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Groupe W, 2H57 A.M
Largo ouvrit les yeux et scruta la pénombre. A côté de lui, Diana dormait paisiblement.
Il se redressa et se tourna vers elle. Maintenant que ses yeux étaient
habitués à l'obscurité ,il pouvait distinguer les traits fins et réguliers de son visage. Il soupira, se leva, enfila son peignoir et se servit un verre de lait. Il bût à petites gorgées. Il aurait eu besoin de parler à Simon, mais après avoir consulté sa montre il décida qu'il ne valait mieux pas réveiller son meilleur ami, lui qui avait besoin des ses dix heures de sommeil pour être de bonne humeur.
Largo se laissa tomber sur un sofa à quelques pas du lit et réfléchi en
silence aux dernières quarante-huit heures. Il pensa à Joy. Joy qui était au même moment allongée sur un lit d'hôpital, entre la vie et la mort. A cause de lui. Son poing se resserra autour du verre. Celui-ci se brisa dans un bruit sinistre. Diana se tourna dans le lit mais ne se réveilla pas.
Le jeune homme sentit du sang couler le long de sa main. Il se rendit dans la salle de bain, alluma la lumière et fouilla de sa main valide les placards à la recherche d'une bande et de désinfectant. Soudain, il crût entendre un bruit. Il se figea… Son téléphone. Oui, c'était bien son téléphone cellulaire qui sonnait. Il se précipita et tâtonna dans le noir à la recherche de sa veste. Il parvint enfin à mettre la main sur le précieux appareil.
- Allô?
- Largo? C'est moi. Désolé de te déranger à cette heure-ci.
- Peu importe Georgi. Comment va-t-elle?
-Son état est stable. Mais elle est toujours dans le coma.
Largo soupira de soulagement. Il avait tellement redouté que Georgi
l'appelle pour lui annoncer que Joy était morte.
- Largo?
- Je suis là.
- Tu n'as pas réussi à dormir, n'est ce pas?
- Non, en effet. J'aurai du rester avec elle.
- Je veille sur elle.
- Je sais, merci.
Il y eu un autre instant de silence puis Largo reprit la parole.
- Tu sais quoi Georgi? J'arrive. Je vais devenir fou si je reste ici. De
toutes façons, je n'arrive pas à dormir.
A l'autre bout du fil, Kerensky approuva. Largo raccrocha, enfila un T-shirt et un pantalon, s'empara de sa veste puis se dirigea vers la porte. Avant de la franchir, il jeta un dernier coup d'oeil à Diana, puis sortit sans faire de bruit.
PHOENIX HOSPITAL, 3H21 A.M
Georgi Kerensky feuilletait un énième magasine lorsqu'il vit son jeune
patron approcher d'un pas rapide.
- Tu as fait vite.
- Il n'y avait presque pas de circulation. Rentre te coucher maintenant.
- Je n'ai pas tellement sommeil, je préfère rester ici.
- Comme tu voudras.
Largo se mit à arpenter le couloir. Kerensky l'observa un moment, puis
reprit sa lecture.
- Georgi?
Le Russe releva la tête.
- Est-ce que je peux te parler franchement?
- Bien sûr. De toutes façons, ces revues capitalistes sont vraiment
navrantes! Je t'écoute.
- Eh bien...je...comment dire...ces derniers temps, j'ai vraiment fait le con avec vous. Avec Joy. Et maintenant que je vais peut-être la perdre, eh bien, je réalise que...
Le regard compréhensif de Georgi l'encouragea à poursuivre.
-... Je crois que je l'aime.
- Pour être honnête, je m'en doutais. Et c'est vrai que tu t'es comporté
comme un idiot!
Largo sourit, mais ce sourire s'effaça aussitôt.
- Ce qui lui arrive est ma faute, dit-il d'une voix brisée.
- Elle a fait son boulot. Elle connaissait les risques.
- Son boulot... Je crois que je n'avais pas bien réalisé jusqu'à présent ce qu'impliquait le fait que Joy soit ma garde du corps... Si elle s'en sort, je la vire !
- Elle va s'en sortir. Elle est forte. Il faut y croire.
- Oui... Au fait Georgi, merci d'être venu si vite quand tu as appris la
nouvelle. Et désolé pour notre manque de confiance.
- C'est oublié.
-Est-ce que tu accepterais de réintégrer l'équipe? Lui demanda Largo en lui tendant la main.
Ils échangèrent un regard puis Georgi la serra chaleureusement.
- Avec joie.
Une infirmière s'approcha.
- Messieurs, excusez-moi de vous interrompre, mais le docteur Williams m'a chargé de vous informer que vous pourriez voir Melle Arden
dans un moment.
Les visages des deux hommes s'éclairèrent.
- Je reviendrai vous chercher, poursuivit-elle avant de s'éloigner.
- Largo, je peux être franc à mon tour?
Largo ne répondit rien, mais son regard approuvait.
- Si Joy se réveille, je veux dire, quand elle se réveillera, je pense que ce serait une bonne chose que tu ne sois plus avec Diana. Du moins, si tes sentiments pour Joy sont sincères...
- Je sais. Mais c'est dur de quitter quelqu'un qu'on a aimé.
- Peut-être, mais Joy en vaut la peine, non?
- Tu as raison. Je parlerai à Diana...
- Quand?
- Plus tard.
- Plus tard? Est-ce que tu vas le faire au moins?
- Georgi, ça ne regarde que moi!
Le ton de Largo était sec.
- Laisse-moi un peu de temps, reprit-il radoucit.
- C'est toi qui vois. Bon, je vais rentrer.
- Tu ne restes pas pour voir Joy?
- C'est de toi dont elle a besoin. Je viendrai la voir demain. A plus tard.
Kerensky s'éloigna à grandes enjambées, les mains dans les poches.
L'infirmière revint par l'autre bout du couloir et interpella Largo:
-M. Winch? Veuillez me suivre.
CHAMBRE 212, 3H51 A.M
Largo pénétra dans la chambre avec un peu d'appréhension. Seule une douce lumière éclairait la pièce. Il s'approcha du lit et regarda avec tendresse la jeune femme qui y était étendue.
Joy semblait seulement profondément endormie. Il lui déposa un baiser sur le front et s'assit sur la chaise que l'infirmière avait mise à sa disposition. Il ne pouvait quitter Joy des yeux. Une larme coula le long de sa joue.
- Pardonne-moi, murmura-t-il, puis il posa délicatement sa tête sur la
poitrine de sa jolie garde du corps et au bout de quelques minutes,
s'endormit.
GROUPE W, 8H04 A.M
Avant même d'ouvrir les yeux, Diana su que Largo n'était plus là. Il était sûrement allé à l'hôpital. Il était sûrement auprès d'"elle". "Elle" seule comptait depuis deux jours. Diana se mordit les lèvres. Ce n'était pas juste, elle était si heureuse avec Largo. Pourquoi fallait-il que quelqu'un vienne troubler son bonheur?
A présent, il lui échappait et elle ne pouvait rien y faire. Diana s'assit et ramena ses genoux sous son menton. La veille, lorsque Largo était rentré, épuisé et effondré, elle avait été là pour le consoler. Elle l'avait pris dans ses bras, l'avait embrassé et ils avaient fini par faire l'amour. Mais même pendant qu'il lui faisait l'amour, il pensait à "elle", Diana en était sûre. Parce qu'il était évident que même s'il ne l'avouait pas, Largo était fou d'"elle". A cette pensée, une haine
incontrôlable s'empara de Diana.
Elle jeta la lampe de chevet à terre avant de crier:
"Je voudrais que tu sois morte, Joy Arden!"
GROUPE W, 8H16 A.M
- Salut Georgi!
Kerensky retira ses demi-lunes, se frotta les yeux et regarda Simon avec un air mauvais.
- Par pitié Ovronnaz, ne crie pas!
Le jeune Suisse haussa les sourcils.
- T'as pas dormi, ou quoi?
- Non, je n'ai pas eu cette chance!
- Tu as passé la nuit ici, dans le bunker?
- Une partie de la nuit seulement. Je te rappelle que je suis resté à
l'hôpital hier soir.
- Et moi, pas. C'est ça que tu sous-entends?
- Je ne sous-entends rien du tout. Je ne suis pas d'humeur à me disputer avec toi, je suis bien trop fatigué.
- Très bien. Je vais justement à l'hôpital. Tu viens?
- Pas maintenant. Mais vas-y, je vous y rejoindrai.
- "Vous" ?
- Largo y est déjà.
-OK.
Simon gravit les marches, hésita, puis se tourna vers Georgi.
- Je suppose que si tu as eu accès au bunker c'est que Largo t'as réintégré à l'équipe?
- Tu es très perspicace, lui répondit Kerensky, froidement.
Simon n'ajouta rien et sortit.
PHOENIX HOSPITAL, 8H26 A.M
Largo se leva, caressa délicatement la joue de Joy et quitta la pièce. Il se retrouva nez à nez avec le Dr. Williams.
- M. Winch.
- Bonjour docteur. Vous alliez voir Joy?
- Effectivement. A ce propos, j'ai les résultats des dernières analyses de Melle Arden. C'est assez encourageant. Nous sommes à présent sûr qu'elle est hors de danger. Ce n'est désormais plus qu'une question de temps avant qu'elle ne se réveille.
La joie pouvait se lire dans les yeux bleus du jeune milliardaire.
- Vraiment ?!
- Vraiment, M. Winch! C'est un sacré bout de femme que vous avez là. Peu de personnes auraient survécu à de pareilles blessures.
- Je sais docteur. Joy est une femme exceptionnelle !.
L'homme sourit à cette remarque.
- A présent, veuillez m'excuser mais je dois ausculter Melle Arden.
- Bien sûr. Je vais attendre dans le couloir.
Largo se laissa tomber sur un des sièges en plastique qui bordaient le
couloir. Il consulta sa montre,
bailla puis appuya sa nuque sur le dossier froid et inconfortable.
Les yeux rivés au plafond, il attendait que le médecin termine sa
consultation.
- Eh, ben. Je t'ai vu plus énergique!
- Ah, salut Simon.
- Salut vieux frère.
Son meilleur ami pris place à ses côtés et l'observa un moment avant de
lâcher:
- T'as vraiment une sale tronche!
- J'te remercie!
- Qu'est-ce que t'a fait à ta main?
Largo regarda sa main droite. Il avait fini par oublier complètement d'en soigner la plaie.
- Oh, ça. C'est rien, un petit incident...
- Comment va notre ange?
- Bien mieux. Nous pourrons la voir dès que le Dr. Williams aura fini de
l'ausculter.
- Ca veut dire quoi "bien mieux"?
-Ca veut dire qu'elle devrait bientôt se réveiller.
-Enfin une bonne nouvelle!
Simon était réellement heureux pour Joy. Cependant, quelque chose le
préoccupait, ce qui n'échappa pas à Largo.
- Tu peux me dire ce qui te tracasse?
- Hein?
- Je vois bien qu'il y a quelque chose qui ne va pas. Tu veux en parler?
Simon sortit un trousseau de clés de sa poche et joua un moment avec avant de répondre.
- J'ai vu Kerensky.
- Et?
- Disons que le courant ne passe plus vraiment entre nous.
- Tu n'es pas content qu'il soit de retour?
- J'ai pas dis ça.
- Alors quoi?
- Alors, on n'est même pas sûr qu'il y est pour rien!
Winch le regarda, les yeux écarquillés.
- Parce que tu penses encore qu'il est à l'origine de l'embuscade?!
- Quelqu'un t'as prouvé le contraire?!
- Ca alors! J'en reviens pas! Redescends sur terre, Simon! Georgi est de notre côté!
- Je l'espère Larg', je l'espère...
Largo aller riposter lorsque son téléphone sonna.
- Et merde! J'ai oublié de l'éteindre! Je sors. Reste là, on reprendra cette conversation tout à l'heure!
Le jeune homme décrocha et se précipita vers la sortie.
- Allô?
- Largo?
- Diana? Il y a un problème?
- Non, j'appelais juste pour te dire au revoir. Je rentre en Allemagne.
- Tu quoi? Attends, je ne comprends rien! Pourquoi tu veux repartir maintenant ?! S'écria-t-il à bout de souffle.
- Je n'ai plus ma place dans ta vie, Largo. Crois-moi, c'est mieux ainsi. Ne t'inquiète pas, je t'enverrai régulièrement des nouvelles de Jake.
- Bon, Diana, tu ne bouges pas. Reste dans mon appartement, j'arrives tout de suite!
- C'est inutile, Largo...
Diana se tût et sourit. Il avait déjà raccroché.
GROUPE W, 9h07 A.M
Winch entra en trombes dans son domicile.
- Diana? Diana, où es-tu?
- Je suis là.
La jeune femme se tenait debout derrière lui, Jake dans ses bras. Largo fit volte-face.
- Qu'est-ce que c'est que ce délire?!
- Ce n'est pas un délire. Je m'en vais. Point barre.
- Mais pourquoi?!
- Parce que tu ne m'aimes plus, voilà pourquoi!
Ils échangèrent un long regard puis Largo, gêné, baissa les yeux.
- Tu es amoureux d'elle n'est ce pas? L'interrogea Diana.
Le jeune milliardaire fut surpris par le ton agressif de sa voix.
- Diana...
- Tu avais l'intention de me quitter de toutes façons, non?
Winch s'approcha d'elle et prit son visage entre ses mains.
- Oui, c'est vrai, je l'aime et je pense aussi qu'il faut qu'on en reste là. Mais tu n'es pas obligée de partir, dit-il d'une voix douce.
La jeune femme se dégagea et serra un peu plus son fils contre elle.
- Tu mérites mieux que Joy.
Largo secoua la tête.
- Tu as changé Diana.
- C'est faux!
- Non, et tu le sais.
- Très bien. Désolée que la nouvelle Diana te déplaise! Maintenant, excuse-moi
mais un taxi nous attend en bas. Au revoir Largo.
Elle attrapa son sac et passa à côté de lui sans même lui accorder un regard. La porte claqua derrière elle.
Le jeune PDG du groupe W se passa la main dans les cheveux et soupira. Soudain, une sonnerie bien familière se fit entendre.
- Mais c'est pas possible! Il s'arrête jamais ce foutu portable!.. Allô?
- Larg'? C'est moi. Il faut que tu viennes, il faut que tu viennes tout de suite!
- Simon, calme-toi et essaie d'être plus clair!
- C'est Joy, Largo. Elle s'est réveillée! Elle s'est réveillée!
PHOENIX HOSPITAL, 10H01 A.M
Les pneus crissèrent sur le gravier et la voiture s'immobilisa. Largo et Georgi en jaillir.
Ils gravirent les marches du perron quatre à quatre, traversèrent le hall de l'hôpital en courant et se ruèrent dans l'ascenseur. Ils reprirent leur course aussitôt que les portes de celui-ci s'ouvrirent sur le deuxième étage.
Devant la chambre de Joy, Simon faisait les cent pas.
- Eh! Tu l'as vu?! L'interpella son meilleur ami, à bout de souffle.
- Non, ils ne m'ont pas laissé entrer. Un médecin est avec elle. Il m'a dit qu'il viendrait nous chercher dès qu'il aurait terminé de l'examiner.
- Comment va-t-elle? Lui demanda Kerensky.
- D'après ce qu'a bien voulu me dire une infirmière, elle est faible et très fatiguée.
- Ce qui était assez prévisible ironisa le russe.
- Tu m'excuseras pour le manque de détails, mais je n'en sais pas plus, Répondit Simon, piqué au vif.
- Ca va vous deux. Ce n'est vraiment pas le moment.
A cet instant, la porte s'ouvrit, laissant apparaître le Dr. Williams.
- Tiens! Le fan-club de Melle Arden au grand complet! Rassurez-vous, elle va bien. L'autre bonne nouvelle, c'est qu'elle n'a pas perdu la mémoire malgré le traumatisme crânien.
- Peut-on la voir?
- Bien sûr M. Winch. Mais ne restez pas trop longtemps.
Sur ce, le praticien s'éloigna. Les trois hommes échangèrent un regard.
Largo frappa à la porte et ils pénétrèrent dans la chambre.
CHAMBRE 212, 10H21 A.M
Ce que Largo, Georgi et Simon ressentirent lorsque Joy tourna doucement la tête vers eux et leur sourit était indescriptible. Ils en étaient pétrifiés de bonheur.
- Salut les gars, les accueillit-elle d'une voix à peine audible.
- Salut, murmura Winch, la gorge nouée.
- Alors? Vous avez réussi à vous passez de moi pendant 48 heure?!
- Si tu savais comme tu nous as fait peur! Lui dit Simon en la prenant dans ses bras.
Kerensky fit le tour du lit et déposa un baiser sur le front de la jeune femme.
- Eh bien Georgi, je ne me rappelais pas que tu étais aussi affectueux! Le taquina-t-elle doucement.
Il rougit légèrement.
- C'est juste que je suis très heureux de voir que ma capitaliste préférée va bien!
Largo, quant à lui, était resté un peu en retrait et dévorait sa garde du corps des yeux.
- Largo? Tu peux approcher tu sais...
Il rit et vînt s'asseoir au bord du lit. Elle lui prit la main. Ses yeux pétillaient.
Simon se racla la gorge.
- Hum! Georgi, j'ai très envie d'un café, pas toi?!
- Euh, si! Justement, je me disais que je mourrais d'envie de boire un cappucino!
- Bon, désolé ma belle, mais la vie est une question de priorités! Lança Ovronnaz à Joy avec un clin d'oeil.
Puis il sortit, suivit de Kerensky.
Largo et Joy restèrent un instant sans parler, puis l'ancien agent de la CIA se décida à rompre le silence.
- Le médecin a dit que je serai sur pied d'ici une semaine minimum.
- C'est génial!
Le jeune homme soupira et lui caressa la joue.
- Je suis désolé. Tout est de ma faute.
- Ne dis pas de bêtises. Tu me paies pour prendre les balles à ta place! Répliqua-t-elle d'une voix encore faible.
- Je vois que tu n'as pas perdu ton légendaire sens de l'humour!
Le jeune milliardaire et son employée échangèrent un regard qui en disait long sur les sentiments qu'ils éprouvaient l'un pour l'autre.
- Joy, reprit Winch, j'aimerais que tu répondes à une question.
- Je t'écoute.
- Lorsque tu t'es évanouie dans le hangar, tu étais en train de me dire quelque chose. Tu n'as pas fini ta phrase. Tu t'en souviens?
La jeune femme baissa les yeux.
- Oui, je m'en souviens. Laisse tomber Largo. Ca ne vaut pas la peine.
- Je crois que si.
Joy le regarda, intriguée.
- Qu'est-ce que tu veux dire?
Le jeune homme eu un sourire.
- Tu sais, tout est fini entre Diana et moi. Elle est même repartie en Allemagne.
- Pourquoi avez-vous rompu?
- Disons que ton accident m'a fait réaliser certaines choses...
- Vraiment?
- Oui. J'ai pris conscience que je tenais énormément à toi. Je veux dire, plus que ce que je devrais...
Joy posa un doigt sur les lèvres de l'homme dont elle était amoureuse pour l'interrompre.
- Ecoute-moi. Ce que je voulais te dire ce jour là, c'est que... Je t'aime Largo...
Le jeune PDG sourit à nouveau.
- J'espérais que tu dirais ça, avoua-t-il, puis il se pencha sur sa garde du corps et l'embrassa.
Un baiser auquel elle répondit sans hésiter.
PHOENIX HOSPITAL, AU MEME MOMENT
Simon rit comme un gamin. Il était heureux, tellement heureux.
- Ce cauchemar est enfin terminé. Tout va rentrer dans l'ordre maintenant que notre Joy va bien.
Kerensky ne dit rien, plongé dans ses pensées.
- Combien tu paries que lorsqu'il sortira de là, mon pote va nous annoncer qu'ils sont enfin ensemble?! Ah, sacré Largo! Poursuivit le jeune homme, puis il remarqua que son collègue ne l'écoutait pas.
- Oh Georgi?! Ca va pas? Lui demanda-t-il en lui décochant un coup de coude.
Le Russe tourna lentement la tête vers lui.
- Joy est réveillée, mais on ne sait toujours pas qui est le "vrai" traître.
Il avait insisté sur le mot "vrai". Simon le regarda, gêné.
- A ce propos, je voulais m'excuser d'avoir douté de toi. Je suis content que tu sois de retour dans l'équipe.
Kerensky mit sa rancoeur de côté et lui sourit.
- Ce n'est rien, camarade. La priorité, à présent, c'est d'empêcher ce mouchard de nuire.
- Tu as totalement raison, même si ça me fait mal de l'admettre!
Les deux hommes échangèrent un regard complice.
- Cette nuit, j'ai fais quelques recherches, mais ça n'a pas donné grand chose. Cependant, j'ai aussi mis toute la Tour sur écoute, ce qui augmente considérablement nos chances de coincer ce pourri, Expliqua Georgi.
- Tu as mis la Tour sur écoute..? Répéta Ovronnaz, stupéfait.
Le visage de Kerensky se ferma. Simon allait profiter de son statut de supérieur pour lui faire des reproches. Il aurait dû le prévoir.
- Oui. Et alors? Lança-t-il d'une voix sourde.
- Rien. Juste qu'une fois de plus tu prouves que tu n'as rien à faire des ordres que l'on te donne Larg' et moi...
Kerensky soupira d'agacement. Il allait riposter, lorsqu'il remarqua que le jeune suisse s'était levé et le regardait avec un drôle de sourire en coin.
- Quoi ?!
- Georgi, tu es un génie! S'écria Simon, puis il lui déposa un baiser sonore sur le dessus du crâne et s'éloigna sous les regards amusés des rares témoins de la scène.
Le géant blond, quant à lui, ne trouva rien à dire tant il était ébahit.
PHOENIX HOSPITAL, 10H47 A.M
Largo sortit de la chambre et referma la porte derrière lui. Il aperçut alors Kerensky, assit quelques mètres plus loin, qui fixait le couloir, l'air incrédule.
- Georgi?
Celui-ci sursauta à l'appel de son ami.
- Qu'est-ce qui se passe? Où est Simon? Ajouta le jeune homme en s'approchant.
Kerensky secoua la tête.
- Je n'en sais rien. Il est partit à l'instant.
- Parti?
- Oui. Comment va Joy?
- Plutôt bien, répondit son jeune patron en se laissant tomber sur le fauteuil voisin.
- Et tu n'y es pas pour rien je suppose, n'est ce pas Casanova?!
Winch rit.
- Je ne vois pas à quoi tu fais allusion Georgi!
- Je suis vraiment content pour vous deux, tu sais. Ca faisait longtemps que je voulais vous
voir ensemble.
Largo resta silencieux, surpris par cette confidence.
- Et si on rentrait? Lui proposa Kerensky en se levant.
-OK, allons-y.
Tout en marchant, les deux hommes poursuivirent leur conversation.
- Dis-moi Georgi, tu as trouvé quelque chose sur l'informateur de Jagger?
- Rien pour l'instant, mais euh... J'ai mis en place un petit système qui devrait nous faciliter la tâche...
Il sortirent de l'ascenseur, saluèrent la réceptionniste et franchirent la porte vitrée.
Arrivés dans le parking, Largo sortit ses clés et déverrouilla les portières de sa BMW.
- Vas-y, explique-moi de quoi il s'agit, dit-il en retirant sa veste.
Il la jeta sur la banquette arrière du véhicule et regarda Kerensky, l'air interrogateur.
- Très bien, commença l'ex agent du KGB, mais avant, promets-moi de ne pas t'énerver...
Winch haussa les sourcils et attendit la suite, plutôt inquiet.
GROUPE W, 11H32 A.M
- Tu vas te décider à m'adresser la parole?
Largo s'arrêta et se tourna brusquement vers Kerensky qui le suivait de près.
- Elle est stupide ton idée! Lâcha-t-il furieux.
- Faudrait vous mettre d'accord! Simon m'a dit qu'elle était géniale!
- Vraiment?! Simon a dit ça ?!
- Oui, enfin non, pas tout à fait. Il a dit que j'étais un génie ce qui revient au même puisque...
- Tu n'avais pas à prendre une telle initiative sans m'en parler! Le coupa le jeune PDG, hors de lui.
- Mais enfin, calme-toi...
- Me calmer?! Ca c'est la meilleure! Tu sais ce que me feront tous les requins du Conseil si
ils apprennent que nous les avons mis sur écoute?
Le Russe jeta un oeil autour d'eux.
- C'est sûr que si tu ne baisses pas d'un ton, dans moins d'une demi-heure, tout le building est au courant! Tu n'as pas à t'inquiéter, poursuivit-il, il n'y a que toi, Simon et moi qui sommes au courant. Je préviendrai Joy dès qu'elle sortira de l'hôpital. Personne d'autre ne pourra être informé du plan.
- Je l'espère, reprit Winch sèchement, parce que si jamais Cardignac apprend que...
- Apprendre quoi?
Le jeune héritier se figea.
- Oh non, c'est pas vrai, murmura-t-il avant de se retourner.
Il se retrouva alors face à face avec Michel Cardignac, Waldo Buzzeti et Alicia Del Ferril.
- Le trio gagnant, marmonna Georgi, manquait plus qu'eux.
- Eh bien Largo? Vous avez perdu la parole? Ironisa Buzzeti.
- C'est à dire que je... Enfin, euh... Je veux dire... Bafouilla Winch très mal à l'aise.
Un sourire narquois apparût sur le visage de Cardignac.
- Et depuis quand les conversations privées de Largo vous concernent-elle? Intervînt Kerensky, cassant.
Le président de la Winch Air le fusilla du regard.
- Vous n'avez pas du travail à faire dans votre cave, vous? Demanda-t-il, méprisant.
- Ce n'est pas une cave, mais un bunker. Et non, je n'ai pas de travail mais c'est gentil à
vous de vous en soucier! Par contre, j'étais en train de m'entretenir avec mon patron et vous nous dérangez, là. Pendant que j'y pense Melle Del Ferril, vous avez du rouge à lèvres sur les dents. Tu viens Largo?
Del Ferril se mit à rougir et s'éloigna précipitamment. Georgi attrapa le bras du
multimilliardaire et le tira vers son appartement.
- Je vous préviens Largo, je ne sais pas ce que vous manigancez, mais cette fois, je ne vous
raterez pas! Fulmina Cardignac.
- D'accord Michel, mais avant de me traîner une nouvelle fois devant un tribunal, pensez à
engager un vrai avocat! Répliqua le jeune homme, puis il entra dans son domicile à la suite
de Kerensky et ferma la porte aux nez de ses deux associés.
GROUPE W, 11H49 A.M
- Alors, vous voilà! Vous en avez mis du temps! Lança Simon à ses amis en les voyant entrer.
Il était confortablement installé au bureau de Largo avec un magasine.
Celui-ci le regarda avec colère.
- On a été retardé par un troupeau de fouines! Mais je t'en prie, fais comme chez toi, hein!
Simon, surpris par cette remarque, jeta le magasine sur le bureau et se leva d'un bond.
- Qu'est-ce qui t'arrives encore?
- C'est rien, une petite altercation avec Cardignac, expliqua Georgi, Largo ayant disparu dans la salle de bain.
Il en ressortit tout aussi énervé.
- Tu devrais pas faire attention à ce nabot Larg'.
- Oui, sauf que là, il a de quoi me faire mettre à la porte pour de bon!
Sur ces paroles, Simon fronça les sourcils.
- Cette fois, il pourra pas me louper! Kerensky lui a fourni tous les clous pour sceller mon
cercueil avec son installation! Poursuivit le multimilliardaire en fixant le Russe.
Ses yeux bleus envoyaient des éclairs.
- Ah! S'exclama Ovronnaz comprenant la métaphore, il t'a parlé de son plan! C'est plutôt...
Il s'interrompît de lui-même. Kerensky venait de lui faire signe de se taire.
Il le regarda sans comprendre.
- C'est plutôt quoi? L'interrogea sèchement Largo.
- Euh... Non, non, rien, Répondit Simon en haussant les épaules.
Il ne voyait pas pourquoi il ne devait pas parler du plan de Kerensky devant son meilleur ami, mais celui-ci était déjà d'une humeur massacrante, et ne voulant pas l'énerver d'avantage, il jugea bon de s'abstenir.
Kerensky, qui jusqu'à présent était resté adossé au mur sans rien dire, profita du silence de Simon pour prendre la parole.
- Allons Largo, ne me dis pas que tu m'en veux toujours!
- Je t'en veux moins, Rectifia le beau blond, parce que tu m'as bien aidé tout à l'heure face
à ces trois crétins. Mais tu ne m'enlèveras pas de l'esprit que c'est de la folie!
- Mais pourquoi?! C'est un moyen infaillible de choper le traître! Intervînt le jeune Suisse
sortant de son mutisme.
De guerre lasse, Winch ne répondit rien. Avec ces deux là ligués contre lui, il n'aurait jamais le dernier mot. Et en fin de compte, elle n'était pas si stupide cette idée...
- Très bien déclara-t-il en se laissant tomber dans le fauteuil que Simon avait libéré
quelques minutes plus tôt, vous deux, descendez au bunker et commencez à écouter les premiers enregistrements. Je vous rejoins dans un moment.
Simon et Georgi échangèrent un regard victorieux et s'empressèrent, pour une fois,
d'obéir aux ordres.
GROUPE W, 12H10 P.M
A peine les deux hommes étaient-ils sortis que quelqu'un frappa à la porte. Winch soupira et l'invita à entrer.
- Bonjour Largo. Je vous dérange?
- Non, pas du tout John. Qu'est-ce qui se passe?
- Oh, rien de très important! Je me demandais juste si cela vous dérangerez que je prenne mes vacances...
Le jeune homme regarda son second surpris; ce n'était pas dans les habitudes de Sullivan de prendre des congés.
- Euh... Si cela pose un problème...
- Non, non! Pas du tout! C'est juste que... Non, laissez tomber! Avec tout le travail que vous avez effectué depuis que vous travaillez pour le Groupe, vous méritez bien un peu de repos!
- Oui... Je n'en ressentais pas le besoin, mais Kathleen a tellement insisté... Elle veut que nous passions quinze jours dans le sud de la France.
- C'est une très bonne idée! Ca vous fera le plus grand bien! Enfin, soyez prudents, c'est une destination à risques, Joy et moi en avons fait les frais!
Sullivan sourit.
- A ce propos, comment va-t-elle?
- Beaucoup mieux. Elle se rétablit à une vitesse étonnante. Elle devrait quitter l'hôpital dans quelques jours et...
- Ah, bonjour John!
- Michel, vous auriez pu frapper, Lâcha Largo, un rien énervé par cette intrusion.
- J'aurais pu, oui! Il faut à tout prix que je vous vois pour le dossier Mulholland, Largo.
- Pas maintenant Michel.
- C'est extrêmement important...
- Pas main-te-nant, répéta le jeune PDG en détachant volontairement chaque syllabe.
Sullivan assistait à l'affrontement, amusé.
- C'est un contrat en or. Epargnez-moi vos réactions infantiles et lisez ça.
Joignant le geste à la parole, le numéro trois du Groupe W tendit un épais dossier à son jeune supérieur. Celui-ci s'en empara d'un geste agacé et le jeta sur son bureau.
Une lueur mauvaise traversa le regard de Cardignac. La tension entre les deux hommes était palpable.
- Il est hors de question que je signe quelque contrat que ce soit avec la Mulholland Company. Leurs industries font parties des plus polluantes du monde. Je n'irai pas à l'encontre de mes principes parce que vous avez envie d'une nouvelle voiture, Michel.
- Pitié Largo! Ce n'est pas d'un boy scout dont ce groupe a besoin mais d'un homme d'affaires!
Winch allait riposter mais Sullivan intervînt, craignant que le ton ne monte d'avantage.
- Bien Largo. Merci de votre compréhension, et saluez Joy pour moi lorsque vous la verrez.
- Joy Arden? Elle est encore en vie?
- Ce que j'apprécie par-dessus tout chez vous Michel, c'est votre tact! Oui, Joy est vivante, elle va même très bien!
Cardignac haussa les épaules et se dirigea vers la porte au grand soulagement de Largo. Il la franchit et disparut dans le couloir sans prendre la peine de la refermer derrière lui.
Winch poussa un soupir excédé. John Sullivan lui adressa un sourire compatissant, le remercia une dernière fois et se retira à son tour.
Le jeune homme se retrouva ainsi seul. Il se contenta d'insulter intérieurement Cardignac pendant quelques instants, puis, sa colère passée, enfila sa veste et se dirigea d'un pas décidé vers la sortie de son domicile. Il revînt cependant sur ses pas, s'empara du dossier resté sur son bureau et le jeta à la poubelle.
- La discussion est close!
La porte claqua et le calme retomba sur le soixantième étage du Groupe W.
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