V ACANCES EN FLORIDE (part 1)
 




Aéroport
Largo tenait toujours Joy dans ses bras et pleurait à chaudes larmes. Non, elle ne pouvait pas mourir, se disait-il, elle n'avait pas le droit de le laisser, pas maintenant alors qu'il venait seulement de se rendre compte à quel point il tenait à elle. La voix de Simon, aussi bouleversé que lui, le tira de ses pensées :
" Je viens de prévenir l'ambulance, elle sera là dans 5 minutes.
_Simon, dis-moi que ce n'est pas vrai, implora Largo, que c'est un cauchemar, que je vais me réveiller. Hein Simon, elle n'est pas morte ? ? Elle va s 'en sortir ? ?
_T'inquiète pas, Larg', elle est solide notre Joy, lui dit Simon pour le rassurer, mais on voyait qu'il n'était pas très convaincu de ce qu'il disait.
_Joy, ne m'abandonne pas, j'ai besoin de toi, tiens bon, une ambulance va bientôt arriver, il faut que tu tiennes jusque là. "
Malgré toutes ses supplications, le visage de Joy restait complètement fermé, ses paupières étaient désespérément closes et elle ne respirait plus. Seul son cœur continuait à battre, mais très faiblement. Largo appuya son visage sur celui de son amie, des larmes coulèrent de son visage et continuèrent leur chemin le long du cou de Joy. S'adressant à Simon, il murmura :
" Simon, je m'en veux beaucoup, tu sais. C'est à cause de moi qu'elle est dans cet état, elle voulait me sauver.
_Ne t'en veux pas, ce n'est pas de ta faute, c'est son job de te protéger et elle a préféré risquer sa vie plutôt que de te voir en péril.
_Je ne le méritais pas, je l'ai fait tant souffrir, je m'en rends compte maintenant. "
Et il se remit à pleurer.
Peu après, l'ambulance arriva sur place. Largo vit la scène comme dans un rêve –ou plutôt un cauchemar. Les voix des ambulanciers qui s'affairaient autour de Joy lui semblaient très lointaines, sa tête bourdonnait. Simon dut le secouer pour qu'il reprenne ses esprits. Ils montèrent tous deux dans l'ambulance. Largo avait perdu toute notion du temps. Quand ils arrivèrent à l'hôpital, Largo n'aurait pu dire combien de temps ils avaient roulé.
Hôpital
Joy fut transférée aux urgences et Largo et Simon durent attendre dans une petit pièce. Largo se tenait le tête à deux mains tandis que Simon arpentait la pièce de long en large. L'attente était insupportable. Enfin, la porte s'ouvrit et un homme d'une quarantaine d'années vêtu d'une blouse blanche apparut. Son visage était grave. Largo se précipita vers lui.
" Alors ? ? questionna-t-il d'une voix très anxieuse.
_Je vais être franc avec vous. Elle a reçu un gros choc. Son cœur qui battait très faiblement s'est arrêté au moment où nous l'avons sortie de l'ambulance. Mes collègues ont pensé qu'elle était bel et bien morte mais j'ai préféré ne rien vous dire car j'avais la conviction que son petit cœur pouvait se remettre à battre si nous faisions le maximum. Je ne peux pas vous décrire tout ce que nous avons fait, mais maintenant le cœur de Melle Arden rebat. Néanmoins, elle va assez mal, elle ne s'est toujours pas réveillée et sa respiration n'est revenue que depuis une heure. Nous avons pu retiré la balle qui s'était logée dans son épaule gauche, mais elle ne pourra pas bouger son bras pendant au moins trois semaines. Nous lui avons posé une sorte d'attelle pour empêcher tout mouvement. Vous pouvez venir la voir, Monsieur Winch, si vous voulez, mais pas longtemps. Votre ami pourra la voir après vous.
Largo suivit donc le chirurgien. Lorsqu'il entra dans la pièce où se trouvait Joy, une boule lui noua la gorge. Joy était étendue inerte, de nombreux tuyaux l'entouraient, permettant de préserver le peu de vie qui restait en elle. Largo prit une de ses mains dans les siennes. Il articula difficilement :
" Je suis là Joy, tu vas t'en sortir, tu ne peux pas mourir. Il déposa un tendre baiser sur ses lèvres dans l'espoir que cela la réveille, mais La Belle au Bois Dormant reste un conte et la belle princesse n'eut pas le moindre frémissement. Le médecin lui faisant signe qu'il devait sortir, il lâcha la main de Joy et se dirigea vers la porte. Simon l'attendait dans l'embrasure à côté du médecin. Arrivé à la sortie, Largo se retourna brusquement : un son venait de sortir de la bouche de Joy.
" …Largo… Je … Je … J'ai besoin de toi… Ne … Ne pars pas… Je… " Sa bouche continuait d'articuler des paroles mais plus aucun son n'en sortit.
" Oui Joy, dit Largo tout ému, retenant avec peine son envie de crier sa joie, je suis là, je suis près de toi. " Il se rapprocha du lit. Les yeux de Joy s'ouvrirent lentement. Sur sa bouche se dessinait un léger sourire. Elle reprit tout doucement, ses yeux brillait, mais d'une lueur étrange, irréelle :
" Je suis au paradis, Largo est près de moi, il me regarde enfin, Largo… Oh Largo, je t'aime…". Ses paupières se refermèrent ainsi que sa bouche. Largo aurait cru qu'il avait rêvé, qu'il s'était imaginé ses paroles si Simon n'avait pas été témoin de la scène.
" Vous avez entendu, docteur, s'écria Largo, elle a parlé, ELLE A PARLE ! ! Elle s'est enfin réveillée !
_Oui, elle a parlé, fit le docteur, mais pour ce qui est de s'être réveillée…
_Mais, objecta Largo, elle a ouvert les yeux.
_Oui, c'est vrai, reprit Simon.
_Oui, répondit le docteur, mais vous avez vu son regard ? J'ai l'impression que votre amie était toujours très loin, pas encore revenue sur notre bonne vieille Terre ! Mais je pense que ça ne saurait tarder.
_Est-ce que nous pouvons rester ici cette nuit, demanda Largo. Je ne veux pas la laisser. Je veux être là quand elle se réveillera.
_D'accord, mais vous ne pouvez pas rester dans la chambre. Je vais faire mettre 2 matelas dans la pièce dont vous voyez la fenêtre. Elle communique par là avec la chambre de Joy. Comme ça vous pourrez à tout moment la regarder. Si vous voyez qu'elle se réveille, appelez-moi. Surtout, n'entrez pas dans la chambre sans mon accord. Je suis de garde toute la nuit. Demain, ce sera un autre médecin qui prendra le relais.
_Merci beaucoup docteur, dit Largo. "
Les matelas furent installés et ils se retrouvèrent tous les deux, Simon et Largo, dans la petit pièce. Il était déjà 23 heures.
_Hé Largo, dit Simon, je propose que je reste à veiller sur Joy jusqu'à 3h30 et après tu prendras le relais jusqu'à 8 heures.
_Ok Simon.
Simon s'installa devant la vitre et Largo s'étendit sur un matelas. Mais il avait beau se retourner dans tous les sens, impossible de dormir. Il avait trop peur pour Joy, peur que, malgré ce qu'avait dit le docteur, elle ne meure. Il décida donc de se lever et prit une chaise pour s'asseoir à côté de Simon. _Ben alors, vieux frère, fit celui-ci, tu ne dors pas ?
_Non, je peux pas, je n'arrête pas de penser à elle. J'ai si peur pour elle.
_Allez, t'en fais pas, le rassura Simon. Ce n'est plus qu'une question d'heures pour qu'elle se réveille.
Ils restèrent deux heures ainsi, assis côte à côte, sans parler. Puis, Largo lança :
_Tu sais Simon, je m'en veux.
_Pourquoi ? lui demanda son ami. Je t'ai déjà dit que c'était pas ta faute.
_Je sais, mais je m'en veux de pas lui avoir dit que je l'aimais. Je me rends compte seulement maintenant à quel point je tiens à elle. Et puis aussi, je n'ai pas osé lui dire car je n'étais pas sûr que ces sentiments soient partagés. Même encore maintenant, je ne sais pas…
_Attends Largo, le coupa Simon, tu ne vas pas me dire que tu ne t'es jamais aperçu qu'elle t'aimait ? ? En plus, elle te l'a dit, là. Et ça crève les yeux ! T'as peut-être pas vu tout l'amour qu'il y avait dans son regard quand tu la tenais dans tes bras à l'aéroport ? ? ? Non mais t'es aveugle ? ? Et tu t'es jamais demandé pourquoi elle tirait toujours une gueule de cent pieds de long quand t'étais avec une autre fille ou, plus récemment, avec ta Diana ? ? T'as jamais vu comme elle souffrait ? ?
_Arrête Simon, s'il te plaît, implora Largo. Non, je n'avais jamais vu, ou peut-être n'ais-je pas voulu voir. Et quand elle a dit qu'elle m'aimait, tout à l'heure, elle n'était pas dans son état normal. Mais maintenant tu m'as ouvert les yeux, je t'en remercie de tout cœur. On va enfin pouvoir rattraper le temps perdu. Déjà, avant toute chose, je vais appeler Diana pour lui dire que c'est fini et que je veux qu'elle quitte mon appart immédiatement.
_Hé Largo, tu sais quelle heure il est ? ? On est en pleine nuit, tu peux pas l'appeler maintenant, objecta Simon.
_Je vais me gêner, répondit Largo. Et il sortit son téléphone portable. Il composa le numéro de son appart. La sonnerie retentit longtemps avant que Diana ne décroche.
" _Allo ? ?
_Diana, c'est moi Largo.
_Qu'est-ce qui te prends de m'appeler en pleine nuit ? En plus, t'as réveillé Jack !
_Diana, c'est fini, tu m'entends ? C'est fini entre nous. Je veux que tu partes de chez moi tout de suite. T'as compris ? Tu prends tes affaires et tu dégages !
_Non, mais attends Largo, qu'est-ce qui te prend ? ? Tu plaisantes ? ?
_Non, je ne plaisante pas. Fais ce que je te dis. Adieu. "
Largo éteignit son portable.
_Bravo Largo, le félicita Simon ! T'as bien fait. J'aimerais bien voir la tête qu'elle tire maintenant ! !
_Oui, t'as raison, approuva Largo, ça doit être marrant à voir !
_Largo…, dit Simon, redevenant sérieux.
_Oui ? répondit Largo.
_Il faut que je te dise quelque chose.
_Je t'écoute.
_Tu sais, à l'aéroport, quand j'ai téléphoné à Kerensky, eh bien je suis tombé sur un répondeur. Il… Il annonçait sa démission.
_Non ! ! Mais pourquoi ? ?
_Il est très vexé par le manque de confiance que nous lui avons accordé. Ca ne lui a vraiment pas plu.
_Je le comprends, dit Largo, nous avons été très dur avec lui. Mais comment allons-nous faire maintenant ? Nous avons besoin de lui pour démasquer la taupe !
_Oui, nous avons vraiment besoin de lui. Il faut le convaincre de revenir.
_Je suis bien de cet avis, mais faudrait déjà pouvoir le joindre !
_Tu sais, je pense qu'il est chez lui. Il croit tellement qu'on ne lui fait plus confiance qu'il ne s'imagine pas qu'on va chercher à le joindre.
_Peut-être. On peut toujours essayer.
Avant de composer le numéro de Georgi, Largo jeta un coup d'œil à travers la vitre qui les séparait de la chambre de Joy. Celle-ci n'avait pas bougé. Son cœur se serra.
Appartement de Kerensky
Après avoir pris toutes ses affaires dans le bunker, Kerensky était effectivement revenu chez lui. Il avait posé ses cartons dans un coin et avait sorti une bouteille de vodka du buffet. Il était furieux contre ses " amis ". Comme s'il était capable de les trahir ! ! Il était resté affalé sur la table, la bouteille de Vodka se vidant progressivement, pendant plusieurs heures. Puis il s'était jeté sur son lit, sans prendre le temps de se déshabiller. Il avait sommeillé pendant une heure et quand il se réveilla, sa colère était tombée. Il éprouva du regret à être parti. Largo venait peut-être de retrouver son père qu'il croyait mort depuis longtemps, il était donc normal qu'il soit un peu perturbé. Cela n'excusait bien sûr pas la conduite de Simon ni celle de Joy, mais il sentait que eux aussi devait le regretter. Ils avaient traversé tant d'aventures ensemble. Oui, il était sûr qu'au fond d'eux, ils ne croyaient pas à sa trahison. D'ailleurs, c'était un peu sa faute à lui, il n'aurait pas du leur mentir à propos de Ragger. Il était dans cet état d'esprit quand le téléphone sonna.
" _Allo ?
_Georgi, c'est Largo. Je t'appelle pour m'excuser pour tout à l'heure. J'étais un peu chamboulé par l'idée que mon père était vivant et que…
_Largo, tu te rends compte de l'heure qu'il est ? ? Que fais-tu encore debout ? demanda Kerensky. Ok, ça me regarde pas, mais bon. T'as pas besoin de t'excuser. C'est déjà oublié, enfin pas vraiment. Je vous en veux encore, surtout à Simon et à Joy. Je ne pense pas que je reviendrai travailler avec vous, si c'est pour ça que t'appelle. Mais je pourrai toujours vous donner un coup de main un jour où vous serez dans le pétrin. Puis, en plaisantant : Au fait, tu leur diras, à Simon et à Joy, que si vraiment ils me croient coupable, qu'ils essaient de m'arrêter. Ca m'étonnerait qu'ils y arrivent.
_Ca, c'est sûr, répondit Largo, surtout Joy… En prononçant son nom, Largo sentit ses yeux s'emplir de larmes et il ne put continuer sa phrase.
_Quoi ? questionna Georgi, inquiet. Qu'est-ce qui ne va pas ?
_A l'aéroport, on est tombé dans une embuscade. Quelqu'un s'apprêtait à me tirer dessus, elle s'est interposée… Et elle s'est pris la balle. Elle est dans le coma.
_Comment ? S'écria Kerensky, t'aurais pas pu commencer par ça ? Elle va s'en sortir ?
_Normalement oui. On attend qu'elle se réveille. On se demandait si tu pouvais pas…
_Compris, vous voulez que je retrouve la taupe, celle qui a balancé le lieu où vous alliez? Bien sûr que je vais m 'en charger. Le temps de remettre tout en place dans le bunker et je m'y mets tout de suite. Ah je vous jure, on va leur faire payer à ces salauds (Kerensky tenait plus à Joy qu'il ne voulait bien l'avouer). Bon, vous m'appelez dès que Joy se réveille, ok ?
_Ok, tchao.
_Tchao. "
Hôpital
Largo éteignit son portable, puis raconta la conversation à Simon.
" _Quand je lui ai dit pour Joy, après il était plus question de démission, s'exclama Largo. Puis redevenant sérieux :
_Je suis vraiment soulagé que Kerensky revienne.
_Moi aussi, dit Simon.
Tout à coup, Largo s'écria :
-Regarde Simon, Joy a ouvert les yeux, elle essaie de se redresser.
_Oui, t'as raison. Vite, appelle le docteur.
Deux minutes, tous les trois entouraient Joy.
" Non, ne bougez pas, dit le médecin. Restez allongée.
_Aïe, laissa échapper Joy, mon épaule, ma tête.
_Reste tranquille, Joy, dit Largo. On est là, ça va aller.
_Oh Largo, j'ai eu tellement peur pour toi ! Tu n'as rien ?
_Arrête Joy ! l'interrompit Simon. C'est toi la blessée !
_Que m'est-il arrivé ? demanda Joy.
_Tu ne te rappelles pas ? dit Largo. Tu t'es interposé entre le tueur et moi, et c'est toi qui a pris la balle qui m'était destinée. Tu viens seulement de te réveiller.
_A l'épaule, je me suis pris la balle, non ? questionna Joy. Je le sens, j'ai très mal !
_Oui, répondit le docteur, vous devrez rester tranquille pendant trois semaines et faire le moins de mouvement possible avec votre épaule. D'ailleurs, je vous ai mis une attelle.
_Hé, s'écria Joy, je ne pourrai jamais rester trois semaines sans bouger le bras. Je vous signale que je tiens mon pistolet à deux mains. Et si je ne peux pas tirer, qui va s'occuper de protéger Largo ? Vous, peut-être ?
_Calmez-vous, dit le médecin. Je n'y suis pour rien !
_Joy… commença Largo d'une voix très douce.
_Oui ?
_Je crois que nous allons prendre une semaine de vacances avec toute l'équipe. Histoire que tu te reposes et aussi de se faire pardonner de Kerensky…
_Comment ça se faire pardonner de Kerensky ? questionna Joy. Qu'est-ce qu'il a ?
_Tu te rappelles pas ? demanda Simon. Nous avons cru que c'était lui le traître. Il l'a très mal pris et il a démissionné. Heureusement, Largo lui a téléphoné, et si au début il ne voulait pas reprendre avec nous, quand on lui a dit pour toi, il n'a plus été question de démission.
_Ah ok, fit Joy. Mais vous savez, je ne pensais pas ce que j'ai dit. On était tous un peu tendu.
A Largo : Je ne veux pas que vous vous en fassiez pour moi. Je n'ai pas besoin de me reposer. Et puis, ton père ? Il faut le retrouver. Et le vrai traître ?
_Kerensky peut toujours emmener son matériel avec lui, répondit Largo. John dirigera le groupe en mon absence. Et puis, tu sais, pour mon père… Plus j'y pense, moins je suis convaincu que c'est vraiment lui.
_Bon, c'est pas le tout, les interrompit Simon, mais notre petite Joy a besoin de repos. Elle est encore si faible.
_Comment ? ? cria Joy furieuse. Répète un peu ce que tu viens de dire ? ? " Notre petite Joy ", " si faible " ? ? Non mais, je vais te montrer moi si je suis faible. " Elle essaya de se redresser, mais une violente douleur dans l'épaule l'obligea à interrompre son geste.
_En tout cas, t'es toujours aussi susceptible. Je plaisantais. Mais c'est vrai que tu as besoin de repos. ET puis, tu devrais être heureuse : tu vas avoir trois chevaliers servants prêts à obéir à tes moindres désirs pendant une semaine ! Tu te rends compte de la chance que tu as ? lui dit Simon en déposant un léger baiser sur son front.
_Mais…, commença Joy, n'en profite pas. " Elle allait ajouter quelque chose, mais elle s'arrêta. Puis :
" Bon ok, je capitule, c'est quand qu'on part ? (ouah, c'est vachement français, ça ! !), laissa-t-elle tomber. Au fond d'elle elle était heureuse : elle allait avoir Largo pendant une semaine rien que pour elle. La belle vie, quoi. Mais tout de suite elle se rassombrit : Non, elle ne devait pas se laisser aller. C'était son patron. Elle n'avait pas le droit.
_Dans trois jours, répondit Largo, en la regardant avec infiniment de tendresse.

_Bon, il faut maintenant laisser Melle Arden se reposer, dit le médecin.
Largo et Simon se dirigèrent vers la sortie. Ils furent interrompus par Joy :
_Hé, les gars, dit-elle, je préférerais que vous n'alliez pas dans la chambre à côté, je n'aime pas être observée. Et puis, maintenant que je suis réveillée, vous n'avez plus à vous en faire.
_A vos ordres chef, dit Simon le sourire aux lèvres. Puis, à Largo :
Allez viens, vieux frère, puisque Joy ne veut pas de nous, on s'en va.
_J'arrive, répondit Largo. A Joy :
On revient te voir dès que le médecin nous y autorise. 
_Revenez vers midi, dit celui-ci. En attendant, vous devriez aller vous changer les idées. "
Simon et Largo sortirent donc de l'hôpital.
" Et maintenant, on fait quoi pendant nos 4 heures de libre ? questionna Simon.
_Je propose qu 'on aille au bunker voir Kerensky, répondit Largo. On lui donnera des nouvelles de Joy et on lui parlera des vacances.
_Ok, très bon programme. En route. "
Au bunker :
" Salut Kerensky, dit Largo à Georgi penché sur son ordinateur, comment vas-tu ?
_Ca pourrait être pire, répondit Kerensky en se retournant. Et Joy, comment va-t-elle ? Elle s'est réveillée ?
_Oui, dit Largo, on a eu très peur pour elle, mais maintenant elle va bien.
_Ouf, laissa échapper Georgi.
_Au fait Georgi…, commença Simon, je tenais à m'excuser pour hier, je ne pensais pas ce que je disais…
_C'est bon, le coupa Kerensky, c'est oublié. Mais vous m'avez fait beaucoup de peine. Puis, changeant de sujet :
Pour notre taupe, je n'ai pas encore trouvé grand chose, je vais continuer à chercher.
_Ok, dit Largo. Puis : Tu sais, pour Joy, elle va être obligée de rester tranquille pendant quelques semaines, alors, on s'est dit que quelques jours de vacances lui feraient le plus grand bien. On part dans trois jours en Floride. Tu veux venir ?
_C'est tentant, répondit Kerensky, mais je préfère rester ici pour démasquer la taupe. Merci quand même.
_Tu es sûr ? insista Simon. On aimerait bien que tu viennes, et puis tu devrais te changer les idées, rester enfermé comme ça c'est pas bon.
_Merci de t'occuper de ma petite santé, dit Kerensky en souriant, mais non, je ne viendrai pas avec vous.
_Tant pis, fit Largo. Tu peux au moins venir voir Joy. On retourne à l'hôpital à midi.
_J'aurais beaucoup aimé la voir, déclara Kerensky, mais quand elle sera sur pieds. Je ne pense pas que je supporterai de la voir dans un lit d'hôpital. Mais offrez-lui ce bouquet de fleurs de ma part ", ajouta-t-il en se dirigeant vers un vase situé de l'autre côté de la table du bunker. Il sortit les fleurs du vase et mit du papier d'alu autour des tiges. Puis, tendant le bouquet à Largo :
" Tu l'embrasseras de ma part.
_Ok, pas de problème, répondit celui-ci. Ca va lui faire très plaisir. Bon, on va te laisser, je dois aller demander à John s'il veut bien s'occuper du groupe en notre absence.
_D'acc, tchao. "
Simon et Largo prirent l'ascenseur jusqu'au bureau de John. Largo toqua à la porte.
Bureau de John :
" Entrez, cria John. Les apercevant :
_Bonjour, comment va Joy ? ?
_Ca va, répondit Simon, elle s'est réveillée. Elle va bien. Il faut juste qu'elle se tienne tranquille pendant quelques semaines à cause de son épaule.
_A ce propos, dit Largo, on a pensé que quelques jours de vacances au soleil, en Floride par exemple, lui ferait du bien… Et à nous aussi…
_Je vois, le coupa John, vous voulez que je m'occupe du groupe pendant votre absence, c'est ça ?
_Ben oui.
_Hum, je ne sais pas, dit John en faisant mine de réfléchir. Puis le visage éclairé d'un grand sourire : Bien sûr, je vais m'en occuper, vous avez bien le droit de vous changer les idées. Kerensky part avec vous ?
_Non, il reste, répondit Largo, il n'a pas voulu venir.
_Vous partez quand ? questionna John.
_Dans trois jours, répondit Largo. Je pense que Joy pourra sortir après-demain. Le temps qu'on prépare nos affaires et…
_Et vous me laissez tomber, continua John en rigolant. Vous comptez aller où en Floride ?
_Je crois me souvenir que mon père possédait une petite maison dans une crique avec une plage privée, non ?
_Oui, répondit John, je vois. Bon, je n'ai plus qu'à vous souhaiter de passer de bonnes vacances.
_Merci. "
Largo et Simon prirent congé de John et quittèrent le siège du groupe W.
Dans la voiture de Largo :
" N'empêche Largo, dit Simon, ça m'épate que Kerensky ait acheté des fleurs pour Joy. Et en plus, avant qu'on lui dise qu'il pouvait venir la voir. Moi qui pensais qu'ils ne s'aimaient pas beaucoup.
_Détrompe-toi Simon, ils s'admirent et s'apprécient beaucoup au contraire, même s'ils ne l'avouent pas.
_Hé regarde Largo, s'écria Simon en désignant une enveloppe dans le bouquet, il lui a même écrit un petit mot. Tu crois que ça se verrait si on l'ouvrait ?
_Ca va pas ? protesta Largo. Il n'en est pas question, ça ne nous regarde pas.
_Oh, fit Simon déçu, t'es vraiment pas marrant. Bon, il est 11h30, on va voir Joy ?
_Ok, on y va. 
_Largo… commença Simon.
_Quoi ?
_ Tu crois qu'il y aura de jolies filles en Floride ?
_Non, mais arrête ! Ah, tu changeras jamais. Je te signale qu'on y va pour Joy, j'espère que tu vas pas la laisser tomber.
_Hé, protesta Simon, il faut bien que je m'occupe pendant que vous serez tous les deux à…
_Attends, le coupa Largo, ça veut dire quoi ça ?
_Ben, je veux pas tenir la chandelle moi. Puis, devant le regard furieux de son ami, il ajouta :
_T'énerve pas, Larg', je disais ça pour plaisanter. Mais j'espère que tu ne vas pas laisser passer une opportunité pareille. Tu vas lui parler, hein Largo?
_Je sais pas.
_Comment ça tu sais pas ?
_Je ne sais pas comment l'aborder, elle m'intimide tu sais.
_Non, je rêve, dit Simon, Largo, le grand dragueur, intimidé par sa garde du corps ? On aura tout vu !
_Te moque pas, Simon. Bon, on est arrivé.
_Ca t'arrange, hein ? " dit Simon en rigolant.
Hôpital :
" Quel est le numéro de la chambre de Melle Arden ? demanda Largo à la réceptionniste.
_Chambre 3287, 3ème étage.
Arrivé à la chambre de Joy ;
_Coucou, nous revoilà, dit Simon, un grand sourire sur le visage, alors comment vas-tu ?
_Ca va un peu mieux que ce matin, répondit Joy.
_Tiens, dit Largo en lui tendant le bouquet, c'est de la part de Kerensky.
_De la part de Kerensky ?, répéta Joy surprise.
_Regarde, dit Simon, il y a un petit mot. "
Joy prit l'enveloppe et l'ouvrit. Elle lut intérieurement :
" Ma chère Joy (son visage s'éclaira : c'était bien la 1ère fois qu'il l'appelait ainsi), je n'ai pas voulu te rendre visite car je préfère te voir debout plutôt que couchée dans un lit d'hôpital. J'ai tenu néanmoins à te prouver toute mon amitié en t'offrant ces modestes fleurs qui, je l'espère, te plairont.
Je t'embrasse affectueusement. Georgi. "
Elle eut à peine le temps de reposer la carte que déjà Simon la questionna :
" Alors ? Qu'est-ce qu'il a marqué ? Fais voir.
_Mais ça ne te regarde pas, répondit Joy. Puis :
Le médecin a dit que je pourrais sortir après demain. Il trouve excellente l'idée des vacances. Au fait, nous partirons où ?
_En Floride, répondit Largo, mon père possède une maison au bord de la mer. Ca va être super, tu verras.
_Mais je n'en doute pas, dit Joy, j'ai hâte de partir. Je m'ennuie déjà à l'hôpital.
Le bunker, deux jours plus tard, 22 heures
" Alors, ça y est, vous avez préparé vos affaires ? demanda Kerensky.
_Hé oui, j'ai hâte de partir, répondit Simon. Franchement, je ne comprends pas que tu ne veuilles pas venir.
_Ecoute, on en a déjà parlé, ça ne me dit rien, c'est tout. Ne discute pas, ordonna Kerensky d'un ton sec.
_Oh, ne commencez pas à vous disputer tous les deux, interrompit Joy. Georgi, tu as préparé le matériel que nous devons emmener et qui va nous permettre de rester en contact ?
_Bien sûr, qu'est-ce que tu crois, répondit Kerensky, y'en a qui travaille, eux !
_Ca veut dire quoi ça ? questionna Joy, en colère.
_Bon, ça suffit maintenant, intervint Largo, on se calme !
_Hé, c'est lui qui me cherche, protesta Joy.
_Georgi, dit Largo, on part demain matin à 10 heures. On prend le jet privé. Tout est en ordre ?
_Oui, pas de problème, répondit Kerensky.
_Très bien. On passera te dire au revoir demain matin vers 8 heures, ok ?
_Ok.
_Au fait Georgi, dit Joy, merci pour les fleurs, je n'avais pas encore eu le temps de te le dire, mais ça m'a fait très plaisir.
_De rien, c'est tout naturel, répondit Kerensky, l'air indifférent même si, au fond de lui, il était heureux qu'elles lui aient plu. Puis : Bon, à demain !
_Ouais, à demain.
A Joy et Simon : _On se retrouve ici demain matin à 8 heures ? proposa Largo
_Ca marche. "
Appartement de Joy, 22h30
Une fois seule dans son appartement, Joy se mit à enlever son attelle pour refaire le pansement. Le docteur lui avait dit de le changer tous les soirs pendant une semaine, puis une fois tous les deux jours. Elle désinfecta la plaie en grimaçant de douleur, puis mit un nouveau bandage. L'opération lui prit environ un quart d'heure, car d'une main, ce n'était pas très pratique. Une fois sa tâche terminée, elle alla se coucher car elle voulait être en forme pour le lendemain. Cependant, elle ne réussit pas à s'endormir tout de suite car elle n'arrêtait pas de penser à leur semaine de vacances. D'un côté, elle était heureuse : la mer, le soleil, pas de fusillade et…Largo aux petits soins pour elle. Mais d'un autre, elle se sentait anxieuse : Largo voudrait sûrement avoir une discussion avec elle. Elle savait qu'elle ne pourrait plus y échapper éternellement. D'ailleurs, elle ne comprenait pas pourquoi cette perspective lui faisait peur : elle aurait du se réjouir ! Enfin, elle verrait bien, il fallait qu'elle dorme maintenant.


Part 2