R ETOUR VERS LE PASSE (part 3)
 




CHAPITRE XII
- Tu ne vas pas les rejoindre ? demanda Leïa en s'asseyant dans son fauteuil et en regardant son ami.
- Non, ils vont pouvoir reformer leur trio.
- Pourquoi ne veux-tu pas allez montrer à Joy que tu es content qu'elle s'en soit tirée ? De quoi as-tu peur ?
- De rien.
- Si, tu as peur, parce que tu n'étais pas là pour la sauver pendant la fusillade. Ce n'est pas de ta faute, Yorgi.
- Je leur ai donné une bonne raison de ne pas me faire confiance. Je les ai abandonnés alors qu'ils avaient besoin de moi.
- Mais ils t'ont abandonné bien avant. Yorgi, dit la jeune femme en venant près de lui, regardes-moi.... Je sais que tu les aimes beaucoup. Ils sont devenus depuis un an ta nouvelle famille et cela tu ne peux pas le nier.
- C'est toi ma seule famille, dit-il en posant sa tête contre son ventre.
- Cela fait bien longtemps que nous ne formons plus une famille, Yorgi, mais je serai toujours là pour toi.
- Et moi pour toi.
Il releva la tête et ils se regardèrent longuement. Elle passa une main dans ses cheveux blonds et se pencha pour l'embrasser. Il la fit s'asseoir sur ses genoux sans cesser de l'embras-ser et de caresser son dos.
Kerensky se rappela les années qu'ils avaient passé ensemble alors qu'ils n'étaient que des enfants. Leur première rencontre avait eu lieu dans l'Idaho, près du ranch où il vivait pour " s'américaniser " comme disait le KGB. Ce jour-là, Leïa était blessée, son cheval avait fait une chute et il s'était cassé une jambe. Il souffrait autant que sa petite maîtresse. Yorgi avait aidé la petite fille, l'avait ramené chez elle et alerté le propriétaire du cheval.
A partir de cet instant, le petit russe alors âgé d'une douzaine d'années était devenu le héros d'une fillette de cinq ans sa cadette. Par la suite, ils se voyaient souvent en cachette car si le couple qui élevait Yorgi avait appris leur amitié, il aurait eu des problèmes. Le garçon avait tout raconté à sa nouvelle amie, ce qu'il faisait aux Etats-Unis et ce qu'il allait devenir.
Les années passèrent, leur amitié se transforma en rapports fraternels. Yorgi devenant un peu comme un grand frère pour Leïa et son frère qui était devenu lui aussi un ami. Le russe s'apercevait alors que tout ce que ses formateurs lui apprenaient sur les Américains, leur façon de vivre, leur défauts, tout cela n'était pas tout à fait vrai, tous les américains n'étaient pas mauvais.
Plus tard, quand Leïa était entrée dans les commandos, ils s'étaient souvent retrouvés sur la même mission mais dans des camps opposés. Ils avaient toujours réussi à se préserver et à sauver leur amitié.
- Je crois que si nous continuons dans cette voie, dit Leïa en le repoussant, nous allons nous engager sur un terrain glissant et nous savons tous les deux où cela va nous mener.
- Peut-être vers un peu de bonheur pour chacun de nous deux.
- Yorgi, je tiens beaucoup à toi, tu le sais. Depuis notre première rencontre, lorsque tu m'as porté secours, je suis tombée amoureuse de toi.
- Mais...
- Tu m'as écarté de ta vie pendant plusieurs mois, puis tu es revenu quand j'ai eu le plus besoin de toi, c'est toi qui m'as redonné goût à la vie. C'est toi qui m'as permis d'exister à nouveau en tant que femme après mon agression. Tu es le seul homme à qui j'ai permis de rentrer aussi profond dans ma vie, tu sais tout de moi, dans les moindres détails que ce soit mentalement ou physiquement. Mais j'ai toujours eu peur d'une chose en ta présence.
- Laquelle ?
- Je t'aime comme un ami, comme un frère, mais aussi comme une femme peut aimer l'homme de sa vie... Non, ne dis rien, laisses moi terminer, cela fait trop longtemps que je voulais crever l'abcès... Parce que je t'aime depuis des années, je n'ai jamais voulu rester trop longtemps près de toi, j'avais peur de m'habituer à ta présence au point de ne plus pouvoir vivre sans toi. A l'époque, cette idée était impensable, tu travaillais pour le KGB et moi pour la Navy. Militairement parlant, nous étions des ennemis.
- Pourquoi ne m'as-tu jamais rien dit ?
- A quoi cela aurait-il servi ? Tu aimais ton pays comme j'aimais le mien.
- J'aurais pu tout arrêter.
- Non, Yorgi, tu avais été élevé pour ton pays, moi je n'ai servi qu'à égayer tes années d'exil.
- C'est faux, Leïa, tu as été et tu es toujours bien plus pour moi qu'un amusement. Tu es la seule femme que j'ai laissé approcher de moi, tu me connais peut-être mieux que moi-même.
- Résultat : nous nous connaissons trop bien et nous nous aimons trop pour justement avoir une relation plus poussée.
- Je ne sais pas si je pourrai me contenter de quelques baisers d'ami.
- Moi aussi, mais nous devons faire des efforts si nous voulons que nos relations professionnelles fonctionnent.
- Je persiste à croire que les deux sont compatibles. Je ne veux pas que tu t'en ailles cette fois-ci, j'ai besoin de toi, de ta présence, de savoir qu'il y a au moins une personne sur cette terre pour qui je suis indispensable.
- Tu l'es pour Largo.
- Je ne sais plus. Je le croyais mais après ce qui s'est passé, j'ai l'impression d'être revenu au point de départ. Il faut que je fasse de nouveau mes preuves, j'ai le sentiment d'avoir une épée de Damoclès au dessus de ma tête en permanence.
- Je suis persuadée que Largo te fait confiance, Yorgi. Mais en ce moment, je pense qu'il ne sait plus où il en est, il a l'air désemparé.
- C'est vrai, c'est la première fois que je le vois dans cet état et sa copine Diana en a profité pour lui mettre le grappin dessus au grand désespoir de Joy.
- Joy est amoureuse de lui ?
- J'en mettrai ma main à couper mais elle ne l'avouera jamais.
- Le malheur d'un garde du corps : tomber amoureux de la personne que l'on protège. Cela équivaut à y laisser sa vie à un moment ou à un autre.
- Oui, et c'est ce qui s'est passé dans ce hangar. Largo s'est aperçut trop tard du mal qu'il lui avait fait.
- Tu aimes bien Joy on dirait, remarqua Leïa avec un petit sourire.
- Oui, malgré nos petites querelles je l'apprécie beaucoup, elle est très professionnelle, et même parfois un peu trop. Je regrette ce qui lui est arrivé et j'ai peur de ce qu'elle va faire maintenant.
- Que veux-tu dire ?
- J'ai peur qu'elle nous laisse tomber.
- Pourquoi ferait-elle cela ?
- A cause de Largo. Tout va dépendre de la façon dont il va réagir et de ce qu'il va lui dire... Pourquoi souris-tu ?
- Tu es un sentimental au fond. Tu n'es pas aussi dur et méchant que tu voudrais le faire croire. En vérité, tu as un cœur et une conscience.
- Ne le dis surtout pas aux autres.
- Sinon quoi ?
- Je devrai te le faire payer.
- Vraiment ? Et que me feras-tu ?
- J'ai une imagination débordante pour ce genre de chose, répondit-il un sourire plein de sous-entendus sur les lèvres et les yeux brillants de malice en la serrant plus fort contre lui.
- Je n'en doute pas, répondit-elle en se dégageant. Viens, il est temps d'aller voir Joy.
Les deux complices se levèrent et quittèrent le bunker, main dans la main.
CHAPITRE XIII
Quand Kerensky et la jeune femme pénétrèrent dans la chambre, Largo était assis sur le lit, tenant la main de son amie dans la sienne.
- Tu nous a fait une sacrée peur Joy.
- Tu l'as dit mon pote, on a eu la trouille de notre vie, renchérit Simon.
- Nério ? demanda la jeune femme.
- Ils l'ont repris, mais ne t'en fait pas, on le retrouvera. Tu ne dois penser qu'à ta guérison et à nous revenir en grande forme le plus vite possible.
- Je suis désolée, Largo.
- Tu m'as sauvée la vie, Joy. C'est moi qui te dois des excuses après la façon dont je t'ai traitée ces derniers temps.
- Diana... ?
- Elle est à New York avec Jake. Je te promets que dorénavant, je ne la laisserai plus se mettre entre nous. Je tiens beaucoup à toi, Joy, et à notre amitié.
- Kerensky ?
- Je suis là Joy. Content de voir que tu es toujours avec nous.
- Le traître... ?
- Nous ne les avons pas encore trouvé. Nous avons découvert qu'il y en avait en fait deux, précisa Simon. Nous cherchons encore.
Joy ferma les yeux puis les rouvrit. Elle regarda autour d'elle et s'aperçut qu'elle ne reconnaissait pas l'endroit, il n'y avait pas de fenêtre comme dans un hôpital normal.
- Où... sommes-nous ?
- Dans un endroit secret, répondit Leïa. Dès que vous pourrez supporter un transport, nous vous transférerons dans un lieu plus accueillant, avec un jardin et du soleil.
- Princesse... ?
- Oui, c'est moi Joy. Je suis contente de vous revoir malgré les circonstances.
- Je... ne comprends pas.
- Pour l'instant vous devez vous reposer, nous vous expliquerons tout en détail plus tard. Nous allons vous laisser dormir.
- C'est une bonne idée, intervint le Professeur Jefferson. Mademoiselle Arden est encore très faible et cette longue conversation l'a épuisée. Je vous demande à tous de bien vouloir quitter la pièce.
Simon sortit le premier suivit de Largo qui déposa un baiser sur les lèvres de la jeune femme. Leïa et Yorgi se dirigèrent vert la porte les derniers.
- Yorgi ? appela Joy.
- Oui.
- Reste encore un peu, s'il te plaît.
Le Russe regarda le Chirurgien qui acquiesça et lui accorda cinq minutes, pas une de plus.
- Que s'est-il passé... pendant la fusillade ?
- Tu as tué Jagger pour de bon cette fois et tu as été blessée en t'interposant entre lui et Largo.
- Non... Simon t'a appelé... tu es venu ?
- Non. Je n'étais plus au bunker quand il a appelé. J'avais entendu votre petite discussion à propos du fax que vous avez reçu dans le jet. Vous avez décidé de me mettre hors du coup alors j'ai pris mes affaires et j'ai démissionné, non sans avoir laissé un message précisant que le fax provenait de l'appartement de Simon.
- Je suis désolée... Mon jugement a été faussé par ma colère.
- Tu voulais me laisser hors du coup mais tu ne m'as pas enfoncé comme l'a fait Simon. Ne t'inquiètes pas et reposes-toi.
- Tu vas aider Largo ?
- J'aide Leïa parce qu'elle me l'a demandé. Je ne fais plus partie du Groupe W mais on retrouvera Nério, où qu'il soit.
- Vous devez sortir maintenant, intervint le docteur.
- Oui, tout de suite. Essaies de te reposer, Joy et ne t'inquiètes pas pour Nério.
- Veilles sur Largo, Yorgi. S'il te plaît, fais le pour moi.
Kerensky ne répondit pas et quitta la chambre pour retrouver les autres dans le couloir.
- Que t'a-t-elle dit ? demanda Largo.
- Rien qui ne mérite que je vous le répète.
- Bien, dit Simon le sourire aux lèvres, nous avons un souci en moins : Joy est sortie d'affaires.
- Oui, maintenant nous allons pouvoir passer à autre chose.
- Pour l'instant, vous devez tous aller vous reposer, dit Leïa. Vous n'avez pas dormi depuis plusieurs heures. Largo, vous devez retourner au Groupe W, vos affaires ne doivent pas pâtir de votre absence et surtout si vous disparaissez trop longtemps, cela pourrait mettre la puce à l'oreille de vos deux taupes.
- Vous avez peut-être raison.
- Personne ne doit se douter que Nério peut être vivant et que nous le recherchons. Tous doit redevenir comme avant. Pour Joy, vous n'avez qu'à dire qu'elle est en vacances ou qu'elle est allée voir une amie qui est malade. Je vais vous reconduire tous les trois à la surface.
- Ce n'est pas la peine, intervint le russe. Je reste ici avec toi.
- Cela va faire des explications de plus à fournir, remarqua Simon.
- Vous n'avez qu'à dire la vérité : j'ai démissionné.
- Yorgi, dit Largo, reviens sur ta décision. Je sais que j'ai foiré sur ce coup là, d'ailleurs j'ai foiré sur toute la ligne, avec toi, avec Joy... Je te demande pardon, mais ne me laisse pas tomber, j'ai besoin de ton aide.
- Tu as Simon, il pourra t'aider. Je vais participer aux recherches avec Leïa, mais ne m'en demandes pas trop pour l'instant. Après un an passé à tes côtés, je pensais que tu me faisais confiance au point d'écouter d'abord mes explications avant de me juger.
- Venez, interrompit Leïa voyant que le ton risquait de monter. Nous avons tous besoin de repos et d'une bonne douche froide pour certain.
La petite troupe se dirigea vers un ascenseur. Leïa composa un code et ils se retrouvèrent en quelques secondes dans le hall d'un hôtel grandiose.
- Je connais ce hall, nous sommes au Mayflower, à New York !
- C'est exact, Monsieur Ovronaz... Jérémy, veuillez appeler ma voiture pour Monsieur Winch et son ami.
- Tout de suite, Altesse.
- Altesse ? répéta Simon.
- Oui, je suis une authentique Princesse. Mon père était de la famille Royale de Suède et ma mère la petite fille d'un grand chef indien de la tribu Cheyenne.
- Drôle de mariage.
- C'est aussi ce qu'a pensé la famille de mon père qui l'a déshérité. Mes parents ont créé leur empire à la sueur de leur main, tout comme Nério. Le Mayflower est le premier hôtel qu'ils ont racheté.
- Comment avez-vous fait pour creuser un tunnel sous New York ?
- Toutes ces installations datent de la Prohibition, nous avons simplement tout remis en état de fonctionnement.
- Ca alors ! Cet hôtel appartenait à Al Capone ?
- Non, à un de ses hommes.
- Et personne n'est au courant ?
- Ceux qui le sont ne savent pas ce qui se passe dessous, en dehors de mes hommes, et ne savent pas comment descendre.
- Altesse ? Votre voiture est là.
- Merci, Jérémy. Mon chauffeur va vous reconduire.
- Merci, dit Largo.
- Largo !
- Père Maurice !
- Que se passe-t-il, Largo ? Pourquoi m'as tu fait venir d'urgence ?
- C'est une longue histoire, répondit le jeune homme en soupirant.
- Pour résumer, intervint Leïa, Joy a été blessée et vient juste de sortir du coma et il y a de très fortes chances que Nério soit encore en vie.
- Leïa ?... Quoi ! Nério en vie ? Vous divaguez mes enfants.
- Pas tant que cela, mon père, répondit Simon.
- Vous vous connaissez aussi tous les deux ? demanda Largo.
- Vous devriez emmener le Père Maurice avec vous et vous expliquer. Rejoignez-nous ici demain matin à 8 heures. Nous ferons le point avec Jessie pour savoir ce qu'elle aura découvert. Demandez Jérémy à l'accueil, il vous fera descendre au bunker.
- D'accord, à demain.
Leïa et Kerensky regardèrent les deux hommes partir puis elle entraîna son ami vers un ascenseur. Quelques secondes plus tard, ils se retrouvaient au dernier étage de l'immeuble, dans un immense appartement.
- J'ai besoin d'une bonne douche ? Tu es ici chez toi, Yorgi. Tu dormiras dans la chambre de gauche, tu as une salle de bain rien que pour toi. Si tu veux te changer, il y a des vêtements qui devraient te convenir.
- Tu reçois souvent des hommes ici ?
- Harm dors ici de temps en temps quand il monte à New York, mais la plupart du temps, je ne suis pas là en même temps que lui. Et puis, il a une petite amie maintenant... Je vais prendre ma douche puis je nous commanderai un dîner, je meurs de faim.
- Moi aussi, murmura le russe pensant ne pas avoir été entendu.
- Je te conseille une douche froide, cela calmera tes ardeurs.
La jeune femme disparut dans une pièce sous le regard de son ami qui souriait. Yorgi examina l'appartement. Il était décoré simplement ce qui montrait que Leïa n'était pas souvent là.
CHAPITRE XIV
Yorgi alla sur la terrasse et s'assit sur un bain de soleil, les yeux au ciel. Il se rappela les années qu'il avait passé dans l'Idaho, c'étaient les meilleures années de sa vie, celles de l'insouciance, celle du bonheur avec Leïa.
Pendant dix ans, ils s'étaient revus à chaque vacances scolaires. La fillette et son frère demandait toujours à passer leur vacances dans leur ranch pour pouvoir retrouver leur ami russe. Ils faisaient de longues promenades dans les champs seuls ou avec le bétail. Il y avait très peu de personnes au courant de leur amitié, le couple qui gérait le ranch pour la famille Walker, quelques employés du ranch et un vieil indien qui les accueillait souvent dans sa cabane et qui leur avait apprit beaucoup de choses sur les animaux et la nature.
Quand Leïa avait été agressée, c'est au ranch qu'elle était venue pour essayer d'oublier. Yorgi avait apprit son retour et quand il avait voulu la voir, elle avait refusé. Il s'était passé plus d'un mois avant qu'il ne la revoit. Un jour, il se promenait près d'un ruisseau et elle était là, en haut d'un rocher, regardant l'eau dans un endroit qui était très dangereux. Il eut juste le temps de la retenir avant qu'elle ne plonge. Si il n'avait pas été là, elle se serait tuée et il découvrit que c'était ce qu'elle voulait.
Après s'être débattue dans ses bras et fait une crise de nerfs, elle lui expliqua le pourquoi de son acte. Elle avait été violée quelques semaines plus tôt et son médecin venait de découvrir qu'elle était enceinte. Elle n'avait que douze ans et pour elle sa vie était terminée avant même d'avoir commencée.
Le jeune russe la consola et décida de l'aider de son mieux. Il resta auprès d'elle jusqu'à l'accouchement. Quelques jours plus tard, il était envoyé en Russie pour devenir ce pour quoi il avait été élevé : un agent du KGB.
Pendant plusieurs années, ils ne communiquèrent que par courrier dans un langage qu'eux seuls pouvaient comprendre. C'est ainsi qu'un jour il lui apprit qu'il s'était marié avec une de ses collègues. Leïa ne lui répondit pas tout de suite et il comprit pourquoi quand il se retrouva en face d'elle pendant une mission au Liban. Elle portait un uniforme de l'Aéronavale, elle était devenue pilote de chasse.
Après une explication houleuse, ils retombèrent dans les bras l'un de l'autre, comprenant que ce qu'ils étaient devenus ne pourrait jamais détruire l'amitié qui les unissait.
Ensuite, Luke et Jessica étaient morts, Yorgi avait assisté de loin aux deux enterrements car à cette époque il était recherché par les services secrets américains. Mais Leïa avait senti sa présence et avait reçu deux gerbes qu'elle savait ne pouvoir provenir que de lui.
Puis les événements s'étaient précipités en Russie, plusieurs régions avaient demandé leur indépendance et l'avait obtenue. Le KGB avait été dissout et Yorgi s'était retrouvé à travailler pour celui qui voulait bien payer ses services.
Trois années s'étaient écoulées sans qu'ils ne se voient, jusqu'à aujourd'hui où elle l'avait appelé et lui avait demandé son aide.
- A quoi penses-tu ?
- A notre parcours depuis notre rencontre quand nous étions des enfants.
- Il en est passé de l'eau sous les ponts depuis cette époque.
- Oui, mais une chose n'a jamais changé : notre amitié et les liens qui nous unissent.
- C'est exact, et c'est une chance qui est très rare.
- Oui, c'est pour cela que je ne veux plus rester aussi longtemps sans te revoir à l'avenir.
- Ne penses pas à cela pour l'instant. Nous allons devoir travailler pendant quelques temps ensemble pour retrouver Nério. On verra après ce que l'on fera.
- Pour l'instant, je vais prendre une douche, dit-il en l'embrassant tendrement sur les lèvres. Commandes nous quelques chose à manger, je commence moi aussi à avoir faim.
- A vos ordres, Monsieur.
Yorgi se leva et pénétra dans l'appartement sous le regard attendri de la jeune femme.
Un quart d'heure plus tard, Kerensky revint vêtu d'un pantalon noir et d'une chemise noire. La table était mise dans le salon et Leïa se battait avait une bouteille de vin.
- Tu veux un peu d'aide ? demanda-t-il en passant derrière elle pour tenir la bouteille et prendre le tire-bouchon.
- Je veux bien, je n'ai pas l'habitude de boire du vin.
- Je sais, tu ne supportes pas très bien l'alcool.
- Je te laisses t'occuper du vin et je te sers une vodka.
- Enfin une langage que je comprends mais une double serait plus appropriée pour faire passer les deux dernières journées.
Ils burent leur apéritif puis ils dînèrent tranquillement en parlant du bon vieux temps et de ce qu'ils avaient fait pendant les trois années qui venaient de s'écouler. Il était près de 22 heures quand Leïa décida de se coucher.
- On se voit demain matin, passes une bonne nuit, Yorgi.
- Toi aussi, répondit-il en l'embrassant tendrement sur les lèvres.
Leïa voulut se dégager, mais il la prit dans ses bras et l'embrassa de nouveau. La jeune femme ne résista pas et lui rendit son baiser. Elle sentait la main de son ami lui caresser le dos et descendre vers ses hanches alors que de l'autre, il lui enlevait la pince qui maintenait ses cheveux. Il se recula pour la regarder.
- Je t'ai toujours préférée les cheveux libres. Quand nous étions enfants, tu les attachais rarement et le vent les faisaient voler, j'adorais l'image que cela produisait.
- Yorgi....
- Chut ! J'ai besoin de toi, Leïa. J'ai besoin de ma petite Tsarine.
- Cela faisait très longtemps que tu ne m'avais pas appelée ainsi.
- Oui, trop longtemps... Viens....
Ce n'était pas un ordre, mais une supplique et la jeune femme n'avait aucune envie de résister ou de refuser. Tout son être réclamait ce moment et son cœur encore plus. Elle le suivit jusque dans la chambre où il la conduisit près du lit. Là, il se remit à l'embrasser toujours très tendrement. Des rares hommes qu'elle avait connu, Yorgi était le seul à être aussi doux et patient quand il lui faisait l'amour, avec lui elle n'avait jamais peur.
Sans cesser de l'embrasser, il défit les boutons de la chemise qu'elle portait et bientôt elle sentit ses mains sur sa peau nue. Des frissons descendirent le long de sa colonne vertébrale et elle comprit qu'elle attendait ce moment depuis très longtemps. A son tour, elle déboutonna la chemise du russe et lui enleva. Elle laissa ses mains caresser son torse et suivre les courbes de ses muscles avant de défaire les boutons de son pantalon. Il le fit glisser à ses pieds puis lui enleva sa jupe et dégrafa son soutien-gorge. Ils se retrouvèrent bientôt tous les deux entièrement nus sur le lit.
Yorgi regarda la jeune femme dans les yeux et y vit la même expression qu'il y avait vu le jour où, six ans après que Leïa ait été violée, il avait été le premier garçon à lui faire l'amour. Son regard était voilé par le plaisir mais laissait voir tout l'amour qu'elle lui portait. Alors pour la première fois depuis sa séparation d'avec sa femme, il se laissait aller à dire les mots qu'il n'avait plus oser dire à une femme de peur qu'elle ne disparaisse. Il l'embrassa sur les lèvres puis descendit vers son oreille et lui murmura dans sa langue maternelle : " Je t'aime ".
Leïa crut qu'elle avait mal entendu mais il répéta ces trois mots une deuxième fois et elle le serra très fort contre elle en lui répondant dans la même langue : " Je t'aime aussi, Yorgi ".
Il la regarda puis reprit possession de sa bouche rendant leur baiser de plus en plus profond. D'une main il caressait ses seins et descendait le long de son ventre puis de sa cuisse, réveillant leur plaisir mutuel. Leïa laissait ses mains descendre et remonter le long de son dos en se collant de plus en plus contre lui. Toutes les particules de son corps réclamait ses caresses et ses baisers. Elle sentait une boule de chaleur dans le creux de son ventre.
Quand enfin il la pénétra, elle s'abandonna entièrement à lui et ils ne firent plus qu'un dans l'ascension vers leur plaisir commun. Leurs doigts étaient entremêlés comme pour mieux sceller leur union charnelle.
Quand ils furent tous les deux rassasiés, Leïa se blottit au creux de son épaule et ils s'endormirent sereins et heureux.
CHAPITRE XV
Une sonnerie réveilla Leïa qui mit quelques secondes avant de comprendre que c'était son biper qui sonnait. Elle l'attrapa sur la table de nuit et regarda le message, Jessie lui demandait de la rejoindre au plus vite dans le bunker.
- Qu'y a-t-il ?
- C'est Jessie, elle veut que j'aille au bunker tout de suite.
- Pourquoi ?
- Je ne sais pas mais elle a sûrement trouvé quelque chose d'important.
- Alors allons-y.
- Ils se levèrent et s'habillèrent. Ils prirent l'ascenseur et descendirent jusqu'au dernier sous-sol où se trouvait le bunker.
- On t'écoute Jessie, qu'y a-t-il ?
- J'ai trouvé un des deux mots de passe des taupes.
- C'est quoi ?
- Nicolaï.
- C'est bien mais cela nous avance pas beaucoup, répondit Yorgi.
- C'est pourquoi j'ai cherché dans les personnes qui approchent Largo Winch plus d'une fois par jour si ils n'avaient pas dans leurs connaissances quelqu'un qui se prénomme ainsi.
- Et tu en a trouvé beaucoup ?
- Trois !
- Le nombre est restreint, c'est déjà ça. On t'écoute, donnes nous les noms.
- Yorgi Kerensky, Joy Arden et Marissa (j'ai pas son nom).
- Marissa ?
- Oui, Nicolaï était le nom de son père.
- Qui est-ce ?
- Une des secrétaires du Groupe, elle travaille surtout pour Cardignac. Je ne la vois pas nous trahir, elle est très gentille et très innocente.
- C'est une amie à toi ?
- Je l'ai défendue contre Cardignac quand il la harcelait et depuis nous sommes amis, mais j'ai toujours gardé mes distances avec elle de peur qu'il lui arrive quelque chose par ma faute.
- La taupe, ce n'est sûrement pas toi et encore moins Joy, ce ne peut-être que Marissa.
- Je dois en avoir le cœur net.
- Où vas-tu ?
- La voir.
- Attends ! Si tu vas la voir, elle pourrait s'enfuir ou la Commission, la sachant repérée, pourrait décider de la tuer et l'autre taupe se mettrait au vert. Il faut faire cela en douceur et ne surtout pas s'énerver.
- Que proposes-tu ?
- A l'heure qu'il est tout le monde au Groupe W doit savoir que tu as démissionné, elle encore plus que les autres. D'ailleurs, en y réfléchissant, c'est certainement ce que la Commission voulait obtenir, elle voulait diviser le groupe que vous formiez avec Largo, Joy, Simon et toi. Elle voulait semer la zizanie entre vous, de cette façon, elle pouvait atteindre Largo sans problèmes.
- Pour ce qui est de la division, elle a réussi.
- Je pense que le mieux ce serait de kidnapper cette fille.
- Et comment ?
- Tu dois connaître son adresse ?
- Oui.
- Eh bien un petit commando va aller faire un saut chez elle et nous la ramener. Il est cinq heure du matin, elle doit encore être en train de dormir et ses voisins aussi. Il faut nous faire aussi discrets que possible. Jessie contacte Hans, Max, Joe et Mike, qu'ils soient ici dans un quart d'heure.
- Bien compris.
- Yorgi, donnes moi l'adresse de Marissa, je vais étudier les alentours de son appartement.
Elle s'assit devant son écran et pianota sur le clavier l'adresse que son ami lui dictait. Sur l'écran géant apparut un plan du quartier en question, l'emplacement de l'immeuble de Marissa marqué par une croix.
- Bien, les accès sont dégagés pour l'évacuation. Voyons maintenant le plan du bâtiment.
Un autre plan apparut sur l'écran, celui de l'immeuble avec le détail des étages, des cages d'escalier et d'ascenseur.
- Il ne devrait pas y avoir trop de problèmes pour réussir ce coup. Elle ne se doute certainement pas d'avoir été repérée.
Quatre hommes entrèrent dans le bunker et demandèrent les ordres. La jeune femme leur expliqua ce qu'elle attendait d'eux et leur montra les plans du quartier et de l'immeuble à investir ainsi que de l'appartement de la personne à enlever. Il ne leur fallut que dix minutes pour mémoriser le tout, ils sortirent pour prendre leur équipement et cinq minutes plus tard, ils quittaient le parking souterrain, accompagnés de Leïa et de Yorgi qui devaient rester en arrière pour surveiller les événements.

Part 4