V ACANCES EN FLORIDE (part 2)
 




Le bunker, 8 heures
" Alors, le grand jour est arrivé ? fit remarquer Kerensky.
_Hé oui, tu vas enfin être débarrassé de nous pendant une semaine. Le rêve ! plaisanta Joy.
_T'as raison, répondit Kerensky, le sourire aux lèvres, ça c'est des vraies vacances pour moi. Mais trêve de plaisanteries, je crois qu'il est temps que vous partiez et me laissiez à mon triste sort…
_De toute façon, rétorqua Largo, on s'appelle ce soir, ainsi que tous les autres soirs de la semaine, alors tu vas pas être seul longtemps.
_Ouais, et j'ai beaucoup de travail. Il faut que je me mette sérieusement à la recherche de cette maudite taupe.
_Bon, on va te laisser alors, dit Simon. J'espère qu'on ne te manquera pas de trop.
_Ca, y'a pas de risque, répondit Kerensky. Allez, bonnes vacances !
_Merci ! "
Resté seul, Georgi se pencha d'un air soucieux sur l'écran de son ordinateur. Il n'avait pas voulu leur dire, mais il avait découvert quelque chose au sujet du traître. Cependant, ça ne le satisfaisait pas : tout portait à croire que c'était Marissa la taupe ! ! Ce n'était pas possible, il avait entièrement confiance en elle. Il ne parvenait pas à s'imaginer qu'elle ait pu les trahir. Pourtant, il avait découvert ses empreintes dans l'appartement de Simon, d'où avait été envoyée la photo le montrant lui et Jagger. De plus, la caméra de surveillance qu'il avait installée dans l'appart de Simon avait été déconnectée de 13 à 14 heures et quand il avait demandé à Marissa ce qu'elle avait fait en début d'après-midi ce jour-là, elle s'était troublée et avait répondu qu'elle était allée faire un tour dehors. Or, il avait vérifié sur les caméras à la sortie du building : Marissa n'était pas sortie pendant cette période. Il fallait qu'il tire cette affaire au clair. Tout à l'heure, il irait interroger Marissa. Si celle-ci était vraiment la taupe, il le découvrirait rapidement : au KGB, il avait appris comment faire parler les suspects, même les plus réticents. Il regarda la photo de Jagger et lui, c'était un très bon montage, n'importe qui s'y serait laissé prendre, sauf lui car il savait évidemment qu'il n'avait pas rencontré Jagger ces derniers temps, et pour cause : il était persuadé l'avoir tué il y a 6 ans !
Dans le jet, 10 h 45
Les 3 amis étaient confortablement installés : Largo et Simon étaient affalés dans des fauteuils et Joy était allongée sur le canapé. Son épaule la faisait souffrir beaucoup mais elle ne le montrait pas. La voix du commandant de bord les obligea à se redresser et à attacher leur ceinture : ils commençaient la descente sur Miami. Cinq minutes plus tard, ils atterrissaient en douceur. Dehors le soleil brillait et il faisait très chaud : rien à voir avec la grisaille de New York ! Une voiture les attendait à la sortie de l'aéroport, Sullivan en avait réservé une avant leur départ. Largo prit le volant.
Floride, 11 heures.
" Ah, le soleil, s'exclama Simon, je sens que notre semaine de vacances va être merveilleuse !
_Je l'espère, répondit Largo. "
Un quart d'heure plus tard, ils arrivaient devant une magnifique villa au milieu d'une vaste propriété. La maison n'était pas extrêmement grande –il n'y avait qu'un étage– mais elle était somptueuse. De larges baies vitrées offraient une magnifique vue sur la mer d'un bleu éclatant. Une petite plage de sable s'étendait à moins de vingt mètres de la demeure.
" Ouahou ! s'écria Simon, comme c'est beau !
_Oui, c'est vraiment magnifique, renchérit Joy. Puis s'adressant à Largo : Y'a parfois des bons côtés à être la garde du corps d'un milliardaire !
_Seulement parfois ? demanda Largo, amusé.
_Bon, vous faites comme vous voulez, dit Simon, mais moi je vais me changer et hop un petit plongeon ! !
_Attends nous ! "
Ils pénètrèrent tous les trois dans la maison. Elle était aussi belle de l'intérieur que de l'extérieur.
" Au fait, dit Largo, je ne vous avais pas dit, mais Sullivan nous a déniché une femme de ménage pour la semaine. Il paraît que c'est en plus un vrai cordon bleu. Elle arrive à deux heures.
_Cool ! s'enthousiasma Simon. Je sens que nous allons bien nous entendre…
_Je te vois venir, interrompit Largo. N'y compte pas, elle est mariée !
_Oh zut alors, fit Simon, déçu. Je vais engueuler Sullivan en rentrant !
_Allez arrête, dit Largo. Vous venez ? On monte à l'étage pour que je vous montre vos chambres.
_Ok, on te suit. "
Ils gravirent l'escalier. Arrivé dans le couloir, Largo fit la distribution des chambres.
" Bon, la première à gauche c'est la mienne, ensuite c'est celle de Joy et celle au fond du couloir à droite c'est pour Simon.
_Hé, protesta Simon, je me fais avoir dans l'histoire, j'ai même pas la vue sur la mer !
_Oh tu vas pas te plaindre, répondit Largo en souriant, d'ailleurs, j'étais pas obligé de t'emmener !
_Bon, vous arrêtez de vous chamailler, intervint Joy en voyant que Simon commençait à s'énerver. On se retrouve en bas dans 10 minutes, ok ? "
Sur ce, chacun pénétra dans sa chambre respective.
Dès qu'elle fut entrée, Joy ouvrit vite sa valise pour prendre un cachet contre la douleur qu'elle avait mis dans sa trousse de toilette car elle avait vraiment très mal à son épaule. Puis, elle se mit en maillot de bain. Elle noua un paréo autour de sa taille, prit un livre et descendit sur la plage. Largo et Simon étaient déjà assis sur leur serviette, Largo portait un caleçon noir et Simon un à carreau jaune et bleu. Elle posa la sienne à côté de celle de Largo (elle était sa garde rapprochée, non ?) en feignant de ne pas remarquer les deux paires d'yeux braqués sur elle. Puis, ne pouvant plus tenir, elle dit d'un ton agacé :
" Bon, vous arrêtez de me regarder comme ça !
_Wahou ! ! ! laissa échapper Simon avec un sifflement admiratif. Tu devrais venir habillée comme ça au boulot, tu aurais du succès. "
Joy portait un maillot de bain deux pièces de couleur pourpre. Le haut se nouait dans le cou et le bas tenait également par deux nœuds. Elle lança à Simon un regard noir.
" Sans commentaires, s'il te plaît, ou sinon…
_Sinon quoi, tu sais bien que tu es trop faible pour te défendre, ironisa Simon. D'ailleurs je connais un moyen très efficace pour te rendre inoffensive : il suffit que je tire sur les jolis nœuds et…
_Essaie un peu et on sera obligé de t'emmener aux urgences ! prévint Joy.
_Oh, ça va, calme-toi, dit Simon, on ne peut plus plaisanter avec toi.
_Bon, je croyais que vous vouliez vous baigner…, rappela Joy pour couper court à la conversation.
_T'as raison, acquiesça Largo qui voyait bien que Joy allait réellement s'énerver si Simon continuait. Tu viens Simon, on y va ?
_Ok Larg'. "
Joy les regarda un moment s'amuser dans l'eau. Ils avaient décidé de faire une course jusqu'à un rocher. Largo avait plusieurs mètres d'avance sur Simon et se retournait pour le narguer. Joy se disait que ça faisait longtemps qu'elle n'avait pas été aussi heureuse.
Une demi-heure plus tard, les deux amis sortirent de l'eau. Joy essayait de se mettre de la crème solaire dans le dos. Elle s'arrêta en voyant revenir Largo et Simon.
" Alors, elle est bonne, leur lança Joy.
_Super, répondit Largo en secouant sa tête au dessus de Joy, tiens juge par toi-même.
_Arrête c'est pas drôle, je vais être gaugée après (bon ok, elle aurait pas pu dire gaugé, elle est pas Franc-Comtoise. Pour ceux qui connaissent pas, ça veut dire trempé. A prononcer en appuyant bien sur le " au ".)
_Bon, j'ai soif, moi, annonça Simon, je vais me chercher à boire, je vous ramène des cocktails de jus de fruits ?
_C'est une très bonne idée, approuva Largo. Des fois, tu m'épates ! "
Restés seuls, Largo dit à Joy :
" J'ai vu que tu essayais de t'étaler de la crème dans le dos avant qu'on n'arrive, mais t'avais l'air de pas trop y arriver avec une seule main. Tu veux que je t'aide ?
_Non non, j'y parviendrai bien toute seule, répondit Joy très vite.
_Arrête tu vois bien que t'y arrives pas. Allez laisse-moi faire.
_Bon, ok, fit Joy en se mettant à plat ventre. "
Elle se contracta en sentant la main de Largo se poser sur ses épaules. Elle ne voulait pas se laisser aller à cette tendre caresse. Largo sentait bien qu'elle était tendue. Il lui dit :
" Allez, relaxe-toi Joy. "
Joy ne voulait pas que Largo voie qu'elle était troublée alors elle relâcha ses muscles.
" Tu sais que tu as la peau très douce, Joy, chuchota Largo à son oreille et c'est vrai que tu as un très beau maillot de bain.
_N'en profite pas, Largo, prévint Joy, d'ailleurs je pense que la crème est assez étalée, non ? " ajouta-t-elle car Simon allait bientôt revenir et elle ne voulait pas qu'il fasse encore des commentaires.
En effet, il arriva avec trois verres à la main.
" Jus d'orange, jus d'ananas, jus de pamplemousse et grenadine, annonça-t-il en leur tendant les verres.
_Merci beaucoup Simon, tu es un ange, dit Joy avec un petit air malicieux. "
Largo et Simon burent très vite leur cocktail et Simon proposa :
" On va faire un volley, Largo ?
_Ouais, c'est une très bonne idée, dit-il en se levant. "
Le filet se trouvait tout à côté de l'endroit où ils avaient posé leur serviette. Joy s'allongea sur le ventre de façon à pouvoir les voir jouer. Sans s'en rendre compte, elle fixait des yeux le torse de Largo et se remémorait avec délice ses chaudes mains posées sur sa peau.

Un quart d'heure plus tard, Largo et Simon revinrent vers Joy.
" Déjà fini ? leur demanda-t-elle.
_Oui, dit Largo, on vient de se rappeler que la cuisinière arrive à 14 heures et il est déjà 13h55 ! On va aller se doucher. Tu fais quoi, tu restes encore un peu sur la plage ou tu rentres ?
_J'arrive, répondit-elle, je vais me changer "
Ils se dirigèrent donc tous les trois vers la villa.
Une fois dans sa chambre, Joy mit autour de son attelle un film plastique pour pouvoir se laver. Quand elle n'aurait plus trop mal, elle pourrait également se baigner grâce à ce système. Mais pour l'instant, son épaule la faisait trop souffrir. Après s'être douchée, elle descendit à la cuisine. Elle avait mis une jupe blanche courte et un débardeur bleu turquoise. Largo et Simon était déjà en bas et discutait avec une femme assez enveloppée.
" Joy, je te présente Maria, notre cuisinière, dit Largo.
_Enchantée, fit Joy en serrant la main potelée que lui tendait Maria.
_Moi également, répondit Maria. Puis : Je suppose que vous avez faim, non ?
_Oui, s'exclama Simon, plutôt !
_Ca tombe bien. J'ai préparé avant de venir une salade de riz avec tomates, thons, maïs… et une tarte aux pommes. Ca vous convient ?
_Ca sera parfait, répondit Largo. "
Le bunker, 15 heures
Kerensky avait continué à chercher d'autres preuves de la culpabilité de Marissa sans succès. Il décida donc de l'appeler pour l'interroger.
" Marissa, vous pouvez descendre au bunker tout de suite ? dit-il au micro.
_J'arrive, répondit-elle. 
Cinq minutes plus tard, elle pénétra dans le bunker.
_Asseyez-vous Marissa, ordonna Kerensky.
En entendant le ton de sa voix, un voile d'inquiétude passa dans les yeux de Marissa. Kerensky feignit de ne pas le remarquer.
_Bon, vous vous souvenez que quand je vous ai demandé ce que vous aviez fait de 13 à 14 heures l'autre jour, vous m'aviez répondu que vous étiez allée faire un tour dehors, c'est bien ça ?
_Oui, acquiesça-t-elle en se troublant de plus en plus.
_Malheureusement pour vous, j'ai vérifié avec les caméras qui surveillent l'entrée du building : vous n'êtes pas sortie pendant cette période.
_Euh, bafouilla-t-elle. J'ai du me tromper, je suis sortie un peu plus tard sans doute.
_Inutile de me mentir, prévint Kerensky, ça ne sert à rien. Vous n'êtes pas sortie du tout pendant cette journée. Vous pensez bien que pendant que j'y étais, j'ai vérifié pour tout le jour. Alors je repose ma question, que faisiez-vous de 13 h à 14 h ?
_Je… euh…
_Alors, j'attends, dépêchez-vous. De toute façon, je sais où vous étiez. Vous étiez dans l'appartement de Simon, n'est-ce pas ?
_Heu oui, murmura-t-elle.
_Et qu'y faisiez-vous ? Il vaudrait mieux pour vous que vous me disiez la vérité.
_J'envoyais un fax, répondit-elle d'une toute petite voix.
_La photo de moi et Jagger, c'est ça ? continua Kerensky.
_Oui, avoua-t-elle, mais je ne voulais pas. Ils m'ont obligé. Ils m'ont dit que si je ne le faisais pas, il vous tuerait. Et ça, je ne le voulais pas car… Sa voix flancha.
_Car quoi ? insista Kerensky.
_Car je vous aime… Georgi ne broncha pas. Je ne veux pas qu'ils vous fassent du mal, continua-t-elle.
_Qui ils ? interrogea Kerensky.
_La Commission Adriatique.
_Et que cherche-t-elle ?
_A semer la discorde parmi les proches de M.Winch pour rendre celui-ci plus vulnérable. C'est déjà dans cette optique qu'ils ont embauché… Là-dessus elle s'arrêta net et devint toute rouge : elle en avait trop dit.
_Embauché qui ? continua Kerensky. Attendez, je crois que j'ai trouvé : il s'agit de Diana, c'est ça ? Je m'en doutais. Ils ont deviné les sentiments que Joy éprouvait pour Largo et ont décidé de les exploiter. Ils espéraient que Joy quitte le groupe, n'est-ce pas ?
_Oui, mais ça n'a pas marché, car si elle l'avait fait, cela aurait voulu dire qu'elle était jalouse et Melle Arden est trop fière pour le montrer.
_Oui, ça c'est certain.
_Déjà l'histoire de Jack que Diana a présenté comme le fils de M.Winch, c'était un coup monté par la commission. Kerensky, ils vont me tuer maintenant qu'ils savent que j'ai parlé, j'ai peur, protégez-moi, je vous en prie, implora-t-elle.
_Il fallait réfléchir avant. La mort est la punition méritée pour les traîtres. Mais comme vous avez avoué et que vous avez trahi pour me protéger, je veux bien vous pardonner (Au fond de lui, Kerensky aimait profondément la jeune fille, mais il ne le montrait pas). Mais attention ! Dorénavant, je vais vous surveiller attentivement et au moindre faux pas, je vous tuerai de mes propres mains. Et ne pensez pas que j'hésiterais. Vous pouvez vous en aller maintenant.
_Merci de me pardonner, je m'en veux tellement. Vous êtes vraiment gentil. " Et elle l'embrassa sur le front avant de se diriger vers la porte. Elle ajouta : Si je peux vous être utile…
_Pas pour le moment, grommela Georgi encore sous le choc du baiser que Marissa lui avait donné. Si j'ai besoin de vous, je vous appellerai. Et encore une chose : évitez de sortir seule, je ne veux pas qu'il vous arrive du mal. Vous pouvez partir. "
Marissa quitta donc la pièce. Kerensky resta songeur un moment, puis il secoua la tête avant de se replonger sur ses ordinateurs :
" Bon, c'est pas le tout, il faut que je retrouve Diana maintenant que Largo l'a virée. "
Floride, 15h30
Après avoir mangé, les trois amis retournèrent à la plage.
" Bon, si on terminait cette partie de volley ? proposa Simon à Largo. On en était à 6-4 pour moi, c'est bien ça ?
_6-4 pour moi tu veux dire, rectifia Largo.
_Oh, si on peut même plus tricher maintenant ! bougonna Simon. "
Joy, quant à elle, étendit sa serviette à l'ombre et ouvrit le livre qu'elle avait emmené le matin et qu'elle n'avait pas encore commencé. C'était un roman policier. Elle avait à peine lu 3 pages qu 'elle reçut le ballon de volley sur la tête.
" Aïe, cria-t-elle, vous pouvez pas faire attention ?
_C'est lui, répondirent en même temps Largo et Simon en se désignant mutuellement.
_C'est malin ça ! On dirait deux gamins pris en faute ! dit-elle en leur renvoyant la balle de son bras valide.
_Il est bien ton livre ? lui lança Simon.
_J'aurais peut-être une chance de le savoir si je n'étais pas dérangée toutes les cinq minutes ! grommela Joy.
_Oh excuse, fit Simon, on n'a pas fait exprès de te viser. Et puis, je croyais que tu l'avais déjà commencé ce matin. "
Joy ne répondit pas, feignant de s'être replongée dans son livre. En réalité, elle ne voulait pas avouer qu'elle avait passé son temps à les observer !
Peu de temps après, Simon l'interpella :
" Désolé de troubler encore ta lecture, mais on a décidé avec Largo de faire un petit tour en canoë. Tu veux venir ? Tu te mettras au milieu.
_Ok, pas de problème, c'est une bonne idée. "
Simon et Largo sortirent un canoë d'un hangar construit non loin de là. Simon s'installa devant, Joy au milieu et Largo derrière.
" C'est parti ! cria Simon.
Après cinq minutes :
_Hé Simon, tu rames ? questionna Largo, j'ai l'impression que si j'arrêtais de ramer, on s'arrêterait.
_J'ai bien le droit de me reposer un peu, non ?
_Ca fait à peine cinq minutes qu'on est parti, observa Joy, mine de rien.
_Oh toi ça va. On voit bien que tu pagayes pas, grommela Simon en faisant gicler un peu d'eau sur elle avec sa rame.
_Arrête, tu me mouilles, protesta Joy.
_C'était le but recherché, répondit Simon avec un sourire. "
Joy commença alors à l'asperger copieusement, Simon se retourna et fit de même. Largo, qui ne voulait pas être en reste, s'y mit aussi, d'autant plus qu'il se faisait déjà pas mal arroser. Soudain, ce qui devait arriver arriva : l'embarcation se retourna.
" Hé aidez-moi ! cria Joy, en essayant de se maintenir à la surface, je ne vais pas tenir très longtemps.
_Simon, retourne le bateau pendant que je m'occupe de Joy, ordonna Largo. A Joy : Tiens bon, j'arrive. " Il la prit sous les bras et la hissa sur le canoë. Joy grimaça de douleur : sans le vouloir, Largo avait appuyé sur sa blessure.
" Ca va Joy ? demanda Simon. Excuse-nous.
_C'est pas grave, répondit-elle en essayant de sourire. Mais mon bandage est trempé maintenant !
_On va rentrer, annonça Largo en récupérant sa pagaie. "
Le retour se fit dans le calme. Tous les trois étaient un peu gênés de s'être comportés comme des gamins. Enfin, ils avaient bien rigolé avant que l'embarcation ne se retourne !
Ils accostèrent et se dirigèrent vers leurs chambres. Joy se lava, mit un pansement sec puis, avisant sa porte-fenêtre elle l'ouvrit et sortit sur le balcon. Largo était appuyé sur la balustrade : sa chambre donnait également sur le balcon. L'apercevant, Joy sursauta : elle ne s'attendait pas à le voir ! Puis elle s'approcha de lui et dit :
" Il faudrait peut-être appeler Kerensky, tu ne crois pas ?
_Si, répondit-il, d'un air pensif.
_Ben alors, on descend ?
Puis, voyant que Largo ne bougeait toujours pas :
Qu'est-ce qui se passe ?
_Je pensais à mon père. Je me demandais ce que ça entraînerait s'il était vivant.
_Justement, si tu veux le savoir, il faut appeler Kerensky. Allez viens. "
_Va installer le matériel, je te rejoins. "
Joy descendit donc au salon. Elle brancha l'ordinateur et composa le numéro du bunker.
" Comment s'est passée cette première journée de vacances ? demanda Kerensky.
_Très bien et toi, tu as du nouveau ?
_Oui, je sais qui est la taupe. Ou plutôt les taupes car il y en a deux. J'ai découvert les empreintes de Marissa dans l'appart de Simon et elle a avoué. Je lui ai pardonné.
_Comment ça, tu lui as pardonné ? s'indigna Joy. Si elle t'a trahi une fois, elle peut recommencer !
_Ecoute Joy, c'est mon problème. Les gars de la Commission l'ont forcé, ils lui ont dit que si elle n'obéissait pas, ils me tueraient.
_Georgi, je suis désolée de te dire ça, mais je crois que tu es en train de devenir sentimental, ça peut te perdre, dit Joy qui avait deviné les sentiments qu'éprouvait Kerensky pour Marissa.
_Joy, s'écria Kerensky, de quoi tu te mêles ? Est-ce que je vais te parler de Largo, moi ? Non, je te fous la paix, alors laisse moi tranquille.
_Comment oses-tu ? fulmina Joy très en colère, que vient faire Largo dans cette histoire ?
_Rien rien, répondit Kerensky qui ne voulait pas que la conversation s'envenime, t'es pas obligée de t'énerver pour ça. Si tu veux que je te dévoile l'identité du deuxième traître, calme-toi. D'ailleurs, je crois que ça va te faire plaisir : c'est Diana.
A cet instant, Largo et Simon rejoignirent Joy.
_Bonjour Kerensky, dit Simon.
_Bonjour, répondit celui-ci. Comme je le disais à Joy, j'ai découvert le traître. Je suis désolé, Largo, il s'agit de Diana.
_Comment ? s'exclama Largo, surpris. Tu es sûr ?
_Oui, Marissa, qui a été forcée par la Commission d'envoyer la photo de Jagger et moi, me l'a avoué. Kerensky regarda Joy qui ne broncha pas. Diana t'a manipulé depuis le début, Largo. L'histoire avec Jack, c'était déjà un coup monté.
_Je le savais, s'écria Joy, je m'étais toujours méfiée d'elle. Je me doutais bien qu'elle était louche.
_Dis plutôt que c'est ses liens avec Largo qui t'ont rendue jalouse, lui dit Simon tout bas avec un sourire malicieux.
_Fais gaffe à ce que tu dis, le prévint Joy sur le même ton. Même si j'ai une épaule K.O, je sais encore donner des coups de pieds bien placés. Si tu veux tenter l'expérience…
_Non, c'est bon, je rigolais. Puis, à voix haute : Kerensky, tu as retrouvé Diana ?
_Non, pas encore, répondit-il, elle semble s'être évanouie dans la nature. Mais je vais persévérer, je finirai bien par trouver quelque chose. Si j'ai du nouveau avant demain soir, je vous appelle.
_Ok, acquiesça Largo.
_J'aimerais parler à Joy en particulier maintenant, annonça Kerensky.
_Compris, on s'en va, dit Simon. A Joy : on va se baigner.
_Je vous rejoindrai après, leur lança-t-elle.
Les deux amis partirent.
_Tu voulais me parler Kerensky ?
_Oui, je voulais te remercier de ne pas avoir fait de commentaires sur Marissa quand Largo et Simon étaient là.
_Oh, c'est normal.
_Et je suis désolé de t'avoir vexée en parlant de Largo, mais tu m'avais énervé, je n'aime pas entendre parler de mes faiblesses.
_Je te comprends.
_Joy…
_Oui ?
_Je sens que tu vas encore m'en vouloir, mais tu devrais parler à Largo…
_Je ne vois pas de quoi tu veux parler, l'interrompit Joy d'un ton sec. Puis d'une voix plus douce : Et toi, tu devrais avoir une conservation avec Marissa alors…
_Ce n'est pas du tout pareil !
_Tu crois ça ?
_Parfaitement. Bon je vais te laisser.
_Ouais t'as raison. Prends soin de Marissa, la Commission risque de se venger si elle apprend qu'elle a tout raconté.
_T'inquiète, je m'en occupe. Bye.
En coupant la communication, les deux ex-agents se dirent qu'ils n'étaient peut-être pas si différents l'un de l'autre après tout, qu'ils viennent du KGB ou de la CIA.
Fin de la quatrième partie.
Joy alla ensuite rejoindre ses amis sur la plage. Ils étaient tous les deux affalés sur leur serviette. En la voyant arriver, Simon se redressa et la questionna :
" Qu'est-ce qu'il te voulait, Kerensky ?
_Mais je ne vois pas en quoi ça te regarde, répondit Joy, arrête d'être si curieux.
_C'est vrai Simon, renchérit Largo, il faut toujours que tu te mêles des affaires des autres ! Joy a le droit d'avoir sa vie privée !
_Ca va, répondit Simon embarrassé, considérez que je n'ai rien dit.
_Bon, vous comptez faire quoi maintenant ? demanda Joy.
_Ben, se reposer, se dorer au soleil, répondit Simon, on n'a pas le droit ?
_Si, bien sûr, mais c'est juste que je n'ai pas l'habitude de vous voir sans bouger, c'est tout.
_Faudra t'y habituer alors, dit Simon avec un petit air malicieux. Moi, ça me convient très bien comme programme, c'est pas trop fatiguant.
_Fais attention, tu vas te ramollir, prévint Joy. Et tu ferais mieux de te mettre à l'ombre car tu as la peau assez pâle et tu vas attraper de beaux coups de soleil dans le dos !
_J'y ai bien pensé, avoua Simon, mais outre le fait que je n'ai pas le courage de me bouger, je me suis dit qu'il y aurait bien une bonne âme pour me mettre de la crème solaire…
_Compte pas sur moi alors. Tu comprends bien que c'eût été avec joie, ajouta Joy avec une pointe d'ironie dans la voix, mais je crois que d'une seule main ça va être difficile.
_Excuse rejetée, annonça Simon, c'est tout à fait possible. Allez, sinon je te tiendrai pour responsable si ma peau part en lambeau, ajouta-t-il en lui tendant le tube.
_Bon ok, tu l'auras voulu, prévint Joy d'une voix mystérieuse. "
Et elle commença à lui pincer fortement les épaules.
" Aïe, arrête, cria Simon, qu'est-ce qui te prends ?
_Rien, je t'étale la crème, c'est ce que tu voulais, non ? Je suis désolée, on ne m'a pas appris la douceur à la CIA. Tu veux que je continue ?
_Non, pitié, je crois que je vais me débrouiller tout seul. A Largo : Et toi, arrête de te marrer, c'est pas drôle, dit-il en lui jetant une poignée de sable.
_Si, s'exclama Largo plié en deux, tu devrais voir ta tête !
_Pff, lâcha Simon vexé.
_Ce que t'es susceptible, dit Joy, tu peux dire de moi ! Allez, c'était pour rire, je m'excuse.
_Bon ok, je te pardonne, mais à une condition…
_Laquelle ? demanda Joy sur la défensive.
_Que tu ailles chercher des cocktails. C'est à ton tour maintenant.
_T'es malin, toi, tu veux que je fasse comment pour les ramener ? ironisa Joy. Je ne peux pas tenir trois verres d'une main !
_D'accord, j'ai compris, je vais encore être obligé d'y aller, râla Simon en se levant.
_Tu n'y es pas allée de main morte tout à l'heure, observa Largo.
_Normal, je voulais le remettre à sa place.
_T'as bien fait. Rien qu'en repensant à la tête qu'il a tirée, je me marre encore.
_Moi aussi.
_Tu sais, Joy, je suis un peu déçu que ce soit Diana la taupe. J'avais confiance en elle. " A ces moments, Joy sentit ses muscles se contracter. Elle essaya de ne pas montrer son irritation. Largo continua :
" Je n'arrive pas à croire que je me sois laissé berner depuis le début, elle était si gentille… " Le visage de Joy s'assombrissait à vue d'œil. " Calme, se disait-elle, il ne faut pas que je m'énerve… Qu'est-ce qu'il m'arrive ? D'habitude, j'arrive à garder mon sang-froid, mais là je sens que je ne vais pas tenir longtemps.
_Elle a du agir sous la contrainte, ce n'est pas possible autrement, continua Largo s'en s'apercevoir du trouble de sa garde du corps. S'en était trop pour Joy, elle allait répliquer d'une voix sèche quand Simon réapparut.
_Voilà les cocktails, s'écria-t-il. C'est Maria qui les a préparés. Elle a dit aussi que le repas serait servi dans deux heures.
_Et il est quelle heure ? demanda Joy, soulagée que la conversation dévie.
_6h30, répondit Simon.
Largo prit la parole :
_Ca vous dirait d'aller à Miami ce soir, après manger ?
_Oui, bonne idée, s'exclama Simon. On pourra aller en boîte, je suis sûr qu'on va faire des rencontres intéressantes.
_T'as raison, renchérit Largo, on va bien s'amuser. Tu viendras Joy ?
_Non, je ne crois pas, mon épaule me fait trop mal, je préfère rester tranquille ce soir, répondit Joy, aux bords des larmes. Tout d'abord, Largo lui parlait de Diana, ensuite il se montrait enthousiasmé à l'idée de draguer les filles à Miami (ce n'était pas tout à fait ce que Largo avait dit, il ne parlait pas des filles, mais la jalousie l'égarait et lui faisait voir les choses pires que ce qu'elles étaient). Ne voulant pas montrer ses sentiments à ses amis, elle ravala ses larmes et se composa un visage indifférent.
_Comme tu veux, dit Largo, mais c'est dommage. Au lieu de rassurer Joy, cette dernière phrase l'acheva : elle était sûre que Largo avait dit ça pour ne pas lui faire de la peine, mais qu'au fond il était content qu'elle ne vienne pas.
_Je suis un peu fatiguée, mentit-elle pour pouvoir s'en aller, et je vais prendre un cachet pour mon épaule. Je redescendrai pour le dîner.
_Ok. "
Quand elle fut partie, Simon dit à Largo :
" Qu'est-ce qu'elle a ? Elle n'a pas l'air bien.
_Je ne sais pas, répondit celui-ci. C'est peut-être ses médicaments qui la fatiguent.
_T'as peut-être raison, approuva Simon.
Chambre de Joy
Arrivée dans sa chambre, Joy se jeta sur son lit et pleura rageusement. Puis, un peu apaisée, elle se demanda :
" Mais pourquoi je réagis comme ça ? Je n'arrive plus à me contrôler, qu'est-ce que j'ai ? Je deviens très irritable, moi qui suis si maître de moi d'habitude. Ca fait un peu comme quand j'étais droguée en Arctique, les élans d'affection en moi : là, j'ai plutôt envie de l'étriper ! Ca doit être mon accident qui m'a mise dans cet état. J'espère que ça ne va pas durer longtemps. Il faut que je me calme, que je domine mon agressivité. Enfin, je vais être seule ce soir, je vais en profiter pour me reposer. Après une bonne nuit de sommeil, ça ira sûrement mieux. S'étant un peu détendue, elle prit son livre et bouquina en attendant l'heure du dîner. A 8 heures et quart, elle passa une robe et descendit à la salle à manger. Largo et Simon descendirent peu de temps après.


Part 3