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OINT DE VUE DE... (part 4) |
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- Non, je ne dis rien, j'envisage la possibilité que celui que tu asentendu sur la bande soit un imitateur relativement doué…
- Oui, mais et la ressemblance physique ?
- Sans parler des empreintes !, intervint Simon.
- Tu nous a bien dit que Nerio avait un sosie ? Ou est le problème, qui te dis qu'il n'en avait pas un autre, ou que la Commission en avait un à sa disposition, en réserve pour le jour où elle aurait voulu avoir main mise sur le groupe W ?
- Mais quel intérêt de jeter Nerio du haut du balcon ?, l'interrompit Simon. Si leur but était de mettre un faux Nerio, tout dévoué à la Commission à la place du vrai, pourquoi le balancer par la fenêtre ?
- N'oublie pas une chose Simon. Ce n'est pas Nerio qui a volé, c'est son sosie… Imagine un instant la surprise du tueur lorsqu'il veut tuer Nerio et se rend compte que le vrai Nerio est parti depuis belle lurette, c'est une hypothèse, ça bouleverse tous leurs plans. S'ils ne tuent pas le vrai Nerio ils n'ont aucune chance de mettre le faux à sa place ! Alors le tueur panique, et jette le sosie dans le vide.
- Ca se tient ton histoire, mais alors, on enterre le sosie, je prends la place de Nerio et du coup la Commission me tombe dessus.
- Oui, largo à peu de choses près c'est ça.
- Mais Georgi… où est le vrai Nerio ? Et pourquoi faire apparaître un faux Nerio maintenant ? Le russe haussa les épaules. " Ca j'avoue, je n'en sais rien. Ca m'échappe. Mais en tout cas Snejana a découvert sur toutes les empreintes la même substance qui indiquerait qu'il ne s'agit que d'un copiage… Le empreintes de Nerio ont été copiées et reproduites à chaque fois sur les surfaces. Quoi que tu en dises, le vrai Nerio n'était pas en Allemagne… "
- Peut être qu'il est vraiment mort maintenant… Comme nous ignorions l'existence de son double et toute l'histoire, nous avons perdu un an…en un an il a pu se passer des choses… Peut être que son cancer l'a tué, qu'il était hospitalisé quelque part et que la Commission qui a certainement dû le chercher activement pendant toute l'année a finalement retrouvé sa trace ? Tous les regards avaient convergé vers la jeune femme. Largo semblait perdu. " Vous vous imaginez ? Je perds mon père, j'apprends qu'il est vivant mais qu'il serait mort entre temps… C'est un vrai cauchemar… " Simon toussota. Ca me fait de la peine de l'admettre Largo, mais si l'hypothèse de Georgi est juste, alors celle de Fyor… Snejana se tient parfaitement, et serait plutôt logique… "
- D'accord, vous avez gagné. On oriente nos recherches dans ce sens là… Georgi et Snejana, vous voulez bien faire des recherches sur tout le territoire ? Les deux acquiescèrent d'un même mouvement de tête qui mit Largo mal à l'aise. Simon et lui-même avaient décidé de fouiller dans les dossiers du groupe et de voir s'il n'y avait pas mention d'un sanatorium quelconque, ou de toute autre piste. Lorsqu'ils furent sortis, le regard perçant de Georgi s'arrêta sur
Snejana, assise juste face à lui. " J'ai comme la sale impression que tu me caches quelque chose. Tu avais l'air trop sûre de toi au sujet de Nerio Winch. " La jeune femme baissa les yeux : " Ecoute Georgi… C'est vrai que je sais certaines choses, mais je te promets que je ne veux pas te nuire… " Les yeux du russe brillèrent de colère : " Oh comme c'est touchant… Je commence à en avoir singulièrement assez de me retrouver dans des situations invraisemblables… "
- Ne t'énerves pas et laisse moi t'expliquer !
- Je t'écoute.
- Quand je suis arrivée à New York, Giovanni venait de recevoir une étrange lettre, où Nerio lui demandait de lui venir en aide. J'ai analysé la lettre et j'ai découvert que Nerio Winch était encore en vie et que c'était lui qui avait écrit cette lettre. Giovanni a envoyé un groupe à la recherche de Nerio. C'était trop tard, Winch était porté disparu. Il s'était évadé d'après les médecins. Une des infirmières a déclaré à nos hommes que le traitement avait bien fonctionné mais que sa santé s'était dégradée d'un coup… Giovanni a entamé des recherches mais sans résultat… Tu vois, je n'en sais pas vraiment plus. Georgi resta silencieux quelques instants : " C'est vrai. Je m'excuse, un moment j'ai vraiment douté de toi… je te demande pardon. "
- Non, c'est moi. Je n'aurais pas dû te cacher ça…
- Bon ça va, on en reste là. Mais je t'avoue que j'ai un mauvais pressentiment… Fyorentina s'abstint de répondre, visiblement elle pensait à autre chose. " Quelque chose ne va pas Fyo ? "
- Non, ce n'est rien… Il faut qu'on s'y mette, et franchement, je ne sais pas par où commencer…
- Par le commencement, il faut qu'on refasse tout le planning de Nerio à partir de son départ du Groupe. Tu veux bien t'en charger ? Moi je tâche de voir avec l'hôpital ce que je peux en tirer… Oh et pendant que j'y pense, demande la lettre ou une copie à Giovanni, j'ai une petite idée, un nouveau logiciel à tester… Fyorentina avait obtenu de Giovanni qu'il lui confie la lettre qu'il avait précieusement gardé. Kerensky scanna la lettre dans son intégralité, ordonna une analyse de chaque caractère, intégra toutes ses données dans son logiciel, et démarra la recherche. Fyorentina était restée penchée par dessus son épaule et regardait toute ses manipulations. " Voilà. Nous pouvons aller manger un morceau, le logiciel va faire sa recherche. Si Nerio a rédigé un quelconque document et qu'il a été scanné et enregistré dans une base de données ce logiciel va le retrouver, analyser l'écriture et me donner tous les renseignements concernant ce document. Ca risque de prendre du temps. Mais ça vaut le coup. " En sortant, ils constatèrent que le soir était déjà là. Il l'emmena donc dîner dans un restaurant chinois qu'il connaissait bien. Le restaurant, intimiste, leur permis de parler librement. Le service était rapide et leurs rouleaux de printemps et le thé étaient servis lorsque Fyorentina entama la conversation. " Tu m'as présenté comme ta petite sœur à Largo et Simon. Pourquoi ? "
- A cause de Maryssa. Je me suis planté une fois. Si je leur avais dit que tu n'étais qu'une amie, ils ne t'auraient jamais accordé leur confiance. Mais il y a une autre raison aussi. Et celle-là je préfère la garder pour moi pour l'instant.
- En tout cas, je suis flattée que tu m'estimes assez pour me considérer comme un membre de ta famille... Georgi s'abstint de répondre. Il avait envie d'en dire plus mais d'abord il devait réunir les preuves… Et il devait d'abord régler le problème de Largo. Et surtout il devait arrêter d'espérer. Depuis que Vanessa avait débarqué par le plus grand des hasards dans la vie de Simon, il s'était remis à espérer. Ils dînèrent assez rapidement, de canard et de riz cantonais mais laissèrent le saqué pour un autre soir au grand désappointement du patron. Ils revinrent au Bunker, avec un peu d'appréhension et y trouvèrent Largo et Simon plus une masse de cartons.
Ils les regardèrent entrer, et leurs regards se dirigèrent vers les machines. Georgi et Fyora se regardèrent aussi. Ils avaient compris. Effectivement, l'ordinateur de Georgi avait trouvé des traces du passage de Nerio Winch en Angleterre. Il avait loué une voiture à Manchester, puis s'était arrêté pour prendre de l'essence à Bury. Et s'était rendu visiblement dans un village nommé Heptonstall. Fyora avait la main posée sur l'épaule de Georgi. Il avait décrit l'itinéraire de Nerio à haute voix. Aucun des deux n'osait regarder Largo. Celui-ci avait une voix blanche lorsqu'il prit la parole : " Comment tu sais que c'est lui ? "
- Parce que j'ai croisé toutes les données. C'est lui. Devant l'assurance du russe, Largo ne sut que dire puis : " On prend le jet. On y va. "
- Maintenant ? s'écria Simon.
- Maintenant.
- Mais t'es dingue ! Tu sais quelle heure il est ???
- S'il te plaît Simon…
- Largo.
La voix de Georgi retentit. Ni lui, ni Fyora n'avaient bougé, leurs regards étaient fixés sur l'écran. " Oui Georgi ? "
- Les informations datent d'il y a trois mois. Depuis il n'a pas bougé, visiblement. J'ai complètement perdu sa trace…
- Tu peux être plus clair ?
- Il veut dire que soit votre père s'est coupé du monde, soit…
- Il est mort, termina Georgi.
Largo avait envie de disparaître. Le frère et la sœur étaient tellement sur la même longueur d'onde qu'il en avait presque peur. Il avait cette impression constante qu'ils en disaient moins qu'ils n'en savaient, et la torture était insoutenable. Il prit une profonde inspiration : " On y va. Tout de suite. Georgi tu viens avec, toi aussi Snejana. Et à partir de maintenant on se tutoie, moi c'est Largo, lui c'est Simon. Aller bougez-vous ! "
Heptonstall, 8am.
Sur la colline, Largo admirait le village en contrebas. Il n'avait jamais vu un aussi beau paysage. Ils étaient arrivés à pied, après avoir laissé la voiture sur la route sur les conseils de Simon. Ils avaient marché à côté de champs séparés par de petits murets de briques. Puis étaient arrivés au bas du village médiéval. Snejana leur avait conseillé de monter au sommet de la colline pour admirer le paysage. Largo, Simon et Georgi sentaient que la jeune femme était déjà venue à cet endroit. Les maisons étaient presque les une sur les autres, noircies par les années, et surtout, il leur semblait que le temps s'était arrêté. Aucune voiture ne pouvait circuler dans le village, aucun câble n'était visible et seul un glacier ambulant, qui tirait sa roulotte leur rappelait le temps présent. Les gens étaient rares dans les rues, même les enfants étaient peu nombreux et farouches. Au sortir du village, ils marchèrent entourés de champs et brusquement, la civilisation fut là. Des pavillons, tout un quartier ultra moderne était apparu presque comme par enchantement. " Ca surprend n'est ce pas ? " commenta Fyorentina avec un sourire amer. Personne ne lui répondit. Le contraste était tellement saisissant qu'ils en restaient choqués. Ils allèrent jusqu'aux premiers pavillons. " Comment on va retrouver Nerio ? " s'interrogea Largo à haute voix.
- J'avoue que pour une fois je n'en ai aucune idée…, répondit Kerensky. Tu as une idée Snej ?
- Peut être en demandant au bureau de poste ? Ou à des habitants ? Largo sortit une photo un peu cornée. Il la tenait presque convulsivement. Simon lui tendit la main : " J'y vais si tu veux Largo… " Le jeune homme tendit la photo à Simon. Il avait les yeux baissés. Georgi et Fyorentina virent Simon se diriger vers la porte d'une des petites maisons, sonner. Quelqu'un ouvrit avec qui il parla un peu. La photo fut montrée. Ce fut très court. Simon revint vers le petit groupe. Largo releva la tête, l'espoir plein les yeux. " Il faut descendre au vieux village, il paraît qu'on pourra nous renseigner. " Simon avait le visage fermé et Fyora remarqua qu'il avait tourné sa phrase de façon à ne rien indiquer. Elle jeta un regard en biais à Georgi qui lui fit signe de la tête. Elle les quitta dès l'entrée au village et Kerensky réussi à faire comprendre à Simon que la jeune femme était allée se renseigner discrètement. " Bon Largo, le prend pas mal mais j'ai quand même faim, je te signale qu'on a pas dormi, que le décalage horaire est mal foutu et bref, on s'arrête. " Perdu, Largo regarda Kerensky. " Je suis assez d'accord avec Simon… Installons nous dans une pâtisserie, ça nous permettra de demander au commerçant s'il connaît Nerio. " Il avait volontairement appuyé sur le présent. Ils s'installèrent dans la pâtisserie et Simon se fit un devoir de s'empiffrer et de rendre le sourire à un Largo mort d'inquiétude. Kerensky restait fidèle à lui-même. Mais au fond de lui, il avait de la peine pour Largo. Non seulement, son père n'avait témoigné qu'indifférence à son égard, mais il était capable de jeter son fils en pâture au Groupe pour satisfaire une envie de retraite… Décidément, il ne comprendrait jamais les américains… Il était passé 9h quand Fyorentina les retrouva. Aussitôt, Simon redevint sérieux. Son visage n'exprimait absolument rien et Georgi sourit intérieurement. Elle lui ressemblait vraiment beaucoup… Elle commanda un café serré et mangea un croissant qui avait échappé à Simon. Les regards des trois hommes étaient rivés sur elle. Elle finit son petit déjeuner,
s'essuya les lèvres. " Je sais où il est. " Largo se leva si brusquement qu'il en renversa sa chaise. Ils se remirent en route. La jeune femme les guidait, et alors qu'ils sortaient du village, mais cette fois latéralement, ils virent un vieil homme qui semblait les attendre. Il échangea quelques mots avec Fyora, fit un sourire en direction de Largo et marcha devant eux. Ils avaient marché depuis quinze minutes environ et arrivèrent à un verger. Le muret de pierres était semblable à ceux qu'ils avaient déjà croisés, et la prairie et les arbres étaient les mêmes qu'ailleurs. Ils traversèrent le verger et arrivèrent en vue d'une rivière. Un saule pleureur, seul, la bordait. Juste en dessous de l'arbre, en partie cachée par les branches, et qui semblait regarder vers l'eau et l'autre bord était plantée une croix celtique. Ils laissèrent Largo s'approcher seul. Georgi et Fyora se donnaient le bras et Simon avait l'air grave. Sur la pierre sculptée étaient gravés ces mots : " Nerio Winch, que la menace de la mort conduisit sur nos terres ". Largo tomba à genoux et posa la tête contre la croix. La date qui figurait en dessous de l'épitaphe était si récente. Il était mort à peine trois mois auparavant… ce que confirma le vieil homme qui avait pris soin de lui jusqu'au dernier jour à Kerensky… Ils ne s'attardèrent guère en Angleterre, devenue symbole de désillusion pour Largo. Après ces tristes retrouvailles, il avait pu rencontrer les gens qui avaient connu son père. Ils lui avaient confié quelques affaires, des photos surtout. Ce fut un Largo complètement anesthésié qui rentra avec Simon, Kerensky et Fyorentina. Il s'enferma au penthouse et refusa de voir qui que ce soit. Simon qui avait bien tenté de le voir le trouva assis devant la grande baie vitrée, les yeux dans le vague. Fyorentina et Georgi s'étaient chargés d'annoncer la nouvelle à John Sullivan qui dut s'asseoir tant la nouvelle le secoua. Georgi répugnait à lui parler de certaines formalités mais pour être définitivement tranquilles vis à vis de la Commission, ils devaient fournir la preuve que le corps enterré était bien celui de Nerio. En entendant la requête de Georgi, Sullivan se prit la tête entre les mains :
" Comment faites vous pour rester de glace Kerensky ? "
- Je ne connaissais pas mr Winch, ça aide.
- Oui, oui c'est cela sans doute. Bon laissez moi deux minutes. Le temps de me reprendre. Je m'en occupe, mais surtout ne dites rien à Largo.
- Croyez moi John, je n'en ai pas l'intention. Il est assez bouleversé comme ça. Et je ne tiens pas à le mettre en colère… Pas inutilement en tout cas. Fyorentina et Georgi retournèrent au bunker et attendirent que Simon revienne. Lorsqu'il les rejoignit, il resta face à eux.
" Ecoute Georgi… Je voulais te dire… Je regrette… Pour l'aéroport et tout. Tu sais j'étais bien con. Mais maintenant, maintenant que Largo est vraiment seul, il va avoir encore plus besoin de nous… Alors, voilà, s'il te plaît. Ne nous laisse pas tomber. On a besoin de toi. " Simon lui tendit la main. Kerensky la serra franchement.
" Merci, tu es un type bien Georgi. " Le russe haussa les épaules. " Qu'est ce qu'on fait maintenant ? "
- L'affaire Nerio est classée. On a retrouvé le vrai, le faux on s'en fout. Mais il faudrait aller prévenir Joy. Devant l'air convaincu de Georgi et Fyora, Simon capitula : " Ok je m'y colle, mais c'est à charge de revanche. Vous pendant ce temps, occupez vous de Largo. " Ni Fyorentina, ni Georgi n'osaient parler, mais ils s'inquiétaient pour la même raison. La réponse à leur question arriva sous la forme d'un appel téléphonique de John qui les conviait à le rejoindre dans le bureau. Assis derrière son bureau, John Sullivan n'avait pas l'air en très grande forme. " J'ai eu la réponse, dit-il sans laisser le temps à Fyora et Georgi de répondre. C'est bien lui. Cette fois, Nerio Winch n'est plus… J'ai ici un fax qui me confirme que le corps est bien le sien. Mais je vous avoue que je ne sais pas trop quoi faire… "
- Si vous permettez que je vous donne un conseil, monsieur Sullivan, dit Fyorentina, c'est de ne pas bouger. La Commission apprendra bien assez tôt que nous sommes au courant de sa supercherie, si elle ne le sait pas déjà.
- Oui, vous avez sans doute raison. Mais il y a aussi autre chose. Joy
Arden sera des nôtres à compter de demain. Et comme Kerensky reste avec nous, malheureusement, nous allons devoir nous passer de vos services, Fyorentina. Vous m'en voyez sincèrement navré… Mais Largo n'a rien voulu entendre… Il veut faire comme si rien n'était arrivé et même si je n'approuve pas entièrement ce choix, je le comprends… Sullivan avait vraiment l'air déçu et n'osait pas croiser le regard de Kerensky ni de Fyora.
" Je comprends très bien, monsieur Sullivan. Ce fut un réel plaisir de travailler avec vous. " La jeune femme se leva et serra la main de l'irlandais, puis quitta la pièce accompagnée de Kerensky. " Que vas-tu faire ? ", lui demanda
ce dernier.
- Retourner chez moi. Finir mes études, reprendre ma vie là où je l'ai laissée il y a deux ans.
- Tu rentres en Belgique ?
- Oui.
Il accusa le coup. C'est en silence qu'ils retournèrent au Bunker. Fyorentina rassembla ses affaires, sous le regard de
Georgi. " Bon, je vais y aller. "
- Tu veux que je t'accompagne ?
- Non, je me débrouillerai.
- Tu es sûre ?
- Oui, je vais rentrer et préparer mes valises. Je voudrais partir assez
rapidement. J'ai beaucoup de temps à rattraper.
- Et Giovanni ?
- Il est au courant. Je lui ai dit que je rentrerai le jour où Jagger serait mort. Je suis restée un peu plus longtemps que prévu. Ce-disant elle s'était approchée de lui. " Tu es sûre que tu veux retourner en Europe ? "
- Certaine. Mais je ne te laisserai pas sans nouvelles si c'est ça qui t'inquiète.
- Tu me le promets ?
- C'est promis. Et maintenant qu'il n'y a plus Jagger entre nous, rien ne nous empêche de nous voir librement…
Elle l'enlaça brusquement et il referma ses bras autour d'elle. La voix nouée par l'émotion il murmura : " Tu vas me manquer…sœurette… "
- Toi aussi mon Georgi… Mais on se reverra, je le sais. Elle se dressa sur la pointe des pieds et déposa un baiser sur ses lèvres. Ses yeux étaient humides de larmes qu'elle retenait. Elle s'écarta et partit sans se retourner. Georgi regarda autour de lui. Une page venait de son histoire venait de se tourner. Il reprit sa place devant l'écran de son ordinateur, l'air absent. Entendit la porte s'ouvrir, mais ne réagit pas. Largo, Simon et Joy venaient d'entrer. Comme avant. Comme si toute cette histoire n'avait été qu'un rêve. Joy, pâle mais souriante, comme Largo qui avait passé un bras autour de ses épaules. Ah tiens, ils ont l'air de bien s'entendre, remarqua Georgi. Simon était déjà à côté de lui. Il bavardait mais Georgi n'écoutait pas. Ses pensées allaient vers Fyorentina, qu'il avait fait passer pour Snejana. Sa chère Snejana, dont il avait appris l'existence deux ans auparavant, incidemment en triant de vieilles lettres…
Largo et Joy étaient à sa hauteur et ses sens se remirent à fonctionner. Il entendait le trio plaisanter sur le retour à la normale, sur des questions qui faisaient leur quotidien. Comme si de rien n'était…
Mon cher Georgi,
Tu seras un adulte lorsque tu recevras cette lettre, c'est ainsi que je l'ai voulu. La vie que je te réservais devait être plus gaie. Mais hélas, le destin m'a rattrapé, un jour peut être tu seras en mesure de comprendre. En attendant il te faut savoir que tu n'est pas seul au monde. Une personne je l'espère a échapper à la folie dans laquelle je me
suis jeté. Elle est de mon sang et du tien, même si ce n'est qu'à moitié. Elle s'appelle Snejana Kerensky, c'est ma douce enfant que j'ai voulu te faire connaître plus d'une fois, mais qui par cette simple rencontre risque sa vie. Je te sais capable de la retrouver, je sais que vos vies se croiseront. Mais je ne peux t'en dire plus. Adieu mon fils. Amitav Kerensky.
Il remit la lettre dans le coffret. Sa vie ressemblait vraiment à celle de Largo ou Simon… Chacun avait ses cicatrices, ses faiblesses… Ce qui les liait plus qu'ils ne le pensaient. Georgi Kerensky repensa aux derniers évènements, et se demander si somme toute il n'avait pas rêvé. Mais non, Largo avait mûri, Joy avait repris sa place, Simon restait égal à lui-même. Et surtout, Jagger était mort. Encore une épreuve qui les avait rapprochés. Mais pour combien de temps ? Le temps de faire ses recherches ? Ou le temps d'oublier l'existence de celle qui le
poursuivait jusque dans ses rêves où il la voyait s'éloigner de plus en plus. Le téléphone sonna. La vie reprenait le dessus, les souvenirs s'effritaient. Et avec eux, les questions. La seule certitude qui lui restait était que le monde était vraiment trop compliqué…
Fin
A lire: La danseuse
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