J E SUIS PRET
 




Note de l'auteur: A Marie, mon ange à jamais dans mon cœur.


8h36 A.M
Assise sur le siège de plastique rouge depuis près d'une heure, elle fixait le sol rutilant comme si elle cherchait à y voir à travers. Ses yeux étaient rougis par la fatigue. Elle frissonna. Pourtant, il ne faisait pas froid dans ce couloir d'hôpital qu'elle n'avait pas quitté depuis cinq jours... A cette pensée, les larmes lui montèrent immédiatement aux yeux.Elle les essuya d'un geste rageur. Elle ne devait pas pleurer. Ce serait baisser les bras, se retirer du combat, capituler. Non, elle ne devait pas pleurer, elle devait se montrer forte. Pour lui.
-Joy?
Elle releva brusquement la tête et plissa les yeux, comme aveuglée par la lumière blanche que divulguaient des néons.
-Je t'ai pris un café.
Elle s'empara du gobelet et le regarda s'asseoir à ses côtés.
-Merci Georgi.
Elle détourna la tête et sentit son regard perçant posé sur elle.
-Comment va-t-il? Demanda le russe d'une voix douce.
-Son état ne cesse d'empirer...
Elle l'entendit soupirer. Lentement, elle se tourna vers lui et posa la tête sur son épaule.La douleur et le chagrin les avaient unis. Ces deux dernières années lui avaient fait découvrir un autre Kerensky, attentionné, présent, doux, un homme blessé par la vie prêt à tout pour ceux qu'il aimait.
-Et Largo?
Elle se redressa.
-Il est avec lui.
Deux ans... Deux ans déjà qu'ils avaient appris la nouvelle... Elle n'oublierait jamais ce vendredi matin lorsque Simon était entré dans le bunker et leur avait annoncé d'un ton tranquille qu'il était atteint d'un mal incurable plus communément appelé "cancer généralisé". Elle n'oublierait jamais le regard désespéré de Largo et le "faites pas ces têtes, vous allez enfin vous débarrassez de moi!" du jeune suisse dont le sens de l'humour était parfois du plus mauvais goût. Deux ans... Deux ans pendant lesquels elle l'avait vu affronter courageusement la maladie; pendant lesquels elle avait vu son état se
détériorer inexorablement, et ce malgré les soins des plus grands spécialistes réunis par Winch. Le jeune homme poussé par l'énergie du désespoir avait tout entrepris pour essayer de sauver son meilleur ami. Malheureusement, tous les milliards du monde ne pouvait rien contre la mort. La porte de la chambre s'ouvrit, laissant apparaître Largo. Sa garde du corps se leva et vînt à sa rencontre. Sans un mot, elle l'enlaça. Il enfonça sa tête dans son cou et la serra fort contre lui. Au bout de quelques minutes, il se dégagea et lui murmura quelque chose à l'oreille. Joy acquiesça et pénétra dans la chambre.
8h51 A.M
Elle s'approcha du lit. Simon y était étendu. Il était d'une pâleur extrême, et seuls les nombreux tuyaux auxquels il était relié le maintenaient en vie. Elle lui prit la main. Les larmes coulaient le long de ses joues, elle ne pouvait plus les retenir.
-Je t'aime Simon, Murmura-t-elle.
Le jeune homme ouvrit les yeux. Il était pourtant impossible qu'il l'ai entendu. Il lui sourit et essaya de dire quelque chose, mais branché sous oxygène, il avait beaucoup de mal à parler.
-Chut, ne te fatigue pas.
Il déglutit péniblement et, ne suivant pas comme à son habitude les conseils de son amie, articula difficilement quelques mots. Sa voix était si faible qu'elle dû se pencher sur lui pour saisir le sens de ses paroles.
-Ne pleure pas ma puce.
Joy lui caressa le visage.
-Mais qu'est-ce que tu crois petit prétentieux? Je ne pleure pas, j'ai une
poussière dans l'oeil!
-Tu mens très mal, Observa-t-il.
Elle le regarda avec tendresse.
-Joy, je peux te demander un service?
-Bien sûr.
-Veille sur Larg'. Je veux qu'il soit heureux.
-Je paries que tu lui as demandé la même chose pour moi!
Ses yeux brillants de fièvre pétillèrent de malice.
-Mais qu'est-ce que tu crois petite prétentieuse?! Et prends soin de Georgi aussi.
-Pas de problèmes.
-Merci petite sœur.
Joy lui baisa la main et répéta:
-Je t'aime Simon, je t'aime grand frère.
Il voulut lui répondre, mais les forces lui manquèrent et, épuisé, il referma les yeux. La jeune femme le veilla un moment puis quitta la pièce.
9h18 A.M
Winch était adossé au mur, les yeux dans le vague, l'air résigné. Joy s'approcha. Il posa son regard sur elle et répondit d'un signe de tête à son sourire.
-Je vais le voir, Déclara Kerensky en se levant.
Elle le regarda s'éloigner.
-Joy?
La jeune femme se tourna vers son patron, trop heureuse qu'il rompe ce silence pesant.
-Qu'est-ce qu'il t'as dit? Poursuivit le jeune milliardaire d'une voix rauque.
-Il m'a demandé de veiller sur toi...
Largo secoua la tête en souriant.
-Il ne changera jamais!
-Il s'inquiète énormément pour nous... Autant que l'on s'inquiète pour lui!
-Je sais. C'est tout Simon ça.
-Est-ce que le Dr. Robinson est passée?
Le jeune homme acquiesça.
-Qu'est-ce qu'elle a dit?
-Qu'il était étonnant que Simon soit toujours en vie... C'est injuste. Pourquoi est-ce que ça lui arrive à lui? Pourquoi je ne peux rien faire? A quoi me sert tout cet argent si je ne peux même pas sauver mon meilleur ami? Largo s'effondra sur l'un des sièges. Joy ne trouva rien à lui répondre. Un des êtres qui leur était le plus cher agonisait et ils ne pouvaient rien y faire. Que pouvait-elle lui répondre? Doucement, elle s'accroupit devant lui. Il releva la tête. Ses yeux étaient remplis de larmes. Elle ne l'avait encore jamais vu pleurer. Même ces deux dernières années, il ne s'était jamais laissé aller. Mais à présent l'espoir laissait place à l'insupportable réalité et Winch ne pouvait l'accepter. Leurs fronts se touchèrent. Ils restèrent ainsi de longues minutes, comme coupés du monde. Puis leurs lèvres se frôlèrent et Largo se redressa. Il aida Joy à se relever et remit déélicatement une des mèches de cheveux qui encadraient son visage en place.
-Largo! Joy!
Les deux jeunes gens pivotèrent brusquement.
-Venez! Vite! Ajouta Georgi avant de retourner dans la chambre.
Winch et Joy échangèrent un regard et se précipitèrent derrière lui.
9h35 A.M
Le jeune milliardaire se pencha sur son meilleur ami en souriant.
-Alors? Ca va mon grand?
Sa voix tremblait. Il ne connaissait que trop la réponse.Simon ne dit rien. Il observa longuement chacun de ses amis, déglutit et se redressa péniblement.
-Largo, on sait tout les deux que je ne m'en sortirai pas... Je n'en peux plus. Je ne veux plus me battre, je n'en ai plus envie, c'est trop dur. Je veux que tout ça s'arrête. Maintenant.
-Mais... Tu ne veux pas attendre Vanessa? je l'ai eu au téléphone, elle arrive demain. Elle a trouvé quelqu'un pour aider le Comte à s'occuper de Scott...
Le jeune suisse sourit à l'évocation de son neveu né quelques semaines auparavant.
-... Elle a hâte de te voir tu sais, Poursuivit Largo.
-Je ne veux pas qu'elle me voit comme ça, je ne veux pas qu'elle me voit mourir.
Le ton était sans appel. Le jeune PDG détourna le regard puis, au bout de quelques secondes, hocha la tête.
-Très bien.
La décision de Simon était prise. Joy et Kerensky s'approchèrent alors de lui, l'embrassèrent longuement, puis se retirèrent le cœur lourd et les yeux remplis de larmes. Le jeune homme les regarda sortir et prit la main de son meilleur ami dans la sienne. Il la serra fort.
-Je suis prêt.
Largo lui caressa les cheveux, prit une grande inspiration, puis retira un à un avec une infinie douceur chaque tuyau auxquels était relié Simon.-Tu sais que ce que je suis en train de faire est passible d'une lourde peine de prison?! Son ami sourit.
-C'est la plus belle preuve d'amitié que tu puisses me faire.
Sa "tâche" achevée, Largo se redressa. Ils restèrent un moment sans rien dire, puis Winch d'une voix brisée prit la parole:
-Je t'aime Simon...
-Je sais. Moi aussi je t'aime vieux frère. Sois heureux...
-Comment je pourrais être heureux sans toi?! J'ai besoin de toi! Simon!!!
Mais la détresse de Largo resta sans réponse. Simon Ovronnaz affichait à présent un air serein et détendu. Un sourire se dessinait même sur ses lèvres pâles. Il ne souffrirait jamais plus.

FIN