R ETOUR VERS LE PASSE (part 1)
 




CHAPITRE I
Les coups de feu avaient cessé, la camionnette noire était partie emmenant Nério Winch vers une destination inconnue. Seuls restaient dans cet hangar de l'aéroport Mirabel à Montréal de nombreux cadavres, deux hommes près du corps d'une jeune femme, Leïa qui se trouvait à l'écart et la Police qui arrivait.
Leïa s'approcha du petit groupe, la jeune femme, qu'elle reconnut comme étant Joy Arden, était blessée et avait perdue connaissance. Les deux hommes, Largo Winch et Simon Ovronaz était près d'elle les larmes aux yeux.
Les policiers se précipitèrent et l'un d'eux appela une ambulance. Joy n'était pas morte comme on aurait pu le croire au premier abord, mais elle avait sombré dans un coma profond.
Un policier s'approcha de Leïa.
- Vous allez bien, Mademoiselle ?
- Oui, je n'ai qu'une égratignure.
- L'ambulance arrive, on va vous conduire à l'hôpital.
- Merci, mais occupez-vous en priorité de cette personne.
Largo leva la tête et son regard croisa celui de la jeune femme. Il ne savait pas d'où elle sortait et ce qu'elle faisait là. Sa préoccupation première était la vie de son amie qu'il tenait dans ses bras. Il la regarda, elle semblait simplement endormie.
Joy avait voulu lui dire quelque chose mais elle avait perdu connaissance avant. Elle comptait énormément pour lui et il ne s'en apercevait que maintenant qu'il était à deux doigts de la perdre. Se pouvait-il qu'il ressente pour elle plus que de l'amitié ? Il s'était bien rendu compte que leur rapport s'était modifiés depuis quelques semaines. Ils s'étaient rapprochés mais il avait mis cela sur le compte d'une amitié et d'une complicité réciproque, sincère et profonde.
L'ambulance arriva et les infirmiers écartèrent Largo et Simon pour s'occuper de la jeune femme blessée. Ils la placèrent sur un brancard après lui avoir donné les premiers soins puis l'ambulance repartit sirène hurlante.
Les policiers interrogèrent les deux hommes et Leïa sur ce qui s'était passé dans le hangar pendant qu'un ambulancier qui était resté soignait la blessure de la jeune femme.
- Vous vous connaissez tous les trois ? demanda l'inspecteur.
- Non, répondit Leïa. Je suis arrivée en pleine fusillade.
- Que faisiez-vous ici, Mademoiselle ?
- Je cherchais le hangar n° 4 pour récupérer un colis et je me suis égarée.
- Vous portez toujours une arme sur vous ?
- Oui, vous voulez voir mon port d'arme ?
- Monsieur, l'interrompit un officier. J'ai vérifié l'identité de ces personnes et il y a quelque chose de très intéressant.
- Vraiment ? Je vous écoute.
- Ces deux messieurs sont bien ce qu'ils prétendent, Monsieur Winch est à la tête d'un puissant conglomérat américain et Monsieur Ovronaz le Directeur de son service de sécurité.
- Et pour cette dame ?
- Il vaut mieux que vous lisiez ceci, Inspecteur.
L'agent tendit une feuille à son supérieur qui, après avoir lu son contenu, changea entièrement d'attitude.
- Nous allons vous conduire tous les trois à l'hôpital, vous pourrez retrouver votre amie, quant à vous Mademoiselle, vous pourrez être soignée plus tranquillement. Agent Trick, conduisez ces deux messieurs à Stendhal tout de suite.
- Bien, inspecteur.
- Je vais vous y conduire personnellement, Mademoiselle.
- Merci, inspecteur.
Leïa suivit le policier sous le regard septique de Largo et Simon.
- Qui est cette femme ? demanda le milliardaire.
- Je ne suis pas habilité à vous révéler son identité, Monsieur Winch, je suis désolé. Suivez-moi.
A leur arrivée à l'hôpital Stendhal, une infirmière les conduisit dans une salle d'attente après les avoir informés que Joy était au bloc opératoire et qu'un docteur viendrait les voir pour leur donner des précisions sur l'état du leur amie dès que possible.
CHAPITRE II
La blessure de Leïa fut soignée et elle demanda à appeler une personne pour venir la chercher. Elle composa un numéro et attendit que l'on décroche.
- Allô !
- J'ai besoin de toi, Yorgi. Je suis à l'hôpital Stendhal à Montréal. Viens me chercher, s'il te plaît.
- Je suis là dans 90 minutes.
Elle raccrocha et s'allongea. Elle réfléchit aux événements qui venaient de se dérouler ces dernières heures.
Nério l'avait contactée alors qu'elle se trouvait à Washington. Elle croyait qu'il était mort depuis plus d'un an. Elle n'avait pas pu assisté à ses funérailles car elle était en mission à ce moment-là, elle avait lu les journaux et avait appris que Largo avait repris les rennes du Groupe W. Elle avait lu les nombreux articles le concernant et aussi ceux sur sa façon de gérer son groupe, elle avait eu connaissance des nombreuses tentatives de certains membres du conseil d'administration du Groupe W pour lui ravir la direction mais elles avaient heureusement toutes échouées.
Nério pouvait être fier de son fils. Leïa sourit à l'idée que le fils surpassait même son père dans beaucoup de domaines. Elle savait que contrairement à son géniteur, Largo était un homme qui ne déviait jamais de ses idées, il restait toujours dans la légalité pour tout ce qu'il entreprenait et cela n'était par le cas de Nério qui avait détourné plus d'une fois la loi en donnant des pots de vin et en s'alliant à une certaine mafia. Elle savait aussi qu'il avait fait partie de la Commission Adriatique responsable de la mort de ses parents.
Nério s'était détaché de la Commission à la naissance de Largo, cela avait marqué le début d'une amitié inconditionnelle entre lui et le père de la jeune femme. Ce retournement de situation avait valu au puissant homme d'affaires de voir sa vie menacée en permanence par des hommes et des femmes cachés dans l'ombre, prêts à saisir la moindre occasion pour le tuer. Leïa et beaucoup d'autres avaient cru qu'ils avaient réussi en apprenant la mort de Nério, mais il semblait que l'homme mort plus d'un an auparavant était un double.
Aujourd'hui, Nério était vivant, elle l'avait entendu et vu. Quand il l'avait appelée, elle n'en avait pas cru ses oreilles. Elle avait pu contrôler rapidement si la voix de l'homme qui lui avait téléphoné était la même que celle du Nério qu'elle connaissait, les intonations étaient identiques à 95 % et la voix était naturelle, il n'y avait eu aucun trucage informatique.
Nério lui avait demandé de venir le rejoindre dans un hangar de l'aéroport de Montréal mais au cas où il arriverait quelque chose et si ils ne pouvaient pas se retrouver, elle devait veiller sur la vie de Largo. " Je te confie sa vie, Leïa, je connais ta puissance, je sais que tu pourras mieux le protéger que n'importe qui. Tu es née pour cela, et tu as été entraînée pour combattre. Veilles sur lui, Leïa, il le mérite plus que tous ceux que tu as aidé jusqu'à présent. Il le mérite même plus que moi. Je t'adore, Leïa. "
L'entrevue n'avait pas eu lieu. Leïa était arrivée en pleine fusillade et Nério avait été enlevé par ceux qu'il essayait de fuir. Elle n'avait pas pu l'aider et le secourir, elle se demandait si elle pourrait aider Largo à survivre contre la Commission.
Yorgi Kerensky était le seul homme à pouvoir l'appuyer dans cette mission, elle savait pouvoir compter sur lui, il était son ami, il avait joué, dès leur première rencontre, le rôle du grand frère pour elle et pour Luke. A la mort de Luke, il ne l'avait pas abandonnée et ils avaient fait un bout de route ensemble jusqu'à ce qu'il soit rappelé dans son pays définitivement. Leïa avait appris qu'il était entré au service du président d'un puissant conglomérat américain, mais elle ne savait pas duquel il s'agissait. Il ne serait pas trop de deux pour protéger Largo Winch.
Maintenant qu'il était au courant que son père était vivant, la Commission le considérerait comme un danger encore plus grand qu'il ne l'était auparavant.
CHAPITRE III
Un docteur et une infirmière entrèrent dans la chambre. Ils examinèrent la jeune femme et le médecin l'avertit qu'elle pouvait sortir, sa blessure n'étant pas très grave, il suffisait qu'elle change le pansement tous les jours et qu'elle prenne pendant quelques jours les médicaments qu'il lui prescrit contre l'infection. Leïa se rhabilla, prit son portable et composa un numéro.
- C'est moi. Je veux que vous prépariez un hélicoptère banalisé. J'ai besoin de faire évacuer une personne dans un état critique d'un hôpital. Contactez le Professeur Jefferson et emmenez le avec vous pour cette opération. Préparez une chambre avec tout le matériel nécessaire. Que trois voitures viennent me retrouver à l'hôpital Stendhal pour faire évacuer trois autres personnes. Je veux deux hommes armés dans chaque véhicule, il pourrait y avoir de l'action. Mettez-vous en route et attendez mon feu vert, je veux que vous soyez sur les lieux à la minute même où je vous appellerai.
La jeune femme raccrocha puis quitta la chambre. Dans le couloir elle vit son ami parler avec Largo Winch et Simon Ovronaz. Leur discussion avait l'air très animée, elle s'approcha petit à petit pour entendre leur conversation.
- Où étais-tu ? Je t'ai appelé pour avoir de l'aide, accusa Simon.
- Vous m'avez exclu de votre petite escapade sans me prévenir, je vous ai entendu quand vous avez opté tous les trois pour me laisser hors du coup. Joy et toi, vous avez été très clairs, on ne peut pas me faire confiance, ce sont vos mots exacts.
- Tu nous avais caché que tu connaissais ce type Jagger et tu n'as pas voulu nous en dire plus. Et ce fax te montrant en grande conversation avec lui, vous n'aviez pas l'air d'être des ennemis.
- Ce fax est parti de ton appartement Simon.
- Et alors ?
- Largo, j'ai déjà prouvé que tu pouvais avoir confiance en moi, enfin je le pensais. C'est toi qui es venu me chercher, pas l'inverse, alors c'est plutôt à moi de me sentir trahi, ce qui est le cas. Que tu aies plus confiance en Simon qu'en moi, je peux le comprendre, vous avez partagé de nombreuses aventures ensemble, mais que tu fasses plus confiance à Joy qu'à moi, j'avoue que je ne le comprends pas. Nous avons tous les deux des coins obscurs dans nos vies que nous ne voulons pas dévoiler mais tu as l'air de lui accorder plus de circonstances atténuantes qu'à moi. Je voudrai bien savoir sur quoi tu te bases pour faire ce choix.
- Yorgi ?
Les trois hommes se retournèrent et découvrirent la jeune femme du hangar. Le russe s'approcha d'elle et elle se jeta dans ses bras. Il resta à la serrer contre lui pendant une longue minute puis il s'écarta.
Cela faisait trois ans qu'il ne l'avait pas vue, ils n'avaient communiqué que par internet et leurs entretiens étaient courts. Yorgi regarda la jeune femme plus attentivement et constata qu'elle était encore plus belle qu'autrefois. Son teint était plus mat et faisait ressortir le vert de ses yeux. Ses magnifiques cheveux châtains étaient maintenus par une pince. Elle ressemblait à la petite fille qu'elle était lors de leur première rencontre.
- Tu vas bien ?
- Maintenant que tu es là, oui. Tu m'as manqué, plus que je ne l'aurais imaginé.
- Toi aussi, tu m'as manquée, ma petite Tsarine.
Ils se regardèrent un instant sans prononcer un mot comme si leur yeux pouvaient tout se dire et tout expliquer. Un lien spécial s'était tissé entre eux dès leur première rencontre et malgré toutes les années qu'ils avaient passé séparés l'un de l'autre, ce lien était toujours là et leur communion parfaite existait encore.
Elle s'approcha et l'embrassa tendrement sur les lèvres avant de le serrer une nouvelle fois dans ses bras.
- Vous vous connaissez ? demanda Largo.
- Oui, c'est une amie.
- Que faisait-elle dans le hangar ?
- Pourquoi ne lui poses-tu pas directement la question ? Leïa sera plus apte à répondre que moi, nous ne nous sommes pas revu depuis trois ans.
- Que faisiez-vous dans cet hangar ? demanda Simon.
Le jeune femme n'eut pas le temps de répondre, un homme d'un certain âge et une femme brune les interrompirent.
- Largo ! Je suis venu dès que j'ai su, comment va Joy ?
- Largo ! Tu n'as rien, dit la jeune femme en se jetant dans ses bras.
- John ! Diana ! Que faites-vous ici ?
- Joy est quelqu'un de bien, expliqua l'homme en costume, elle mérite qu'on se préoccupe d'elle, et puis je l'aime bien.
- J'étais folle d'inquiétude, Largo. Et ton père ? Où est-il ?
- Je n'en sais rien, ils l'ont repris, répondit-il sombrement.
- Oh ! Largo, je suis désolée.
- Yorgi, je dois te parler, dit Leïa discrètement.
- Mademoiselle Walker ? Mais que faites-vous ici ?
- C'est une longue histoire que je vous raconterai une autre fois, Monsieur Sullivan. Je dois m'occuper d'une chose très importante pour l'instant.
- Vous vous connaissez ? demanda Largo surpris.
Sullivan regarda la jeune femme et comprit à l'expression de ses yeux qu'elle ne voulait pas trop en dire sur elle. Il se rappelait de certaines de ses visites dans le bureau de Nério, ce dernier lui demandait souvent de sortir quand elle venait, et il n'avait jamais pu savoir ce que tramaient ces deux là. Il se rappela avoir posé la question un jour à son vieil ami qui lui avait répondu vaguement qu'il ne faisait qu'assurer ses arrières et sa succession à la tête du Groupe W.
John connaissait l'existence de Largo, il savait aussi qu'il serait l'héritier de Nério, c'est pour cette raison qu'il ne comprit jamais le sens de ces paroles mais il ne força jamais le silence de son ami. Tout comme il prit la décision de ne rien dire à Largo sur le peu qu'il savait de la jeune femme.
- Vaguement, nous nous sommes vus une ou deux fois dans des soirées.
- En effet, Monsieur Sullivan. Je m'excuse, mais je dois vous enlever Yorgi quelques minutes.
- Tu as tout le temps que tu veux, Leïa, je ne travaille plus pour le Groupe W.
- De quoi parle-t-il ? demanda Sullivan.
- Pourquoi ? demanda Largo.
- Tu ne me fais pas confiance pour vous aider, tu préfères te fier à des personnes que tu ne vois que rarement plutôt qu'à celles qui vivent avec toi 24 h sur 24 et qui donne leur vie pour que tu ne sois pas tué. Je n'ai plus rien à faire avec vous. Je prendrai des nouvelles de Joy par vous, Sullivan, j'espère seulement que ma mise à l'écart ne lui coûtera pas la vie. Si j'avais été là, elle serait peut-être en pleine forme et elle rirait avec nous. Allons-y, Leïa.
- Yorgi !
- Laisses-le, Largo, intervint Diana. Nous devons penser à Joy, le reste n'a pas d'importance.
- La vie de Joy est très importante pour moi, Diana, mais l'amitié de mes amis et la vie de mon père le sont aussi.
- J'en suis convaincue, Largo, mais pour l'instant, Kerensky ne veut plus entendre parler du Groupe W, alors laisses tomber. Nous devons traiter les problèmes les uns après les autres, Largo.
- Diana n'a pas tout à fait tort, Largo, dit Simon. Nous ferons bien changer d'avis ce russe de malheur. Quant à Nério, si nous partons à sa recherche maintenant, nous n'arriverons à rien car on n'arrêtera pas de penser à Joy et on pourrait faire plus de mal à ton père qu'on ne le voudrait.
- Mais si on n'agit pas, ils vont l'emmener très loin et on ne pourra plus retrouver sa trace.
- A votre place, je ne m'inquiéterait pas trop pour cela, intervint Sullivan. J'ai dans l'idée que deux personnes vont se mettre activement à l'œuvre pour délivrer Nério.
- Qui ? demanda Simon. Vous pensez à cette femme et à Kerensky ?
- Qui est-elle, John ?
- Même si je le voulais, je ne pourrais rien vous dire, Largo. Nério avait parfois des secrets pour moi et il les a emporté avec lui, où qu'il soit. Ce dont je suis sûr, c'est que l'on peut leur faire confiance à tous les deux, même si je n'ai pas toujours apprécié Kerensky.
- Monsieur Winch ?
- Oui.
- Je suis le Docteur Petersen. L'opération de Mademoiselle Arden s'est bien déroulée. Nous avons eu un peu de mal à extraire la balle qui était très près du cœur c'est pour cette raison que cela a duré aussi longtemps. Maintenant, c'est à elle de faire le reste du boulot.
- Elle est toujours dans le coma ?
- Oui, si elle passe la nuit, tout ira bien mais je ne peux pas vous dire quand elle se réveillera.
- Vous voulez dire qu'elle peut rester comme cela pendant longtemps ?
- Oui, si elle passe la nuit, elle peut rester dans le coma une journée, une semaine ou une année.
- Non, elle va se réveiller, elle va se battre, elle ne peut pas nous laisser tomber. Elle n'a pas le droit de nous abandonner.
- On peut la voir ? demanda Simon.
- Une seule personne, c'est tout pour aujourd'hui. Les autres, revenez demain.
- Est-ce que je peux passer la nuit avec elle ? Juste pour être près d'elle.
- Largo, ce n'est pas une bonne idée, intervint Diana.
- Au contraire, je pense que si, intervint le chirurgien Si vous restez et lui parlez un peu de temps en temps, il se peut que cela la fasse revenir plus vite. Des études ont prouvés que les personnes plongées dans un coma profond perçoivent des choses que nous ne percevons pas en temps normal. Je vais demander à ce que l'on mette un fauteuil confortable dans la chambre... Une dernière chose... Mademoiselle Arden est branchée sur une machine pour respirer, c'est un peu spectaculaire à voir mais tout est normal, ne soyez pas inquiet.
- Pour moi, tout sera normal quand elle sera réveillée.
- Je comprends. Elle est dans la chambre 215, c'est un fond du couloir, la dernière porte à droite.
- Merci, Docteur.
- Je passerai voir si tout va bien dans une heure et ensuite nous ferons un contrôle toutes les trois heures. A plus tard, Monsieur Winch.
- Largo ? dit la jeune femme en posant une main sur son épaule.
- John, ramenez Diana à New York, je vous appellerai pour vous donner des nouvelles.
- Largo, je veux rester avec toi.
- Non, Diana, cela ne servirait à rien, il ne peut y avoir qu'une seule personne dans la chambre.
- Simon pourrait veiller sur elle.
- Non, c'est à moi de le faire, elle a donné sa vie pour moi, je ne dois pas l'abandonner, et puis... vu son attitude ces derniers temps, je pense qu'elle n'aimerait pas te savoir dans les parages.
- Voyons, ce n'était que de la jalousie.
- Peut-être... mais tu as tout fait pour l'attiser et je n'ai pas vu que je lui faisais du mal en ne prêtant pas l'oreille à ses intuitions et à ses opinions comme je le fais d'habitude.
- Tu veux dire quand je ne suis pas là.
- Ecoutes, je ne sais plus où j'en suis, mon père n'est pas mort mais il a de nouveau disparu, Kerensky est parti, cette femme débarque avec ses mystères et tout le monde lui ouvre les bras en commençant par les flics et Joy est entre la vie et la mort. Il ne me reste plus beaucoup de vrais amis autour de moi.
- C'est pour cela que tu me renvoies, tu as peur qu'il ne m'arrive quelque chose ? A moins que tu n'aies plus confiance en moi ?
- Franchement, Diana, je ne sais plus qui je dois croire et ne pas croire. En l'espace de 24 h, je viens de perdre l'amitié de deux personnes avec lesquelles j'ai passé plus d'un an à vivre et qui ont toujours été là pour me sauver la vie. Je leur ai tourné le dos sans raison, Kerensky ne méritait pas cela et Joy encore moins. Alors je préfère rester seul avec elle pour le moment. Simon, je compte sur toi pour qu'elle prenne bien le vol du retour.
- Pas de problèmes.
- Ensuite, essaies de mettre la main sur Yorgi, faites la paix, accordes lui tout ce qu'il voudra mais fais en sorte qu'il revienne travailler pour moi, j'ai besoin de lui au même titre que Joy et toi. Ensuite, tentez de retrouver la trace de mon père.
- Tu me tiendras au courant dès qu'il y aura du nouveau pour Joy ?
- Bien sûr, je t'appellerai plusieurs fois pour savoir où vous en êtes dans votre enquête.
- A condition que j'arrive à retrouver Kerensky.
- Une dernière chose, envoies le jet chercher le père Maurice, je crois que je vais avoir besoin de lui.
- Pourquoi faire ? demanda son ami intrigué.
- Il pourrait peut-être m'en apprendre un peu plus sur la mort de Nério et je veux avoir son opinion sur la fausse mort de mon père.
- Je m'en occupe.
- Vous avez contacté le père de Joy ? demanda John.
- Non, même si ils se parlaient de nouveau, ce n'est toujours pas le grand amour entre eux et je ne veux pas que sa présence empêche Joy de guérir.
- Tu crois vraiment à ces trucs des personnes qui entendent ce que l'on dit quand elles sont dans le coma ? demanda Simon sceptique.
- Pour l'instant, je me raccroche à ce que je peux, expliqua Largo avec un sourire triste sur les lèvres. A plus tard.
Diana voulut serrer le jeune homme dans ses bras et l'embrasser une dernière fois, mais il se dégagea, lui tourna le dos et se dirigea vers la chambre de son amie.
- Je l'ai perdu.
- Je t'aime beaucoup, Diana, mais tu croyais sincèrement qu'il allait t'ouvrir les bras maintenant. Il sait que Jake n'est pas son fils et il n'a aucune raison de rester avec toi si il ne t'aime pas vraiment.
- Ces derniers jours, je n'ai été qu'un amusement et celle qui lui a apporté la bonne nouvelle.
- Il a une profonde amitié pour toi, ne la gâches pas en essayant de lui mettre la corde au cou. Tu t'es fait déjà beaucoup de tort en t'interposant entre lui et Joy.
- Ils s'aiment ?
- Je n'en sais rien, mentit Simon qui connaissait les sentiments de la garde du corps pour son patron. Mais une chose est sûre, Joy a toujours voulu préserver la vie de Largo et tu t'es mise en travers de son chemin plusieurs fois ces temps-ci en essayant de renouer une relation avec lui. Le résultat n'est pas joli, Joy s'est sacrifiée pour Largo. Je ne sais pas si elle a des sentiments pour lui, mais une chose est sûre, jusqu'au bout elle n'aura gardé qu'une seule chose en tête : sa priorité c'était de garder son patron en vie, envers et contre tous, même si elle devait pour cela y laisser la sienne.
- Si cela n'est pas une preuve d'amour, murmura Diana. Conduis-moi à l'aéroport, Simon, j'attendrai que tout rentre dans l'ordre dans l'appartement de Largo avec mon fils. Ensuite, on verra bien comment les choses évolueront.
Les trois amis quittèrent l'hôpital. Avant de monter dans un taxi, Simon aperçut Kerensky et son amie à la terrasse de la cafétéria de l'hôpital. Il espéra qu'ils seraient encore au même endroit quand il reviendrait une heure plus tard.
CHAPITRE IV
Leïa et son ami russe s'étaient installés à une table et sirotaient une limonade.
- Alors, je t'écoute, Leïa, maintenant que nous avons parlé du bon vieux temps, expliques moi ce tu faisais dans ce hangar ?
- Nério m'avait demandé de l'y rejoindre.
- Tu connais Nério Winch ? Tu ne me l'avais jamais dit.
- Je n'avais aucune raison de te le dire, tout comme tu n'avais aucune raison de me dire le nom du groupe qui t'avait embauché.
- OK ! Tu as gagné. Tu peux m'expliquer ?
- Commences le premier, je pense que mon histoire va être plus longue que la tienne. Comment as-tu été recruté par Largo Winch ?
- C'est à cause de Dimitri.
- Ton cousin le prêtre ?
- Oui, il a séjourné dans un monastère tenu par un ami des Winch et il a parlé de moi au père supérieur.
- Le Père Maurice ,
- Tu le connais aussi ! Décidément, on ne se connaît pas aussi bien que je le pensais.
- Tu te trompes, Yorgi, tu es le seul homme à me connaître aussi bien, le seul que j'ai laissé approcher d'aussi près. Quant à mes petits secrets, je suis persuadée que tu en as toi aussi.
- OK ! On va laisser tomber ce sujet un peu glissant et revenir à celui qui nous intéresse.
- Je suis tout à fait d'accord avec toi, dit la jeune femme avec un sourire sur les lèvres.
- Quand Largo a repris le flambeau à la mort de son père, enfin la soi-disant mort, le Père Maurice lui a parlé de moi et il m'a engagé pour former un service de sécurité qui n'avaient rien à voir avec tous les illuminés qui faisaient parti de ce service du temps de son père.
- Il a pourtant repris Joy Arden.
- Oui, notre collaboration n'a pas toujours été au beau fixe.
- Cela ne m'étonne pas, mettre un ex du KGB avec une ex de la CIA, cela doit faire un cocktail plutôt explosif.
- Tu vois le résultat, ils se sont liés contre moi et m'ont exclu de leur enquête sur Nério.
- Je pense que Largo s'en veut maintenant d'avoir réagit de cette façon.
- Peut-être, mais c'est trop tard.
- Pas forcément. J'avoue que le fait que tu leur ai caché que tu connaissais Jagger n'était pas une bonne idée, surtout au moment où vous vous soupçonniez tous, mais tu peux te racheter.
- Je n'ai rien à me faire pardonner.
- Yorgi, ne fais pas ta tête de mule. Aides-moi à retrouver Nério et à le ramener auprès de son fils.
- Pourquoi veux-tu faire cela ?
- Je le dois à Nério Winch... Il a rencontré mes parents deux ans avant notre naissance à Luke et à moi. Ils sont devenus très amis, à cette époque, Nério faisait déjà parti de la Commission Adriatique. Il s'en ai confié à mon père qui lui a conseillé de s'en sortir et lui a proposé son aide pour y arriver. Puis Largo est venu au monde et là Nério a changé d'attitude. Il a mis son fils à l'abri et a juré qu'il se battrait pour que celui-ci puisse vivre dans un monde meilleur, pour lui léguer un empire digne de lui et qui lui permettrait de faire le bien. Mon père s'est uni à lui dans son combat. Luke et moi sommes nés et Nério a accepté de devenir mon parrain. Cinq ans plus tard, mes parents sont morts dans l'explosion de leur jet privé.
- Je connais la suite.
- A un ou deux détails près. Dans son testament, mon père nommait Bill comme administrateur de nos biens, AG et Viper comme tuteurs, mais je n'ai appris que bien plus tard qu'il y avait un deuxième administrateur. Nério était là à l'enterrement de nos parents, il est venu nous voir ensuite plusieurs fois par an. Je me rappelle qu'au début il me faisait très peur et que je me cachais dans l'espoir d'échapper à ses visites. Un jour, il m'a surprise dans le jardin alors que je m'amusais avec ma poupée. Nous avons discuté, enfin, c'est surtout lui qui a parlé et il m'a confié son terrible secret. Je n'avais alors que 9 ans, je suis devenu ce jour-là la détentrice du secret le plus pesant que pouvait avoir Nério Winch : il avait un fils un peu plus âgé que moi et il ne pouvait pas le garder auprès de lui et l'élever comme il en rêvait. Il ne le voyait qu'une fois par an pour son anniversaire et il souffrait de savoir qu'il devait faire croire à son propre fils qu'il éétait adoptéé, ceci pour le péréserver des menaces de mort de la Commission Adriatique.
- Je ne savais pas cela.
- Je pense que Largo n'en a pas parlé à beaucoup de monde, je sais qu'il en voulait énormément à son père parce qu'il ne le faisait pas participer à sa vie, et je le comprends.... Toujours est-il qu'à compter de ce jour, nous sommes devenus amis et quand Luke et moi avons eu 18 ans, il nous a tout raconté sur la mort de nos parents : l'attentat avait été commandité par la Commission. Bill était là, bien sûr, ainsi que Viper et AG. Je pense que tout ce qu'il nous a dit m'a confortée dans mon idée de m'engager dans l'armée. J'y pensais depuis plusieurs mois et je me suis décidée. Tu connais la suite. Pendant toutes ces années, Nério et moi sommes restés en contact, il me renseignait sur la Commission et j'en faisais de même, ainsi nous pouvions parer à toute menace. Enfin, c'est ce que nous croyions, ils ont tout de même réussi à le tuer.
- Ce n'était pas lui, mais un comptable employé par le Groupe qui lui ressemblait étonnamment et qu'il payait de tant à autre pour le remplacer dans des cérémonies ou des soirées.
- Oui, j'étais au courant, Alan Smyte lui servait de remplaçant lorsqu'il voulait aller voir Largo. Ainsi, personne ne se doutait de son absence et ne pensait à le suivre. C'est comme cela qu'il a gardé le secret de l'existence de Largo et de notre entente.
- Pourquoi t'a-t-il appelé ?
- Pour la même raison qu'il a appelé son fils : il avait besoin d'aide et il a contacté les seules personnes en qui il pouvait avoir confiance.
- Que t'a-t-il dit ?
- Qu'il venait d'avoir Largo et qu'il lui avait demandé de le rejoindre au même endroit que moi. Il a été retenu prisonnier pendant tout ce temps contre son gré, ils lui administraient des drogues qui anéantissaient sa volonté. Il a fini par réussir à trouver un stratagème pour leur fausser compagnie et il s'est retrouvé dans le hangar. Il m'a demandé aussi de lui faire une promesse.
- Laquelle ?
- Il m'a dit : " Je te confie la vie de mon fils, tu es née pour cela et tu a été entraînée à combattre. Veilles sur lui. " J'ai l'intention de tenir ma promesse, Yorgi, même dans l'ombre s'il le faut, mais je la tiendrai.
- Je te fais confiance, tu as rarement failli à tes promesses.
- Oui, je n'ai échoué qu'une seule fois et c'était la seule promesse que j'aurai voulu absolument honorer, dit-elle un voile de tristesse assombrissant son regard.
- Tu ne pouvais rien faire, Leïa, Jessica était condamnée.
- Je sais... Revenons à nos affaires.
- Je veux bien, mais par où veux-tu commencer ? Nous n'avons aucun indice.
- Si tu es avec moi, on y arrivera, j'en suis persuadée. A nous deux, on le retrouvera.
- Et à trois, on peut aussi ?
- Qu'est-ce que tu veux, Simon ?
- Largo m'a demandé de te retrouver. Il m'a autorisé à te donner tout ce que tu voudra pour revenir travailler pour lui. Il veut que tu nous aide à retrouver son père. Nous avons besoin de toi, de tes dons en informatique et de tes contacts pour cela.
- Pourquoi n'est-il pas venu me le dire lui même en face ?
- Il doit rester avec Joy.
- Oui, il aurait du penser à elle plus tôt.
- Yorgi ! Ce sont tes amis, les seuls que tu aies vraiment, ne leur tournes pas le dos.
- Ils l'ont fait les premiers.
- Tu es une vraie tête de mule, ma parole, s'exclama Simon. On a fait une erreur, on te présente nos excuses.
- Ben voyons, vous avez confiance en moi tout d'un coup ?
- Ecoutes, Kerensky, conclut Simon exaspéré, j'avoue que nous avons réagit un peu trop vite sur ce coup et maintenant nous devons en payer les conséquences, mais on doit laisser nos querelles de côté, la vie de Nério en dépend.
- Bon ! Quand vous aurez terminé votre combat de coq, vous me ferez signe. J'ai quelques détails à régler en attendant.
Leïa se leva et pénétra dans l'hôpital sans laisser le temps aux deux hommes de réagir. Dans le hall, elle prit son portable et composa un numéro.
- C'est moi, tout est prêt ?... Bien, attendez mon feu vert.
CHAPITRE V
Leïa prit l'ascenseur et se retrouva à l'étage où se trouvait Joy Arden. Elle demanda le numéro de sa chambre à une infirmière. Quand elle fut à la porte, elle respira un bon coup puis entra.
- Monsieur Winch ?
- Que... ? Vous ! Que voulez-vous ?
- Je suis une amie et je voudrai vous parler, s'il vous plaît.
Largo regarda Joy puis la jeune femme, il hésita un instant avant de suivre cette inconnue qui était entrée dans sa vie quelques heures plus tôt.
- Venez, allons prendre l'air, cela vous fera du bien et nous pourrons discuter sans oreilles indiscrètes. Votre amie ne risque rien, Monsieur Winch, il y a des infirmières partout dans le couloir, elles arriveront à la moindre alerte.
Ils prirent l'ascenseur et se retrouvèrent dans le jardin où Simon et Kerensky les rejoignirent.
- Que se passe-t-il ? demanda Simon.
- Rien, dit Leïa en composant un numéro sur son portable. C'est moi, vous pouvez y aller...
- Qui avez-vous appelé ? demanda Simon soupçonneux la main sur son arme.
- On se calme, Monsieur Ovronaz, nous allons faire une petite balade tous les quatre et vous la ferez tous de gré ou de force.
- Leïa, qu'est-ce que cela veut dire ?
- Je suis désolée, Yorgi, mais je n'ai pas trouvé d'autres moyens pour sauver vos vies.
Une sirène retentit. Ils entendirent un hélicoptère se poser sur le toit de l'hôpital et en repartir dix minutes plus tard. Le téléphone de la jeune femme sonna. Elle ne prononça aucun mot puis raccrocha.
Deux 4x4 noirs, les vitres teintés, s'arrêtèrent à l'entrée du jardin dans un crissement de pneus. Trois hommes descendirent du deuxième véhicule et se dirigèrent vers eux.
- Bon sang, qu'est-ce que... ? commença Simon en dégainant son arme.
- Ne tirez pas, ce ne sont pas eux les ennemis.
Tout à coup, une explosion eut lieu dans une chambre de l'hôpital. Largo comprit le premier qu'il s'agissait de la chambre de Joy et voulut aller voir mais il en fut empêché par la jeune femme qui se planta devant lui.
- Vous restez avec nous, Monsieur Winch, nous vous conduisons dans un endroit où vous serez en sécurité.
La jeune femme fit un signe à ses hommes. L'un deux cria quelque chose que seule la jeune femme comprit, elle sortit son arme et se planta devant Largo lui servant de bouclier contre les nouveaux arrivant.
Quatre hommes vêtus de noirs et armés jusqu'aux dents se précipitaient vers eux en courant. Leïa appela ses hommes en renfort et une fusillade se déclencha. Des civils qui se trouvaient dans le parc crièrent et se couchèrent par terre.
- Conduisez-les à la voiture et démarrez ! Il ne doit rien leur arriver, même pas une égratignure. Je m'occupe des autres et on se retrouve au point convenu.
- A vos ordres !
- Une minute ! Je ne vais nulle part, rétorqua le russe.
- S'ils mettent de la mauvaise volonté, continua la jeune femme, employez la manière forte. Allez ! Go !
Largo regarda cette femme pendant que ses hommes les emmenaient de force vers les voitures en leur servant de bouclier humain contre les tirs de leur adversaires.
Leïa tua un homme puis se précipita vers un arbre pour se protéger, elle termina sa course dans une cabriole pour éviter les tirs nourris de ses adversaires. Elle parvint à abattre un deuxième tireur et à en blesser un troisième au genoux. Le quatrième, voyant qu'il n'avait plus le dessus, prit une infirmière en otage.
- Laissez-moi partir où je la tue.
- Tues-la et tu meurs, répondit Leïa en quittant son abri.
- Laissez-moi partir !
- Ne rêves pas mon joli. Tu es mort à l'instant où tu as décidé de t'en prendre à Largo Winch.
- Vous ne gagnerez pas, on a le vieux. Allez, Pete, lèves-toi, on s'en va.
L'homme blessé se releva difficilement et vint se positionner derrière son comparse. Ils esquissèrent quelques pas en arrière.
- Ne bougez plus ! Je ne vous laisserai pas vous en tirer.
- Si tu tires, tu tues l'otage.
- On parie, dit-elle avec un sourire en coin.
Leïa respira profondément et visa une partie du visage du type, à gauche du cou de son otage. Elle regarda l'homme dans les yeux puis tira sous les yeux ahuris de l'assistance. Le tueur tomba en arrière, tué sur le coup, son collègue voulut s'enfuir mais la jeune femme le rattrapa et le conduisit vers une voiture dans laquelle deux hommes l'attendaient.
- Occupez-vous de lui, je ne veux pas qu'il meure... enfin... pas tout de suite. Démarrez, il faut qu'on déguerpisse avant l'arrivée des flics.

Part 2