R ETOUR (part 2)
 




Le bunker 10h00 du matin
Joy : Giorgi ! Ne me dis pas encore que tu ne t'es pas couché.
Giorgi levant la tête du pupitre sur lequel il s'était endormi la veille : Bon sang Joy !…Il est quelle heure ?
Joy : 10H00 et tu devrais aller prendre une douche
Giorgi maugréant : pas le temps…
Joy et ses bons conseils. Comme d'habitude elle était arrivée la première. Bon surtout rester zen. Ce n'était jamais évident avec l'équipe mais il avait décidé de faire des efforts…
Il se leva et quitta la pièce précipitamment en disant : il faut que je voie Sullivan…
Raté. Ca c'était très fin. Maintenant elle allait se demander ce qui clochait. Une partie de lui lui disait qu'après tout, ce n'était pas si mal, ça lui ouvrirait un peu les yeux. Au lieu de regarder son patron avec de grands yeux énamourés elle devrait s'occuper d'une autre étoile…
Il laissa Joy avec ses questions, se demandant ce qui se tramait encore…Elle aussi, aurait aimé pouvoir souffler un peu, car les évènements de ces derniers mois n'avaient pas été simples pour elle non plus. Mais son instinct d'ex-agent l'avait mis en alerte depuis la réflexion de John hier soir. Et maintenant de voir Giorgi se précipiter chez lui après avoir fait des recherches toute la nuit ne lui laissait présager rien de bon. Elle soupira et décida de passer voir si Leena était réveillée.
Bureau de Sullivan
Kerensky entra sans prendre la peine d'y être autorisé.
John : mais enfin Kerensky en voilà des manières qu'est-ce qui vous prend ?
Néanmoins un peu effrayé par l'air glacial du Russe.
Kerensky : c'est très simple ! Je viens de passer la nuit à faire des recherches sur le père de Leena et j'ai découvert qu'il y a 99,99 % de chances pour que les accidents dont ont été victimes père et fille n'avaient rien " d'accidents ". Par contre en poussant mes recherches je n'ai absolument RIEN trouvé concernant les activités du professeur Artuy comme si tous les dossiers avaient été soigneusement effacés ou bien classés Top secret. Alors ma question est limpide : QUI EST DONATIEN ARTUY ? soit, je le découvre seul en prenant un peu de temps pour décoder les accès et croyez moi j'y parviendrai sans trop de peine, soit vous nous faites gagner un temps précieux en me disant ce que vous savez puisque cet homme était de vos amis et que sa fille est en danger de mort, ainsi que Largo très probablement, puisque Nério le connaissait également.
John était décidément toujours aussi fasciné par l'intelligence hors norme de cet homme qui se tenait les deux mains bien à plat sur son bureau et se penchait vers lui de façon quelque peu menaçante.
Il poussa un soupir et lui dit : Asseyez-vous et calmez-vous !
Le Russe ne bougea pas.
Sullivan avait bien des défauts, en particulier celui d'être tellement attaché à son défunt maître qu'il restait une vraie tombe sur les affaires quelque peu douteuses de ce dernier. Mais il avait aussi une qualité, celle de se rendre très vite compte qu'il valait mieux parler quand l'ordre émanait de quelqu'un réputé dangereux.
John : oh je vous en prie Kerensky ! croyez moi ou non mais j'avais l'intention de venir vous voir ce matin au bunker car je n'ai pas fermé l'œil de la nuit depuis que j'ai revu Leena hier chez Largo
Kerensky en prenant un fauteuil et le regardant de façon plus qu'ironique : serait-ce sa beauté qui vous a troublé ? Il vit John Sullivan pâlir. Sa remarque l'avait touché. Il avait été dur, mais il avait besoin d'un exutoire et il lui fallait déstabiliser John s'il voulait que celui-ci ne lui cache rien…
John : Kerensky voyons !…Quel ironie plusieurs années après Largo et Leena en présence…Qui l'eut cru !… Je crois que je vais essayer d'être clair.
Ouvrant un dossier qu'il avait justement devant lui il commença son récit.
John : Donatien Artuy était un brillant physicien français qui avait fait une partie de ses études aux Etats-Unis. C'est sur le campus que nous nous sommes connus, puis, perdus de vue quand il est rentré en France à la fin de ses études. Il a rencontré sa femme Ludmilla et s'est marié. N'ayant pu me rendre à son mariage, auquel j'étais invité, il m'avait fait parvenir peu de temps après une photo que j'ai gardé.
Il tendit à Kerensky le cliché, qu'il avait dans la main, où était inscrit en lettres manuscrites
" A John avec toute notre amitié ".
Giorgi regarda la photo des mariés et fut frappé par la ressemblance de Leena avec sa mère, seuls ses yeux étaient tout à fait ceux de son père.
John : Ludmilla était issue d'une famille extrêmement aisée et était habituée à un art de vivre que son mariage ne lui permettait plus de maintenir. Elle faisait partie de cette catégorie de femme, très cultivée, mais qui n'avait jamais eu à travailler pour gagner sa vie. Les salaires des chercheurs français sont loin d'être aussi confortables qu'aux Etats-Unis et Donatien se minait de voir sa femme devoir se priver de beaucoup de choses auxquelles elle avait été habituée. Ludmilla avait beau lui dire que la seule chose qui lui importait, était d'être près de lui, elle n'arrivait pas à le convaincre.
Quand Leena est née, il reçut, à la même période, une proposition du gouvernement américain de venir travailler pour eux. Ils avaient suivi l'avancée de ses travaux et savaient qu'il était proche de faire une découverte capitale dans le domaine de l'énergie.
Après en avoir discuter avec ses patrons du moment, car c'était un homme loyal, il prit la décision de s'expatrier pour offrir à sa famille le bien-être et l'aisance que le gouvernement français se refusait à lui donner. Une fois sa famille installée dans une luxueuse villa qu'il n'aurait jamais pu leur offrir en France, il reprit ses recherches qui, malgré les nouveaux moyens mis à sa disposition, n'aboutirent qu'au bout de plusieurs années.
Vu l'importance de ces travaux le gouvernement avait décidé de faire protéger le professeur et sa famille discrètement par des agents de la CIA depuis longtemps.
D'où l'arrivée des Arden dans leur vie. Charles Arden et sa famille vinrent s'installer " par hasard " dans la villa voisine de la sienne.
Cette nouvelle lui fit l'effet d'une bombe. Plus il avançait plus il se rendait compte que les liens qui se tissaient entre chacune des personnes concernées existaient déjà avant même qu'elles n'en aient conscience…
Kerensky : Charles Arden ! Joy est au courant?
John : Non ! elle ne l'a jamais su. Pour elle Leena est devenue sa meilleure amie d'enfance complètement par hasard.
Kerensky maudit intérieurement encore une fois Charles Arden en se disant qu'il allait avoir le désagréable devoir d'apprendre à Joy que son père l'avait déjà manipulé toute gamine…
John : Le gouvernement décida de contacter le groupe W qui possédait de nombreuses centrales nucléaires de par le monde afin de pouvoir tester, à moindre frais, la découverte du professeur Artuy.
Nério Winch avait appris par une de mes indiscrétions habituelles que je connaissais Donatien et me demanda de les mettre en contact.
Les deux hommes sympathisèrent rapidement et je peux même dire qu'une forme d'amitié s'installa entre eux, faite de respect mutuel et d'entente cordiale.
Kerensky : qu'avait découvert Donatien Artuy?
John : un système de refroidissement des réacteurs nucléaires avec accumulateur d'énergie qui permettait aux centrales de multiplier leur puissance et de les rendre fiables et sécurisées à pratiquement 100 %. Imaginez la révolution dans le domaine ! Les organisations ayant des intérêts dans le monde du pétrole n'avaient pas l'intention de le laisser exploiter ses formules…
Kerensky : la commission Adriatique !!!
John : oui la commission ! Nerio savait le danger que courait le père de Leena et nous l'avions mis au courant.
Suite à nos déclarations, Donatien avait décidé de mettre à l'abri toutes les notes concernant sa découverte et pris ses dispositions au cas où il lui arriverait malheur.
Le jour de son " accident " il se rendait à une réunion qui devait rassembler les membres du gouvernement, Nerio Winch et moi-même afin de décider des conditions dans lesquels la découverte du professeur serait testée et éventuellement exploitée par la suite.
Il n'y parvint jamais…Nous avons pensé que la commission était à l'origine de l'attentat qui devait être une tentative d'enlèvement qui a mal tourné…mais…aucune preuve…le gouvernement décida de faire le Black-out sur cette affaire et effaça toutes les traces des travaux de Donatien Artuy. C'était leur façon de se racheter, dans la mesure où il n'avait pas été capable de le protéger efficacement, en protégeant sa famille pour l'avenir.
Quelle tragique histoire… L'amitié, le pouvoir… tout y était mêlé, et Joy et Leena sans le savoir étaient au cœur d'un monstrueux conflit d'intérêt. Et Leena qui ignorait tout risquait de devoir payer pour l'avidité d'autres. Il sentit ses poings se crisper.
Kerensky : je vois…Mais la découverte du professeur ?
John : personne ne pu l'exploiter car lui seul était en mesure de fournir des données essentiels que même ses plus proches collaborateurs ne connaissaient pas.
A l'époque nous avons soupçonné le professeur d'avoir mis ses recherches à l'abri dans un coffre mais ni la commission gouvernementale d'enquête sur sa mort, ni l'Intel Unit n'avons rien découvert. Puis Nerio su qu'une clé d'un coffre d'une banque suisse avait été remise à Leena au moment de la lecture du testament. Il fallait absolument mettre Ludmilla et Leena a l'abri avant que la commission ne s'en prenne à elles.
Nerio poussa Madame Artuy à rentrer en France avec sa famille en se chargeant de toutes les démarches et tout en se disant qu'il serait toujours temps de reprendre contact avec elle. Il n'en eut jamais le temps puisqu'il fut tué lui aussi par la commission.
Leena était déjà dans le milieu artistique et n'était pas au courant du centième des occupations de son père. Très perturbée par la mort de ce dernier, elle avait suivi sa mère sans résistance quand elle lui avait fait part de son souhait de retourner auprès de sa famille en France.
Je la sens suffisamment émotive et romantique pour n'avoir jamais cherché à savoir ce que contenait le coffre de son père…
Je pense que la commission Adriatique a retrouvé sa trace lors de sa dernière visite à Joy en venant chez Largo qui, lui, doit toujours être sous leur surveillance. Si seulement je l'avais vu la dernière fois nous aurions peut-être pu la protéger. Mais, tout en sachant que Joy recevait une amie je n'ai vraiment pas fait le rapprochement. Je m'en veux terriblement…
Kerensky maudissait intérieurement Sullivan pour sa négligence tout en sachant pertinemment qu'il n'y était fondamentalement pour rien et que seul le hasard les avait fait jouer de malchance.
Il se sentait la rage à l'idée que Leena avait failli être tuée. Cette idée le rendait fou…il prit conscience à ce moment précis que les sentiments qu'elle lui inspirait n'avaient vraiment rien de fraternels mais que c'était quelque chose de tellement plus fort et de plus passionné. Cela l'effraya et l'inquiéta en même temps car il ne s'y attendait vraiment pas…
Revenant sur terre il leva la tête vers John Sullivan qui semblait vraiment désolé.
Kerensky : Bon ! La question est, maintenant, comment nous sortir de ce marasme ? En sachant que la commission ne va pas en rester là et va chercher à mettre la main sur l'invention de Donatien Artuy. Ce qui confirme le fait que Leena, et par-là même largo, soient bel et bien en danger de mort !
Franchement Sullivan quelque fois ça me fatigue d'avoir raison…
Acheva-t-il brusquement d'un air las en se dirigeant vers la porte laissant Sullivan plus que songeur.
Ainsi va la vie, pensa t-il, il passait son temps à chercher les gens qu'il pourrait apprécier et à chaque fois, il se retrouvait devant un gouffre de noirceur, quand ces personnes ne lui étaient pas brutalement enlevées. Maryssa ..
Joy n'avait pas trouvé Leena dans son appartement et avait vite compris que son amie devait être à l'étage panoramique. Elle décida de monter voir si elle pouvait la déranger.
Leena s'était levée de bonne heure. Elle n'avait pas très bien dormi ; non pas que le lit ne soit confortable mais simplement le trop plein d'émotions l'empêchait de s'endormir. Et puis le décalage horaire se faisait méchamment ressentir. Comme toujours quand elle était vraiment fatiguée, elle ne trouvait pas le sommeil, ce qui n'arrangeait pas ses affaires. Alors ses pensées vagabondaient…
Largo était quelqu'un d'incroyable. Il avait dû dépenser une vraie fortune pour aménager l'étage en studio.
Et que dire de Giorgi…rien que d'évoquer son prénom, elle sentait un trouble étrange l'envahir. Oh non elle n'avait pas besoin de ça gémit-elle. Ce n'était vraiment pas le moment…elle n'aspirait plus qu'à retrouver sa sérénité perdue ses derniers mois. Elle ne voulait plus se compliquer la vie. La danse suffisait à son bonheur. En tous cas elle voulait sincèrement s'en persuader. Et puis Giorgi l'aimait bien et le lui avait prouvé mais rien dans son attitude ne laissait supposer qu'il nourrissait d'autres sentiments à son égard. Alors il fallait qu'elle reprenne le contrôle d'elle-même et qu'elle oublie ça. " il faut que je dorme " mais à peine fermait-elle les yeux que le visage de Giorgi, ou plutôt ses yeux bleus, semblait être si proche qu'elle en frissonnait.
Elle finit par s'endormir un peu au petit matin mais à 8h00 elle ouvrit les yeux bien décidée à inaugurer sa loge du dernier étage. Après une bonne douche elle enfila un justaucorps blanc à fines bretelles à même la peau et un gros collant de laine de la même couleur et des baskets. Elle se dit que c'était bien suffisant pour prendre juste un ascenseur. Elle enfourna tout le reste de son attirail de danse qu'elle emmenait partout avec elle dans son grand sac et partie en direction du studio. Arrivée à la porte de l'appartement elle croisa Maria qui arrivait avec un plateau bien garni pour son petit déjeuné.
Leena : bonjour Maria ! lui lança-t-elle joyeusement comment allez-vous ?
Maria : bonjour Melle. Bien merci. J'ai votre petit déjeuné.
Leena : C'est gentil mais je n'ai pas le temps ce matin je suis trop pressée de monter au studio. Merci quand même. Et elle quitta l'appartement laissant Maria un peu interdite.
Leena n'avait pas réalisé qu'à 8h30 elle croiserait dans l'ascenseur des employés qui venait travailler. Elle en prit vite conscience quand l'ascenseur s'arrêta à son étage et qu'il contenait plusieurs personnes. Elle monta et fut rapidement mal à l'aise en prenant conscience du côté très décalée de sa tenue dénudée. Même si les femmes présentes portaient en ce mois d'août des vêtements d'été, elles restaient cent fois plus couvertes que Leena. Elles semblaient intriguées de la voir monter à l'étage des appartements privés et encore plus appuyer sur le bouton du dernier étage du building. Quant au hommes ils appréciaient en connaisseurs les courbes de son corps. Leena prenant conscience de son erreur et aurait voulu se mettre dans un trou de souris. " Décidément, j'en loupe pas une…" pensa-t-elle en souhaitant que tous ces gens quitte rapidement l'ascenseur. Ce qui fini enfin par arriver.
Elle entra dans le studio et laissa tomber son gros sac par terre.
" Mon Dieu cette salle est encore plus magnifique en plein soleil. Je vais avoir l'impression de danser en plein ciel. Le rêve… " pensa-t-elle. Elle ferma les yeux et sentit l'odeur particulière du plancher de bois. Un bien-être presque animal l'envahit. Elle se laissa tomber sur le plancher et roula sur elle-même d'un côté puis de l'autre comme pour encrer son corps dans le sol. Elle se leva et se dirigea vers sa loge afin de poser ses affaires.
Elle travaillait à la barre depuis plus d'une heure quand Joy entra dans le studio. Elle s'arrêta et contempla son amie. C'est vrai que Leena était belle quand elle dansait. Elle semblait complètement transcendée, hors du monde. Elle décida de ne pas la déranger car elle savait que Leena attendait ce moment depuis plus d'un mois qu'elle était à l'hôpital et puis elle ne l'avait même pas entendu entrer. Elle quitta le studio et se dirigeait vers l'ascenseur. Il s'ouvrit sur Giorgi qui arrivait à l'étage.
Une bouffée de colère, ou de jalousie ? le traversa en voyant Joy. Dire que par la faute de son père… Non personne n'était responsable, le manque de sommeil lui faisait penser n'importe quoi…
Giorgi inquiet : Leena n'est pas là ?
Joy :si elle travaille et je n'ai pas voulu la déranger.
Giorgi :Joy ! je crois que nous allons avoir des problèmes il faut se réunir au bunker car j'ai plein de choses à vous apprendre.
Joy inquiète: en quoi cela concerne Leena ?
Giorgi :malheureusement elle est le cœur du problème.
Joy : je vais lui dire de nous rejoindre…
Giorgi : non je m'en charge. Préviens Largo et Simon de nous rejoindre au bunker.
Joy : mais…
Giorgi : je t'en prie Joy ! Fais-moi confiance. Laisse-moi un instant seul avec Leena. Va…
Le ton du Russe était presque implorant ce qui n'avait rien d'habituel. Joy plongea dans son regard et sentit que de toute façon ses intentions vis-à-vis de Leena n'étaient en rien belliqueuses. Elle acquiesça de la tête et le laissa seul. Giorgi pénétra dans le studio.
Elle était là à la barre. Son regard ne pouvait se détacher d'elle et il sentait une violente émotion l'envahir peu à peu. Il n'avait fait aucun bruit pourtant Leena tourna la tête comme si elle avait senti sa présence.
Leena : Giorgi !!! quelle bonne surprise ! lui adressant son plus beau sourire et se précipitant pour l'embrasser.
Giorgi se sentait toujours un peu gêné par ses démonstrations d'affection tout en adorant ça.
Giorgi : Bonjour Leena
Leena le sentait tendu et essaya de croiser son regard mais pour une fois c'était le Russe qui évitait de la regarder en face
Leena : Qu'est-ce qu'il y a ? Tu es fâché après moi ? J'ai fait quelque chose qui t'a déplu, tu as une drôle de tête ? lui dit-elle en le regardant de ses grands yeux interrogateurs.
Leurs visages étaient tout proches et Giorgi sentait qu'il ne pourrait pas résister longtemps. Il se recula.
Giorgi : non, bien sur que non…Leena il faut que tu viennes dans le bunker tout de suite car j'ai des choses très importantes à révéler à toute l'équipe.
Leena : mais Giorgi je ne fais pas partie de l'équipe je ne suis qu'une de vos amies.
Giorgi : Leena tu es directement concernée. Mais n'en parlons pas ici. Je suis désolé d'interrompre ta séance de travail mais je t'en prie habille-toi.
Leena baissa les yeux : Eh bien…c'est que je n'ai rien d'autre à me mettre il faut que je repasse à l'appartement.
Giorgi très en colère : quoi ? ne me dis pas que tu es montée ce matin dans l'ascenseur à moitié nue à l'heure où les employés viennent travailler.
Leena : ……..
Giorgi : je t'interdis de recommencer une bêtise pareille tu entends ?
Leena : Mais…
Giorgi lui prenant le menton dans ses mains : il n'y a pas de mais…Je te l'interdis c'est tout…
Leena allait protester en disant à Giorgi qu'elle était assez grande pour savoir ce qu'elle avait à faire même si sur ce coup là elle n'était pas trop fière d'elle quand elle croisa son regard et vit toute la douceur de ses yeux démentir la dureté des propos. Elle sentit un immense bien-être l'envahir à l'idée qu'elle puisse être importante à ses yeux.
La situation commençait à devenir un peu scabreuse et Giorgi la prit par les épaules.
Giorgi : allez viens je te ramène à ton appartement, tu nous rejoindras au bunker plus tard.
Dans l'ascenseur ils croisèrent la seule personne que Giorgi auraient voulu éviter : Cardignac !
Celui-ci en homme à femmes déshabillait Leena du regard. Celle-ci se rapprocha instinctivement de Giorgi et glissa sa main dans la sienne. Il la serra pour lui faire comprendre qu'elle n'avait rien à craindre. Cardignac quitta l'ascenseur en laissant suffisamment fort à la cantonade pour qu'ils entendent : " Le Russe et la ballerine, comme c'est touchant !!! " .
Les portes de l'ascenseur se refermèrent. Giorgi et Leena se regardèrent et éclatèrent de rire en même temps.
Giorgi encore souriant: tu as compris maintenant à quoi tu nous exposes en te baladant à moitié nue dans les ascenseurs !!!
Leena : promis, je ne le ferais plus ! La rencontre avec cet odieux personnage m'a servi de leçon.
Arrivés devant l'appartement de Leena il lâcha seulement sa main.
Giorgi : bon je te laisse, à plus tard au bunker.
Leena entra et referma sa porte.
Giorgi repris alors son air soucieux car il savait que ce qui l'attendait n'avait rien d'une partie de plaisir.
Les pensées virevoltaient dans sa t&ecic;te et il revoyait la scène de l'ascenseur…. Vraiment, quelque chose d'instinctif le poussait à prendre soin de Leena…
Leena resta, un moment, appuyé contre sa porte qu'elle venait de refermer. Son cœur battait à tout rompre. Et le sang cognait contre ses tempes. Qu'est- ce qu'il lui arrivait ? Elle avait lu dans les yeux de Giorgi quelque chose auquel elle ne s'attendait vraiment pas. Avait-elle rêvé ? Oh sûrement ! pensait-elle.
Elle décida de se secouer en allant rapidement prendre une douche car elle n'oubliait pas que les autres l'attendaient au bunker pour un certain nombre de révélations qui la concernaient directement selon Giorgi.
Bunker
Giorgi venait de révéler à ses amis tout ce qu'il savait et un grand silence suivait ses déclarations. Les yeux étaient braqués sur Joy qui était blême.

Il s'attendait à sa réaction, et malgré le fait qu'il s'y soit mentalement préparé, il se sentit très triste. Il se sentait concerné à présent.

Largo : Joy ça va ?
Joy agressive: comment veux-tu que ça aille !
Giorgi : joy ! je suis sincèrement désolé.
Joy : je sais, je sais…..lui répondit-elle les yeux embués. Une fois de plus elle apprenait que son père l'avait manipulé depuis sa plus tendre enfance. Elle comprenait mieux les recommandations un peu particulières qu'il avait, quand elle jouait en toute innocence avec son amie, mais, qui avait développé chez elle cet instinct de protection qu'elle avait vis-à-vis de Leena et qui ne la quittait pas même maintenant qu'elles étaient adultes.
Elle pensait à Leena aussi. Comment lui annoncer tout cela sans la choquer profondément ? Elle n'avait vraiment pas besoin de cela en ce moment. Elle qui se remettait à peine de son " accident ". Elle aurait tellement aimé ne pas avoir à lui infliger tant de peine !

Simon : qu'allons nous faire ?
Simon par sa question venait de tirer tout le monde de ses pensées.
Largo : il faut mettre Leena au courant.
Il venait de dire tout haut ce que les 4 amis pensaient tout bas depuis un moment.
Joy : Où est-elle au fait ?
Giorgi : je l'ai raccompagnée à son appartement car elle avait besoin de se changer mais je ne lui ai encore rien dit.
Largo : il va falloir assurer sa protection 24 h/24 et ne jamais la laisser seule dans la mesure du possible.
Joy qui avait retrouvé tout son professionnalisme : ça va pas être facile indépendante comme elle est ! ça nous promets quelques bagarres épiques.
Giorgi comme pour lui même : si elle veut rester en vie elle n'a pas le choix !

Il se rendit compte de ce qu'il avait dit quelques secondes trop tard. C'était fait. " Imbécile ! Se dit-il en lui-même. " Ah il était vraiment doué. Dans le genre agent secret sans cœur ! Mais il s'inquiétait tant… Et certains réflexes avaient la dent dure…

Cette remarque glaça le dos de ses amis.
Joy à Largo : toi aussi tu es de nouveau extrêmement en danger
Largo : Moi ce n'est pas nouveau. Ça ne change rien. C'est sur Leena que nous devons concentrer nos efforts.
Simon : pas d'accord Largo…vous êtes visés autant l'un que l'autre et je n'ai envie de vous perdre ni l'un ni l'autre.
Joy : d'accord avec Simon
Giorgi : moi aussi il faut simplement s'organiser.

Sur ce, la porte du bunker s'ouvrit sur Leena qui avait revêtu un ensemble en lin pantalon large et t-shirt, légèrement froissé, qui lui donnait un air très décontracté ce qu'elle était loin d'éprouver.
Simon : bonjour princesse !
Leena embrassa Simon, Largo et Joy qu'elle n'avait pas encore vu ce matin.
Joy : je suis passée au studio mais je n'ai pas voulu te déranger.
Leena : tu aurais pu, n'hésites pas la prochaine fois!
Largo : un café ?
Leena : oui je veux bien merci. je n'ai encore rien avalé depuis ce matin.
Giorgi : Leena ! assieds-toi car ce que l'on a à te dire est un peu long.

Il décida de se lancer dans le récit de tout ce qu'il savait, tout en se maudissant de lui faire autant de mal, en la voyant se décomposer au fur et à mesure de son récit. Elle était de plus en plus blanche et des larmes qui avaient envahi ses yeux depuis un moment s'étaient mises à couler lentement sur ses joues. Elle pleurait étrangement sans un mot, sans un cri, comme si elle ne pouvait plus ouvrir la bouche. Elle était figée hors du temps. Des images de son père, du passé, revenaient à sa mémoire :.
Assassiné…son père chéri assassiné…c'était trop pour elle.

Georgi sentait les larmes lui transpercer le cœur comme un poignard effilé. La douleur qu'il ressentait en sachant qu'il était en partie responsable de celle de la jeune femme était sans égale à celle qu'il avait déjà ressenti auparavant. Celle-ci était comme une arme à double tranchant.

Largo tout doucement comme on parle à un tout petit enfant : Leena nous allons te protéger, je combats la commission depuis trop longtemps pour les laisser faire. N'aie pas peur tu n'es pas toute seule.

Leena ne pouvait même pas lui dire qu'elle n'avait pas peur mais qu'un grand vide et un grand froid venaient brusquement de l'envahir. Sa propre vie lui était indifférente car tous ceux qu'elle aimait avaient disparu tragiquement ou l'avaient trahi : son père, Michaêl, le bébé.
C'en était trop et tout en elle n'était plus que souffrance et désespoir.

Giorgi devinait ce qui se passait dans sa tête mais ne pouvait rien faire dans l'immédiat pour l'aider. Ça le rendait fou. S'il avait pu la soulager…il aurait donné sa vie sans hésiter.

Mais même cela il en était incapable. Sa mort ne servirait à rien. Une mort face à la Commission n'était rien de plus qu'une goutte dans l'océan. Mais la protéger, ça oui, il saurait le faire. Il la protègerait de ceux qui lui avaient pris ou tenter de prendre ceux qu'il aimait.

Leena se leva et réussit à articuler : j'ai besoin d'être seule.
Et elle quitta le bunker.

Sa réaction l'inquiéta profondément. La dernière fois qu'il avait vu partir quelqu'un de la sorte, il ne l'avait plus jamais vu vivant. Et il ne voulait plus prendre ce risque.

Giorgi désespéré : Leena !!!!!!
Joy le retenant par le bras: Laisse-là Giorgi je sais où elle va !
Giorgi était près à se dégager sauvagement pour la rejoindre. En fait, il était même prêt à frapper quiconque s'interposerait entre elle et lui. Mais la phrase de Joy le calma aussitôt.

Joy : allume la caméra du studio, vous allez comprendre. Leena n'a jamais exprimé ses grandes joies ou ses chagrins les plus profonds avec des mots et ça depuis qu'elle est toute petite…

Giorgi envoya l'image de la salle de danse sur l'écran mural.
Leena venait d'y pénétrer. Giorgi se sentit rassurer en la voyant car il avait eu peur qu'elle ne fasse une bêtise.
Leena avança jusqu'au milieu de la salle tout doucement puis elle s'arrêta. Elle resta de longues minutes sans bouger.
Les 4 amis qui la regardaient du bunker retenaient leur souffle comme s'ils risquaient de la déranger.
Puis lentement, lentement son corps se mit en mouvement…un souffle de vie semblait enfin revenir dans cette statue vivante que rien ne semblait pouvoir ébranler une seconde auparavant. Mobile à l'intérieur de l'immobile, quelque chose de très profond, qui la forçait à se mouvoir.

Le bunker était plus que silencieux mais 4 paires d'yeux ne quittaient pas l'écran.

Leena dansait dans un silence religieux son chagrin, son désespoir. Son corps et toute sa gestuelle exprimaient tout ce qu'elle n'avait pas été en mesure de dire quelques instants plus tôt.
Elle avait démarré très lentement sur place puis peu à peu s'était déplacée dans l'espace jusqu'à l'envahir de toute sa peine, sa douleur, de sa détresse et de ses blessures.
Sa danse en transe était magnifique et irréelle en même temps. Elle dansa pendant plus d'une heure, seule, dans le silence jusqu'à ce qu'elle s'effondre d'épuisement. Affalée sur le sol elle sentit enfin monter les sanglots qui n'avaient pu sortir jusqu'à maintenant et qui la secouèrent encore profondément pendant de très longues minutes.

Georgi coupa le moniteur et resta immobile, comme figé, regardant sans le voir l'écran géant qui avait retransmis cette scène si intime.
Largo, Simon, Giorgi et Joy étaient bouleversés. Ils avaient suivi leur amie sur l'écran sans échanger un mot. Partageant ce moment surréaliste en parfaite communion. Joy fut la 1ère à rompre le silence.
Joy : ça fait tellement longtemps que je ne l'avais pas vu dans cet état. Depuis la mort de son père…mais cette fois sa danse est encore plus douloureuse et son chagrin semble encore plus lourd à porter…
Simon : c'était magnifique…mais on ne peut pas la laisser dans cet état, il faut aller la chercher.
Largo : NON Simon. Elle doit aller au bout de son chagrin toute seule même si on n'est pas loin.
Simon : Mais…
Joy : Largo a raison. Ne t'inquiètes pas ça va aller mieux maintenant. Je la connais c'est une battante de toute façon.

(Seul Giorgi restait silencieux. Il ne pouvait détacher son regard de l'écran mural où Leena était toujours prostrée sur le sol. Son cœur allait exploser et sa tête fonctionnait à mille à l'heure.)
Georgi ne bougeait plus, il était aussi pâle qu'un mort. Sa tête bouillonnait. Pourquoi ? Comment ? Tant de questions se bousculaient. Saurait-il seulement resté assez lucide pour lui venir en aide ? Il étouffa le gémissement de douleur qui montait à ses lèvres.
Ses amis se rendirent bien compte que lui non plus n'était pas dans son état normal et commençaient à deviner tout doucement ce qui animait leur ami.
Largo mit une main sur son épaule ce qui eut pour effet de le sortir de l'effet de torpeur dans lequel il se trouvait.
Giorgi : Largo je peux te parler en privé.
Largo : quand tu veux !
Giorgi : tout de suite
Joy et Simon quittèrent la pièce…
Part 3