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Note de l'auteur: Librement inspiré de La Chute de la maison Usher d'Edgar Allan Poe et d'Octobre Solitaire de Stephen Marlowe.
A lire avec la piste n°11… |
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Arrivés à Bruxelles, Joy, Largo et Simon ne surent pas tout d'abord quoi faire. Ils hésitaient à " visiter " l'appartement de Fyora. N'ayant aucun autre piste, ils s'y rendirent. La jeune femme vivait dans un logement universitaire non loin de l'ULB. En entrant Simon eut l'impression de voir le même appartement que Georgi. Tout était fonctionnel… Il y avait également la même photo. Simon se sentit soudain très inquiet. Et s'il s'était trompé ? Si Fyora s'occupait réellement bien de Georgi ? Si elle avait voulu le protéger ?
Son attention fut attirée par la bibliothèque pleine à craquer de livres. Joy et Largo étaient déjà devant. Fyorentina possédait l'intégrale d'Edgar Allan Poe, en diverses collections, ainsi que des ouvrages théoriques et critiques. Des livres d'illustration. Il frémit, cette fille et Georgi avaient effectivement Edgar Poe en commun, mais le savaient-ils ?
Joy fouillait dans les classeurs disposés sur la table de travail. Visiblement, la jeune femme avait continué ses études de littérature et avait entrepris un mémoire dont le sujet était, " la femme fantastique chez Edgar Poe "
" Regarde Largo, elle travaillait principalement sur Ligeia et La Chute de la Maison Usher. J'ai l'impression qu'elle était vraiment très engagée dans ses études… "
" Peut être pourrions nous voir les étudiants de sa classe ? " proposa Simon.
Sa proposition fut acceptée, et grâce à l'emploi du temps que la jeune fille possédait, accroché au mur, ils purent se rendre à un de ses cours.
Simon regardait avec concupiscence les jeunes étudiantes qu'il croisait dans le couloir, et ne passait pas vraiment inaperçu. Joy poussait de temps en temps des soupirs exaspérés et Largo se retenait de rire. Ils avaient décidé de demander des renseignements aux professeurs que la jeune fille voyait régulièrement. Hélas, force leur fut de reconnaître que ce n'était pas une entreprise aisée. Aucun ne se souvenait d'elle, et pour cause, ils voyaient trop d'étudiants dans la même journée pour se souvenir d'un seul d'entre eux. Simon se distingua à nouveau en exhibant le sujet de mémoire de Fyorentina.
" Vous savez qui pourrait diriger ce mémoire ? "
Il montra la feuille au professeur qu'ils venaient d'aborder au sortir d'un cours.
" Ah je pense bien, répondit celui-ci. Il s'agit certainement de mr. X. Il est spécialiste de Poe… Je ne vois pas qui d'autre aurait accepté un tel sujet ! "
Simon regarda fièrement ses deux amis, et demanda où se trouvait le bureau dudit professeur.
Il avait un demi sourire aux lèvres lorsqu'ils lui exposèrent l'objet de leur visite. Dès le premier contact Joy avait décrété qu'elle n'aimait pas ce type. Présomptueux, suffisant, tel était pour elle l'archétype du professeur d'université et il ne dérogeait pas à la règle. Largo était également agacé par le comportement de l'homme assis en face de lui qui ne semblait pas voir et comprendre l'urgence de la situation.
" Nous devons les retrouver. Il en va de la vie de mon ami. "
" Allons, ne soyez pas aussi défaitiste, laissez là donc vivre sa névrose jusqu'au bout, je suis sûr… "
" Ce dont je suis sûre, coupa Joy, c'est que vous êtes encore plus dingue que Fyorentina. "
Elle le vit se renfrogner et se maudit intérieurement. Aussi peu diplomate que Simon en train de draguer une jolie fille.
" Vous savez mademoiselle, tous les contes de Poe ne finissent pas dans un bain de sang. Prenez Eleonora par exemple ! "
Largo se leva et le foudroya du regard, ce qui eut pour effet de faire reculer le professeur dans son fauteuil.
" Bon… je crois que ce n'est pas ce que vous voulez entendre… "
devant l'air menaçant des trois amis, il réfléchit quelques instants.
" Ecoutez, vraiment, je ne sais pas comment vous aider, je ne la connaissait pas plus que cela. Tout ce que je peux vous dire c'est qu'elle appréciait tout particulièrement une nouvelle : La Chute de la Maison Usher. Et qu'elle se passionnait pour les demeures lugubres et antiques. Spécialement à Gand… "
Largo soupira et se rassit.
" Je ne vois pas comment nous allons pouvoir faire pour la retrouver. Des maisons délabrées il y en a des tonnes… "
Joy était plongée dans ses pensées et ne répondit rien. Elle fit signe discrètement à Simon qui se leva et laissa une carte sur le bureau.
" Si jamais vous avez une inspiration subite, n'hésitez surtout pas. "
Largo était un peu étonné et il suivit sans broncher ses amis dehors. Une fois en dehors de l'université il demanda quelques explications à Simon qui haussa les épaules.
" C'est Joy, c'est elle qui a eu une lumière, ses yeux se sont mis à briller et son… "
" C'est bon Simon. Largo, ce gars nous a dit qu'elle aimait Usher et les vieilles baraques. Combien on parie qu'elle s'est dénichée une maison du même type pour y recréer l'atmosphère du lieu ? "
Largo sourit : " Mais, oui, c'est possible… "
Le seul hic, c'est comment découvrir cette maison. "
" Et si on demandait aux monuments historiques ? ", proposa Simon. " On sait qu'elle adore les vieilles maisons, qui nous dit qu'elle n'en a pas racheté une ? Ou loué ? "
Joy et Largo se retournèrent d'un même mouvement pour fixer Simon.
" Tu sais que tes éclairs de génie me dépassent ? " dit Joy.
" Venant de toi je le considère comme un compliment… "
A la société des monuments historiques de Gand, Joy, Largo et Simon ne purent qu'admirer l'efficacité et le zèle des employés. Au nom de " Winch " toutes les portes s'étaient ouvertes. En un clin d'œil, les recherches avaient été effectuées, et ils se retrouvaient dans le hall d'accueil, une adresse en main. Katelijnestraat.
" Qu'est ce qu'on fait maintenant ? "
" On va récupérer Georgi. "
La maison était impressionnante. Ils avaient franchi la grille d'entrée, et s'avançaient dans l'allée.
" Comment a-t-elle pu s'acheter un truc pareil ? " murmura Simon.
" A mon avis, ce n'est pas sa bourse d'étudiante qui le lui a permis. " persifla Joy.
" Bon qu'est ce qu'on fait ? On sonne gentiment ? "
" On n'a pas trop le choix, on ne sait pas ce qu'on va trouver. "
Joy sonna et le carillon retentit dans toute la maison. Comme ils le craignaient, personne ne répondit. Simon s'avança et pour la seconde fois fit office de ses talents de crocheteur sans plaisir. En ouvrant la porte, il fut saisi par l'immensité de le demeure. Elle était grandiose. Grandiose et immense. Silencieusement, ils gravirent les marches vers le premier étage. Aucun bruit. Aucun signe de vie.
" Je n'aime pas cela ", chuchota Joy.
" Moi non plus ", répondit Largo.
La maison était déserte. Il n'y avait personne. Dépités, Joy, Simon et Largo étaient affalés sur des chaises dans la cuisine. Simon secoua la tête.
" Qui les a prévenu ? "
Joy haussa les épaules. " Ca peut être n'importe qui. Les monuments historiques, le prof, un voisin. "
" Non, ça ne colle pas. On ne disparaît pas comme ça. "
" Attendez ! " s'exclama Largo. " On nous a bien dit qu'elle adorait La Chute de la Maison Usher ! qui a apporté le bouquin ? "
Simon lui tendit les Nouvelles Histoires Extraordinaires, et pendant quelques minutes on n'entendit plus que le bruissement des pages tournées. Puis Largo entama une lecture à haute voix.
" Le caveau dans lequel nous le déposâmes, - et qui était resté fermé depuis si longtemps que nos torches, à moitié étouffées dans cette atmosphère suffocante, ne nous permettaient guère d'examiner les lieux, - était petit, humide, et n'offrait aucune voie à la lumière du jour ; il était situé, à une grande profondeur, juste au-dessous de cette partie du bâtiment où se trouvait ma chambre à coucher. "
" Bon, on cherche une cave alors ? " dit Simon.
" Bonne déduction. Moi je cherche les torches. " sourit Joy.
Largo resta encore un moment dans la cuisine et feuilleta les pages. Il ne laissait rien paraître mais en lisant la fin de la nouvelle il avait été saisi d'un doute. Et si Fyorentina y était fidèle jusqu'au bout ?
Joy et Simon revinrent l'une avec des lampes, l'autre avec l'emplacement de la cave. Comme chez Poe, l'escalier aboutissait à un caveau étouffant.
" Pfff, gémit Simon, personne n'a du faire la poussière depuis un bon siècle. "
" Ou depuis le dernier meurtre commis dans cet endroit. " dit froidement Joy.
" Ca y est, elle nous refait le coup de la maison maudite. Largo, pourquoi cette fille est aussi lugubre ? "
" Euh… peut être qu'elle a de bonnes raisons ? "
Simon fit une grimace dégoûtée et jeta un regard rapide vers Joy, demeurée légèrement à l'écart. Elle contemplait quelque chose. Simon déglutit péniblement.
" Euh… Joy… ne me dis pas que… "
Il s'avança mal assuré, regardant avec anxiété Largo qui se retenait de ne pas éclater de rire. Enfin il arriva à la hauteur de Joy et eut un hoquet en découvrant quelques souris mortes.
Largo et Joy se mirent à rire alors que Simon fulminait. Leur hilarité fut de courte durée. Un grincement se fit entendre, qui leur rendit immédiatement leur sérieux.
" Ca vient de devant ! " s'écria Joy qui partit comme une flèche aussitôt suivie de Largo et Simon. Le couloir se rétrécissait de plus en plus pour ne former qu'un boyau où ils ne pouvaient plus progresser que l'un derrière l'autre. Brusquement, ils arrivèrent dans une pièce ronde, éclairée de torches enflammées. Par réflexe, ils se rapprochèrent les uns des autres, et firent un tour d'horizon de la pièce.
" Qu'est ce que c'est que ce merdier ? " chuchota Joy.
Aux murs, des niches en demi cercle dans lesquelles reposaient un cercueil. Certaines étaient cachées par des voiles noirs, mais d'autres laissaient voir le bois pourri, et ce qu'il recelait. Trois couloirs partaient de la pièce, et par signes, les trois amis décidèrent de se séparer. Chacun emprunta un couloir, qui les mena chacun vers des grilles.
Simon regarda au dehors. Des broussailles cachaient l'extérieur à sa vue. Visiblement, il devait y avoir un système bien spécial pour ouvrir les grilles, qui d'après lui, de l'extérieur, devaient ressembler à un quelconque système d'aération, voire un égout. Il tenta de faire bouger les grilles. Peine perdue, elles ne bougèrent pas d'un pouce. Peut être un levier dans le mur. Il se mit à tâter le mur de gauche. Ses efforts furent récompensés par un " clic " sonore. Il regarda en direction du dehors, et fut très étonné d'entendre quelque chose tomber avec fracas derrière lui.
" Ho, ho… " pensa t-il avant de se retourner très doucement et de grincer des dents.
" Génial… "
Une grille était tombée, lui fermant le passage vers le caveau. Il était coincé.
Joy pataugeait dans un filet d'eau qui l'agaçait. Tout, d'ailleurs, l'agaçait. A commencer par cette visite dans la maison. Si cela se trouvait, Fyorentina avait conduit Georgi dans un hôpital et lui tenait compagnie. Elle soupira bruyamment, et sursauta en entendant l'écho lui renvoyer un son déformé.
Elle arriva à ce qu'elle définit comme le bout du tunnel. Un mur qui fermait le passage. Seule alternative pour espérer passer : grimper et tenter d'atteindre la niche qui se trouvait assez haut. Cela ne devait pas être très compliqué, grâce à l'échelle en fer qui y accédait. Elle s'agrippa aux barreaux et entendit un son étouffé, accompagné d'un appel d'air, qui lui fit lâcher prise et se retourner immédiatement. Avec horreur, elle vit un mur tomber devant ses yeux, lui coupant tout retraite.
" NON !!!! " hurla t-elle.
Largo atteignit le bout du couloir, et sourit. Il venait d'entrer dans une pièce, très éclairée, mais vide. Il n'y avait rien, si ce n'est une petite niche, fermée, dans le mur face à lui. Les torches étaient identiques à celles du caveau et il supposa que cette pièce devait servir de caveau également, mais qu'elle n'avait pas encore servi. Le seul moyen de vérifier était de regarder ce qu'il y avait dans la niche. Il releva le panneau de bois et ne vit que les ténèbres. Il plongea sa lampe et découvrit à sa grande stupéfaction que ce qu'il avait pris pour une niche mortuaire, cachait un passage. Au loin, il entendait du bruit.
" Je vous tiens. " pensa t-il en s'engouffrant dans l'étroit passage qui montait. Au fur et à mesure qu'il progressait, Largo se sentait devenir anxieux. Les bruits qu'il entendait, ne ressemblaient pas vraiment à ce qu'il avait espéré, mais plutôt à des appels au secours. Par des voix qu'il connaissait très bien. Il n'eut pas le temps de poursuivre sa réflexion, le sol se déroba sous lui, et il se sentit glisser. La lampe lui échappa des mains et il atterrit la tête la première dans de l'eau. Il s'ébroua et remarqua les chaussures qu'il avait devant le nez. Il releva la tête et rencontra le regard de Joy. Il se leva et chercha d'où il était tombé. Joy lui montra la fenêtre du doigt. Il avait eu de la chance de ne pas se faire plus mal. Il voulut sourire à la jeune femme, et vit soudain le mur. Les murs. Il était enfermé. Et non seulement ça mais il n'était pas tomber seul. Un filet d'eau s'écoulait de la fenêtre, qui s'ils ne trouvaient pas rapidement une solution allait finir par devenir très dangereux.
Joy fit un pâle sourire : " Simon… Il va nous sortir de là. "
Elle rencontra le regard noir de Largo : " Aucune chance…Je l'ai entendu nous appeler à l'aide… "
La jeune femme blêmit, et pour le première fois, Largo vit dans ses yeux une peur panique.
Retrouvailles
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