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L
A CHUTE DE LA MAISON... Une autre histoire |
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Note de l'auteur: Librement inspiré de La Chute de la maison Usher d'Edgar Allan Poe et d'Octobre Solitaire de Stephen Marlowe.
A lire avec la piste n°11… |
Le Bunker
Un silence accueillit la déclaration de Simon. Soudain, Joy éclata de rire.
" Edgar Allan Poe ? Mais Simon, tu te fiches de nous ! "
Vexé, Simon se rencogna dans son fauteuil. Largo était perplexe. Simon avait dit cela sans plaisanter. Et même s'il doutait de la véracité des propos de son ami, il le connaissait assez pour savoir qu'il avait voulu leur passer un message. Il se remémora les propos de Simon et d'une voix douce, parla :
" Tu essaies de nous dire que Fyora et Georgi sont de la même famille, c'est bien ça ? "
Largo croisa le regard plein de gratitude de Simon. Joy avait la bouche ouverte, mais aucun son n'en sortait.
oo0oo
Bien des choses que je rencontrai dans cette promenade contribuèrent, je ne sais comment, à renforcer les sensations vagues dont j'ai déjà parlé. Les objets qui m'entouraient, - les sculptures des plafonds, les sombres tapisseries des murs, la noirceur d'ébène des parquets et les fantasmagoriques trophées armoriaux qui bruissaient, ébranlés par ma marche précipitée, étaient choses bien connues de moi.
La chambre dans laquelle je me trouvai était très grande et très haute ; les fenêtres, longues, étroites, et à une telle distance du noir plancher de chêne qu'il était absolument impossible d'y atteindre. De faibles rayons d'une lumière cramoisie se frayaient un chemin à travers les carreaux treillissés, et rendaient suffisamment distincts les principaux objets environnants ; l'œil néanmoins s'efforçait en vain d'atteindre les angles lointains de la chambre ou les enfoncements du plafond arrondi en voûte et sculpté. De sombres draperies tapissaient les murs. L'ameublement général était extravagant, incommode, antique et délabré. Une masse de livres et d'instruments de musique gisait éparpillée ça et là, mais ne suffisait pas à donner une vitalité quelconque au tableau. Je sentais que je respirais une atmosphère de chagrin. Un air de mélancolie âpre, profonde, incurable, planait sur tout et pénétrait tout.
Madelyne conduisait Roderick à travers les couloirs. Elle lui parlait d'une histoire, d'un conte qui s'était joué des années et des années auparavant dans le même cadre, sauf que les rôles étaient inversés.
" Je m'appelle Roderick Usher, Madelyne est ma sœur jumelle et notre père se nomme Edgar Allan Poe. Ou bien je suis Edgar Poe ? "
Il avait l'esprit en feu, et se sentait glisser dans de drôles de rêves. Il fit un effort de concentration et vit qu'elle l'avait conduit dans une autre chambre, sa chambre. Il y avait un portrait au dessus de la cheminée. Un homme à l'air triste le regardait. Il prit peur et s'accrocha au bras de la femme qui l'accompagnait. Elle lui parlait avec douceur. Qui était-elle déjà ? Un étrange éclat brillait dans ses yeux clairs. Elle était folle, elle aussi ?
" Allons Roderick, il faut que tu te reposes. Le médecin doit venir cet après midi. En attendant, je vais ranger tes affaires. Vois… je dois m'occuper des valises… "
Il s'assit sur le lit comme elle lui commandait et se sentit envahi d'une grande fatigue. Elle le poussa avec douceur et lorsque sa tête toucha l'oreiller, il sut qu'il était très fatigué. Il entrevit Madelyne défaire les valises et ranger des habits dans l'armoire énorme.
" Quelle année… ? "
" 1849. " dit elle avec un sourire.
" Et… "
" Allons mon chéri, tu ne te souviens plus ? " Son parfum était agréable. Elle se pencha sur lui.
" Mon pauvre amour ", soupira t-elle, en lui passant une main dans les cheveux. " Ils t'ont retrouvé ivre mort dans la rue. Tu avais dû aller une fois de trop au pub. Tu as déliré pendant trois jours à Baltimore. Tu aurais dû te marier. Ils m'ont appelée et je suis venue te chercher. Ils parlent de delirium tremens, mais je suis sure que tout va aller mieux maintenant que tu es rentré à la maison. "
Un voile passa devant ses yeux. Rien. Il ne parvenait pas à se souvenir. Qui était-il ? Un fantôme peut être ? Il chercha du regard un miroir, une surface sur laquelle refléter son visage. Rien. Rien qui pût l'aider à se souvenir. Il s'endormit.
oo0oo
A nouveau le silence. Aucun ne savait quoi dire. A la fin, Joy perdit patience :
" Bon, et le rapport avec Edgar Poe ? "
" Fyorentina a fait des recherches sur Poe. Et j'ai découvert chez Georgi un carton entier avec des documents sur Poe. Etrange coïncidence vous ne trouvez pas ? "
" Attends, interrompit Largo, tu as été chez Georgi ? Tu as été fouiller chez lui ? "
" Oui, non, écoute, enfin, je n'ai pas fouillé, je cherchais une piste c'est tout ! "
Largo soupira.
" Bon, donc on va essayer de trouver, quoi "
" Le point commun entre Georgi, Fyora et Poe… "
oo0oo
Je me rappelle fort bien que les inspirations naissant de cette ballade nous jetèrent dans un courant d'idées, au milieu duquel se manifesta une opinion d'Usher que je cite, non pas tant en raison de sa nouveauté, - car d'autres hommes ont pensé de même, - qu'à cause de l'opiniâtreté avec laquelle il la soutenait. Cette opinion, dans sa forme générale, n'était autre que la croyance à la sensibilité de tous les êtres végétaux. Mais dans son imagination déréglée l'idée avait pris un caractère encore plus audacieux, et empiétait, dans de certaines conditions, jusque sur le règne inorganique. Les mots me manquent pour exprimer toute l'étendue, tout le sérieux, tout l'abandon de sa foi. Cette croyance toutefois se rattachait, - comme je l'ai déjà donné à entendre, - aux pierres grises du manoir de ses ancêtres. Ici, les conditions de sensibilité étaient remplies, à ce qu'il imaginait, par la méthode qui avait présidé à la construction, - par la disposition respective des pierres, aussi bien que de toutes les fongosités dont elles étaient revêtues, et des arbres ruinés qui s'élevaient à l'entour, - mais surtout par l'immutabilité de cet arrangement et par sa répercussion dans les eaux dormantes de l'étang. La preuve de cette sensitivité se faisait voir, - disait-il, et je l'écoutais alors avec inquiétude, - dans la condensation graduelle mais positive, au-dessus des eaux, autour des murs, d'une atmosphère qui leur était propre.
Il regardait par la fenêtre. Il avait retrouvé son visage et se sentait étranger à lui-même dans ses vêtements. Seule la présence de Madelyne lui apportait quelque réconfort. Le médecin avait décrété qu'il passerait plusieurs fois par semaine, et lui avait laissé des fioles. Son problème d'identité n'était pas réglé. Madelyne l'appelait indifféremment Roderick ou Eric, selon son humeur. Il aimait Madelyne, cela il en était sûr. Elle ne lui parlait pas beaucoup d'eux, mais il avait compris qu'ils étaient frères et sœurs, peut-être même jumeaux. Elle avait l'air si jeune et belle… et lorsqu'il avait vu son reflet, il s'était trouvé si vieux… Elle l'avait attiré dans ses bras et l'avait embrassé sur la bouche. Il en avait ressenti un trouble terrible et son mal de crâne l'avait repris. Des frères et sœurs s'embrassent-ils sur la bouche ?
Ils vivaient seuls dans une grande maison qu'il avait exploré. Elle lui avait montré les pièces et il était resté fasciné devant la beauté de la bibliothèque dans laquelle trônait un piano. Madelyne en jouait parfois… Il aimait le son de cet instrument. Elle chantait aussi.
Le temps passait sans qu'il put dire depuis combien de temps ils vivaient ainsi. Ils ne manquaient de rien, et il avait surpris certains domestiques passer furtivement. Aucun ne lui avait parlé. Ils le regardaient avec crainte. Avait-il été un maître sévère ? Que cachait cette peur ? Son esprit s'égarait dans des scénarii qui le laissaient épuisé. Souvent, il se réveillait et voyait pleurer Madelyne sur son épaule. Lui aussi pleurait parfois. Quand il avait trop mal ou qu'il sombrait dans le désespoir. Mais il ne le montrait pas. Il vivait avec elle. Avec celle qu'il aimait et haïssait pour ses silences. Un jour, en la regardant, assise au piano, il se demanda ce qu'il deviendrait si elle mourrait. Ou le quittait. Elle tourna la tête et lui sourit. Il lui demanda s'il lui plairait de se promener dehors. Elle claqua le couvercle du piano avec violence, et se levant, quitta la pièce. Il resta immobile, comme pétrifié. Elle revint quelques instants plus tard et se mit à genoux devant lui. Son jupon dessinait une auréole noire autour d'elle. Elle ressemblait à un oiseau de mauvais augure. Ses mains se levèrent et les jabots de ses manches se retroussèrent, laissant voir la blancheur de sa peau.
" Que veux tu faire dehors ? " demanda t-elle de sa voix douce. " N'es-tu pas heureux auprès de moi ? "
Il ne répondit pas de suite, et elle cacha son visage dans ses mains. Il l'entendit sangloter.
" Madelyne… si… "
Pendant qu'il parlait, lady Madeline, - c'est ainsi qu'elle se nommait,- passa lentement dans une partie recule de la chambre, et disparut sans avoir pris garde à ma présence. Je la regardai avec un immense étonnement, où se mêlait quelque terreur ; mais il me sembla impossible de me rendre compte de mes sentiments. Une sensation de stupeur m'oppressait, pendant que mes yeux suivaient ses pas qui s'éloignaient. Lorsqu'enfin une porte se fut fermée sur elle, mon regard chercha instinctivement et curieusement la physionomie de son frère ; - mais il avait plongé sa face dans ses mains, et je pus voir seulement qu'une pâleur plus qu'ordinaire s'était répandue sur les doigts amaigris, à travers lesquels filtrait une pluie de larmes passionnées.
Elle se redressa, son visage baigné de larmes. " Soit. Viens, allons nous promener. "
Elle le fit se lever. Lui prit le bras. Et ils sortirent. Le vent se levait. Elle l'entraînait dans le parc alors qu'il se sentait irrésistiblement attiré par la grille d'entrée, close. Elle le fit marcher dans des allées lugubres, lui fit faire le tour de l'étang. Et brusquement, il se sentit épuisé. Tout le long de la promenade, il n'avait cessé de réfléchir.
La douleur tenaillait son cerveau, son âme semblait vouloir le quitter pour s'envoler vers d'autres horizons. Il regarda le ciel et se prit à espérer que la pluie vienne le libérer de son emprisonnement intérieur. Madelyne fit un écart, et il vit son reflet dans l'eau. Aussitôt des images lui revinrent en mémoire. Il se dégagea brutalement de la jeune femme, la regarda fixement et s'écria :
" Je ne suis pas Roderick Usher ! Je ne suis pas Edgar Allan Poe ! "
Et il s'écroula, inconscient, entraînant celle qui se faisait appeler Madelyne dans sa chute.
Le caveau
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