L ES TRACES DU PASSE
 




Note de l'auteur: Cette courte fanfic ne fait qu’imaginer ce qu’aurait pu être la jeunesse de Karensky et dans quel milieu il a vécu…


...
Amitav Karensky avait rencontré Shirley Wilson un jour de décembre sur la patinoire extérieure installée en plein centre de Moscou. Il tenait un magasin de poupée, elle était reporter. Ils se sont fiancés très vite. Elle est rentrée aux Etats Unis et lui l'a suivi quelques mois plus tard, le temps que tous les papiers soient en règle.
Elle était déjà enceinte et du coup, ils ont avancé le mariage. Je suis né dans une famille unie, et j'ai grandi dans une famille qui s'est déchirée. Mon père regrettait la Russie, son magasin, ses amis, tout… Il avait trouvé une place dans une usine et en souffrait. Autrefois c'était quelqu'un de bien, ce n'était plus qu'un immigré de plus… Ma mère partait souvent en déplacement, et tant que j'étais bébé, elle m'emmenait partout avec elle. J'étais son ticket d'entrée… La mascotte… Un jour elle est partie et m'a laissé à la maison, je devais avoir quatre ou cinq ans. Quand mon père est rentré, il m'a trouvé moi et un petit mot où elle lui disait qu'elle ne m'emmènerait plus et qu'il devait se débrouiller. Mon père était un homme bon, il a trimé comme un fou, il s'occupait de tout. Je ne voyais presque plus ma mère, cette belle femme qui ne côtoyait que du beau monde. Mon père et moi partagions énormément de choses… C'est lui qui m'a envoyé en Russie. Il a économisé pour me payer une pension. Il voulait m'offrir de bonnes études et dans son esprit seule la Russie était un pays digne de son fils. Les Etats Unis n'étaient qu'un pays de débauchés. Le capitalisme était l'ennemi du peuple, il tuait les sentiments humains. Il le vivait quotidiennement à son travail et quand sa femme rentrait. Il m'a conduit à l'aéroport et c'est la dernière fois que je l'ai vu vivant. Quand il est rentré à la maison, il s'est pendu. J'avais dix ans. Je suis resté en pension jusqu'à ma majorité. Moscou était ma nouvelle famille.
De ma mère je n'ai jamais eu de nouvelles. Je n'ai même pas cherché à en avoir. Il est possible que mon père ne lui aie jamais dit où j'étais. Je n'ai jamais voulu savoir. Et dans mon métier on ne peut pas se permettre d'avoir trop d'amis ou une famille. Pour les autres, j'étais orphelin, donc de base un bon élément. Peut-être que si j'avais eu une enfance je serai devenu américain. J'ai toujours tout su avec du retard. On m'a longtemps caché la mort de mon père. Travailler pour le KGB c'était une façon de me venger. J'étais à la pointe en matière de technologie et je savais tout ce qui se passait presque avant les principaux intéressés. Mais surtout, je pouvais cracher mon mépris à l'Amérique. J'étais un jeune idéaliste et fanatique de surcroît. Heureusement j'ai ouvert les yeux sur la réalité. Le fils d'Amitav Karensky n'aurait jamais accepté de travailler pour Winch. Giorgi Karensky examine chaque opportunité…

Il posa la photo sur la table, ôta ses lunettes et se tourna vers Joy Arden, debout à côté de lui.
« Toi au moins, tu n'as pas dû prouver ta valeur à ton père… », dit-elle avant de tourner les talons et de quitter le bunker.

Resté seul, Karensky regarda le cliche que la jeune femme avait trouvé. La femme qui souriait aurait pu être sa mère.
Il déchira calmement et avec application la photo qu'il jeta dans la corbeille à papier, remit ses lunettes, et se tourna vers l'écran. Il fallait qu'il remette les dossiers des employés de Winch en ordre, en particulier ceux qui étaient des espions au solde de la Russie. Le dossier qu'il cherchait s'afficha et il appuya sur la touche « delete ». le dernier élément qui s'effaça fut le nom de l'espion :
KARENSKY AMITAV