| |
...
Cette histoire débute en Russie, il y a longtemps. Les Romanov venaient de disparaître, et la petite Anastasia était morte de froid aux portes de la ville. Cela, bien sûr, les camarades l'ignoraient. Qui s'intéressait alors au destin d'une petite fille dont le corps blanc ne valait plus rien ? Seule une famille qui passait par là fut touchée par la tragédie d'une enfant que les parents ne reverraient jamais. Ils emportèrent le corps dans la campagne, et l'enterrèrent selon les rites moudgik qu'ils respectaient. Et l'affaire fut oubliée. Jusqu'à ce qu'un beau jour, la triste fin d'Anastasia refît surface sur les rives de la Volga, en la personne d'Igor, conteur de son état. Il narrait la fin des Romanov de villes en villages et de villages en villes. Ce conte parvint aux oreilles de Serguei qui avait bien vieilli. La mort dans l'âme, il comprit que l'enfant qu'il avait jadis enterrée était la petite Romanov. Ces cheveux blanchirent, ses mains se mirent à trembler et il rentra chez lui en toute hâte. Natacha ne comprit rien à ce que disait son vieux mari. Mais Vassili et Olga, tous deux presqu'adulte comprirent. Et prirent peur. Si un camarade apprenait qu'ils avaient veillé au dernier repos d'une Romanov, ils finiraient tous en Sibérie. Et Papa Igor et Mama Natacha ne vivraient pas assez longtemps pour connaître leurs petits-enfants. Il fallait fuir. Emporter les biens les plus précieux, les draps, les vêtements de fête, les alliances, et partir à la faveur de la nuit. Le destin était alors déjà en marche. Vassili, esprit rêveur, dessina un plan sommaire de la tombe d'Anastasia. Et se promit de revenir un jour, la voir, et lui rendre hommage. Ils s'enfuirent jusqu'aux confins du pays. Là, la vie était rude, mais les employés bien payés. Mais Igor ne survécut pas bien longtemps. C'était un vieil homme usé par le travail qui fut emporté la veille du Nouvel An. Olga se maria cette année avec un marin norvégien et quitta le pays. Resté seul, Vassili décida de retrouver Anastasia et prit la route. En chemin, il fit la rencontre d'Amitav Kerensky qui l'invita à travailler pour lui. Il remit à plus tard sa visite au tombeau de la princesse défunte et ne rendit jamais hommage à Anastasia de son vivant. Amitav hérita de son secret, et avec lui les enfants d'Olga qui le divulguèrent un peu trop fort. La Sibérie devint leur nouvelle patrie alors qu'Amitav s'exila aux Etats Unis. Les conteurs qui reprirent cette histoire parlent encore de la " Malédiction Anastasia ". Olga périt en mer avec son époux, écrasée par le chagrin d'avoir perdu ses enfants, aux dernières nouvelles disparus dans les camps de Sibérie. Amitav se suicida, laissant derrière lui une famille brisée et un orphelin, pensionnaire d'une institution russe. Il n'avait –semble t-il – pas souhaité mettre son fils unique dans le secret, ce qui explique peut être pourquoi ce-dernier est encore en vie aujourd'hui.
A Suivre...
| |