S UITE DE Simon Ovrnnaz Junior
 




Note de l'auteur: Ceci est une suite autorisée de la fic précisée, avec l'autorisation de son auteur. Remarquez bien, que ca entrerait parfaitement dans beaucoup d'autres contextes.


EXCES DE TENDRESSE
Kerensky jubilait. L'heure de la revanche était sur le point de sonner. Sur ses écrans, Simon vidait son panier à linge.
Quelques jours plus tôt, Simon lui avait sauté au cou et l'avait embrassé. Georgi connaissait suffisamment les mentalités européennes et américaines pour interpréter correctement ce geste. Mais lui n'était pas européen, et certainement pas américain. Ce geste de tendresse de la part de ce dévoyé de Simon l'avait offusqué.
Georgi était russe. Kerensky est un nom russe, nom d'un comité ! Simon pourrait au moins faire l'effort de respecter ça. Même pas.
Seul dans son antre, le grand blond, plus ténébreux que jamais, esquissa un sourire malsain. Il tapota le manuel à coté de lui, manuel qu'il avait soigneusement dédicacé.
Dans ces cas là, il était d'usage de donner une leçon et il savait justement quelque méthode tortueuse pour en administrer une à Simon. Il avait trouvé la victime idéale, celle dont l'absence mettrait à la torture l'ego du Suisse.
C'était un objet délicat et très cher auquel Simon accordait une très grande valeur : une chemise rose fuschia dont la matière synthétique, aussi légère que de la soie et confortable que du coton, électrisait les chutes de reins les plus réfractaires. C'etait une arme de séduction redoutable. Simon la vénérait.
Simon avait rejoint la salle d'eau, au premier sous-sol.
Les machines à laver rangées en rang d'oignon besognaient silencieusement. C'était des machines modernes, très modernes justement. Elles bénéficiaient d'un nouveau système, fruit de la course impérialiste au confort et à la futilité. Elles étaient reliées a Internet, la toute-puissante. En temps normal, ceci servait à la maintenance des machines. Mais on n'était pas en temps normal. C'était un temps de vengeance, celui auquel seuls le sang et les larmes de l'ennemi mettent fin. Et encore. Mais Kerensky était d'humeur clémente.
Simon tria son linge et mit en route les divers programmes de lavage. Il réserva la fameuse chemise et prit maintes précautions pour programmer la machine. Il vérifia plusieurs fois. Puis, satisfait, il rejoignit ses pénates.
Pendant ce temps, l'exécution commença. L'ex-agent du KGB s'était impitoyablement appliqué à anéantir toutes les chances de survie de la chemise : température a 90°C, cycle extrêmement vigoureux , mélange particulièrement agressif de lessives ( les machines disposaient de distributeurs permanents a l'arrière ), et ce, sans quitter le bunker.
Une fois la chose bien en route, il se saisit du manuel et se rendit d'un pas allègre au dernier étage.
Georgi frappa à la porte de Simon.
" Tiens, salut Georgi. Que me vaut l'honneur ?
- Je t'apporte un présent, afin de sceller notre amitié sous les meilleurs auspices, répondit Georgi d'un ton parfaitement neutre.
- Vraiment ? Entre, on va fêter ça ! "
Etait-il donc jamais sérieux ? Kerensky pénétra dans le domaine du séducteur d'un pas alerte. Il était d'excellente humeur. Il avait peine à ne pas trahir sa joie.
Simon lui offrit une boisson.
" Qu'est-ce qui t'amène à changer d'attitude, Georgi ? Tu es toujours tellement froid et distant.
- J'aime bien Largo et comme tu traînes toujours sur ses talons, je ne voudrais pas perdre mon emploi pour si peu de choses. "
Le ton de Kerensky était toujours poli, il était même un peu plus doux que d'habitude.
Simon ouvrit de grands yeux :
" Attends, je ne comprends pas. De quoi tu parles ?
- De tes manières de frustres. L'autre soir, tu m'as embrassé.
- Oui, et alors ? C'était pour te remercier. Tu as retrouvé ma petite sœur et tu sais que je tiens beaucoup à elle. Ca n'est pas si extraordinaire que je te manifeste mon indéfectible affection.
- Justement, Simon, je préfèrerais que tu t'en passes. " Son ton était plus sec. " Je ne me laisse embrasser de la sorte que par les femmes belles et intelligentes qui me trouvent à leur goût. Tu me suis ?
- Je suis désolé de t'avoir froissé. Vraiment ... "
Kerensky leva la main pour l'arrêter.
" Et je n'ai pas non plus viré de bord. Alors, pour éviter tout nouvel incident qui m'obligerait à défendre mon honneur avec toute la vigueur nécessaire, je suis venu t'offrir un petit quelque chose. "
Simon restait muet. Il avait judicieusement déterminé que le russe était très sérieux et attendait la suite avec un peu d'appréhension.
Kerensky lui tendit le livre, emballé dans du papier brun tout simple.
" Ceci est un manuel de bienséance. Il explique par exemple que pour remercier quelqu'un, dans de nombreux pays, un simple "Merci camarade" accompagné éventuellement d'un léger sourire est le maximum admissible. "
Georgi avait bien pris soin à conserver un visage et un ton aussi impassible que d'habitude afin de faire comprendre le sérieux de sa démarche à Simon.
Pendant ce temps, Simon était resté très attentif.
" Je vais te quitter maintenant, j'ai du travail qui m'attend. Bonne lecture.
- Merci beaucoup. Vraiment, Georgi, je suis désolé. Je savais pas. "
Simon continua de s'excuser tout en raccompagnant le russe qui se dirigeait de lui même vers la porte.
Lorsque son invité fut dehors, Simon feuilleta le livre. Il y avait une dédicace :
" En Russie, on raconte aux jeunes enfants que s'ils ne sont pas polis, un esprit maléfique, assurément américain, s'en prend à ce qu'ils ont de plus cher.
Je te souhaite de toujours respecter la bienséance, afin qu'un jour ou l'autre, rien de tel ne t'arrive.
G.K. "
Sacré Kerensky. Il était bien plus blagueur qu'on ne croyait. Simon referma le livre et le posa sur une table voisine. Il était temps d'aller récupérer son linge.
Simon ne trouvait pas les tâches ménagères particulièrement attractives. Il y avait même des gens pour s'en occuper à sa place dans l'immeuble. Mais cela lui permettait de se vider l'esprit, de se détendre en s'adonnant à une activité autrement plus normale que de se faire tirer dessus ou de pourchasser des gangsters, des agents secrets et autres personnages des ombres. C'est Largo qui avait eu l'idée. Des fois, ils lavaient même leur linge ensemble.
Arrivé dans la buanderie, Simon ouvrit toutes les machines et récupéra son linge. Lorsque vint le tour de la chemise, il entra ses deux mains précautionneusement dans le tambour et murmura :
" Viens-là ma belle, reine de mes nuits."
Et, en ressortant ses mains, il s'arrêta net, comme paralysé.
Il tenait une boule rose toute fripée, d'un volume bien inférieur à celui obtenu aux lavages précédents et d'un rose outrageusement pâlichon.
Il tira sur le tissu, la bouche béante de stupéfaction et de désespoir, sans effet. Cela dura bien cinq minutes.
Impuissant face à tant d'injustice, Simon mit son linge au séchoir et remonta dans son appartement, la dépouille de sa chemise serrée contre lui. En entrant chez lui, son regard tomba sur le livre que Gerogi lui avait offert peu avant. Il s'arrêta net, une idée suspicieuse et paranoïaque traversant ses pensées, mais il secoua la tête.
"C'est absurde."
Sur l'injonction de Simon, les techniciens démontèrent la machine à laver fautive pièce par pièce, mais ils ne trouvèrent rien, même dans le logiciel.
Et, au fin fond de son antre technologique, Georgi riait doucement.

FIN