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Il en était à sa quatrième tasse de café de la matinée. Rien n'allait comme il voulait. L'équipe faisait preuve d'une belle complicité malgré tous ses efforts. Un frisson le parcourut lorsqu'il pensa à la surprise qu'il leur causerait lorsqu'ils sauraient que c'était lui. Il se reprit. Ils ne sauraient pas. Trop risqué. Il regretterait ce temps de l'amitié. Mais après tout, il était bien payé, il obtiendrait un poste haut placé, ou une balle dans la tête. N'importe quoi pourvu que ce soit rapide et bien fait. Il s'en voulut de penser à la mort en cet instant qui devait être le moment du triomphe. Mais il avait oublié ce qu'était l'optimisme dans les années noires de sa jeunesse. Personne ne pourrait jamais le comprendre ni rivaliser avec lui, sauf peut-être les enfants du tiers monde. Et encore. Eux n'avaient pas grandi dans un pays dit développé. Il pensa aux milliard injectés dans la lutte contre la pauvreté, ailleurs. Personne ne songe à balayer devant sa porte ou dans sa propre cave. Les secrets enfouis doivent le rester pour toujours. Il avait tout connu, la prison, l'errance, la solitude, le désespoir, l'oubli. Et la vengeance. Cette vengeance qui rimait avec revanche et qu'il attendait depuis des années. Il savait bien qui était le jeune homme lorsqu'ils s'étaient rencontrés la première fois. Il épiait les vies des hommes les plus riches du monde, attendant de saisir l'occasion de leur ravir la vedette, de prendre la place d'un être cher. Ce scénario, il l'avait joué dans sa tête des centaines de fois. Mais jamais n'était arrivé ce moment tant attendu. Il s'y était fait, et finalement, c'était beaucoup plus drôle maintenant. Il entama sa cinquième tasse de café en songeant à sa patrie. Il se demanda s'il avait une conscience. S'il en avait eu une, peut être aurait-il pensé aux intérêts de tous, avant de penser à ses intérêts propres. Peut être aurait il pris les armes pour défendre son pays d'un ennemi chimérique fait de pièces et de billets. Il songea aux utopies, aux idéologies mortes et soupira. Il jouait dans la cours des grands à présent, la notion de pays n'évoquait plus rien pour lui. Ne restait plus que la notion de pouvoir. Le pouvoir pour lequel des hommes comme Cardignac acceptaient de mourir. Et non celui qui était destiné à la cause juste. Il vit l'horloge murale et se leva pour ne rien manquer du spectacle. Il lui faudrait être convainquant.
Simon triturait la copie papier de l'email entre ses doigts. Il était assis à l'arrière. Joy conduisait et Largo était assis du côté passager.
" Vite, on va arriver en retard. "
" Relax Simon, on est en avance. "
Largo sentait l'impatience de son ami. Lui aussi était impatient. De revoir Vanessa. Seule Joy restait silencieuse. Professionnelle. Ils avaient rendez-vous dans un resto-route. Malgré l'incongruité du lieu, Joy n'avait élevé aucune objection. Ce qui était assez surprenant en soi. Bien qu'à la réflexion, elle n'aurait rien pu faire pour dissuader Simon d'y aller.
" De quoi veut-elle te parler ? " demanda Largo, pour couper court au silence.
" Elle a dit qu'elle avait des infos sur celui qui a bousillé ses freins. Et aussi sur les types qui nous ont attaqués pendant le pique nique. "
" On aurait pu se voir au château. " maugréa Joy.
Ni Largo, ni Simon ne répondirent, ils venaient de voir le resto-route se profiler à l'horizon. Joy se gara sur le parking et ils sortirent tous les trois.
" Je ferais mieux d'y aller seul. " dit Simon.
" Elle est déjà arrivée ? " demanda Joy.
" Non, je ne vois pas sa voiture. "
" Tu vois, je t'avais dit qu'on était en avance. " plaisanta Largo en donnant une tape à son ami.
Ils se retournèrent vers la route. Il y avait peu de circulation. Ce qui était relativement normal pour un dimanche matin. Simon guettait chaque voiture. Soudain, son visage s'illumina. Une voiture amorça le virage pour le parking. Le Suisse fit de grands signes, mais Largo changea de couleur alors que Joy sortait son arme. Seul Simon n'avait pas eu l'air de voir le projectile. Sortit de nulle part, il percuta la voiture qui explosa instantanément. Simon, Largo et Joy furent projetés au loin par le souffle, et les vitres du restaurant volèrent en éclat. Simon se redressa et courut en hurlant :
" NOOOOOOOONNNNNNNN !!!!!!!!!!!!!!!! "
Largo se précipita à sa suite, le ceinturant au sol. Joy tirait en direction d'une jeep noire qui filait sur l'autoroute. Elle hésita. Devait-elle suivre le véhicule ou rester auprès de ses amis ? Elle regarda le spectacle qui s'offrait à ses yeux. Rendue sourde par l'explosion, elle avait l'impression de regarder un mauvais film à la télé. Simon hurlait, enfin, vu les mouvements de sa bouche, c'était la seule solution possible. Largo tentait tant bien que mal de le retenir. Et il avait raison. Le spectacle ne devait pas être beau à voir dans la voiture qui continuait à brûler. Comme dans un rêve, elle vit les gyrophares : police, ambulance, pompiers. Et journalistes. Evidemment.
Elle retrouva l'usage de ses oreilles lorsque Simon cria :
" On était cinq avec elle à savoir ! CINQ !!!!!!!! C'est l'un de vous, ou c'est Kerensky ! Et qui que ce soit, je le hais !!!!! "
Largo était blême, et pour la première fois, Joy Arden se sentit mal et vomit ses tripes.
Vengeance
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