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Largo, Joy et Kerensky s'étaient retrouvés dans le Bunker. Largo était assis sur les marches, Joy se tenait debout à côté de Georgi qui, pour une fois n'était pas tourné vers son écran. Largo était encore poussiéreux. Il n'avait pas pris le temps de se changer. Joy non plus. Georgi les regardait, attendant une réaction.
" Bon sang, dites moi que c'est un cauchemar… " Largo passa la main dans ses cheveux.
Joy baissait les yeux.
" Où est Simon ? " demanda Georgi.
Joy releva la tête. Elle regarda le russe. Il était calme, mais pâle. Elle crut voir de la peur au fond de ses yeux.
" Il est en haut. On a réussi à lui faire boire des calmants. Il dort. Ca vaut mieux. "
" Georgi, trouve des infos, n'importe quoi, mais TROUVE QUELQUE CHOSE ! " Largo criait. Spontanément, Georgi se leva. Puis se rassit et remit ses lunettes.
" Excuse moi Georgi… Je ne… je suis à cran. "
" Je sais Largo. "
Le siège pivota, et Kerensky pointa le doigt sur son patron :
" Mais si j'entends un seul d'entre vous soupçonner un autre membre de l'équipe, je vous jure que je me tire et que vous ne me verrez plus jamais ! Ai-je été assez clair ? "
Joy posa la main sur l'épaule de Kerensky, et Largo ressentit comme une brûlure au cœur. Ces deux là s'étaient rapprochés sans qu'il ne s'en rende compte, et faisaient front maintenant. Autrefois, Joy se serait fait un malin plaisir de pousser Kerensky dans ses derniers retranchements. Et aujourd'hui…
Il quitta la pièce.
Il se rendit presque avec joie à la réunion du Conseil, même s'il n'écouta les discours que d'une oreille distraite, se reposant sur Sullivan pour répondre aux questions les plus épineuses. Son esprit vagabondait. Cardignac… Qu'est ce qui l'avait poussé à le trahir? Et Vanessa maintenant avait été tuée. Pourquoi elle ? Tous ceux qui étaient proches de lui ou d'un des membres de son équipe disparaissaient. Même Sullivan avait failli mourir. Il comprit soudain pourquoi Joy et Kerensky étaient si seuls. Il y avait Arden père, mais c'était un agent du FBI… Fyorentina… Mais c'était une tueuse. Pour survivre il fallait donc être redoutable… et monstrueux ?
" Largo. LARGO ! "
" Einh ? Ah pardon John, vous disiez ? "
" Vous n'avez rien écouté, RIEN. Voilà plus de dix minutes qu'ils sont tous partis, vous allez me dire ce qui se passe à la fin ? "
" Vanessa, la sœur de Simon a été tuée. Devant ses yeux. Ce matin. "
" Quoi ? "
L'Irlandais perdit contenance. Il s'assit et dénoua sa cravate.
" Oh mon dieu… "
" Vous l'avez dit. "
" Comment va Simon ? "
" Mal. Il en veut au monde entier. "
Joy arriva sur ses entrefaits.
" Largo, viens, Simon est devenu fou. "
Largo bondit et courut à la suite de son garde du corps. Dans l'ascenseur il demanda quelques précisions.
" Il est descendu. Kerensky faisait des recherches, mais il n'a rien trouvé, et Simon est entré dans une rage folle. Georgi est très calme, mais je le connais, un mot de travers et il va exploser. "
Largo regarda fixement Joy. Son discours lui parvenait comme au ralenti. Jamais elle n'appelait Kerensky de son prénom, préférant la distance. Elle parlait de lui comme quelqu'un avec qui elle partageait quelque chose de très fort… Elle avait dit : " Je le connais ".
Elle se précipita dans le Bunker, Largo sur ses talons.
Simon hurlait et se rapprochait de Kerensky qui à chaque pas du Suisse reculait doucement. Le russe jeta un coup d'œil à Largo.
" Elle est morte ! Ma petite sœur à moi !!!!! On était cinq à savoir ! Elle, Largo, Joy, toi et moi ! Où il est le problème ? Tu sais où il est ? Y a une putain de taupe ! Et tu veux que je te dise !? "
" Simon ça suffit. "
La voix glaciale de Largo retentit. Simon s'effondra en larmes. Devant les yeux ébahis de Joy et Largo, Kerensky s'accroupit près de lui, et lui parla avec une douceur insoupçonnée.
" Simon, je te jure qu'on va leur faire payer. Je ferai tout pour ça. Je te ramènerai la tête de ces salauds. Mais laisse moi faire mon boulot. Plus on s'excite, plus on perd de temps. Tu es d'accord ? "
Simon sembla se calmer, et quitta le Bunker, sans un regard en arrière.
" Kerensky ? "
" Oui. "
Encore une fois, Largo fut saisi par la complicité entre Joy et Georgi. Il commençait à se sentir franchement mal à l'aise en leur compagnie.
" J'ai eu le rapport, il semble que ce soit bien Vanessa qui se trouvait dans la voiture. "
" Et merde… " soupira Largo.
" D'après les témoignages du restau-route, c'est un gars assez grand, de corpulence moyenne, vêtu de noir qui aurait pu faire le coup. Il n'arrêtait pas de regarder l'heure et de boire du café. Il est sorti, dix minutes à peine avant… "
" On n'est pas beaucoup plus avancés. "
" Je fais ce que je peux Largo. "
Kerensky avait parlé d'une voix sèche, mais Largo choisit de ne pas relever.
" Que donnent les caméras du resto ? "
" Elles n'étaient pas en marche ce matin. "
" Comme par hasard. "
Le silence s'instaura, qui ne fut plus troublé que par les bruits du clavier et de l'ordinateur.
" Il y a un traître parmi nous. "
La voix de Largo sonna comme un coup de fouet. Kerensky arrêta de taper sur les touches et regarda son patron.
" Et tu es arrivé à cette constatation tout seul ? "
" Georgi, je n'aime pas ton attitude. "
" Moi non plus figure toi Largo. On est déjà passés par là une fois, on ne va pas recommencer. "
" Sois réaliste ! Simon avait raison ! On était cinq à être au courant ! "
" Faux. Cette idiote a envoyé un email, autant le crier sur tous les toits ! N'importe qui a pu intercepter ce courrier ! Alors tu arrêtes avec ta parano à deux francs ! "
" Largo, Georgi, s'il vous plaît ! "
Joy les regardait, inquiète.
" Désolé. " grommela Kerensky.
Largo faillit tomber à la renverse. Kerensky qui s'excusait devant Joy ?
Largo voulut ajouter quelque chose, lorsque Kerensky se leva brusquement et sortit du Bunker en courant.
Joy et Largo se regardèrent. Puis s'approchèrent de l'écran. Les empreintes relevées sur le mur extérieur du resto route, là d'où le meurtrier avait tiré correspondaient à celles de John Sullivan. Et l'information avait été communiquée à Simon.
Joy poussa un juron et courut à la suite de Kerensky, accompagnée de Largo.
" Ce n'est pas lui !!!! " Hurla Kerensky en se jetant sur Simon.
Blême, John était assis dans son fauteuil, tenu en joue par Simon, hors de lui. Le coup partit dans le plafond, et l'arme vola plus loin. Georgi avait frappé puis tordu le poignet de Simon qui hurla de douleur.
" Laisse moi le descendre ! "
" C'est un coup monté !!! "
" Salaud ! Tu es de son côté !!! "
Simon réussit à se dégager de l'emprise de Kerensky et plongea vers son arme, au moment où Joy et Largo arrivaient.
" STOOP !!!! " hurla Joy.
Largo se précipita vers John et fit rempart de son corps. Simon regarda tour à tour Joy à la porte, Largo debout devant Sullivan, et Kerensky, au milieu de la pièce.
" Ce sont de fausses infos, Simon. Quelqu'un a réussi à entrer dans le système informatique et à avoir accès à mon terminal. On m'a balancé de faux renseignements. Je te jure que c'est vrai. "
Paniqué, Simon, ne savait quelle attitude adopter.
" Pose ce flingue, s'il te plaît… Simon. "
Largo avait parlé d'une voix douce.
" Je…je suis désolé Largo, je sais pas ce qui m'a pris. Je suis désolé. "
Le revolver tomba au sol avec un bruit sourd. Largo s'approcha de Simon et le prit dans ses bras.
" C'est fini… allez calme toi… "
John, Joy et Georgi quittèrent le bureau.
" Ca va aller John ? " demanda Kerensky en lui donnant une tape sur l'épaule.
" Je suis trop vieux pour ces émotions. "
~~oOo~~
Il sourit en repensant aux évènements de la journée. Il n'aurait pu espérer mieux… Bientôt
ils seraient tous à point et il n'aurait plus qu'à les cueillir… Il appuya sur la touche " delete " et tout
le dossier du meurtre de Vanessa fut effacé.
Saint Sylvestre
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