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L
ARGO'S CLOSET (version light) |
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Note de l'auteur: Cette courte histoire fait suite à " Largo McWinch ", réponse au challenge lancé par Grae sur le thème Largo en Kilt.
Merci à Grae et Lyne d'avoir lu et corrigé cette fic.
PS : je sais, la balle de John Donovan n'a pas traversé l'épaule de Joy dans l'épisode Vengeance. Mais balistiquement,
ça me paraît douteux, et en plus c'est plus pratique pour mon récit. Alors merci d'accepter cette petite entorse à la " réalité ".
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Largo était assis à la table principale et regardait autour de lui. Ce petit voyage professionnel en Ecosse avait été surprenant à plus d'un titre. Une signature de contrat, une invitation à un mariage, suivi surtout d'une confrontation avec les traditions vestimentaires écossaises.
Et il se trouvait maintenant dans un vieux château, vêtu d'un kilt, admirant les talents de danseur de Simon, lui aussi en kilt, qui avait on ne sait comment harponné les plus jolies invitées.
Heureusement pour sa tranquillité, les activités de Simon avaient retenu son attention au moment ou Joy et lui dansaient… Dans le cas contraire, il aurait dû faire face à un interrogatoire en règle pendant toute la soirée. L'ex-voleur avait appris quelques ficelles du métier de flic au cours de ses entrevues, et il pouvait être très doué et très collant pour mener ses petites enquêtes. Quitte à suivre Largo aux toilettes, ce qui s'était déjà vu !
Largo tourna un peu la tête et aperçu Joy qui discutait avec un groupe de plusieurs personnes. Il se souvint de la sensation de ses lèvres sur les siennes quelques minutes plus tôt, du besoin qu'il avait ressenti de se rapprocher d'elle. Elle s'était abandonnée un instant contre lui, elle avait enfin abandonné son armure. Malheureusement, Lord Mac Leys s'était approché d'eux pour trinquer à ce nouveau contrat (quatre fois, d'ailleurs ; trinquer semblait être un sport écossais), et depuis ils n'avaient pas pu être seuls un instant. Largo avait même l'impression qu'elle l'évitait.
Son esprit était bien trop embrumé par l'alcool pour pouvoir réfléchir posément à ce qui s'était passé, mais il sentait que ce baiser n'était pas un hasard. Ni lui ni elle ne l'avait prévu, c'était arrivé comme ça, comme une évidence. La tenir dans ses bras était la chose la plus naturelle du monde. C'était peut-être ça qui le troublait le plus.
Simon, essoufflé par les tressautements frénétiques qu'il appelait de la " danse écossaise ", s'assit bruyamment à côté de lui.
- Mon vieux, tu as eu une brillante idée de rester encore un peu. J'ai fait des rencontres très intéressantes.
- J'ai vu ça ! Heureusement que le marié est intervenu, sinon il risquait de voir partir sa femme avant la nuit de noce !
- C'est pas ma faute, je ne m'étais pas rendu compte que c'était la mariée
- A d'autres. Et le fait qu'elle porte une robe, une traîne, et qu'elle soit au centre des attentions ne t'a pas mis la puce à l'oreille ?
- Tu sais comme je suis, je ne regardais que ses yeux.
- Je sais comme tu es, et tu ne regardais pas ses yeux.
- Hé, j'suis comme ça ! De toute manière, le vieux continent recèle suffisamment de trésors pour me faire oublier cet échec. Par exemple la jolie petite là bas… Je n'ose même pas te raconter de quoi elle est capable…Non, mieux : la rousse qui est assise sur le canapé… Flora… Tout un poème…
Simon était en train d'expliquer le curriculum vitae de toutes les jeunes filles de moins de 30 ans qui traînaient dans le coin, lorsque Joy les interrompit.
- Simon, permets-moi de te donner un conseil de femme : lorsque l'on est en jupe ou en robe, on ne s'assied pas les jambes écartées.
Simon se redressa d'un bond sur sa chaise, en regardant autour de lui si quelqu'un les observait. Heureusement, personne ne semblait s'être aperçu de sa tenue plutôt débraillée et aguicheuse.
- Tu crois que quelqu'un a…
- Non, c'était du bluff, je voulais juste voir si tu avais respecté le contrat. Ta réaction me prouve que oui…
- Très drôle, grommela Simon entre ses dents. Promets-moi de ne plus jamais faire ce genre de choses.
- Je suis absolument ravie de vous voir respecter les coutumes, vous deux. Des milliers d'hommes portent cette tenue, alors pourquoi pas vous ?
- Joy, tu es dure avec nous. Tu ne peux pas imaginer l'impression bizarre que l'on peut avoir. Etre nus sous une jupe. Enfin, être un homme, porter une jupe et être nu en dessous… En plus, c'est vraiment trop inconfortable, ce kilt en laine… Ça démange… Et je ne parle pas des prises de contact…
Largo jeta un coup d'œil furtif à Joy. La jeune femme l'aperçut et ses joues prirent une teinte un ton plus rosé que d'habitude… Elle se souvenait de leur danse, tout à l'heure, lorsqu'ils étaient serrés l'un contre l'autre. Qu'ils s'étaient embrassés. Elle n'avait pas pensé à ce détail vestimentaire sur le moment, à vrai dire elle les avait tous les deux soupçonné d'avoir triché et d'avoir conservé leurs caleçons malgré tout. Rétrospectivement, le souvenir la troublait…
Un silence suivit la phrase de Largo. Simon, curieux comme toujours, épiait ses deux amis à tour de rôle. Y'aurait-il quelque chose que ses yeux de lynx auraient raté ?
Joy quant à elle cherchait désespérément un moyen de se tirer de ce mauvais pas. Un sujet de conversation, n'importe quoi. Même une balourdise de Simon aurait fait l'affaire.
Une divinité quelconque dut entendre sa prière…
- Mademoiselle ? Puis-je me permettre ?
Un homme s'était approché d'eux et tendait sa main à Joy, dans une invitation à danser. La quarantaine grisonnante, de la prestance, quelque chose (selon les goûts) de Pierce Brosnan et Richard Gere version Pretty Woman.
Largo et Simon le fixèrent, surpris, mais lui ne leur prêtait aucune attention : on aurait dit que seule Joy était présente dans cette pièce. La jeune femme, qui dans un premier temps avait voulu refuser son invitation, regarda ses compagnons et se ravisa. Avec un ravissant sourire, elle accepta de le suivre.
- Non mais tu as vu ce charmeur de bas étage ? Technique primaire, tu peux me croire : j'ai de l'expérience, commenta Simon.
- Elle a bien le droit de s'amuser aussi.
- Tu veux dire que tu ne voit aucune objection au fait que ce type flirte avec Joy ?
- Bien sûr que non.
- Ah bon. J'croyais… Tu es sûr ? répéta Simon après quelques instants.
- Parfaitement sûr et certain.
Ni l'un ni l'autre n'était dupe…
Largo s'efforça de regarder ailleurs pendant la première danse. La seconde aussi. A la troisième, il commençait à ne plus détacher ses yeux du couple, d'autant qu'il avait remarqué que le bellâtre avait la fâcheuse habitude d'apporter un verre à sa cavalière entre chaque danse.
Les yeux de Joy brillaient, et elle semblait s'amuser. Il se répétait comme un refrain que c'était une grande fille, son garde du corps qui plus est, et qu'elle n'avait certainement pas besoin ni envie qu'il intervienne. Elle avait bien le droit d'avoir une vie privée.
L'homme toucha le bras de Joy une nouvelle fois, avec ce sourire mielleux aux lèvres. Bon, d'accord elle en avait le droit, mais pas avec ce type, il était vraiment trop insupportable. Largo se leva, prêt à aller les rejoindre sous un prétexte, n'importe lequel, mais ils étaient en train de sortir de la pièce. Il hésita quelques instants, ne sachant trop s'il devait céder à l'envie de les suivre. C'était stupide, il allait les déranger… Il n'avait aucune raison de s'en mêler…
Simon toucha doucement le bras de son ami.
- Je peux savoir ce que tu attends, là ? Qu'un idiot fini pose ses sales pattes sur elle ?
Et zut ! Advienne que pourra !
Il se dirigea à grandes enjambées vers le couloir où ils avaient disparus… Et se heurta à Joy qui revenait dans le sens inverse.
- Hey ! Qu'est-ce que tu fais là ? demanda Joy.
- Peu importe… Euh… Tu as en quelque sorte changé de tenue ?
La robe de Joy était à présent fendue sur le côté, ou plutôt déchirée sur une partie de la longueur… Largo entendit un bruit qui provenait de quelque mètres derrière elle, comme un gémissement. Le charmeur était assis par terre, tentant de reprendre son souffle. Mains protégeant l'entrejambe, respiration courte, visage gris…Le genou de Joy avait passablement malmené une zone ô combien sensible.
Largo leva un sourcil interrogatif.
- Mon cavalier s'est montré un peu trop entreprenant, je lui ai expliqué calmement que je n'étais pas tout à fait celle qu'il croyait.
- Je vois ça. T'ai-je déjà dit que je te respecte énormément, et que je n'oserai jamais porter la main sur toi ?
- Très drôle, répondit-elle, toujours un peu en colère. En plus ma robe est foutue à cause de ce crétin.
- Je ne l'aimais pas de toute façon.
- Pardon ?
- Cette tenue était un peu trop… triste pour un mariage.
- Et on peut savoir quelle tenue je devrais porter selon toi ?
- Eh bien… Un peu plus " mariage ", tu vois… Plus gai, plus coloré, plus court, plus…
Il s'arrêta avant de prononcer le mot " sexy ". Largo se voyait mal avouer que, depuis qu'elle s'était transformée en séductrice devant Simon et lui, se maquillant et remontant sa robe de 20 bons centimètres, il avait à plusieurs reprises rêvé d'elle dans des tenues très légères… Une nuit surtout il l'avait imaginée faisant une danse des sept voiles, s'effeuillant peu à peu avant de l'embrasser sauvagement.
Il se secoua un peu pour effacer ce souvenir. Joy le regardait bizarrement. Pourvu qu'elle n'ait rien remarqué. Elle s'approcha lentement de lui, les yeux dans les yeux.
- Qu'est-ce que tu fais là, au fait ? fit elle d'un ton soupçonneux.
- Moi ? fit-il innocemment, essayant de se composer le visage le plus angélique possible.
- Oui, toi. Tu nous suivais, n'est-ce pas ?
- Non ! Bien sûr que non ! Je voulais juste m'assurer que tout allait bien pour toi…
Décidément, il n'était pas très doué pour mentir…
- Tu es au courant que je suis un ex-agent de la CIA et accessoirement ton garde du corps ? Ne me dis pas que tu me croyais incapable de me défendre ! se moqua-t-elle.
- C'est pas ça… Bon, d'accord je n'étais pas tranquille. Je n'avais pas confiance en ce type.
- Qu'est-ce que tu me caches ?
- Rien… Je t'assure, rien du tout…
- Si je ne te connaissais pas, je dirais que tu es jaloux.
- Moi ? Jamais de la vie.
- Bien sûr…
Joy le dépassa, un léger sourire aux lèvres… Elle était ravie de ce qu'elle avait lu dans ses yeux. Largo se mit à la suivre, toujours niant, et cherchant à expliquer sa présence. Alors qu'ils pénétraient dans la salle où tous les invités se trouvaient, Simon s'avança vers eux, totalement ivre.
- Les enfants, je crois que j'ai un peu abusé… Ouh là, arrêtez de tourner tout le temps…
- Ça va mon grand ?
- Largo, je t'aime tu sais. T'es mon pote.
- Je crois que le whisky écossais a été plus fort que toi, ironisa Joy
- Et toi Joy, je t'aime aussi. T'es mon amie. T'es super. Tu m'aimes, hein ?
- Mais oui Simon, je t'aime… Là, il est cuit. On est bons pour le mettre au lit.
- Voui, c'est une bonne idée. On va se mettre au lit, bredouilla Simon
- Toi tout seul, Simon, rétorqua Joy
- Et vous tous les deux ? J'suis content, mes amis. J'vous aime !!!
- Il est déjà pénible à jeun, mais alors quand il boit, il bat tous les records ! grogna Joy.
Chacun tenant Simon par un bras, ils le soulevèrent et le raccompagnèrent tant bien que mal jusqu'à la chambre. Le pauvre ne marchait plus droit, et tenait absolument à proclamer son amour envers la terre entière. Ce qui incluait bien sûr toutes les personnes qu'ils croisaient, mais aussi les plantes vertes, les fauteuils et tous les tableaux qu'ils croisaient. Joy et Largo s'efforçaient de le faire taire, mais à chaque fois la seule réponse était " Pardon, j'vous aime, vous savez, j'veux pas que vous soyez fâchés contre moi ".
Arrivés enfin dans la chambre, ils lancèrent Simon sur le lit, qui s'affala à plat ventre. Il semblait décidé à ne pas bouger, et n'émettait plus que des borborygmes.
- Tu ferais mieux de t'occuper de Simon, il n'est pas en état de faire grand chose, le pauvre, remarqua Joy à voix basse.
- Et toi ?
- J'ai eu assez d'émotions pour la journée, je vais me coucher aussi.
- Fait de beaux rêves…
Après un dernier sourire, Joy referma la porte. Elle poussa un gros soupir : aujourd'hui, elle s'était comporté comme une idiote à deux reprises.
Elle repensa aux dernières heures, à ce baiser intense avec Largo, qui l'avait faite chavirer. Heureusement, elle s'était reprise à temps Suffisamment pour ne pas céder davantage aux charmes de son patron, mais pas assez pour ne pas tenter de fuir avec le premier venu, qui s'était révélé être un vrai crétin. Ah, les hommes…
Une fois dans sa chambre, Joy pris une longue douche pour essayer d'effacer les pensées qui l'assaillaient. Malgré tous ses efforts, elle était chaque jour plus sensible au charme de Largo. Elle remarquait chaque détail, elle était sensible au moindre de ses changements d'humeur. Et quand il posait les yeux sur elle, toute sa volonté était nécessaire pour ne pas se jeter sur lui.
Si elle ne se reprenait pas très vite, elle allait droit à la catastrophe. Bien entendu il était possible de s'éloigner de lui, de démissionner, mais elle s'en sentait incapable. Hors de question. Elle avait trouvé avec Simon, Georgi et Largo une famille, faite de confiance mutuelle, de respect et d'amitié. Ils se chamaillaient, se heurtaient parfois. Mais ces disputes ne faisaient que resserrer leurs liens. Largo avait assemblé une bonne équipe…
" Et voilà, je repense à lui. STOP ! Sort de ma tête ! ". Joy ouvrit davantage le robinet d'eau froide…
La douche terminée, elle enfila sa chemise de nuit. Le modèle romantique, longue et en satin bleu nuit, celui qu'elle ne portait jamais habituellement. Offert par sa mère. " Mais ma chérie, tu es une femme ! Le style sportif, c'est bien, mais pas tous les jours ! ". Merci maman, mais je suis avant tout garde du corps…
Elle l'avait choisie pour ce séjour dans un château : à décor de conte de fées, tenue de princesse… Elle se corrigea mentalement : elle avait tout bêtement envie de se sentir féminine. Même toute seule dans sa chambre.
Joy se glissa dans les draps frais. Sur le dos, les yeux ouverts, elle attendit le sommeil. Elle avait toujours du mal à s'endormir quand elle n'était pas chez elle. Embêtant pour un ex-agent normalement habitué aux déplacements. Et c'était encore pire dans cette chambre : elle n'était pas habituée aux lits immenses. Elle avait envie de retrouver son appartement, même si elle avait vraiment apprécié de voyage en Ecosse.
Elle se tournait et se retournait dans son lit, sans que le sommeil ne vienne. Mille pensées l'assaillaient, et une surtout revenait sans cesse : le contact du corps de Largo contre le sien lors de cette danse. Difficile de penser à autre chose…
Dans le silence de la chambre, elle crut entendre un petit grattement. Elle se dressa sur son coude, écouta plus attentivement. Le bruit recommença.
Elle se leva et ouvrit la porte. Largo, surpris, resta planté là. Il s'était changé, et portait une robe de chambre par dessus un pyjama. Pas besoin d'être devin pour savoir qu'il avait le même problème que Joy.
- Tu n'arrives pas à dormir…
Ce n'était pas une question. Après une brève hésitation, Joy s'effaça pour le laisser entrer. Après tout, c'était un ami, elle n'avait aucune raison de le laisser dehors. Et puis ils n'allaient pas discuter dans le couloir.
Tous les deux se sentaient mal à l'aise. Joy croisa les bras, comme pour se réchauffer ou se protéger. Ce fut Largo qui le premier osa briser le silence.
- Il faut qu'on parle
- De quoi ?
- Tu le sais très bien : de ce qui s'est passé tout à l'heure. Quand je t'ai embrassée. Quand nous nous sommes embrassés.
- Ce n'est rien. Nous avions tous les deux un peu bu, si on ajoute à ça l'ambiance de fête…
- Ce n'est pas rien et tu le sais aussi bien que moi. Bon sang, Joy, j'en avais envie depuis longtemps. Et je sais que toi aussi. Depuis cette histoire, quand nous étions en Arctique, ça n'a pas cessé de me trotter en tête.
- On avait décidé de ne plus en parler, de dire que ce n'était jamais arrivé, coupa Joy, sur la défensive. Elle passa sous silence les conquêtes qui avaient jalonné sa vie, depuis. Il n'avait pas l'air spécialement tourmenté quand il était dans les bras de Tamara, ou des autres…
- Tu l'as décidé, sans m'en laisser le choix. Pourtant j'aurais voulu t'en parler, savoir ce que tu ressentais précisément pour moi. Cette drogue amplifiait les émotions, mais dans quelles proportions ? Etait-ce une simple attirance, un béguin, ou quelque chose de plus fort ? J'ai envie de le savoir. J'ai besoin de le savoir.
Les paroles de Largo avaient ravivé les souvenirs de la jeune femme. Jamais elle ne s'était sentie aussi gênée, dans cette base. Quand elle avait repris conscience de ses actes, elle avait éprouvé des sentiments contradictoires. Honte. Colère. Contre elle-même, et aussi contre lui, pour tout ce qu'il avait fait et ce qu'il n'avait pas fait. Et plaisir, d'avoir osé faire ça.
Elle avait cent fois essayé de rayer cette expérience de sa mémoire, depuis. Et voilà qu'il la lui rappelait…
- Je n'ai aucune envie de te répondre, lui répondit-elle d'une voix mal assurée. Si c'est pour ça que tu es venu, tu peux tout de suite sortir de la chambre.
- Et si je refuse de partir tant que tu ne m'as pas répondu ?
- Alors je te ferai sortir de force…
- Dans cette tenue ? Tu es incapable de te battre, fit Largo avec un sourire moqueur.
- Je peux te prouver le contraire, rétorqua Joy, piquée au vif.
Une lueur de défi dans les yeux, elle s'approcha de lui, en prenant son temps. Puis dans un geste rapide, elle attrapa le bras de Largo et essaya de l'immobiliser. Mais il esquiva et se retrouva derrière elle, en lui maintenant les mains dans le dos.
- Et maintenant ?
- Tu n'as pas gagné : je ne voulais pas te faire mal, et je n'ai pas été au maximum de ma force, répondit Joy, plus troublée par leur position que ce qu'elle voulait bien laisser paraître.
- Moi non plus, dit Largo doucement.
Elle était dans ses bras, il sentait son odeur, ses cheveux effleuraient son cou. Son cœur se mit à battre plus vite. Il aperçut la cicatrice qu'avait laissé la balle tirée par John Donovan, en traversant son épaule de part en part.
Largo effleura cette irrégularité de sa peau, derrière son épaule. Il sentit Joy frissonner sous ses doigts. Elle ne bougeait pas, elle en était incapable. Toutes ses bonnes résolutions sur le thème " je suis une pro, je ne ressens rien " s'étaient envolées. Les yeux clos, elle se concentrait sur les sensations que provoquait la caresse de cet homme.
Il était sûr de ce qu'il voulait faire, mais pas de la réaction de Joy. Tout doucement, pour ne pas l'effaroucher, il posa ses lèvres sur la cicatrice, puis remonta lentement vers son cou. Joy se tourna légèrement.
Largo l'embrassa, caressant la lèvre inférieure de Joy de sa langue, pour en demander l'entrée. Elle entrouvrit les lèvres, et se tourna complètement vers lui. Leurs langues se touchèrent, se caressèrent, dans une danse qui devint bientôt une lutte. Ils ne se séparèrent que lorsqu'ils furent à bout de souffle.
Elle avait envie de le sentir plus proche, de le toucher. Elle le regarda dans les yeux, y lu les mêmes émotions qui la torturaient. Elle dénoua les cordons de la robe de chambre et la fit tomber à terre, puis un à un elle défit les boutons de sa veste de pyjama, sans le quitter des yeux. Le souffle de Largo devenait plus rapide, rauque.
Lorsqu'elle fit glisser la veste sur ses épaules, il lui prit les mains et les maintint sur son torse. Il avait envie de faire durer ce moment, qu'il reste à jamais gravé dans leurs mémoires.
Il caressa son visage, à l'ovale si parfait. Elle embrassa sa paume, et elle y blottit son visage comme un chat. De nouveau, leurs lèvres se joignirent. Puis il embrassa son front, ses yeux, son nez, son cou. Il avait terriblement envie de lui faire l'amour, mais avant d'esquisser le moindre geste il devait savoir quelque chose. Son regard exprimait son amour, mais il voulait l'entendre de sa bouche, il voulait qu'elle le désire autant que lui la désirait.
- Dis moi ce que tu veux.
- J'ai envie de toi. J'ai envie de faire l'amour avec toi.
C'était le seul encouragement dont Largo avait besoin. Il écarta les étroites bretelles de sa chemise de nuit, embrassant au fur et à mesure chaque parcelle de peau découverte. Le vêtement tomba à terre, et il resta sans voix devant son corps parfait.
Il la prit dans ses bras et la porta jusqu'au lit, sans que leurs regards ne se quittent. Il la posa doucement sur le lit et se coucha à côté d'elle. Elle glissa sa main derrière son cou, l'attirant vers elle. Les baisers descendirent de sa bouche vers la vallée qui séparait ses seins.
Puis il continua son chemin vers son ventre, s'attardant un instant sur son nombril. Ses doigts glissèrent le long de ses jambes musclées. A son contact, Joy se tendit et arqua le dos. Un gémissement s'échappa de ses lèvres, qui augmenta encore le désir de Largo. Des vagues de plaisir la parcouraient, l'emportaient. Elle le voulait, plus qu'elle n'avait voulu aucun homme. Et elle le voulait. Maintenant.
Agrippant les épaules de Largo, elle l'obligea à venir au dessus d'elle, puis à se coucher à ses côtés. Elle bloqua les mains du jeune homme, en profitant pour le taquiner avec des baisers furtifs dans le cou, sur son visage, ses lèvres. Il essayait de l'embrasser à son tour, mais avec un sourire elle s'écartait à chaque fois. Elle était aux commandes, à présent !
Elle lui fit supporter les mêmes tortures langoureuses, ses lèvres parcourant son torse, ses épaules, son ventre… Ses cheveux fins frôlaient la peau de Largo, faisant courir des frissons dans tout son corps. Peu à peu, il perdait toute notion du temps. Rien n'existait, à part leurs corps, leur désir.
Il voulait se perdre en cette femme, ne faire qu'un avec elle. Ils firent l'amour, comme s'il s'agissait d'une danse sauvage et débridée. Les ongles de Joy s'enfonçaient dans la peau de Largo. Leurs sueurs, leurs souffles se mêlaient. Un cri leur échappa presque en même temps, alors qu'ils atteignaient aux sommets du plaisir.
Essoufflés, épuisés, ils restèrent dans les bras l'un de l'autre pendant un long moment, cherchant à reprendre leurs esprits. Ni l'un ni l'autre ne se souvenait avoir ressenti un tel abandon. Pendant ces minutes, ils avaient comme vécu dans un autre monde.
Largo déposa un baiser léger sur les lèvres de Joy. Il n'en revenait pas d'être à côté d'une femme si belle, si forte, et si passionnée. Côte à côte, ils s'endormirent rapidement.
Trois heures plus tard, Largo se réveilla en sursaut, sans bien savoir ce qui l'avait tiré du sommeil. Lorsqu'il ouvrit les yeux, il vit Joy qui s'habillait.
- Où vas-tu ?
- Pardon, je ne voulais pas te réveiller. Je sors faire un tour.
- A cette heure ? Dans les Highlands ?
Tout à fait réveillé à présent, il scruta le visage de Joy. Elle évitait son regard et semblait totalement perdue. Sans raison, il sentit un sentiment de peur monter en lui. Elle allait de nouveau le fuir, s'échapper. Il allait la perdre s'il la laissait sortir de cette chambre.
- Attends un peu, qu'est-ce qui se passe ? Qu'est-ce qui t'arrive ?
Joy le regarda droit dans les yeux. Elle s'était préparée à lui parler demain, mais pas ce soir. Elle voulait inventer un prétexte quelconque, lui dire que c'était une erreur, qu'ils étaient un peu souls… Mais quand elle plongea dans ce regard bleu si pur, elle ne put lui mentir.
- Je ne veux pas me réveiller demain et t'entendre dire que tu regrettes, que tu ne savais pas ce que tu faisais. Je préfère me dire que c'était un rêve.
- Tu crois que c'est ce que je pense ? Que c'était un accident ? Une aventure d'une nuit ? Largo n'en croyait pas ses oreilles. Elle le connaissait donc si mal ?
- Ecoute, je cherche juste à nous simplifier les choses. Je sais bien que tu aimes les femmes, toutes les femmes. Entre nous deux, il fallait que ça se fasse, un jour ou l'autre. Je ne me fais aucune illusion.
- Joy, tu n'es pas comme toutes les femmes. Je…
- Stop ! Attends. Je ne veux pas que tu me fasses des promesses d'avenir. Je finirais par y croire, et la chute n'en serait que plus dure.
- Je sais bien qu'on ne peut pas prévoir ce qui se passera demain, et tu le sais aussi. Mais pour le moment, il n'y a qu'une chose dont je suis sûr : je suis bien avec toi, j'ai envie de rire avec toi, de t'inviter au restaurant, au cinéma, et de te faire l'amour en rentrant chez nous. On a peut-être une chance d'être heureux ensemble, alors ne la gâche pas. Je t'en prie !
Jamais Largo n'avait paru aussi sincère. Joy avait les larmes aux yeux. Elle ne savait plus quoi faire. Elle était pourtant entraînée à prendre ses décisions la tête froide, même dans les moments les plus critiques. Mais là, elle en était incapable. Incapable de se décider, incapable de retenir ses pleurs.
- Il y a tant de choses qui se bousculent dans ma tête ! murmura Joy en se rapprochant du lit.
- Alors ne pense à rien. Ne pense qu'à nous.
- Je ne veux pas perdre notre amitié, je ne veux pas te perdre. Quoique ce soit peut-être déjà trop tard, rajouta-t-elle avec un sourire triste.
- Jamais. Je te le promets. Le destin a voulu qu'on se rencontre, pourquoi ne pas en profiter ? Avec toi, je me sens fort, je me sens vivant. Ne me quitte pas.
Joy s'assit sur le lit, à côté de lui, ouvrant la bouche pour un dernier argument. Avec un sourire, Largo posa un doigt sur ses lèvres.
- Chut ! Tu penses trop. Viens là.
- Non, c'est…
Joy n'eut pas le temps de continuer. Un baiser de Largo scella ses lèvres et balaya son intention de s'enfuir. Il la prit pas les épaules et se rejeta doucement en arrière, l'entraînant avec lui. Rabattant les draps sur eux, il la berça pour l'apaiser, lui caressant l'épaule, comme si elle n'était qu'une petite fille.
Joy posa sa tête sur le torse de Largo. Elle avait confiance en lui, et tous les deux feraient le maximum pour que leur couple fonctionne. Le sommeil l'emporta, un sourire aux lèvres.
Alors qu'il allait s'endormir, bercé par le souffle régulier de Joy, Largo cru entendre un murmure…
Un murmure qui ressemblait à un "Je t'aime ".
FIN
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