprises qu'il allait te perdre, il t'avoue ses sentiments et voilà comment tu le remercies !
J : Arrête Simon !… Tu ne comprends pas… Personne ne peux comprendre…
S : Laisse-moi au moins essayer.
J : C'est pas la peine. Je suis heureuse que tu viennes me voir mais ne me fais pas la morale. Tu ne peux pas te mettre à ma place. Si tu veux bien, je voudrais rester seule maintenant.
S : Bon, je pars mais je reviendrai. Je peux dire à mon pote qu'il te laisse un peu de temps ?…
J : C'est ça… du temps, beaucoup de temps…

Le Suisse quitta son amie. Il connaissait son fort caractère et il ne voulait pas la brusquer même s'il y était allé un peu fort juste avant. Il retourna donc au groupe W pour voir comment son ami allait.
Penthouse, 16 h 35
Le milliardaire était assis à son bureau, il observait le petit bonhomme, qu'il avait adopté, s'amuser sur le tapis de jeu. Il était tellement perdu dans ses pensées qu'il n'entendit pas entrer Kerensky. Le Russe le regardait de toute sa stature, il compatissait à ce que son ami vivait en ce moment.

K : Largo. Peux-tu me signer ces papiers ?
L : Hein ? Quoi ?
K : Les papiers. Il me faut ta signature pour commander des logiciels supplémentaires.
L : Ah ! Oui… Simon est rentré de l'hôpital ?
K : Gabriella l'a croisé alors qu'il se rendait chez Sullivan. Il ne va pas tarder à arriver.
L : Je me demande comment se sera passée sa visite avec Joy. Je ne comprends pas pourquoi elle m'en veut autant. Elle a des doutes sur ma sincérité alors que je n'ai jamais été aussi sincère avec quelqu'un.
K : Je pense savoir ce qui la perturbe, la dernière fois que vous vous êtes parlés Diana était là entre vous deux. Elle a refoulé sa jalousie au plus profond d'elle même. Elle doit penser que tu l'aimes pour un moment et qu'après tu iras voir ailleurs. Au fait, t'es-tu demandé comment elle allait réagir quand elle apprendrait que tu as adopté Jack ?
L : Non. Joy aime les enfants, je ne vois pas où est le problème.
K : Simon a raison quand il dit que tu as des œillères qui te bouchent les yeux. Pour l'instant, ton fils n'est pas le portrait de Diana mais pour Joy se sera toujours un obstacle. Simon et moi, on sait très bien qu'elle t'aime depuis longtemps mais de là à passer devant cet enfant, le pas est sûrement infranchissable. Je ne te dis pas que tu as fais une erreur mais il va bien falloir que tu en supportes les conséquences.
L : Je ferai l'impossible pour qu'elle comprenne. Je pense que son frère pourra m'être d'un grand secours.
K : Peut-être. Tu devrais lui demander de te donner un coup de main.
L : Tu as raison, je vais l'appeler. A cette heure là, il doit être à la caserne ou chez lui.

Le Russe laissa son patron téléphoner et partit à la recherche de l'ancien voleur.

L : Allô ? Bonjour, Largo Winch… J'aurais souhaité parler à Jimmy… il est en vacances et est-ce que Kim est là ?… aussi… bon, ben je vous remercie, il raccrocha le combiné et réalisa que son ami se tenait dans l'encadrement de la porte. Ah ! Simon ! Te voilà. Comment s'est passée ta visite à Joy ?
S : Mal. Elle est toujours aussi butée. J'aurais cru que le coma effacerait ce trait de caractère mais non ! Elle ne veut rien entendre ! Elle reste impassible. J'en ai discuté avec les infirmières de son service, et elles m'ont répondu que ça risquait d'être long. Pour notre princesse, le temps s'est figé aux événements qui ont précédé la fusillade et la fusillade en elle-même. Pour ce qui de son état de santé, je n'ai rien pu savoir. Je suis désolé mon pote…
L : Ça ne fait rien, dit-il en se levant pour prendre Jack dans ses bras, je vais essayer de voir avec Jimmy ce qui ne va pas chez elle.
S : Il est ta seule chance. Tu veux que j'ailles promener le petit ?
L : Oui et non. Comme tu es mon garde du corps actuel, tu vas nous accompagner faire les boutiques. Jack n'a plus grand chose à sa taille. Les gamins grandissent tellement vite à cet âge.
S : On y va. Je préviens Kerensky de notre petite ballade.
L : D'accord, fit-il puis s'adressant au petit. Allez Jack, tu veux bien aller promener avec papa ? Le gamin hocha de la tête. On est parti !

Le jeune papa, son fils et son garde du corps prirent l'ascenseur pour aller faire leurs emplettes. En chemin, ils furent arrêtés par Cardignac et Del Ferril qui s'opposaient au sujet de l'acquisition par le PDG d'un quartier entier à l'abandon. Le milliardaire voulait en faire un patelin paisible où des familles aux revenus modestes pourraient vivre. Sur le point " revenus modestes " Cardignac n'était pas du tout d'accord. Pour lui, cela signifiait perte de capitaux et baisse des actions du Groupe W. Del Ferril y voyait plutôt une bonne action (pour changer, LOL), les actionnaires seraient, d'après elle, favorables à cette démonstration de générosité et montrerait que l'empire Winch n'était pas qu'une implacable multinationale capitaliste. Finalement, Michel laissa tomber ses brassements inutiles d'air :

L : De toute manière, Michel, ma décision est prise et je n'y reviendrai pas dessus.
Cardignac : Si vous le prenez comme ça ! et il tourna les talons en emportant sa colère.
Penthouse, 21 h 03
Les deux hommes et le bébé étaient rentrés les bras chargés de paquets. En arrivant, Simon laissa son ami et Jack devant l'appartement. Winch fit manger son fils, le coucha et décida d'appeler Jimmy.

L : Jimmy, c'est Largo.
Jimmy : Salut, Largo. Je t'ai croisé dans le service ce matin mais tu ne m'as pas vu.
L : J'étais venu voir Joy mais ma visite s'est mal passée.
Jimmy : Je sais et j'en suis désolé. Je présume que tu m'appelles pour avoir des explications sur son comportement ?
L : Tu présumes bien. Qu'est-ce qu'elle a ?
Jimmy : Elle n'accepte pas beaucoup de choses. J'en ai parlé au médecin et il m'a répondu qu'il nous faudrait beaucoup de patience. Elle est encore un peu perdue.
L : Je pense que je peux comprendre ce qu'elle ressent : ses doutes, ses appréhensions…
Jimmy : Tu y es presque. Elle doute sur tout ce qui l'entoure. Joy sait qu'elle ne pourra peut-être pas reprendre son boulot et que ce tragique accident l'oblige à recommencer sa vie depuis le début.
L : Elle est forte. Elle va bientôt pouvoir remarcher…
Jimmy : Tu as l'air d'oublier que sa moelle épinière a été sérieusement touchée. Son coma et son immobilité permanente ont permis de réduire les dégâts mais son existence en a été totalement bouleversée.
L : Ça n'empêche pas que je l'aime de tout mon être.
Jimmy : Je sais bien mais pour elle rester dans un fauteuil roulant est un imposant obstacle pour mener une vie de couple normale. Elle s'est mis dans la tête que tu ne pouvais pas l'accepter telle qu'elle est maintenant.
L : Elle peut bien être borgne, difforme et je ne sais quoi encore… JE L'AIME !!!!!
Jimmy : J'ai compris mais ce n'est pas à moi qu'il faut le dire. Fais attention de ne pas réveiller ton fils.
L : Ça ne craint rien, j'ai bien fermé les portes.
Jimmy : Ne lui parles pas de Jack tout de suite quand tu la verras. Je vais d'abord préparer le terrain.
L : Je te remercie vieux frère. Bonne nuit.
Jimmy : Bonne nuit. Demain, elle change de service. Elle sera au 3ème dans le service de rééducation fonctionnelle et de traumatologie.
L : Merci, et il raccrocha.

La gente masculine passa une bonne nuit tandis que Joy en passa une épouvantable car des souvenirs lui revenaient et la terrorisaient. Vers deux heures, l'infirmière de garde lui injecta un somnifère dans sa perfusion pour qu'elle puisse s'endormir.
Service de Réanimation, 9 h30
Le changement de chambre devait s'effectuer à 10 heures. Le pompier arriva en avance pour aider à préparer les affaires de sa sœur. Dans le couloir, il fut arrêté par le médecin.

Garvey : Mr Doherty, votre sœur a passé une très mauvaise nuit, nous avons été obligés de lui administrer un puissant somnifère pour qu'elle parvienne à dormir. Je crains qu'elle ne commence à sombrer dans une dépression assez grave.
Jimmy : Que suggérez-vous ?
Garvey : Il faudrait lui faire consulter un psychothérapeute. J'ai essayé de lui en parler mais elle m'a envoyé promener.
Jimmy : Je vais lui parler. Elle a peur de l'inconnu maintenant. Je vous laisse car elle doit m'attendre avec impatience.
Garvey : Je vais mettre un mot dans son dossier.
Jimmy : Merci.

Il entra dans la chambre. La jeune femme l'attendait confortablement assise dans son fauteuil.

Part 4