O PERATION SHAKESPEARE (part 1)
 




Disclaimer: les persos ne nous appartiennent qu'en rêve, on ne touche pas d'argent.....

Note de l'auteur: Cette fic a été écrite en réponse à un challenge de Perrine lancé sur le Bunker où l'unique contrainte était de tuer un personnage.

Remerciements : comme d'habitude, à tous nos lecteurs, aux membres du forum du bunker et à tous les autres !

Dédicace : pour Perrine, à l'origine de cette histoire pour Christal, et pas seulement parce qu'elle aime le théatre.


...

Le monde entier est un théâtre,
Et tous, hommes et femmes, n'en sont que les acteurs.
Et notre vie durant nous jouons plusieurs rôles.

William Shakespeare.



"Le temps joue toujours contre nous." Telle était la phrase qui résonnait dans le crâne de Joy Arden tandis qu'elle fixait les aiguilles de sa montre. La première fois qu'elle l'avait entendue, c'était de la bouche de son père, Charles Arden, alors qu'elle se préparait pour sa toute première mission en tant qu'agent de la C.I.A.. Et aujourd'hui, alors qu'elle avait quitté cette organisation pour rejoindre le groupe W, Joy réalisait que c'était vrai. Le temps jouait toujours contre eux. C'était pour cette raison qu'il ne lui restait que dix-huits secondes pour agir... Elle était prête, sa pince coupante en position pour couper le cable et neutraliser le système. Lorsque l'aiguille atteignit le douze, la jeune femme sectionna le fil rouge. Elle tendit l'oreille et ne perçut que le silence.
-Kerensky ? murmurra t'elle dans son micro. Ca a marché, l'alarme est hors-service.
-Très bien. Le système de fermeture électronique des portes est desactivé, mais pas les detecteurs internes de la pièce. Ce programme laisse une minute au visiteur pour entrer le code avant de déclencher l'alarme. Comme tu n'as pas le code...
-Je n'ai qu'une minute pour rentrer, trouver le dossier et sortir.
-Qui a dit que les américains étaient lents à la détente ? ironisa Georgi.
-Oh, je crois que c'était toi.
Elle poussa la porte, les yeux toujours rivés sur sa montre. La porte se referma derrière elle mais grâce à son sabotage, ne se vérouilla pas. Un petit clavier clignotait par intermittence, attendant le fameux code que Joy ne donna pas. Elle repéra immédiatement le classeur. Evidemment, les tiroirs étaient fermés. Elle n'avait pas le temps d'ouvrir en douceur. Saisissant la poignée, elle tira de toutes ses forces d'un coup sec. Le bois céda et elle failli partir à la renverse. Faisant défiler les dossiers, elle stoppa net son mouvement à la vue du nom qui l'intéressait. Willis. Ca devait être ça. Mais encore une fois, elle n'avait pas le temps de s'en assurer. Les secondes filaient à toute vitesse. Joy fonça vers la porte qu'elle referma derrière elle.
-Je l'ai, dit elle à Georgy.
-Rebranche le système et sort d'ici. Je te guide.
Joy reconnecta les deux moitiés du fil et referma le boîtier.
-Le vigile revient, annonça le russe. Prends le couloir sur ta droite.
La jeune femme suivait aveuglément les instructions de son ami. Elle lui vouait une confiance totale, même si elle ne lui dirait probablement jamais.
-Encore à droite. La porte au fond te ménera dehors.
Des bruits de pas résonnèrent dans le couloir. Joy accéléra en direction de la sortie. Une fois à l'extérieur, elle fit le tour du batiment pour rejoindre Simon qui l'attendait dans la voiture.
-Alors ? l'interrogea celui-ci.
-J'ai ce qu'il faut, on s'en va.
-Opération rondement menée, commenta Georgi.
Joy s'éclaircit la gorge.
-A un détail près. J'ai du forcer les serrures d'un meuble. Ils sauront très vite qu'ils ont été cambriolés.
-Moi ce n'est pas ce qui me gène le plus, intervint Simon.
Kerensky et Joy soupirèrent de concert, sachant tous deux ce que leur ami allait dire.
-On ne pouvait pas le dire à Largo Simon. Son... éthique est trop dévellopée. Et si on avait attendut la procédure normale pour obtenir ces informations, on ne les aurait pas eu avant au moins l'année prochaine...
Deux à trois semaines auparavant, une entreprise d'exportation britannique, Kendall et associés, apparement sans problème avait proposée au groupe W une association. Rien d'extraordinaire, jusqu'à ce que Georgi entreprenne ses habituelles recherches. L'un des principaux associés de la société, Willis, avait été mis en accusation pour blanchiment d'argent et contrebande, mais avait été relaché, déclaré innocent. Le grand russe avait donc décidé de mener sa petite enquête mais il s'était avéré que Kendall ne mettait pas ses dossiers sur ordinateur. Une précaution intelligente, peut-être un peu excessive de la part d'une entreprise qui n'a rien à cacher. Néammoins, un double de ces fichiers existait dans chaque implantation de la société. Comme le batiment qu'ils venaient de cambrioler.
-Vous êtes deux paranoïaque, annonca le responsable de la sécurité à ses deux complices.
-Résidus d'apartenance aux services secrets, analysa Joy.
Kerensky eut une ébauche de sourire. Il avait de nombreux points communs avec son amie. Peut-être que s'ils n'avaient pas obtenus à deux camps ennemis, ils ne se disputeraient pas aussi souvent. Ils n'étaient plus ennemis, il n'en demeurait pas moins qu'ils se comportaient comme des adversaires.
-Tu peux dire rapidement ce qu'il a dans ce dossier ?
Joy parcourut rapidement les feuilles du regard.
-Extrait de naissance, recensement militaire, permis de conduire, casier judiciaire... Il semblerait que les gens de Kendall & Cie se resseignent bien sur leurs employés.
-Je savais qu'il y avait quelque chose de bizarre dans cette histoire. Très franchement, tu ne trouves pas que le système de protection était relativement couteux pour ce genre de dossier.
Simon soupira à son tour, lassé de toutes ces histoires.
-Joy n'a pas fouillé tout le bureau. Peut-être qu'il y avait un coffre, ou quelque chose qui valait la peine d'être protégé.
-Tu as raison, répondit la jeune femme. On y retourne.
Ovronnaz lui jetta un regard incrédule et manqua de tamponner un véhicule.
-Regarde la route ! Je plaisantais Simon.

*


L'homme à la veste noire mit ses lunettes de soleil. Pas qu'il faisait particulièrement beau, mais il pensait que le fait que les gens ne voient pas ses yeux renforçait l'aura de mystère qui emmanait de sa personne. S'il était encore une personne. Après tout, quelqu'un qui ne ressentait plus rien, à l'exception d'une passion dévorante pour les billets verts, était-il une personne ? Puis il se rappella qu'il éprouvait encore une autre émotion au moins : le plaisir de tuer. C'était un pouvoir immense. Durant quelques secondes, il avait un contrôle total sur la vie de gens qui ne le connaissait pas, mais que lui connaissait. Pendant qu'ils mourraient, lui était un dieu. Et aujourd"hui, alors qu'il grimpait les quelques marches le menant à l'entrée du building, il savait que l'occasion de tuer allait de nouveau lui être donnée.
Il ne s'annonça pas à l'accueil. Il y avait bien longtemps qu'il n'avait plus de nom. Il prit directement l'ascenseur vers le dernier étage. Après tout, il n'était ni à l'avance, ni en retard. L'homme à la veste noire entra sans frapper. L'homme derrière le bureau lui adressa un sourire, dans lequel on lisait moins le respect que la peur.
-Asseyez vous, je vous prie, dit il alors que l'autre avait déjà saisit un siège.
Le tueur à gage balaya la pièce du regard. Ce n'était pas particulièrement grand. Une plante verte dans un coin, un ordinateur plus ou moins récent sur le bureau. Un tableau de Monet ornait le mur, mais il devait s'agir d'une reproduction. Entreprise pas excessivement riche, mais qui savait donner le change, sauver les apparences. Il posa ses yeux sur le visage de l'homme d'affaire qui s'agita, mal à l'aise.
-La mission que nous allons vous confier va vous obliger à vous rendre aux U.S.A., commença t-il.
Son interlocuteur hocha la tête, attendant la suite.
-Votre cible travaille pour un organisme puissant appelé groupe W. C'est une multinationale.
-Je sais ce que c'est, coupa l'autre d'un ton neutre, ni vexé ni amusé.
-Ecoutez toutes les informations dont vous aurez besoin sont dans l'envellope. Nous n'avons rien d'autre à nous dire.
Il lui tendit une grande envellope de papier kraft avant de se lever pour ouvrir un coffre.
-Comme prévu, cinquante pour cent avant, le reste quand le travail aura été fait.
L'homme en noir ne compta pas les billets. Il sortit sans un mot. Son employeur se rassit en poussant un discret soupir de soulagement. Il était un professionel, formé à la dure. Alors pourquoi ce type le rendait aussi nerveux ?
Son argent sous le bras, le tueur repartit comme il était venu, en silence. Une fois chez lui, il ouvrit l'envellope. Elle contenait une grande photo en noir et blanc, ainsi qu'une fiche d'informations. Il mémorisa le texte au fur et à mesure de sa lecture. Puis il fixa longtemps le visage de la photo, comme pour l'imprimer dans sa mémoire. Alors il jeta le tout dans la cheminée. Et continuait de regarder le visage tandis qu'il se consumait...


* * *


Quand l'argent précède, toutes les portes s'ouvrent.
William Shakespeare


Plus affalé qu'assis dans son fauteuil, Largo luttait désespérément contre le sommeil. Ce que ces conseils d'administration pouvaient être ennuyeux ! Depuis combien de temps était-il là ? Une heure ? Deux ? Tandis qu'il écoutait d'une oreille distraite le blabla de Michel Cardignac sur une histoire d'action en bourse dont il n'avait rien à faire, le fils Winch se demandait s'il allait rester PDG toute sa vie. Il n'était pas vraiment fait pour ce métier. Il n'avait pas la mentalité d'un requin avide d'argent, ce que ses collègues lui faisaient remarquer en permanence. Par moment, il avait envie d'hocher la tête quand Georgi sortait une remarque désobligante et cynique sur les capitalistes. Largo faisait de son mieux pour méler affaires et humanisme, mais la volonté des membres du conseil pour le démonter dans ses opinions commençait à le fatiguer.
Il jeta un coup d'oeil à sa montre, se demandant si elle ne s'était pas arrêtée. Ce geste impoli n'échappa pas à Cardignac qui soupira d'exaspération.
-Ce que je dis ne vous intéresse pas monsieur Winch ?
Largo trouvait qu'il ressemblait à un de ces profs sadiques et blasés qu'il y avait dans les lycées.
-Voyons Michel, vous savez bien que j'accorde toujours une extrême attention à chacun de vos dires ? Ne serait-ce que pour mieux vous contre-carrer par la suite.
S'il était vexé, l'antiphatique buisnessman ne le montra pas. Il se contenta d'afficher une grimace sarcastique et de poursuivre sa lituanie. Largo s'enfonça encore davantage dans son fauteuil et dans sa morosité. Il n'emmergea de ses pensées que lorsque Sullivan clotura le débat pour passer à l'affaire suivante.
-Nous devons décider des termes du contrat en ce qui concerne l'association avec Kendall et associés et...
-Quelle association ? le coupa Cardignac.
-Tiens, fit Winch, amusé, ce que nous avons dit lors de la dernière réunion ne vous intéressez pas Michel.
John prit la parole, un peu géné.
-En fait Largo, nous n'en avons pas encore parlé en réunion. Nous avons eu cette discussion dans votre bureau, vous vous rappelez ?
-Ah.
Le jeune homme se concentra sur ses papiers. Lever la tête signifiait voir le sourire triomphant de Cardignac. Il tint bon, les yeux rivés sur sa fiche. Ce satané Michel finirait bien par avoir une crampe à la machoire, et lui, le dirigeant tout puissant, pourrait alors faire de nouveau face à ses employés.

*


Tout comme son meilleur ami, Simon s'ennuyait ferme. Au moins, il n'avait pas à supporter un Cardignac associal et de mauvaise foi. En revanche, il avait la désagréable sensation de se sentir inutile. Georgi et Joy se débrouillaient très bien tous seuls. Quand ces deux-là s'engueulaient, il aurait mieux valu se trouver près d'un réacteur nucléaire instable plutôt que qu'entre eux. Mais quand ils faisaient quelque chose ensemble, ils étaient imbattables. Leur passé commun devait y être pour quelque chose. Plus Simon les observaient, plus il réalisait à quel point il était semblables. Ne serait-ce que dans leur façon de lui casser les pieds.
-Ca va Simon, tu ne te fatigues pas trop ?
-On fait aller. Vous avez quelque chose d'intéressant ?
-Je crois bien, avança Kerensky.
Il fit apparaître le document qu'il avait scanné à l'écran. Une liste de dates défila.
-Entre 1987 et 1889 il n'y a rien. D'après sa fiche, il a démissioné de son job d'expert comptable pour une société d'électro-tech en 1987. Et il a été engagé par Kendall en 1989. Mais qu'a t-il fait entre-deux ?
-De la prison ? hasarda Ovronnaz.
Joy fit un signe de dénégation.
-Les sociétés de ce genre, qui tiennent à leur image, n'embauchent pas les ex-bagnards. Sans vouloir te froisser Simon. Et puis ça apparaîtrait dans son dossier. Je pencherais plutôt pour des activités secrètes.
-Ce n'est pas une mauvaise idée, admis le russe. Normalement, nos recherches s'arrêteraient là, mais je dispose d'un système d'accès illégal aux fichiers de l'I.S.
Son ami lui jette un regard interrogateur, mais Kerensky continuait à torturer son clavier sans lui répondre.
-L'Intelligence Service, expliqua Joy. L'équivalent britannique de la C.I.A. ou du K.G.B.
-Alors ce type serait comme vous deux, un ex-agent secret ?
-C'est possible.
-C'est ça, trancha Georgi.
Le visage d'un homme d'environ vingt-cinq ans venait de s'afficher. Willis.


*


Fixant sans le voir le paysage qui s'offrait à lui par la fenêtre de l'avion, l'homme en noir se repassait en boucle les mots qu'il avait lu quelques heures plus tôt. D'ordinaire, il se moquait de savoir qui était les personnes qu'il devait tuer. Il avait une photo et un nom, ça lui était amplement suffisant. Mais cette fois, en parcourant le peu d'informations qui lui était disponible, quelque chose avait attiré son attention. Il avait un point commun avec sa cible. Et pas des moindres. S'ils n'étaient pas les mêmes, ils devaient au moins se ressembler quelque peu. Il éprouvait donc une certaine admiration pour cette personne. Et autre chose peut-être, elle avait l'air si particulière. Alors que d'habitude, il considérait ses "contrats" comme de simples pions dans un jeu d'échec où il était le roi. Autre chose, ce détail commun rendrait sa cible plus difficile à atteindre, donc plus intéressante. Cette partie s'avererait plus complexe que les préécéédentes. Cela plaisait à l'homme en noir.
-Vous désirez quelque chose monsieur ?
Il leva les yeux vers l'hotesse de l'air.
-Un verre d'eau.
-Bien monsieur.
L'eau était une boisson sans saveur particulière, comme lui. Bien que vêtu de noir, il était transparent. Il attendit que la femme revienne avec son verre pour se replonger dans ses pensées. Se concentrer sur la mission. Pour une fois, il avait envie d'en savoir plus. Qui était son employeur, pourquoi cette personne lui causait-elle des problèmes ? Les liens entre eux. Mais ça ne serait pas professionel. Il était payé pour agir, pas pour savoir. D'autant que savoir prenait du temps, et que son contrat stipulait que le sujet devait être éliminé au plus vite. Tant pis. Il se contenterait de jouer du mieux qu'il pouvait. Il sourit. C'était rare qu'il ait des adversaires à sa hauteur. Oui, tuer cet ancien agent des services secrets était un bon moment en perspective.

*


-Il s'agit d'une société d'import-export britannique. Ses bénéfices nets sont assez importants, et non Michel ils ne sont pas au bord de la banqueroute.
-Ne vous énervez pas John. C'est normal que je pose la question, reconnaissez que la plupart des alliances que nous propose Largo se font avec des entreprises qui... ont besoin d'aide.
Au fond, si Sullivan avait été directeur du groupe W, il aurait viré Cardignac depuis longtemps. Pas tant parce qu'il était dénué de conscience que parce qu'il lui tapait sur les nerfs. En même temps, dans ce cas précis, il n'avait pas totalement tort. Largo préférait donner que recevoir, ce qui était tout à son honneur.
-Et qu'avons nous à gagner dans l'histoire ?
-Une ouverture sur le marché britannique, expliqua Winch. Nous avons très peu de capitaux implantés en Angleterre.
-D'accord, et eux, qu'est-ce que ça leur rapporte ? intervint Buzetti. Après tout, s'ils font de l'exportation, ils doivent déjà avoir investis sur ce territoire. Je suppose qu'ils ont même leurs propres bureaux ici. Quel interêt ont-ils à fusionner avec nous ?
-Eh bien l'entreprise Kendall y voit un moyen de gagner une certaine notoriété, et une certaine image. Vous savez, poursuivit Sullivan en se tournant vers Cardignac, depuis que Largo a repris la direction de ce groupe, notre réputation est en hausse. Et certaines sociétés ne font affaires avec nous pour la seule raison qu'avoir un W sur la liste de leurs associés font augmenter la valeur de leurs actions.
Largo remercia intérieurement son bras droit. Il venait de lui faire marquer un point contre Cardignac, ce qui rattrapait sa déplorable préstation de tout à l'heure. En fin de compte, ces réunions n'étaient que des joutes verbales. Et il venait de reprendre l'avantage.
-Cela me semble donc une bonne idée, profitable au groupe pour une fois.
-Je n'ai pas dit que nous conclurons cet accord, corrigea le jeune homme.
-Ca m'aurait étonné, marmonna Michel tandis qu'un brouhaha s'élevait entre les membres du conseil.
-Nous avons apris que l'un des principaux actionnaires de Kendall a été soupçonné de contrebande et de blanchiment d'argent.
-Soupçonné, répéta Del Ferril, donc cela n'a pas été prouvé.
-C'est exact. Mais tant que mon équipe n'a pas fini ses investigations afin d'éclaircir cette histoire, aucun contrat ne sera signé.
-La séance est levée, conclut Sullivan.
Hommes et femmes quittèrent la salle bruyamment. Au passage, Largo put admirer le regard furieux de son employé préféré.
Jeu, set et match, pensa t-il.

* * *


-Un autre ex-espion, fit Simon. Bon, ben y'a pas de quoi s'alarmer. Si on ne devait pas faire d'affaire avec des entreprises parce qu'elles emploient d'anciens agents des services secrets, personne ne traiterait avec le groupe W !
Les regards de ses deux amis firent rapidement disparaître son sourire.
-Ben quoi ?
Joy et Kerensky s'abstinrent de lui répondre. Le jeune homme se demanda s'il les avait véxés ou attristés. Il fallait qu'il fasse attention avec son humour. Comme disait quelqu'un dont il avait oublié le nom : on peut rire de tout, pas avec tout le monde.
-Alors que fait-on ? demanda t-il d'un ton plus sérieux. On prévient Largo ?
-Attendons d'avoir quelque chose de concret, proposa Georgi. Je voudrais savoir pourquoi et comment ce type a quitté l'I.S. pour faire du maketting. Ce n'est pas vraiment ce qu'on peut appeler une promotion.
-Ca dépend de pas mal de choses, rétorqua Joy, et Kerensky hocha la tête pour lui signifier qu'il comprenait.
Simon se rappella dans quelles circonstances tous deux avaient été amenés à quitter leur poste. Un peu la même chose pour chacun d'ailleurs : tous deux avaient été déçus par leurs agences respectives. Ils étaient donc partis pour une question d'éthique. Mais si Willis été réellement mouillé dans de la contrebande, son changement d'orientation ne devait pas avoir pour objectif de soulager sa conscience.
-J'ai déjà eu affaire avec l'Intelligence Service, raconta Joy. Ces gens là n'ont pas grand chose à voir avec John Steed et Emma Peel. Ils ne sont pas particulièrement flegmatiques.
-Et leur sens de l'humour n'est pas si dévellopé que ça, compléta Georgi. Par contre ils sont très ambitieux.
-Ils visent à quoi principalement ? s'enquit Simon.
-L'Angleterre souhaiterait avoir plus de poids dans les décisions politiques ou militaires mondiales. D'être reconnue comme une nation plus puissante aux yeux des autres.
-Ils ne font pas partie du conseil de sécurité de l'O.N.U. ?
-C'est vrai, admit la jeune femme, mais ils sont loin d'être le membre le plus influent. Ca ne leur suffit pas. A part ça, ils ont les mêmes objectifs que tout autre pays.
-C'est à dire ?
-Faire du profit, selon la bonne vielle doctrine capitaliste, acheva Kerensky avec une pointe d'amertume.
Bien que conscient du manque total d'objectivité du russe dans ce domaine, Simon admettait qu'il avait raison. Depuis qu'il travaillait pour le groupe W et qu'il s'était donc initié quelque peu au monde des affaires et de la politique économique, il avait réalisé que l'argent pouvait presque tout faire, et qu'il était le principal mobile des terroristes en tout genre. On ne luttait plus pour de grandes causes, mais pour de grands chiffres.
-J'ai trouvé, annonça Georgi. Il a démissioné sans raison particulière. Il n'avait subi aucune pression de ses supérieurs et n'a pas justifié son départ.
-Bizarre, commenta Simon.
-Plus encore, il a été engagé par Kendall presque tout de suite après. Comme si tout était prévu.
-Quels fichiers de la société sont disponibles via,ordinateur ? demanda Joy.
-Juste la liste du personnel et quelques infos sans grande importance. Le reste se trouve dans des bureaux comme ceux que nous avons "visités".
-Tu peux accéder à cette liste ?
Kerensky obtempéra sans poser de question, sachant par expérience que les intuitions de Joy se vérifaient souvent. Il fit défiler la série de noms et de dates jusqu'à Willis.
-Regarde ça, fit la garde du corps, triomphante.
Le premier contact et l'entretien d'embauche de Willis avec Kendall dataient d'avant sa démission.
-J'ai le préssentiment que tout cette histoire cache quelque chose de plus important que de la contrebande...

*


Dans son étroit bureau dépourvu de fenêtres, Jack Torrance, actionnaire majoritaire d'une respectable société d'exportation anglaise, se demandait s'il avait pris la bonne décision. Il était vrai qu'il ne pouvait courir le risque que le groupe W découvre leurs véritables intentions. L'opération Shakespeare était prévue depuis bien trop longtemps, et ils avaient déjà failli tout annuler lorsque Nério Winch était mort, laissant la direction de sa multinationale à son playboy moraliste de fils. Kendall ne pouvait donc se permettre de laisser un vulgaire agent destitué réduire à néant leur projet. En même temps, en faisant assassiner le géneur, ne riquaient-ils pas de se faire remarquer ? Ses amis chercheraient à savoir pourquoi on l'avait tué, et se méleraient d'autant plus de leurs affaires. Mais si personne n'agissait très vite, leurs plans serraient mis à jour, et rien ne dééplairait plus aux supéérieurs de Torrance. Bien sûûr, le nuéméro un ignorait tout de cette histoire de meurtre commandéité. D'aprèès Kendall, il en auraiét déduit un manque de confiance envers lui. Penser un seul instant qu'une seule personne, entérainée cerétes, était capablée de démasquéer l'opération ! Mais Kendall et Torrance savaient qu'une trop grande confiance en soi pouvait êêtre àà l'origiéne d'un écéhéec. Le téléphone de son bureau soénna. Jack édécrocha et écouta sans rien dire ce qu'avait àà lui dire Halloran, son collaborateur. Il racrocha, éeén partie embété, en partie fier de lui.
On avait cambriolé un de leurs locaux à New York. Le voleur n'avait emporté que le dossier de Willis. Donc il ne s'était pas trompé. Ce n'était pas grand chose, mais de fil en aiguille, le groupe W pouvait remonter à la source. Un feu léger est vite étouffé : si vous le laissez faire, des rivières ne sauraient l'éteindre.* Il sut qu'il avait pris la bonne décision. Il repensa à l'homme qu'il avait engagé. Il se faisait appeler simplement Roy. Pas de nom de famille. Probablement pas de famille. Sa réputation n'était plus à faire, c'était un professionel. Il descendrait la cible comme prévu, leurs problèmes seraient terminés, l'opération suivrait son cour. En attendant...
-Audrey ? fit-il dans l'intercom. Faites monter monsieur Willis dans son bureau.
Cet homme là devait se faire oublier un certain temps. Quand Roy aurait rempli son contrat et que ce Kerensky serait hors-course, les choses pourraient redevenir ce qu'elles avaient toujours été.


* * *


Pour leurrer le monde, ressemble au monde ;
ressemble à l'inoncente fleur, mais soit le serpent qu'elle cache.
William Shakespeare.


L'avion atterit. Ce n'était pas la première fois que Roy se rendait aux Etats-Unis, et comme à chaque fois, une sensation d'ennui le prit à la gorge. La plupart des Anglais ne cachaient pas leur mépris et leur dédain pour les américains, mais Roy n'était pas anglais. Il n'avait pas de nationalité. S'il n'aimait pas l'Amérique, c'était pour des raisons plus futiles. Il trouvait les americains prévisbles à l'extrème. Ils étaient conventionnels jusqu'au bout des ongles. Et hypocrites avec ça, leurs mauvaises pensées et actions planquées derrière cette insupportable attitude puritaine, cet acharnement du politiquement correct. Par opposition, il admirait beaucoup les américains qui sortaient du lot.
L'aéroport grouillait de parasites humains qui déambulaient entre les guichets, râlant pour quarante-cinq secondes de retard sur un vol ou accusant les compagnies aériennes de les escroquer. Toujours se plaindre, Roy trouvait cela fatiguant. Ne désirant pas profiter du spectacle plus longtemps, il se dirigea vers une des sorties. Un homme en uniforme l'arrêta. Il poussa un soupir, juste pour avoir l'air américain.
-Vos papiers monsieur.
Il ne demanda pas au vigile la raison de ce contrôle d'identité. Il s'en fichait, son passeport était en règle, pourquoi perdre du temps avec des questions inutiles dont il connaissait probablement la réponse ?
-Vous êtes ici pour affaire ou loisir ? demanda l'homme.
-Les deux, répondit Roy avec un sourire carnassier.
Et c'était vrai. Cette affaire tenait tout autant du loisir. Le contrôleur parcouru avec attention ses papiers, et Roy était devenu à ses yeux Ralph Fiennes ; homme britannique de trente cinq ans, directeur des relations publiques dans une boîte privée anglo-américaine. Ce n'était pas la première fois qu'il jouait ce rôle, et il été connu sous ce nom dans pas mal d'endroits.
-Bon séjour aux Etats Unis, dit le vigile avant d'aller emmerder un autre touriste.
Dans la rue, Roy héla un taxi. Avant de se rendre à l'hotel, il devait passer chez son contact récupérer du matériel. Depuis le onze septembre dernier, la sécurité avait été tellement renforcée dans les aéroports qu'il avait renonçé à transporter son arme en pièces détachées comme à l'accoutumée.
-Soho, fit il au chauffeur en lui tendant une coupure de vingt dollars.
Durant le trajet, le grand noir qui conduisait le taxi tenta plusieurs fois d'amorcer une conversation mais renonça bien vite. Son client ne l'écoutait pas, en fait il ne l'entendait pas. Il semblé dans un état de concentration intense. Mais il avait payé plus qu'il n'en fallait pour la course, alors il n'allait pas se plaindre. Tout de même, ce type avait l'air bizarre, tout pâle derrière ses vêtements noirs. Il était peut-être malade, ou albinos. Comment savoir avec ses lunettes noires ? Elles ne le protégéaient pas du soleil, puisque le temps était d'un gris New-Yorkais qui déprimait le chauffeur. Quand il aurait assez d'argent de coté, promis, il partirait au soleil avec sa femme.

*


Il n'y avait rien de plus reposant qu'un conseil d'administration quand il se terminait. Cette vérité universelle en tête, Largo descendait vers le bunker pour se tenir au courant des progrès de Joy, Simon et Georgi. Et pour les voir aussi, peut-être. Il n'y avait pas que le travail dans la vie. Quand il réalisait qu'à une époque, il n'aurait même jamais employé le mot "travail"...
Au moment où il ouvrit la porte, Simon sursauta comme un gosse qui planquerait les débris d'un vase qu'il aurait cassé.
-Largo ! fit-il avec un enthousiasme exagéré. Comment ça va ?
-Qu'est-ce qui se passe ? Qu'est-ce que vous cachez ?
-Mais rien !
Simon se tourna vers les deux autres et leva les yeux au ciel.
-Visiblement, votre comportement de "je ne fais confiance à personne et pas même en mes meilleurs amis" est contagieux.
-Qui a dit que tu faisais partie de mes meilleurs amis ? demanda Georgi en haussant un sourcil interrogateur.
-Oh, ça suffit ! trancha Winch, amusé. Alors, est-ce que vous avez du neuf sur ce que je vous ait demandé ?
Simon jeta un regard à Joy, qui hocha la tête.
-En fait oui. Ce type louche chez Kentruc était auparavant un ancien agent secret british.
-Ah. Et comment vous savez ça ? Georgi, je t'avais dit d'arrêter les piratages informatiques. Selon la loi, des preuves obtenues de façon illégale sont irrecevables dans une cour de justice.
Kerensky lança un grand sourire à son ami.
-Largo, je te promet que la plupart de mes infos ne viennent pas d'un ordinateur.
Lui et Joy échangèrent un regard complice qui n'échappa pas au jeune milliardaire.
-Alors comment ? Non, je ne veux pas le savoir, je n'ai rien vu, je n'étais pas là. Un ancien agent ? Et bien il semble que toute entreprise actuelle se doit d'en employer un ou deux.
Joy prit un air grave. La légéreté de Largo lui était parfois pesante, surtout dans les situations critiques. Avec ce détachement, c'était lui qui aurait du être anglais.
-C'est sérieux. Un type dans son genre qui se compromet dans des activités illégales, c'est dangereux. Et il y a autre chose.
-Je t'écoute.
-Il ne s'agit pas que de Willis. Apparement, il avait eu des contacts avec la société de Kendall avant de quitter l'Intelligence Service.
-Ce qui voudrais dire... commença Winch
-que toute la société est impliquée, termina Georgi.
-Mais dans quoi ? On n'a pas besoin d'agents secrets pour faire de la vulgaire contrebande.
-Simon a raison.
C'était bien la première fois que le russe disait ça, et Ovronnaz sourit.
-Mais ça ne nous avance pas.
-Je me disais aussi, maugréa Simon pour lui-même.
Largo prit la parole.
-Ce n'est peut-être rien d'autre qu'une coïncidence, mais on n'est jamais trop prudent. Georgi, Joy, vous allez continuer vos recherches sur la société. Simon et moi, on va tacher de retrouver ce Willis et d'en apprendre un peu plus sur lui.
Il quitta le bunker, Simon sur ses talons. Joy se tourna vers Georgi.
-Il semblerait que nous soyons encore coincés tous les deux.
-Ce n'est pas pour me déplaire.
Voyant l'air étonné de la jeune femme, il ajouta :
-Mes petits ordinateurs nous tiendront compagnie.

Part 2