R ETOUR (part 6)
 




...
Tout s'était passé très vite. Les secours étaient arrivés en un temps record, ils avaient pris tout en charge. Largo avait éloigné Georgi encore sous le choc et essayait de le rassurer du mieux qu'il pouvait. Simon avait disparu, John Sullivan était resté avec Joy qui se proposa d'emmener tout le monde à l'hôpital. Une fois là-bas, ils se retrouvèrent dans la salle d'attente à tourner en rond. John les avait laissé, il ne pouvait rien faire et se sentait trop inutile. Joy, Largo et Georgi étaient présents, et n'osaient pas parler. Enfin, Georgi brisa le silence.
" J'ai essayé de la forcer à me remettre les documents, je l'ai même frappée… Elle a eu peur, elle s'est enfuie. Elle me fuyait moi et n'a pas vu le danger… Et c'est mon nom qu'elle a prononcé quand… "
Joy lui posa une main sur l'épaule : " Tu ne pouvais pas savoir… Et pour l'instant, nous ne sommes pas fixés, elle est solide, elle va s'en sortir… "
Largo se sentait mal à l'aise. Il ne savait pas quoi dire pour consoler son ami. Ils entendirent soudain du bruit dans le couloir. Ils sortirent tous les trois et se retrouvèrent face à Giovanni. Il était livide et quand il vit Largo, Joy et Georgi, son premier mouvement fut de se jeter sur eux. Les deux hommes qui l'accompagnaient le retinrent juste à temps. Il se dégagea et les regarda une flamme de haine dans les yeux : " Je vous hais. Vous êtes responsables. "
Largo baissa les yeux. Il les releva juste à temps pour voir Simon et Leena arriver. De voir la jeune femme ici lui donna froid dans le dos. Ce n'était pas sa place…
Giovanni était fou de rage et de tristesse : " Vous savez ce qui m'écœure le plus ? C'est votre attitude. Les médecins disent qu'elle a été battue avant d'être blessée par balles. Je suppose que c'est votre œuvre, dit-il en s'adressant à Georgi. Vous êtes un monstre, le pire dans cette histoire c'est qu'elle a fait tout cela pour vous. Elle a monté tout le cambriolage pour que les terroristes qui avaient voulu supprimer cette Artuy ne s'en prennent plus à elle. Elle avait tout organisé. Son plan était parfait. Elle cambriolait la banque, récupérait la banque et servait d'appât. Ca vous en bouche un coin, n'est ce pas, de savoir que vous protégiez la mauvaise personne… ! "
La foudre tomba aux pieds de Largo. Georgi était blême. Pire encore il venait de se rendre compte de la présence de Leena, qui n'avait pas perdu une miette de la conversation.
" Leena… " murmura t-il.

Leena était plus blanche que la mort. Elle venait d'entendre ce qu'avait dit Giovanni et elle réalisait tout doucement qu'on ne lui avait dit qu'une partie de la vérité. Elle regardait Georgi d'un air interrogateur. Il fallait qu'il dise tout de suite quelque chose. Cet homme ne disait sûrement pas la vérité. Elle attendait qu'il ouvre la bouche mais rien ne venait.

Leena : dis-moi que ce n'est pas vrai, pas Fyora. Tu étais prêt à la frapper pour qu'elle rende ces fichus documents ?…je n'arrive pas à le croire…

Giovanni se retourna en entendant la voix de Leena. " S'il était prêt la frapper ? Elle a le visage tuméfié ! Il a failli la tuer, et tout ça par votre faute, oh vous auriez mieux fait de mourir comme votre père. "
Georgi en avait assez entendu : " Ca suffit Giovanni, elle n'est pour rien dans cette histoire. "
- Pour rien ? Elle est comme son père, ce scientifique débile qui voulait révolutionner le monde avec ses formules !

Georgi : ça suffit comme ça. Vous êtes aussi en colère car vous savez pertinemment que si Fyora en est là c'est uniquement de votre faute. Ces derniers temps Elle n'avait plus rien de la jeune fille que j'ai connue et tout ce qu'elle avait laissé voir c'est qu'elle était prête à n'importe quoi pour montrer qu'elle était la plus forte. J'ai eu tord de la frapper, je le regrette sincèrement mais je ne l'aurais jamais fait si elle ne m'était pas apparue comme dangereuse ce soir. Elle avait bu et dans ce cas était capable de tout. Vous en avez fait une tueuse Giovanni. Pour ça vous êtes le seul coupable c'est ça qui vous mine.

Leena écoutait ça sans pouvoir intervenir. Tout ce gâchis pour ces maudites formules…si elle avait su, elle les aurait brûlées depuis longtemps car même son père n'aurait pas voulu ça.

Un silence venait de tomber dans l'assemblée.

Leena passa une main sur sa tête. Elle se sentait très lasse brusquement.

Leena : ça suffit tout le monde. Une jeune femme que vous adorez tous les deux est entre la vie et la mort et nous nous déchirons pour savoir qui est le plus coupable !
J'ai honte de le dire mais je crois que nous le sommes tous chacun à sa façon…

La colère de Giovanni s'était calmée d'un coup. D'une voix grave il regarda tous ceux qui étaient présents et parla : " Les médecins disent qu'elle ne passera pas la nuit. Si c'est le cas, je brûlerai ces maudits documents de ma main. C'est ce qu'elle aurait voulu. Et si elle survit, je donnerai les papiers à la demoiselle Artuy, mais je vous préviens, vous ne verrez plus jamais Fyorentina, ce sera une sorte d'échange. Les documents contre Fyorentina. J'espère seulement que son sacrifice ne sera pas vain. Celle que vous traitez de tueuse a encore beaucoup de choses à vous apprendre signor Kerensky. " Le sicilien avait l'air très vieux soudain. Un médecin arriva et s'adressa à lui : " Si vous voulez la voir, nous avons réussi à la réanimer, mais nous devons la plonger dans un coma artificiel pour lui éviter toute douleur… "
Giovanni n'hésita pas une seconde, il suivit le médecin, sans faire attention aux autres, ni sans regarder si un seul d'entre eux l'accompagnerait.
En rentrant dans la chambre, il faillit se mettre à pleurer. Elle était couchée, très pâle, des tuyaux partout. Il se pencha sur elle et elle ouvrit les yeux. Il l'embrassa sur la joue. Une infirmière lui avait apporté une chaise et il s'assit, et prit la main de la jeune femme dans la sienne.
" Ma pauvre Fyorentina, il n'ont rien compris… Ton propre frère a failli te tuer… Pauvre Snejana… "
La jeune femme regardait le plafond et il vit une larme couler.
" Il était écrit que nous ne nous retrouverions jamais Gio. Pas dans cette vie en tout cas… "
- Ne dis pas ça ma princesse…
- Georgi a bien d'autres soucis. Tu sais je ne lui en veux pas. L'amour est bien trop fort en moi. Nous sommes maudits c'est tout.
- Tu en as vu tellement, et tout ça pour quoi ?
- Pour trouver une vraie famille…
Elle tourna la tête et sourit au sicilien : " Tu es ma famille Gio, toi et les autres. Tout ce qu'il y avait d'amour en moi je l'ai donné à ta cause, je croyais que Georgi comprendrait, que quand on était du même sang on se reconnaissait du premier coup, un peu comme le coup de foudre… moi je l'ai reconnu il y six ans… Mais lui non… J'ai perdu l'espoir de retrouver mon frère, mais j'ai gardé celui de connaître une vie meilleure. "
Elle se tut et ferma les yeux pour reprendre son souffle. Gio avait le cœur brisé. Mais avant qu'il aie eu le temps de prendre la parole : " Gio, Snejana est morte en moi… Je ne veux pas que sur ma tombe apparaisse ce nom…Il ne représente rien pour moi. Je veux que tu écrives Fyorentina, et s'il te plaît je veux avoir ton nom de famille. "
- Fyora…
Le sicilien pleurait.
" Promets le moi… "
- C'est promis.
Elle lui sourit et referma les yeux.
Simon n'en croyait pas ses oreilles, il s'était approché de la porte bien décidé à voir Fyorentina car même si son attitude le dépassait ces derniers jours, il avait été touché par la détresse de la jeune femme. Par expérience il savait que toutes sortes de sentiments poussaient quelques fois les êtres humains aux pires folies. Il en avait trop fait l'expérience pour ne pas essayer de trouver des excuses à la jeune femme. Si elle ne devait pas passer la nuit, Simon n'envisageait pas de ne pas la revoir une dernière fois. Il s'était approché de la porte et sans le vouloir avait entendu toute la conversation de Gio et de Fyora.
Assommé par ces révélations il ne savait plus comment agir. Fyora…Snejana…pourquoi n'avait-elle rien dit…il ne comprenait pas. Et Georgi qui se morfondait et qui s'en voulait tant de tout ce qui était arrivé…Georgi qui l'avait protégé quand lui-même recherchait sa mère avec Vanessa. Il avait agi en frère pour lui. Et Simon ne savait pas quoi faire. Il s'était retiré sans faire de bruit afin d'éviter de se faire remarquer par Gio ou Fyora. Il avait besoin de réfléchir mais vite car il savait qu'il devait prendre une décision rapidement…


Georgi et Leena étaient un peu à l'écart. Georgi était complètement anéanti. Il réalisait qu'il était largement responsable de l'état de Fyora. Quelle folie que tout ça! Comment avait-il pu lui faire autant de mal alors qu'il considérait Fyora comme sa petite sœur.

Georgi la tête dans les mains : comment ai-je pu faire ça ? Elle avait confiance en moi et depuis qu'elle est revenue, je n'ai su que l'éviter ou la frapper parce que je manquais de courage pour lui parler…j'ai cru devenir fou…

Leena le regardait et pensait en fait que tout était de sa faute à elle. Si Georgi ne l'avait pas aimé il n'en serait pas là. Ça la rendait d'autant plus malheureuse qu'elle était sûre d'une chose à présent. Elle aimait Georgi de toute son âme mais si Fyora mourait comment leur amour survivrait-il à autant de désespoir. Fyora non plus n'était pas responsable de tout ce gâchis. Elle avait agit pour la sauver elle et allait peut-être mourir à sa place…

Leena : Fyora et toi n'êtes nullement responsables. Vous avez tous les deux agit pour me protéger et vous en avez oublié toute l'affection que vous aviez l'un pour l'autre…
de prendre le temps de vous parler. La seule responsable, c'est moi. Je te l'avais dit Georgi, je n'apporte que le malheur autour de moi et Giovanni a raison j'aurai dû mourir dans cet accident !

Georgi : ne dis pas ça ! s'il t'arrivait quelque chose à toi, aussi, je ne le supporterai pas

Leena : pourtant si c'était arrivé nous n'en serions pas là !

Georgi : les yeux pleins de larmes: plutôt mourir que de ne pas t'aimer. J'aime profondément Fyora comme ma sœur mais je suis amoureux de toi et rien ni personne ne peut changer ça. Nous n'y pouvons rien c'est notre destin. Fyora va vivre…il le faut…

Leena : maudites formules ! Mon père n'aurait jamais voulu ça. Il était humain, bon et honnête. Et il pensait sincèrement que la science apporterait du bien-être sur notre planète…
Le pauvre! si seulement il avait pu voir ça il aurait brûlé lui-même tous ses travaux.

Georgi la prenant dans ses bras : je sais ma Leena…

Ils restèrent enlacés en silence pendant un long moment…

Giovanni dut quitter la pièce, et sortit, le cœur très lourd. Malgré les efforts du personnel médical pour se montrer rassurant, il craignait pour sa protégée. Elle lui avait paru si résignée… Il préféra éviter de passer par l'endroit où se trouvaient les autres, et demanda au médecin s'il lui était possible de rester auprès de la jeune femme. On lui permit de rester dans le service, mais il ne pouvait l'accompagner, puisqu'elle allait au bloc opératoire immédiatement. Il la vit partir, il vit tout le petit groupe la regarder, aucun n'osa s'approcher d'elle. Et l'attente commença.
Il était assis, seul, dans la chambre qu'elle avait occupé quelques instants. Et il se rappelait. Tous les souvenirs remontaient à la surface. Comment ils s'étaient rencontrés…

La Fiera battait son plein à Catane. Il était parti en vacances, ou plutôt en voyage organisé… Il devait rencontrer des hommes influents, qui pourraient potentiellement l'aider à asseoir son pouvoir sur le quartier italien de New York. Il n'avait emmené que quelques hommes de confiance. Il ne pensait pas trouver d'ennuis sur sa route. Mais quand la bombe explosa, semant la panique, il commença à douter. Lorsque des hommes armés arrivèrent des ruelles avoisinantes, le doute fit place à la certitude d'être tombé dans un guet apen. Ses hommes avaient déjà fait usage de leurs radios pour alerter leur groupe. Gio, à vue de nez estima que ses chances de survie étaient pratiquement nulles. Les autres avaient fait feu, tirant sur la foule. Des innocents tombaient, fuyaient. Ils tiraient sans discrimination. Giovanni était écœuré mais il songea à la propre guerre qu'il menait depuis plusieurs années. Il s'était réfugié dans une entrée, et là, il vit une jeune femme, armée qu'il prit d'abord pour l'ennemi. Ses hommes ne l'avaient pas encore vue, et croyant sa dernière heure arrivée, il adressa une prière muette au ciel. Stupéfait, il la vit pointer son arme sur l'un de leurs assaillants. Et faire mouche lorsqu'elle tira. Ses hommes l'avaient remarqué et l'un d'eux lui donna une arme plus efficace. Ainsi armée, elle était encore plus dangereuse. Et une fois la voie ouverte, ils s'empressèrent de fuir par une des rues qui bordait le marché devenu le lieu d'un carnage affreux. La jeune femme semblait s'être faite acceptée de par ses hommes, ce qui, en soi, surpris assez Giovanni. Son groupe les récupéra tous au coin de la rue, et ils filèrent rapidement jusqu'à Brontë, lieu de résidence de Giovanni lorsqu'il venait en Sicile. La jeune femme s'appelait Fyorentina Van Wynckel, et il fut tout de suite conquis par sa spontanéité. Il apprit qu'elle avait appris à se battre grâce à des cours privés. Ce ne fut que bien plus tard qu'elle lui révéla que Georgi l'avait entraînée, et qu'à son insu, elle avait pris des cours de self défense. Elle décida d'accompagner Giovanni aux Etats Unis, à la plus grande joie de ce dernier qui appréciait la jeune femme. Elle resta près de deux mois avec eux, le temps pour elle d'apprendre de nouvelles méthodes de défense. Elle s'était d'elle même joint à l'équipe de choc de Gio, et si les premiers temps, il s'était demandé si elle ne jouait pas un double jeu, force fut pour lui d'admettre qu'elle était d'une sincérité à toute épreuve, et qu'elle ne mâchait pas ses mots. Non seulement elle resta liée à Gio pour des raisons qu'il ne saisissait pas vraiment, mais elle lui dévoila les pans secrets de sa vie. Et cela scella leur amitié et leur " association ". Il n'avait caché à personne qu'il la considérait comme sa fille et qu'elle serait son successeur s'il devait lui arriver malheur. Il avait toujours cru qu'il serait le premier à partir. Mais aujourd'hui il en doutait. Il se raccrochait à sa foi, ses espoirs…
Une infirmière entra dans la chambre et s'enquit auprès de lui. Non il n'avait besoin de rien, il souhaitait simplement savoir comment se passait l'intervention. Elle lui sourit et lui annonça que tout se passait mieux que prévu. Les blessures étaient impressionnantes mais pas aussi critiques que ne l'escomptaient les médecins. Il ferma les yeux un instant, et sourit. C'était sans doute la meilleure nouvelle de la journée. Restait à savoir s'il devait en faire profiter les autres, si toutefois ils étaient encore dans l'hôpital.

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A 12 kms à l'ouest de Tours, sur la rive droite de la Loire, à Luynes en France très exactement, les membres de la commission étaient réunis dans la salle du grand conseil du château.
-" Les documents qui ont été volés par Fyorentina Van Winckel, n'ont pas été détruits. Ils existent toujours. La cible est toujours vivante mais nous avons appris depuis qu'il nous sera difficile de l'approcher car sa chambre est surveillée en permanence et pas par des amateurs.
Nous avons pensé à une autre solution pour récupérer finalement ses documents : enlever la véritable Leena Artuy qui est toujours à New York afin de l'échanger contre les documents.
Il faudra l'emmener ici pour ne pas voir débarquer une fois de plus l'équipe Winch car je ne pense pas qu'ils connaissent le château. "
Tous votèrent pour cette solution et les membres se dispersèrent dans le château.

Georgi passait le plus de temps possible à l'Hôpital avec Giovanni où, d'un accord tacite, ils avaient décidé de mettre leur animosité de côté en attendant que Fyora aille mieux. Georgi avait retrouvé toute son affection pour Fyora et s'en voulait tant de l'avoir frappé. Son état faisait peine à voir et même Giovanni se sentait ému par cet homme blessé. Mais plutôt mourir que de le montrer…
Contrairement à toute attente, Fyora avait bien supporté l'opération et ses blessures étaient moins dramatiques que prévues. Mais elle était dans le coma et les médecins avaient dit aux deux hommes que son réveil ne dépendait que d'elle. Ça pouvait arriver à n'importe quel moment et il fallait qu'ils lui parlent sans interruption afin de lui donner une raison de vivre. Alors les deux hommes se relayaient sans cesse à son chevet, aidés de temps en temps de chacun des autres membres de l'équipe. Chacun, quelque part, s'en voulait de ce qui était arrivé à Fyora et souhaitait vraiment qu'elle s'en sorte. Plus personne ne pensait aux documents de Leena. Les jours s'écoulaient très lentement et ça faisait déjà une semaine que Fyora avait été opéré.

Simon n'avait rien dit à Georgi et attendait lui aussi de savoir si Fyora vivrait ou pas.

Giovanni regardait tous ces gens et apprenait peu à peu à les connaître. Oh, il leurs en voulait toujours autant mais il comprenait maintenant un peu mieux leur façon d'agir et trouvait finalement qu'elle ressemblait assez à la sienne. Ils agissaient en clan, tout comme lui…

Leena aussi passait de temps en temps dans la chambre de Fyora et lui parlait à cœur ouvert…mais l'état de Fyora ne bougeait pas. Leena s'en voulait tellement…Pourtant elle n'y était pour rien mais même Georgi avait du mal à la convaincre de ça.
Leena n'avait pas dit à Georgi qu'elle l'aimait. Suspendue à l'état de Fyora elle avait décidé, elle aussi, d'attendre avant de se déclarer car elle savait que si Fyora mourait, leur amour serait de toute façon condamné…

Rentrée en fin de matinée de l'hôpital, elle était montée au studio travailler car c'était la seule chose qui pouvait l'apaiser en ce moment.
Elle dansait de toute son âme, et son art avait une profondeur et une maturité qu'elle n'avait jamais atteint auparavant.
Elle dansait depuis de nombreuses heures et il était presque 20h00. Georgi n'allait pas tarder à rentrer de l'hôpital aussi elle décida de s'arrêter. Elle se dirigea vers sa loge afin de prendre sa douche. En poussant la porte, elle sentit que quelque chose la piquait dans l'épaule. Elle n'eut pas le temps de réaliser car elle s'évanouissait dans les bras d'un homme tout habillé de noir…

Joy, Simon, Largo et Georgi rentraient de l'hôpital. Giovanni et ses hommes venaient de prendre le relais. Dans la voiture qui les ramenait au groupe W le silence régnait. Chacun était perdu dans ses pensées.
Largo regardait Georgi et voyait le visage de son ami refléter tout le désespoir du monde. Il en était très affecté car il ne l'avait jamais vu dans cet état auparavant. Lui qu'on prenait pour un agent sans cœur et glacial…

Largo : Georgi, on va la sauver…les meilleurs médecins sont auprès d'elle.
Georgi : Tu as entendu ce qu'ils ont dit aussi, il faut qu'elle est envie de vivre et pour l'instant elle ne nous le montre pas. Remarque après ce que je lui ai fait, je la comprends…Je l'ai trahie…
Largo : arrête de te lamenter sur ton sort, ça n'est pas digne de toi !
Simon : pense plutôt à ce que tu vas lui dire quand elle se réveillera. Et Leena, ça la mine de te voir comme ça.
Joy : elle passe ses journées au studio quand elle n'est pas avec nous et je la connais assez pour te dire qu'elle danse à s'épuiser.
Georgi : je sais mais je ne peux pas l'arrêter. Le soir quand elle est censée être couché et que je remonte du bunker je l'entends qui tourne en rond dans l'appartement. Je sais qu'elle ne dort pas beaucoup non plus.
Joy pensive : je crois que nous sommes tous dans le même cas.
Largo : si ce n'est que l'on oublie que Leena se remet à peine elle aussi d'un accident et que si elle continue comme ça elle va tomber malade.
Georgi : je lui parlerais ce soir…si il lui arrivait quelque chose à elle aussi je…
Joy lui pressant la main : On sait Georgi…il ne lui arrivera rien, on va aussi s'occuper d'elle.

Le reste du trajet se déroula en silence. Arrivé au groupe W Georgi décida de monter directement au studio afin de voir Leena. Il fut surpris de ne pas entendre de bruit émanant de la salle de danse. En passant la tête dans l'entrebâillement de la porte il vit qu'elle était vide. Il se dirigea vers sa loge. Là encore personne…Il s'apprêtait à rejoindre son appartement quand il vit arriver Joy à l'étage.
Joy : Georgi, le garde en faction devant l'appartement de Leena a été neutralisé. Leena n'est nulle part. Est-ce que tu l'as trouvé ?
Georgi : non mais…
Puis soudain saisi par une idée il se dirigea en courant vers l'escalier du toit. La porte d'accès avait été déverrouillée, la caméra neutralisée et les capteurs hors d'usage.
Georgi : seuls des pros ont pu faire ça…Joy ils ont enlevés Leena.
En disant ça ses mâchoires se serrèrent et ses yeux prirent l'éclat de la glace. Joy était sidérée mais c'est elle qui réagit pourtant la première en disant : Je previens Largo et Simon et on te rejoint au bunker.
Giovanni réfléchissait. Il tenait la main de Fyora et repensait à cette semaine. Il avait fait un effort, de même que ses hommes et il avait compris que Largo Winch n'était pas inhumain. Mais il avait mal. Et continuait à se méfier. Il hésitait à accorder sa confiance à un type dont le père avait été précédemment membre de la Commission. Que savait-il au juste ? Rien. Il ne savait même pas qui était son père. Sans parler de la bande de bras cassés qui l'entouraient. Simon avait retrouvé sa sœur et sa mère, mais dans des circonstances plus que louches, Joy ne parlait plus à son père et Georgi, ah Georgi… Fyorentina lui avait raconté tout ce qu'elle savait ou avait découvert sur les proches de Largo Winch, et il s'étonnait de trouver autant de points communs entre eux. Il baissa les yeux et son cœur faillit s'arrêter de battre. Fyorentina avait les yeux grands ouverts et le regardait.
" Tu as l'air soucieux Gio. " murmura t-elle dans un souffle.
Les larmes aux yeux, le sicilien n'en croyait pas ses yeux. Un médecin entra dans la chambre et sourit : " Eh bien, vous nous avez fait de belles frayeurs, comment vous sentez vous ? "
- Fatiguée…
- Bon, alors reposez vous !
Il donna une tape sur l'épaule de Giovanni et s'en fut. La jeune femme essaya de s'asseoir.
" Non Fyo, tu vas te faire mal… "
- Oh arrête ! Je veux sortir d'ici.
- Mais… mais…
- Quoi ?
- Tu es encore trop faible ma princesse ! Reste calme !
Visiblement contrariée, Fyorentina obéit.
" Comment ça se passe ? Avec les autres ? "
Un peu embarrassé, Giovanni ne su pas quoi répondre.
" Kerensky est venu tous les jours te voir, pareil pour les autres. Je crois qu'ils s'en voulaient. "
- Et les documents ?
- Personne n'y a touché, ils sont à toi. Pour l'instant.
- OK.
Elle referma les yeux. " Dis Gio, qu'est ce qui va se passer maintenant ? "
- Je ne sais pas. Vraiment pas. Qu'est ce que tu décides ?
- J'en sais rien. Leena… elle me fait de la peine…j'ai pas été très sympa avec elle tu sais… Je voudrais tellement me racheter…et ne plus être si jalouse… mais tu sais ça me fait mal de voir Georgi accroché à elle comme ça …
- Arrête d'y penser…réfléchis y tranquillement… Et puis il faut que tu te reposes, tu dois te remettre.
Elle s'était rendormie.
" N'aie crainte ma petite fille chérie. Tout sera bientôt fini. Tu vas rentrer à la maison, et je te promets que tu auras une vie douce, personne ne t'ennuiera plus…Tu ne prendras plus les armes… "
Giovanni quitta la chambre et fit signe à ses hommes de reprendre leur garde. Il avait des hommes partout dans l'hôpital. Personne ne pourrait l'approcher sans qu'il ne soit au courant. Il rentra chez lui, alla à son coffre et sortit les fameux documents. Dire que des hommes avaient failli tuer sa fille pour ces formules. Il serait tellement simple de les détruire, tellement plus facile. Mais non. Il avait dit à Fyora que ces documents étaient siens. Il fallait attendre sa décision. Et Giovanni n'avait qu'une parole.
Leena se réveillait tout doucement et elle avait très mal à la tête. Elle essaya de se relever mais visiblement était trop faible pour y parvenir. Elle ne se souvenait plus de ce qui s'était passé, et aurait aimé savoir où et pourquoi elle se trouvait là. Elle ouvrit les yeux lentement et tenta de regarder autour d'elle. Elle ne reconnaissait pas l'endroit ; la pièce était très luxueuse et meublée avec des meubles anciens. Elle-même se trouvait dans un lit à baldaquins.
Leena se sentait perdue et se demandait bien ce qu'elle faisait là quand elle entendit la clé tourner dans la serrure. La porte s'ouvrit et un homme imposant se dirigea vers elle.
" -je vois qu'on se réveille. Vous allez pourtant devoir rester tranquille encore quelque temps et si vous êtes bien sage vous pourrez peut-être rentrer chez vous bientôt. "

Leena : qui êtes-vous et pourquoi suis-je ici ? Murmura-t-elle très faiblement.

" - disons que vous êtes mon hôte. Je ne vous laisserais repartir qu'en échange de certains documents qui appartenaient à votre père et que Mr Winch va se faire un plaisir de nous donner. "

Leena venait brusquement de comprendre : elle avait été enlevée ! Elle sentit un grand froid descendre en elle. Elle ne pouvait dire si c'était de la frayeur ou un sentiment de fatalité. Encore ces maudites formules qui allaient, à n'en pas douter, entraîner Largo et ses autres amis à commettre des folies pour la sauver.
La sauver, était-ce bien nécessaire….Si elle mourait, tout redeviendrait plus simple pour Georgi ; il l'oublierait…Et puis sa vie à elle, lui semblait si futile et inutile…Elle ne manquerait à personne.
Georgi ! Comme elle aimait cet homme ! Si elle n'était pas entrée dans sa vie, il serait heureux avec Fyorentina. Il n'avait pas besoin de ce souci supplémentaire en ce moment. Encore une fois, à cause d'elle, il avait des ennuis. Elle ne fut pas en mesure de poursuivre plus loin sa réflexion car elle sentait qu'elle perdait conscience à nouveau…

" - ne va-t-on pas la tuer avec toutes ces doses de calmants ? "
" -quelle importance ! Dans quatre jours maximums nous aurons les documents et nous n'aurons plus besoin d'elle… "

Dans le bunker régnait un silence de mort et pourtant Largo, Simon, Joy et Georgi étaient présents. Mais chacun se concentrait sur son écran car Georgi avait réparti les recherches pour gagner du temps.
Largo et Simon avaient été atterrés d'apprendre l'enlèvement de Leena. Ils se disaient que Georgi et elle, étaient vraiment maudits en ce moment. Voilà bientôt 48 heures qu'elle avait disparu et toutes les recherches aboutissaient à une impasse.
Georgi n'avait pratiquement pas quitté le bunker, sauf pour aller à l'hôpital, et ses amis voyaient ses traits se creuser d'heure en heure.
Joy, entre autre, était doublement inquiète : Pour Leena d'abord et pour Georgi qui évoluait comme un zombie. Il était sourd à tous ses appels à se reposer et même si son entraînement d'ex-agent lui donnait une capacité de résistance au-dessus de la moyenne, il ne tiendrait pas longtemps à ce rythme là. Elle le savait elle-même par expérience.
Largo s'inquiétait pour tous et Joy en particulier et Simon se demandait s'il devait parler à Georgi de la conversation qu'il avait surpris à l'hôpital. Ils étaient ainsi repliés sur eux-même sans oser faire-part de leurs inquiétudes respectives.
Georgi, lui, sentait son cœur se serrer de plus en plus car ils savaient que plus le temps passait, plus ils auraient du mal à retrouver Leena, son amour, sa vie...
Jamais il n'avait aimé comme il l'aimait. Pourtant il avait déjà été amoureux auparavant mais quand il y repensait, rien n'était comparable à son amour pour Leena. Maryssa, pour ne citer qu'elle, l'avait profondément ému mais visiblement pas suffisamment pour lui donner envie de prendre le risque de la mêler à sa vie. Avec Leena c'était différent. Il respectait chacun le mode de vie et la passion de l'autre. Il savait que Leena repartirait en tournée avec sa compagnie car la danse lui était aussi nécessaire que l'air qu'elle respire, et que lui resterait dans le bunker, mais rien ne les empêcherait de s'aimer et ils se rejoindraient dès que possible.
S'il lui arrivait quelque chose il ne le supporterait pas. Elle l'aimait autant que lui l'aimait ; il en était persuadé même si elle n'avait encore rien dit. Il voulait prendre le risque de la mêler à sa vie car, sans elle, il n'imaginait plus sa vie…Leur destin était lié à celui de Fyora. Il le savait aussi. Tant de choses étaient à régler et il avait tellement été dépassé par tous les événements de ces derniers temps. Pourtant, tout lui apparaissait de plus en plus clairement.
Il considérait Fyora comme son amie, mieux, sa petite sœur car s'il ne devait jamais retrouver Snejana, il avait Fyora qui représentait à ses yeux sa seule famille. Vouloir la combattre avait été une folie dont il était guéri ! Il fallait qu'elle guérisse, elle aussi. Il aurait tellement eu besoin de son aide pour retrouver Leena mais même si, par un miracle quelconque, elle guérissait rapidement il n'oserait jamais lui demander encore après ce qu'elle avait subit. Et puis elle qui s'était sacrifiée comme cible serait très certainement plus qu'énervée de voir que son sacrifice n'avait servi à rien…Et Giovanni, ses hommes lui seraient une aide précieuse mais…non…non il ne pouvait décemment pas lui demander ça !
Il repensait aux deux femmes, Leena et Fyora, de sa vie. Lui, si solitaire depuis si longtemps, ne pouvait plus continuer ainsi…il avait besoin d'elles…

Le téléphone de sa ligne directe se mit à résonner dans la pièce et le tira de ses réflexions.
Il appuya sur la touche de son clavier pour répondre :

Georgi : Oui ici Georgi Kerensky !
Medecin : Bonjour Mr Kerensky. Ici l'hôpital ! Je vous appelle comme convenu pour vous informer que Melle Van Winckel est sortie du coma !
Georgi : enfin une bonne nouvelle ! Merci j'arrive de suite.
Il coupa la communication. Les autres avaient entendu avec le haut-parleur et se réjouissaient comme lui de ce coup de fil.

Georgi : il faut que je la vois vous comprenez ?
Largo : bien sûr, vas-y file et embrasse-la pour nous. On la verra plus tard. En attendant on continue les recherches.
Simon : eh Georgi ! Cool n'est-ce pas ? …

Georgi le regardant tristement : Franchement Simon qu'est-ce que tu crois ?…Que je vais encore lui taper dessus ?
Simon : mais non c'est pas ça…Ah ! Je sais pas comment te dire ça, mais des fois t'es encore plus maladroit que moi alors tu vois c'est pas peu dire !
Georgi : je vais essayer de faire au mieux …pas facile…

Et il quitta la pièce…
La première chose que vit Fyorentina en ouvrant les yeux fut le plafond blanc de l'hôpital. Un grand soupir sortit de sa gorge alors qu'elle regardait autour d'elle. Hôpital. Pensa -t-elle. Ils avaient donc essayé de la supprimer, et visiblement avaient failli réussir leur coup. L'infirmière à côté d'elle lui sourit : " Bonjour mademoiselle Van Wynckel, comment vous sentez-vous ? "
- Pas très bien, chuchota la jeune femme qui commençait à se demander pourquoi elle s'était éveillée.
- C'est normal, mais vous êtes sortie d'affaire.
La porte s'ouvrit à cet instant. Elle aurait reconnu ce pas entre mille. Georgi. Son Georgi. Elle se sentait si triste à chaque fois qu'elle pensait à lui. Pourquoi ? Etait-ce la jalousie ? Il se pencha sur elle et l'embrassa avec douceur sur le front. Il avait l'air épuisé et ses yeux étaient tristes. Lui aussi ressentait cette tristesse en la voyant ?
" Tu m'as fait très peur Fyo… "
- Ce n'était pas vraiment voulu.
- Je sais. Je te demande pardon.
La sincérité contenue dans son regard faillit la faire pleurer.
" C'est moi qui te demande pardon Georgi. Nous n'étions plus nous-mêmes. Et … "
- Ca suffit. Je voulais que tu saches que je regrettais.
- Comment vont les autres ? Ils ne sont pas trop fâchés ?
- Ca va, ils ont vu pire tu sais.
- Et Leena ?
Le russe baissa la tête. " Elle a été enlevée. "
Fyora ne sut pas quoi répondre. Elle était effondrée. Tous ses efforts n'auraient-ils servi à rien ?
Il ne savait plus quoi dire. Leena était ce qu'il avait de plus cher au monde, et il avait de la peine de le reconnaître devant Fyora.
" Bon, va la chercher. "
- Fyora…
Les yeux de la jeune femme lancèrent des éclairs.
" Ta place est avec les autres. Moi je suis sauvée. Tu vois, je parle, je suis réveillée. Tout va bien. "
Elle appuya sa déclaration d'un sourire. Georgi semblait douter. Puis il serra sa main très fort.
" Prends soin de toi Fyora. "
" Toi aussi Georgi. "
Il se retira. Et elle se mit à pleurer sans retenue. Elle en était sûre à présent. Elle enviait Leena. Et elle devait faire quelque chose. Ne serait-ce que pour se faire pardonner avant de les laisser à leur bonheur.

Part 7