B OULEVERSEMENTS (part 1)
 




...
- "…tchoum ! Bon sang je déteste le froid, je déteste l'hiver, je déteste les magasins bondés, je déteste le matin, je..."
- Bonjour aussi, Simon ! "rit Largo.

Il faisait froid ce samedi 23 décembre et Simon venait, comme à son habitude, d'entrer dans l'appartement de son ami sans s'annoncer. Le jeune milliardaire était attablé devant son petit déjeuner, et, plus que par la mauvaise humeur du Suisse, il était étonné par son arrivée aussi matinale. Enfin, il était 10 heures , mais c'était malgré tout très tôt pour voir Simon debout. Il avait l'air morose.

- "Qu'est ce qui t'arrive ?" demanda Largo, surpris par le silence et la mine sombre de son ami.
- "Rien, ça va."
- "Oh, ne me raconte pas d'histoires ! Je te connais mieux que n'importe qui, quand tu fais cette tête là, c'est qu'il y a un truc important qui te contrarie."
Après une seconde d'hésitation, Simon se lança :
- "Je devais passer noël à Monte Carlo avec Vanessa et finalement, elle préfère partir en Thaïlande avec son aristo de mari."
- "Tu ne l'aimes pas ?"
- "C'est pas ça, oublie ce que je viens de dire. Je suis juste déçu. Ca fait longtemps que je n'ai pas vu ma sœur et j'aurais voulu que ça puisse se faire. Tu sais, j'ai quelques souvenirs de noël quand on était petits, c'était magique. Je crois que ce sont mes premiers souvenirs d'enfant. Quand j'y repense, je sens encore l'odeur de la résine de sapin, je vois le scintillement des bougies et puis nos disputes à Vanessa et moi pour savoir qui aurait le droit de mettre l'étoile à la cime de l'arbre de noël ! Je crains de devenir un vieux nostalgique, mais je crois que noël, c'est fait pour être passé en famille."

Largo n'eut pas le temps de répondre, quelqu'un frappait à la porte. Après qu'il eut donné son aval, Joy entra, souriante. Elle avait l'air d'être de très bonne humeur.
- "Salut… Simon… que vois-je ? Tu as décidé d'expérimenter par toi même la signification du mot "matin" ?? Mais c'est un miracle, vite, réclamons une messe d'actions de grâce pour Saint Réveil ! " plaisanta-t-elle.
- "Hé, Joy, tu me lâches, tu veux !" rétorqua Simon un peu sèchement.
La jeune femme jeta un coup d'œil interloqué sur le Suisse. Elle était très surprise qu'il ne la suive pas pour une de leurs sempiternelles joutes verbales. Son regard se fit alors interrogateur et croisa celui de Largo. Cet échange lui suffit pour comprendre qu'il lui parlerait plus tard et que Simon était réellement affecté. Elle choisit de changer de sujet et revint au motif de sa visite.
- "Vous avez prévu quelque chose de particulier aujourd'hui ?" demanda-t-elle d'un ton enjoué.
- "Et bien j'avais un dossier qui sera discuté lundi à relire, mais ça ne me prendra certainement pas toute la journée. Sorti de ça, non, rien de spécial pour moi. Pourquoi ?" fit Largo, intrigué.
- "Et bien, je me disais que ça serait sympa d'aller patiner au Rockefeller Center. Ca vous tente ?"
- "Oh, oui ! Excellente idée. Qu'est ce que tu en dis Simon ?"
- "Euh, non, je vous remercie. J'ai déjà prévu un truc pour aujourd'hui." répondit ce dernier avant de sortir un peu précipitamment.
Les deux autres regardèrent la porte se refermer derrière lui puis Joy se tourna vers Largo et lui demanda :
- "Tu m'expliques quelle mouche l'a piqué, maintenant ?"
- "Il vient d'apprendre que, finalement, sa sœur préfère passer noël en tête à tête avec son mari en Thaïlande que de rester à Monaco et de l'accueillir."
- "Décidément, Vanessa manque vraiment du tact le plus élémentaire. D'accord, comme elle est la sœur de Simon, ça s'explique un peu. Mais elle pourrait comprendre qu'il ait envie de passer un peu de temps avec elle. Après tout, il ne se sont perdus de vue pendant tellement longtemps… Elle manque soit de sensibilité, soit de jugeote… Plus probablement des deux, réflexion faite !"
- "Et bien, si avec ça elle n'a pas les oreilles qui sifflent… Elle est un peu écervelée, d'accord, mais je crois qu'elle est gentille dans le fond. Je te trouve bien dure avec elle."
- "Pour une fois, je comprends Simon : pense au nombre de fois où il s'est mis dans la panade jusqu'au cou, et nous avec, accessoirement, pour la tirer d'affaire. Elle lui est au moins redevable de ça, tu ne crois pas ?"
- "C'est vrai… Et puis il m'a aussi fait comprendre à demi-mots qu'il aurait voulu retrouver une véritable atmosphère de noël : famille, dinde aux marrons trop cuite, sapin et guirlandes clignotantes qui tombent en panne… Tu vois le genre !"
- "Oui, je vois… enfin j'imagine."
- "Et toi, qu'est ce que tu as prévu pour le réveillon ?"
- "Tu vas rire : je remplis le frigo avec un max de cochonneries plus caloriques les unes que les autres, je loue une pile de DVD et je passe la soirée devant la télé en mangeant de la glace à même le pot ! Tu sais pour moi, noël, ça n'a jamais eu grand sens… On ne peut pas dire que ça changeait grand chose chez moi quand j'étais enfant. J'ai quelques souvenirs de courses avec ma mère, son rire quand je restais émerveillée devant les lumières, les automates dans les vitrines des magasins, les gens qui se promenaient, les bras chargés de cadeaux… Des réveillons, je ne conserve aucune image, je suppose que ça ne devait pas être mémorable. Après le décès de ma mère, j'ai systématiquement passé noël en pension puis seule, ce qui n'était pas plus mal qu'en tête à tête avec mon père !"
Largo était à la fois surpris et flatté par ces révélations. Joy se livrait si peu souvent à des confidences sur sa vie… Il resta muet durant quelques instants sans savoir comment lui faire part de cette émotion. La jeune femme se méprit sur son silence et ajouta, un peu gênée, comme pour le dérider :
- "Désolée, on dirait Les Misérables en plus mauvais. J'espère que je n'ai pas ravivé des souvenirs désagréables. Je me doute que ça n'a pas dû être simple pour toi non plus. Si on parlait d'autre chose : quand est ce qu'on part ?"
Largo renonça à lui expliquer et répondit :
- "Quand tu voudras. Tu as proposé à Kerensky de venir avec nous ?"
- "Oui, évidemment. Mais il m'a répondu que tourner en rond sur un cercle de 30 mètres au milieu de gamins braillards, capitalistes pourris en devenir, ça ne le branchait pas du tout ! Il a continué en m'expliquant que c'est quand même autre chose de patiner sur la Neva ! Mais, bon, il nous souhaite quand même une bonne journée !"
- "C'est tout lui ! Et bien, je vois que le reste de l'équipe nous abandonne, il ne reste que deux courageux pour affronter la rudesse du climat. On y va ?"
Les jeunes gens, emmitouflés dans plusieurs épaisseurs de vêtements, écharpe autour du cou et bonnet sur la tête, sortirent de l'immeuble. Dans un rire, Largo remarqua qu'ainsi vêtus, il n'y avait aucune chance qu'on les reconnaisse : on voyait à peine dépasser leurs yeux et le bout de leur nez. Joy acquiesça et accepta donc qu'ils partent à pied. Le froid était très vif malgré le soleil radieux, mais ils étaient bien couverts et ils se réchauffaient en marchant d'un bon pas. En peu de temps, ils arrivèrent devant le grand sapin de noël égayant Rockefeller plaza. Toujours de très bonne humeur, ils chaussèrent leurs patins et s'élancèrent sur la glace. L'atmosphère glacée avait dû décourager une partie des gens et un certain nombre d'autres devait déjà avoir quitté New - York pour passer les fêtes en famille. De ce fait, il était possible de patiner sans trop subir la bousculade. Pendant plus de trois heures, Largo et Joy patinèrent en discutant et en riant. L'exercice physique les avaient rééchaufféés et ils avaient ôôétéé écharpes, bonnets et vestes. Une parfaite harmoniée régnait entre les deux et n'importe lequel des badaudés présents autour de la patinoire les aurait pris pour un couple d'amoureux. Largo demanda grââce le premier.
- "Je n'en peux plus, je meurs de chaud et surtout je crève de faim !"
Le rire franc de Joy lui répondit. Dans une envolée de cristaux de glace, elle s'arrêta auprès de lui. Largo l'observait avec intensité : le soleil jouait dans ses cheveux, leur donnant un éclat incomparable, ses yeux pétillaient de joie et avec ses joues roses, elle avait incroyablement bonne mine. Aucun des deux ne voulait rompre ce moment de charme pur où tout pouvait basculer. Mais Joy fut bousculée par un enfant qui tombait et les regards se perdirent…
- "Où est ce qu'on va manger ?" demanda-t-elle pour reprendre le contrôle de la situation.
- "Heu, je ne sais pas. Tu as envie de quelques chose de spécial ?" fit Largo tout en refermant sa veste. Il avait à l'évidence plus de mal qu'elle a reprendre ses esprits et se demanda un instant s'il ne se faisait pas des idées sur ce qu'il avait eu l'impression de percevoir.
- "Oh, j'ai une idée. Tu fais quoi, toi, pour le réveillon ?"
- "Et bien, Sullivan m'a proposé de venir le passer en famille chez lui. Il y aura sa fille Kathreen et quelques amis. Mais je n'ai pas donné ma réponse. Je n'ai pas envie de m'imposer. Ils ont besoin de se retrouver. A quoi as tu pensé ?"
- "Et bien, je trouve qu'on devrait faire ça tous les quatre puisque apparemment aucun d'entre nous n'a prévu quoi que ce soit. Kerensky avait un programme digne du mien, sauf que le tête à tête avec la télé doit être remplacé par une soirée romantique avec un nouveau logiciel quelconque ! Et comme on ne peut pas dire que ton appartement soit trop désagréable, tu es désigné volontaire pour nous accueillir !"
- "C'est une excellente idée, seulement est ce que tu veux bien expliquer à mon cerveau primaire quel est le rapport avec l'endroit où nous allons déjeuner ?"
- "Oh, pardon ! Il est indispensable d'avoir un décor adapté à la circonstance, donc, on achète un sandwich et on va dévaliser les magasins !"
- "Mamma Mia ! Mais tu veux ma mort ? Tu as décidé de m'achever aujourd'hui ?" rit Largo. "Je ne sais pas ce qui t'arrive mais tu as une énergie et une bonne humeur incroyables !"

Ils revinrent au groupe en fin d'après midi, les bras chargés de paquets et épuisés. Ils traversèrent le hall en riant et en se bousculant comme des gamins, sous les yeux ébahis des réceptionnistes et des vigiles de la sécurité. Ils s'engouffrèrent dans l'ascenseur et montèrent jusqu'à l'appartement de Largo. Là, ils purent enfin déposer leur fardeau et s'asseoir.
- "Tu veux boire quelque chose ?" demanda Largo
- "Oh, si tu me faisais un thé, ce serait génial ! J'ai l'impression d'avoir deux glaçons au bout des bras !" s'exclama-t-elle.
Largo se leva et se dirigea vers la cuisine. Quelques secondes plus tard, Joy, sentant une douce torpeur l'envahir, se leva et se dirigea vers la baie vitrée. Il faisait maintenant nuit noire et des milliers de lumières scintillaient. Tant de foyers où l'on s'apprêtait à fêter dignement, qui le petit Jésus, qui le père noël, qui le simple bonheur d'avoir trouvé une occasion de faire la fête. Dans ces appartements éclairés, nombre d'enfants attendaient avec impatience le jour où ils pourraient découvrir leurs cadeaux. Les parents devaient prendre des photos pour immortaliser ces moments de joie… Joy était plongée dans ses réflexions et n'entendit pas Largo revenir dans la pièce. Il posa son plateau sur la table basse, s'approcha d'elle sans bruit et passa un bras autour de sa taille. Surprise, la jeune femme sursauta et se retourna, se trouvant ainsi face à face avec lui. Comme plus tôt ce jour là, ils se retrouvaient les yeux dans les yeux, à une importante difféérence prèès : cette fois, ils éétaient seuls, aucun enfant turbulent ne viendrait s'interposer. De sa main libre Largo glissa une mèèche des cheveux de Joy derrèière son oreille. Ses doigts s'attaèrdèrent en une lente caresse sur sa joue. Voyant qu'elle ne le repoussait pas comme àà son habitude, il s'enhardit et sa main poursuivit son exploration le long de son cou. Joy édétourna le regard, rompant ainsi le contacét établi. Instanétanément, Largo comprit qu'elle allait élui échapper et, faisant fi desé conséquenéces, décida de se jeter àà l'eau. De son bras droit, il resseréra son étreinte tandis que sa main gauche attrapait son menton, l'obligeant ainsià à lui faire face. Alors, il se pencha vers elle et, seès lèvres navigant du creux de son coàu à son oreille, il lui murmura ces mots tant déeé éfois répétés par tous les amoureux du monde…

- "Tu ne crois pas qu'on pourrait s'y mettre ?"
- "Mmmhh, à quoi ?" maugréa Largo qui ne voyait pas d'un très bon œil l'idée de bouger.
Il était allongé dans le lit aux draps froissés, les yeux mi-clos, les deux bras repliés derrière la tête. Joy, appuyée sur un coude, était penchée sur lui et laissait courir ses doigts sur son ventre. A dire vrai, il n'avait absolument pas l'intention de se lever et ses projets pour le reste de la soirée prenaient plutôt une direction horizontale.
- "Et bien, tu crois que toute la déco qu'on a acheté va se mettre en place toute seule ?" rit elle
- "Heu, c'est noël, non ? On ne pourrait pas laisser le boulot au vieux en rouge et s'occuper de nous ?" répondit il, souriant, en se serrant contre elle.
- "Tu es intenable !" fit elle en se dégageant.
D'un bond, elle fut debout et enfila rapidement des vêtements. Elle resta pieds nus, considérant que la douceur de l'épaisse moquette valait largement ses chaussettes humides.
Sur un regard engageant, Joy quitta la chambre et passa dans le bureau. Comprenant qu'il avait perdu cette manche, Largo se décida à la suivre. Il enfila rapidement son jean et un pull et la rejoignit. Elle avait déjà ouvert plusieurs sacs et étalait tout ce qui lui tombait sous la main. Largo rit en la voyant ainsi affairée au milieu des boules et des guirlandes. Il glissa ses mains autour de sa taille et l'embrassa légèrement.
- "Tu ne crois pas qu'on pourrait commencer par le commencement ?"
- "A savoir ?" demanda la jeune femme.
- "Et, bien, je crois qu'il serait content de retrouver une motte de terre digne de ce nom et d'être arrosé. On l'a un peu oublié et mon petit doigt me dit qu'il commence à se lasser !" lui répondit Largo en désignant du menton le sapin qui gisait dans un coin.
Ils passèrent ainsi une bonne partie de la soirée à rendre l'appartement aussi chaleureux et accueillant que possible. L'arbre de noël avait maintenant meilleure allure : il étincelait de guirlandes et de boules. Ils avaient disposé sur les murs des branches de houx et de sapin qui embaumaient. Sur des nappes rouges et vertes, des bougies trônaient. Enlacés au milieu de la pièce, ils commentaient leur œuvre en riant. On frappa à la porte de l'appartement. Instantanément, Joy s'éloigna et lâcha sa main.
- "Ne dis rien. On fait comme s'il ne s'était rien passé !" demanda-t-elle d'une voix oppressée.
Largo fut tenté de la contredire arguant que, de toutes les manières, ils ne garderaient pas longtemps le secret mais, en voyant le regard suppliant de Joy, il comprit qu'elle n'était pas prête à s'afficher avec lui et qu'elle avait besoin de faire le point. Trop de questions restaient en suspend. Adressant un sourire rassurant et complice à la jeune femme, il incita le visiteur à entrer.
- "Je trouvais anormal que personne ne soit venu me casser les pieds et les oreilles aujourd'hui. Je m'inquiétais de votre santé, camarades." persifla Georgi d'un ton froid démenti par un éclair amical au fond de ses yeux bleus. "Mmmhh, apparemment, vous avez l'air en vie, la glace de la patinoire semble avoir été clémente avec vos abattis. Attention quand même, c'est par les pieds qu'on s'enrhume !" ajouta-t-il sardonique en voyant Largo et Joy pieds nus.
Cette dernière, comme prise en faute, rougit légèrement, mais se reprit et répondit avec vivacité :
- "Qu'est ce que tu crois, avec le temps qu'il fait et la neige plein les rues, on avait les pieds trempés… Tu le saurais si tu passais de temps en temps par la case rez-de-chaussée de cet immeuble au lieu de rester au sous-sol vingt heures par jour !"
Si Georgi avait pu passer à côté des joues empourprées de Joy - ce qui n'était pas le cas - sa piètre répartie aurait de toute façon suffit à lui mettre la puce à l'oreille : la jeune femme était clairement déstabilisée. Même si le russe avait déjà une vague idée de ce qui avait pu se passer au cours de cette journée, il choisit de ne pas pousser plus loin ses investigations, se contentant d'un regard pénétrant en direction de Joy qui détourna les yeux. Ce manège amusait Largo mais il décida de venir en aide à la jeune femme qui, visiblement, paniquait.
- "Que penses tu de la décoration ?" demanda-t-il pour détourner l'attention de Kerensky.
- "Pas mal… Je dois reconnaître que ça donne un style plus humain à cet appartement de capitaliste cupide." plaisanta-t-il.
- "Tu daigneras donc honorer notre réveillon de ton auguste présence ?" enchaîna Largo sur le même ton.
- "Ca se pourrait, à la condition express qu'il y ait du caviar et de la vodka au menu. Et puis aussi que je puisse amener un bâillon au cas où Simon deviendrait trop pénible !"
- "T'inquiète pas, s'il est dans le même état qu'aujourd'hui, il ne risque pas de se montrer trop exubérant." intervint Joy, remise de ses émotions.
- "Qu'est ce qu'il a ? Il s'est rendu compte que la sublime blonde avec laquelle il comptait passer le réveillon, se trouve être, le jour, un mâle viril ?" questionna Georgi.
Cette remarque fit sourire les deux autres mais ce fut d'un ton sérieux et relativement ennuyé que Largo répondit :
- "En fait de grande blonde, le problème vient plutôt d'une petite brune, en la personne de Vanessa, avec qui il devait passer noël et qui préfère la Thaïlande à un réveillon avec son frère."
- "Ah, effectivement, c'est plus sérieux que ce que je pensais ! " fut le seul commentaire laconique de Georgi qui, comme Joy, ne portait pas vraiment la sœur de Simon dans son cœur mais connaissait l'attachement du Suisse à la jeune femme.
- "Bah, on connaît tous Simon, quelques bonnes bouteilles, quelques blagues vaseuses et de quoi remplir son estomac et il n'y paraîtra plus !" fit Largo, comme pour s'en convaincre.
- "Oui, et puis de toute façon, on fera ce qu'il faut pour que ça aille ! Bon, très bien, je suis rassuré sur votre sort, je vais rentrer, j'ai fait mes vingt heures réglementaires" termina Georgi, ajoutant cette dernière remarque à l'attention de Joy.
Sur ces mots et un signe de la main, il tourna les talons et regagna la porte. A peine celle-ci refermée, Joy se tourna vers Largo :
- "Tu crois qu'il a deviné ?"
- "Quoi donc ?"demanda Largo en faisant mine de ne pas comprendre.
- "Arrête, tu n'es pas drôle ! Tu sais très bien… Pour nous je veux dire…"fit-elle avec une certaine anxiété.
Largo haussa les épaules mais voyant que Joy attendait une réponse, il lui répondit :
- "Que veux tu que je te dise ? Georgi est loin d'être idiot et le fait de te trouver ici à dix heures passées, apparemment peu pressée de partir n'a pas dû manquer de le faire tiquer. Mais, même s'il se doute de quelque chose, je pense qu'on peut compter sur sa discrétion. Il nous cuisinera sans doute en privé mais ne révèlera rien tant qu'on ne le fera pas."
Joy resta silencieuse, plongée dans ses pensées, un pli soucieux barrait son front. Largo l'attrapa par la taille et l'entraîna dans une valse rapide destinée à lui faire retrouver le sourire. Ce fut rapidement le cas et la morosité de la jeune femme s'envola. Essoufflés, ils s'arrêtèrent au milieu de la pièce.
- "Qu'est ce qu'on commande à manger ?" demanda Largo.
- "Rien du tout pour moi, je vais rentrer." répondit-elle, redevenue sérieuse tout à coup.
- "Tu ne veux pas rester ?"
- "Je ne crois pas que ce soit une bonne idée. J'ai besoin d'un peu de calme. Et puis, je voudrais qu'on garde un moment ça pour nous seuls. Ce n'est pas que je ne sois pas sûre de ce que tu ressens, encore moins de ce que je ressens, c'est juste que je n'ai pas le courage de subir tout de suite les sarcasmes et les attaques qui ne manqueront pas quand les gens sauront. C'est vrai, dans le fond, pour la plupart des gens, je ne suis que ton garde du corps, au mieux, une amie. Dès que notre liaison s'ébruitera, les langues de vipères vont se déchaîner, on va sans doute pas mal nous égratigner… Attends toi à subir les assauts de la presse people ! C'est du pain béni pour eux : la petite employée qui arrive à mettre le grappin sur son richissime patron… C'est pas loin d'être aussi vendeur que Cendrillon !" tenta-t-elle de lui expliquer en caressant doucement sa joue.
Voyant qu'elle ne céderait pas, et même s'il se foutait totalement des arguments qu'elle lui avait avancés, il la serra dans ses bras et répondit juste :
- "Tu vas me manquer… Je vais très mal dormir !"
Elle rit et se dégagea de son étreinte. Elle enfila rapidement chaussures, manteau et écharpe avant de regagner les bras de son amant pour une dernière étreinte. Ils eurent du mal à se séparer mais, après un dernier baiser, la porte finit par se dresser entre eux. D'un pas vif et un sourire énigmatique aux lèvres, Joy parcourut le couloir qui la séparait de l'ascenseur : elle avait volontairement "oublié" son soutien gorge dans la chambre de Largo et se doutait que celui-ci regretterait d'autant plus son départ que la pièce de lingerie serait là pour lui rappeler les douces heures de la soirée…

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Une sonnerie insistante réveilla Largo. Après avoir jeté le réveil par terre et avoir fait suivre le même chemin au téléphone, il se rendit compte que le responsable de ce bruit odieux n'était autre que son cellulaire. Les yeux encore fermés, il chercha à tâtons à attraper le combiné, le fit évidemment tomber, le ramassa en pestant et finit par trouver le chemin jusqu'à son oreille.
- "Largo Winch." grommela-t-il, faute de trouver une insulte bien sentie à destination de l'inopportun.
- "On a un gros pépin. Tu peux descendre ?" demanda la voix tendue de Georgi qui raccrocha sans attendre la réponse.
Cette simple phrase réveilla complètement le jeune milliardaire. Il sauta hors de son lit et fut prêt en un rien de temps. Il se précipita vers l'ascenseur et l'appela. Il ne se passa rien. En pestant, il prit un couloir et appela un autre ascenseur, rien non plus ! Bon sang, il allait être obligé de dégringoler les 60 étages menant au bunker à pied. "Tu parles d'un dimanche matin ! "pensa-t-il, de très mauvaise humeur. Cependant, il commençait à comprendre la nature du problème mentionné par Kerensky. Ses doutes se confirmèrent dans la cage d'escalier : les lumières étaient réduites aux signaux des issues de secours et il manqua plusieurs fois de trébucher. A l'évidence, il n'y avait plus d'électricité dans l'immeuble. Malgré sa bonne condition physique, il mit un temps certain à descendre au sous-sol mais finit par arriver au bunker. Durant la descente, il avait largement eu le temps de se calmer et voyait maintenant la situation avec un certain amusement : aprèès tout, on éétait dimanche, et qui plus est, le 24 déécembre, une bonne partie du personnelé était en vacances et le buildinég était pratiquemenét désert. C'est donc un Largo plutéôôt détendu qui poussa la porte du bunker. Il faillit tomber àà la renverse en voyaént l'état de leur quarétéier général. Puis il partit d'uén grand éclat de rire : Kerensky avait pris la péeine de décorer la pièèce aux couleurs de noëël : la lumèéière bleutée éhabituelle éétait rempélacée par uné éclairage doré, nettement plus chaud, des guirlandes courraient le long des murs et le ruésse avait poussé le vice jusqu'àà poser de petitsè pères noëëls sur les bureaux.
- "Tu cherches à savoir qui a saccagé le bunker de cette manière ? C'est çà le gros pépin ?" railla Largo.
- "Je prendrais le temps de répondre à cette attaque vile et minable s'il n'y avait pas plus urgent ! Mais là, le problème est réel : tu as dû constater qu'on est privés d'électricité." fit le russe en jetant un regard glacial à son patron mais néanmoins ami.
- "Je ne te le fais pas dire : je viens de me taper 60 étages à pied. Je me considère comme dispensé de footing pour le millénaire à venir ! D'ailleurs, il faudra que tu m'expliques comment il se fait qu'ici tout fonctionne normalement !"
- "Ca me paraît évident : j'ai détourné une partie de l'énergie des générateurs de secours ! En l'occurrence, celle qui alimente les ascenseurs !"
- "Je te remercie de cette délicate attention, faux frère ! Bon, fais moi un topo de la situation."
- "Les groupes électrogènes suffisent juste à maintenir en marche les éléments vitaux, à savoir, le système de sécurité - donc les machines du bunker - et les réseaux connectés sur les filiales de l'étranger. J'ai lancé ce que je pouvais comme transferts de fichiers pour protéger les données importantes, mais ça manque cruellement de puissance et ça rame. Ca, c'était au rayon des bonnes nouvelles. Pour les mauvaises, les ascenseurs, tu peux faire un croix dessus, de même que la lumière et le chauffage."
- "Tu as appelé la compagnie d'électricité ?" demanda Largo d'un seul coup moins optimiste.
- "Evidemment, pour qui me prends tu ? J'ai du batailler ferme pour obtenir quelqu'un d'un tout petit peu compétant et ayant un minimum de pouvoir décisionnel, mais bon, j'ai fini par réveiller le vice-président de la firme. Il s'avère qu'une bonne partie de New - York est dans le noir et que ton précieux building étant principalement un immeuble de bureaux, vide ou presque un dimanche, il est très loin dans leur liste de priorités ! Bizarrement, ils préfèrent essayer de rétablir le courant dans les hôpitaux et les immeubles d'habitation en premier ! "lâcha-t-il, sarcastique.
- "Et merde ! Ils en ont pour combien de temps à tout remettre en état ?" demanda Largo d'un ton maussade.
- "Là, j'avoue mon impuissance, j'ai eu beau déployer des trésors de persuasion, pas moyen d'avoir la moindre idée du délai. Sans doute deux jours au mieux, d'après ce que je peux estimer."
- "Bon sang, avec le froid qu'il fait en ce moment, on va très vite se cailler dans un immeuble de cette taille. On a intérêt à se tirer d'ici vite fait !"
Un silence s'ensuivit puis Largo sortit son cellulaire et appela Sullivan.
- "John ? Bonjour. Navré de vous réveiller un dimanche matin d'autant que les nouvelles ne sont pas des plus réjouissantes…"
En quelques mots, il mit son adjoint au courant du problème. Rapidement, la conversation prit un ton plus personnel, Sullivan s'inquiétant de savoir où Largo allait se loger pendant la panne. La conversation se termina sur les remerciements de Largo à l'Américano-Irlandais. Intrigué par la tournure qu'avait pris le dialogue, Georgi avait levé le nez de l'écran sur lequel il contrôlait le déroulement des protocoles de copie des fichiers à sauvegarder. Il observait Largo d'un air interrogateur. Ce dernier décida de prolonger un peu le suspense :
- "Tu as moyen de vérifier si des avions décollent de New - York ou si les aéroports sont eux aussi dans le noir ?"
- "Quelle question ! Je connais au block près la zone où l'électricité est coupée ! Et la réponse est oui : tous les vols sont maintenus aussi bien à Gatewick qu'à JFK " rétorqua Kerensky.
- "Et tu aurais aussi moyen de savoir s'il reste des places sur des vols pour Aspen ?" ajouta-t-il avec un sourire.
- "Je ne m'abaisserais pas à répondre à cette question, mais j'aimerais autant savoir pourquoi je m'intéresserais à cette destination."
- "Et bien, John étant chez Kathreen jusqu'à mardi, il nous propose de nous installer dans son chalet à Aspen pour passer le réveillon au chaud, devant un feu de cheminée plutôt que dans le noir en nous gelant ! Plutôt alléchant, qu'en penses tu ?"
- "J'en pense que Sullivan a beau être une grosse huile capitaliste, il a un bon fond et il y aurait peut être moyen d'en faire quelque chose ! En résumé, excellente initiative !"
- "Le seul hic, c'est que j'aimerais autant qu'on trouve des places sur un vol régulier. Je sais que Jerry est en famille pour Noël et ça m'ennuierait de l'obliger à voler.
- "Mmmhh, cette attention t'honore, grand patron, je me mets de ce pas en quête de 4 billets."
- "Merci, Georgi, je file chercher les clés de la maison chez John, j'en profite pour passer prendre Joy. Tu peux te charger de faire lever Simon et de le convaincre de descendre ici ? Je te suggère à titre très amical de rebrancher un ascenseur, le temps qu'il descende, sans quoi, on risque d'avoir droit à ses jérémiades pendant des heures ! On reste en contact par téléphone, tu me dis quand tu as trouvé."
- "Sans problème, je trouve juste que tes corvées me paraissent moins pénibles que les miennes… Ne soyez pas trop longs quand même…"
- "Hé, c'est le privilège d'être le patron, que veux tu !"
Sur ces dernières paroles, Largo sortit. Il descendit dans le parking et monta en voiture. Le jour n'était pas encore levé et les rues autour de l'immeuble étaient plongées dans le noir complet. L'atmosphère était absolument surréaliste. Largo se prit à penser que, pour la première fois, vue du ciel, la ville ne devait pas ressembler à une grosse tâche brillante. Sur le tableau de bord, la température extérieure était indiquée à - 12°C. Elle avait encore baissé depuis la veille. Il fallut peu de temps au jeune homme pour arriver à l'appartement de Sullivan. Entre temps, ce dernier avait prévenu le gardien de l'immeuble de son arrivée et il ne fit aucune difficulté pour lui ouvrir la porte de l'appartement. Très vite, Largo trouva les clés et il se dit que, décidément, Sullivan était un trésor d'organisation ! Il repartit donc, le préécieux séésame en poche et se dirigea radieux vers l'appartement de Joy. Ils avaient tous les quatre les célés des appartements des trois autres, sachant qu'en cas de coup dur, cela pouvait leur êêtre utile mais ils n'avaient jamais eu besoin de s'en servir. Sur le chemin, Largo s'arrêêta et acheta des croissants. Arréivé devant l'immeuble de Joy, il sortit rapidement de sa voiture et grimpa les escaliers - chez elle non plus, pasé d'électréicité. Avec d'infiniées précautions pour ne pas faire de bruit, il fit tourneré sa clé dans la serrure.é Il espérait qu'elle dormait encorée. Il n'était venu que rarement dans son appartement mais il en gardait un souveniré assez précis et se dirigea sans trop de mal vers la chambre. Il entrouvrit la porte et entendit leé souffle régulier de la dormeuse. Il sourit, ravi, et s'approcha du lit. Se penchant sur elle, il embrassa doucement sa tempe. Ce simple céontact la réveilla et elle s'accrocha àà lui, l'emêpêchant de bouger.
- "Mon Dieu, dites moi que je ne rêve pas !" murmura-t-elle en enfouissant son visage dans le cou de Largo.
- "Bonjour mon ange." répondit-il en cherchant sa bouche.
Un tendre baiser la réveilla tout à fait. Alors, Largo s'assit à côté d'elle dans le lit et, pendant qu'ils dévoraient les croissants dans le noir, il lui expliqua la situation. Elle se montra pleinement satisfaite de la solution envisagée.
- "Génial, ça fait je ne sais pas combien de temps que je n'ai pas eu l'occasion de skier !" se réjouit-elle en se blottissant dans ses bras.

Part 2