R ETOUR (part 3)
 




...
Largo referma la porte derrière eux et se tourna vers Giorgi. Son regard semblait de nouveau perdu dans le vague et Largo se disait que c'était la première fois qu'il le voyait dans un tel état.

Largo : Giorgi ?…
Georgi :revenant sur terre : J'ai plusieurs chose à te dire et une faveur à te demander.
Largo : je t'écoute !
Giorgi : tout d'abord il y a une chose dont m'a parlé Sullivan et que je n'ai pas cru bon révéler aux autres pour l'instant car je souhaiterais faire de plus amples recherches sur le sujet.

Giorgi avait de nouveau soulever la curiosité naturelle de Largo qui se doutait que c'était extrêmement important pour qu'il ait gardé ça pour lui.

Giorgi : mais avant de t'en dire plus j'ai une question à te poser.
Largo : vas-y !
Giorgi : si tu as la possibilité de remettre la main sur l'invention de Donatien Artuy, qu'est-ce que tu en feras ?
Largo un peu surpris par la question : à vrai dire, depuis que je suis au courant je n'ai pas vraiment songé à cela.
La seule chose qui m'importe pour l'instant c'est de protéger Leena.

Giorgi lui était reconnaissant de sa réponse mais il lui fallait pousser plus loin car de sa réponse dépendrait le reste de ses révélations.

Giorgi : Largo je sais que je te prends au dépourvu mais il me faut une réponse plus précise pour savoir si je te révèle la suite ou non car les enjeux sont beaucoup trop importants.

Largo : si tu sais quelque chose dis-le-moi !
Giorgi : je suis désolé mais il n'en est pas question car ça ne m'appartient pas ; Réfléchis et dis-moi !
Largo se concentrant sur ce que lui demandait Giorgi lui annonça ce qu'il estimait être le plus juste dans l'immédiat.

Largo : tout d'abord si je tiens compte du fait que mon père avait peu d'amis je dois me dire que Donatien Artuy faisait parti du cercle restreint de ceux-là. Voilà une donnée non négligeable qui doit rentrer en ligne de compte de mon appréciation.
Donatien Artuy avait déjà entamé des pourparlers pour tester et exploiter son invention. C'est donc qu'il faisait confiance à Nério. Sullivan pourrait m'en dire plus très certainement.
Mais vu l'invention, je dois t'avouer que ça ne me déplairait pas de foutre la panique dans le cercle des Nababs du pétrole en fournissant aux pays du tiers monde de l'énergie à bas prix qui les mettraient à l'abri des fluctuations des sacro-saints pétrodollars. Si en plus j'arrive à griller la commission et bien ça sera le bonheur total.
Mais il va s'en dire que rien ne se fera sans l'accord de Leena et de sa mère. Mais si ça devait se faire, je te jure que, même si actuellement elles vivent correctement, elles seraient à l'abri du besoin jusqu'à la fin de leurs jours.
Ça mérite d'être affiné dans la réflexion mais voilà en gros comment je vois le problème.

La réponse eut l'air de satisfaire Giorgi qui décida donc de lui en dire plus.

Giorgi : ouuais !…alors écoute. Leena possède très probablement les formules de son père et n'en a même pas conscience. Au moment de la lecture du testament on lui a remis la clé d'un coffre d'une banque suisse. Son père en a fait sa légataire en se disant certainement que la vente des formules la mettrait à l'abri. Sullivan la pense trop émotive et romantique pour avoir chercher à savoir ce qu'il y a dans ce coffre. Et franchement avec ce que l'on vient de voir, j'en suis persuadé.
Nerio est mort avant d'avoir pu la contacter de nouveau. Si Leena détient toujours cette clé elle est doublement en danger de mort car la commission ne sera plus la seule qui essayera de la récupérer…le seul moyen de les contrer c'est de les prendre tous de vitesse car maintenant qu'ils savent que "Leena Artuy " et "Largo Winch" sont en relation ils ne vont pas tarder à passer à l'attaque.
Pour en savoir plus sur le sujet il va falloir que je fasse de plus amples recherches.

Largo : bon sang Giorgi !…t'en as encore beaucoup à m'apprendre comme ça ?
Giorgi : non c'est l'essentiel. Le reste me touche plus personnellement.

Largo regarda son ami et le vit se troubler.

Giorgi : j'ai une requête et une faveur à te demander.
Largo sentant son ami hésitant: parle ! je t'en prie.
Giorgi : ma requête est d'être sur le terrain avec vous cette fois ci.

Largo n'était pas vraiment surpris.

Largo : moi je veux bien mais tu sais aussi bien que moi qu'on va avoir besoin de la technologie du bunker. Alors on fait comment ?

Giorgi : je ne sais pas il faut que j'y réfléchisse. Je te promets de trouver une solution.
La faveur que j'ai à te demander va peut-être te surprendre un peu…

Largo : très franchement Giorgi, avec tout ce qui nous tombe dessus depuis ce matin, j'en doute !

Giorgi : je souhaiterais occuper l'appartement qui communique avec celui de Leena afin d'être en mesure d'intervenir tout de suite en cas de problèmes.

Largo l'observait et il était visible que les préoccupations de Giorgi dans sa demande était bien au delà de l'histoire de cœur qui s'en mêlait. Il était très inquiet pour Leena et ça se lisait dans ses yeux.

Largo : Il n'y a pas de problèmes. Tu es chez toi. Je vais donner des ordres dans ce sens.

Giorgi : Merci
Largo : laisse tomber. Tu m'as sauvé la vie je ne sais combien de fois déjà alors pas de ça entre nous !…Je n'ai plus qu'à voir Sullivan pour en savoir sur cette affaire. Tu devrais prendre un peu de temps dans l'immédiat. Va voir Leena, elle va avoir besoin de toi…il s'apprêtait à quitter le bunker quand Giorgi le rappela.

Giorgi : Largo !!! …tu crois que je vais être en mesure de la protéger…efficacement je veux dire…maintenant…

Largo eu un petit sourire aux lèvres : Non j'crois pas…j'en suis sûr !!!!!!

Et il quitta la pièce laissant Giorgi le cœur chamboulé…

Le russe était à la fois soulagé et très inquiet. C'était presque la première fois qu'il faisait des confidences à Largo et il avait jusqu'à lui faire comprendre ses sentiments pour Leena. En plus, il ne savait même pas avec précision si Leena ressentait la même chose pour lui… Ni s'il serait vraiment capable de la protéger…Il se sentait trop bouleversé pour réfléchir et pourtant, son cerveau revenait sur les mêmes questions sans arrêt. La question de Largo lui trottait dans la tête. Il fallait quelqu'un pour s'occuper du bunker. Et la seule personne capable de gérer cette structure résidait en Belgique. Fyorentina Van Winckel. Oui mais… Il ne pourrait pas soutenir son regard s'il lui fallait expliquer la situation. Et il devrait passer par là, c'était sûr. L'indécision le faisait tourner en rond, et plus il s'interrogeait, plus il s'éloignait de la réponse… Peut être qu'en parlant tout simplement à Leena… Non. Elle avait suffisamment de soucis comme cela sans s'encombrer en plus d'un ex-agent du KGB amoureux d'elle. Alors ? Attendre. Et laisser venir les choses. Prendre du temps. S'occuper d'elle, être présent. Disponible. La requête n'avait pas surpris Largo. Il avait presque paru soulager de savoir que Georgi serait proche de la jeune femme. Un sourire perça sur les lèvres de Kerensky lorsqu'il songea à la surprise de la jeune femme. Comment pourrait-il lui cacher plus longtemps ses sentiments ? Il avait besoin de la voir.

Kerensky était dans l'ascenseur qui le conduisait à l'étage panoramique. Les pensées se mélangeaient dans sa tête et il avait l'impression que cette dernière allait exploser.
Arrivé en haut, il ne trouva personne dans le studio et, fut brusquement, de nouveau, très inquiet et en alerte. Il savait que sa discussion avec Largo n'avait pas duré suffisamment longtemps pour que Leena soit bien loin. Il décida d'aller voir à son appartement et s'apprêtait à redescendre quand il vit Simon sortir de sa loge.

Giorgi : Simon ! Qu'est-ce que tu fais dans SA loge !

La jalousie le piquait comme le venin d'un serpent. Même si Simon était un ami, il ne supportait pas de le voir trop près de Leena, ce séducteur invétéré allait lui briser le cœur s'il s'approchait trop d'elle. En son for intérieur, Georgi se promit de le tenir à l'œil lui aussi et de l'empêcher d'être trop présent.

Simon en haussant les épaules: rien ! j'étais avec Joy et Leena. Pourquoi ? Tu sais c'est pas le pied ! Joy a vraiment les boules. Elle m'a dit que ça va mais tu connais Joy…plutôt mourir que d'exprimer ses sentiments. Et j'te parle même pas de Leena, elle est épuisée et elle a la tête de quelqu'un qui vient de déterrer un mort.
Giorgi glacial: y a un peu de ça tu ne crois pas !
Simon un peu confus: oh c'est bon m'agresse pas ! j'suis pas doué pour exprimer ces trucs là mais j'ai les boules moi aussi.
Giorgi plus calmement : Où sont-elles?
Simon : Leena s'est un peu calmée et Joy en a profité pour l'emmener vers sa loge afin qu'elle prenne une douche chaude. Elle était en nage et grelottait de froid. Joy dit que c'est tout le temps comme ça après ses spectacles ou un entraînement intensif quand l'émotion a été trop forte. Un peu bizarre ces artistes !
Elle m'envoie à son appart pour que je demande à Maria des vêtements propres et un pull.

Giorgi troublé: Simon…tu crois que je peux entrer ?
Simon : Pas de problème ! Leena est sous la douche et Joy l'attend dans son petit salon.

Simon sentit que Kerensky était hésitant. Malgré son côté un peu lourd parfois, Simon était extrêmement sensible à la détresse des gens qu'il aimait bien. Ses rapports avec Kerensky n'étaient pas toujours aisés mais il l'appréciait vraiment.

Simon : allez viens, je t'accompagne deux minutes !
Giorgi lui fit un petit sourire pour le remercier d'avoir compris son trouble ; Décidément de nombreuses facettes de la personnalité de Simon restaient encore à découvrir pour Kerensky.

Il se sentit un peu honteux d'avoir douté de lui quelques instants auparavant. Mais Simon était Simon et Kerensky le connaissait tout de même assez bien pour savoir à qui s'en tenir avec lui.

Quant à Simon depuis hier au restaurant où il avait surpris les regards de Kerensky sur Leena et réciproquement il savait que Leena ne serait pas pour lui et en avait fait très rapidement son deuil. Il les aimait bien tous les deux alors…Et puis il devait avouer qu'ils formaient un beau couple ! Et Simon se réjouissait à l'idée de pouvoir charrier un peu le Russe même si les circonstances, pour le moment, étaient mal choisies.

Joy attendait que Leena sorte de sa douche et était perdue dans ses pensées. En quelques instants les dernières illusions qui concernaient son père et son enfance venaient de tomber.
Elle n'en pleurait même plus car elle avait depuis longtemps épuisé son quota de larmes sur les rapports entre son père et elle.
Elle pensait au hasard de la vie. Leena et elles étaient de vraies amies et ça, au moins, rien ni personne ne le changerait. Elle avait peur pour elle, mais c'était son job de ne pas le montrer. Et puis elle connaissait Leena, ça n'allait sûrement pas être facile de la protéger et encore moins 24H/24.

Elle se sentait un peu dépassée par les événements et était bien contente d'avoir ses amis pour l'aider sur ce coup là.
Et Largo, dans tout ça ; il prenait encore d'énormes risques. Elle se demandait si sa vie consistait simplement à passer son temps à lui sauver la sienne. Triste perspective car elle avait envie de vivre vraiment autre chose avec lui. Vu les circonstances, ce n'était pas gagné !
Elle en était là de ses réflexions quand Simon poussa la porte de la loge, après avoir frappé, et entra suivit de Giorgi.
Joy : Ah c'est vous !
Giorgi : comment vas-tu Joy ?
Joy : ça va Giorgi, ça va !…Ne t'en fais pas je vais faire avec, comme d'habitude. Poursuivit-elle un peu amère.
Giorgi fit ce qu'il faisait rarement avec Joy, il s'approcha, la serra fort dans ses bras et l'embrassa sur le front sans rien ajouter.
Joy en fut de nouveau toute remuée.

Il vit tout de suite qu'il l'avait touchée. Pour elle non plus ce n'était pas facile, loin de là. Et plus le temps passait plus ils se rapprochaient. Il connaissait ses sentiments pour Largo, ses déceptions familiales, et elle ne tarderait pas à comprendre son lien si particulier avec Leena. Il devait reconnaître qu'il s'inquiétait de voir la réaction de Joy si elle savait ce qu'il ressentait pour sa meilleure amie…

Joy la voie rauque: Bon je vais profiter de ce que tu es là pour aller avec Simon récupérer des vêtements pour Leena car il n'y arrivera jamais seul !
Le Russe ne fut pas dupe mais lui était reconnaissant.

Elle s'en doutait. Voilà, il avait la réponse à sa question et se doutait vaguement qu'il pouvait remercier Simon pour cela. Mais en fait il était soulagé. Avoir Joy contre soi n'est pas une mince affaire, il en avait fait l'expérience une fois et cela lui suffisait !

Simon : t'exagères, j'étais parti quand j'ai rencontré Giorgi dans le couloir.
Joy : c'est bien ce que je dis, tu rencontres quelqu'un et tu oublies ce qu'on te demande !
L'entraînant par la manche elle l'obligea à sortir de la loge avec elle.
Joy à Giorgi : A plus tard, je fais monter les vêtements par Maria.

Giorgi : oui à plus tard…

Dans le couloir qui menait à l'ascenseur.
Simon : ben qu'est-ce qui te prend de me tirer comme ça ?
Joy : tu ne crois pas que c'est mieux de les laisser un peu seul, non ?
Simon penaud: Si bien sûr…J'suis con des fois…

Joy lui sourit mais ne rajouta rien.

Giorgi se demandait si Leena allait bientôt sortir de la douche. Il entendait l'eau couler sans oser lui parler de loin. Il se demandait si elle lui en voulait et il redoutait de croiser son regard.
L'eau s'arrêta enfin. Elle demanda qu'on lui passe le peignoir éponge qui était sur la chaise.
Giorgi lui fit passer par l'entrebâillement de la porte de la douche.

Elle sortie enfin et se trouva face à Giorgi. Ils se regardèrent longuement puis elle rompit le silence qui devenait pesant.

Leena : où sont les autres ?
Giorgi : partis ! Leena…est-ce que tu m'en veux ?
Leena : t'en vouloir mais de quoi ? Si je devais en vouloir à quelqu'un c'est aux assassins de mon père tu ne crois pas ?

Giorgi se sentait soulagé par sa réponse mais voyait bien que ça clochait. Leena semblait ne pas être là, vide de l'intérieur, comme si plus rien ne pouvait l'atteindre.
Ce calme apparent l'inquiétait encore plus que la déferlante de désespoir de tout à l'heure dans le studio. Il savait que ça ne présageait rien de bon.

Giorgi : Leena ça va ?
Leena : je m'en remettrais, on se remet de tout n'est-ce pas ?
Sa voie était monocorde et le ton était complètement décalé. Seuls ses yeux se voilèrent un instant mais Giorgi avait saisi cet instant fugace.
Giorgi : dans les pires moments tu m'as montré que tu es une battante. Je t'en prie Leena. Ne fais pas ça. Ne te résigne pas. Je suis là je t'aiderais et on retrouvera les assassins de ton père et……de ton bébé.
Finit-il dans un souffle.

Leena tressaillit à ces mots et se mit à crier.
Leena : pourquoi, mais pourquoi ? Est-ce que tu crois que ça les ramènera ?
Giorgi calmement: Non mais ça t'aidera en retrouver la sérénité et à continuer à vivre.
Leena soudain très lasse : je ne sais pas, je ne sais plus…j'ai froid…je voudrais dormir.
Giorgi savait qu'elle avait au moins autant froid à l'intérieur qu'à l'extérieur. Il se rapprocha d'elle et la prit dans ses bras. Il se mit à la bercer tout doucement comme une enfant.
C'est à ce moment que Maria arriva pour déposer les vêtements.
Maria : Oh excusez moi je pensais que Melle travaillait encore au studio et je voulais déposer les vêtements dans sa loge.

Leena se détachant doucement des bras de Giorgi : ce n'est pas grave, merci Maria !

Voyant que la jeune femme avait pleuré elle se permit de lui demander.
Maria : Melle ? Vous ne vous sentez pas bien ?
Leena : Mauvaises nouvelles Maria ! ce n'est rien, ça va passer.
Giorgi : Melle Artuy a besoin de se reposer Maria. Je vais la raccompagner et je vous serais reconnaissant de veiller à ce qu'elle ne soit pas dérangée pendant ce temps là. Il sortit avec Maria dans le couloir pendant que Leena se rhabillait et lui dit doucement.
Giorgi : je ne veux pas qu'on la dérange. Elle a besoin de dormir. Si vous avez le moindre problème n'hésitez pas à m'appeler au bunker. Je vais programmer le numéro sur le poste en la raccompagnant. Vous pouvez joindre également Melle Arden, Mr Winch ou Mr Ovronnaz si par le plus grand des hasards vous n'arriviez pas à m'avoir. Ce sont les seules personnes à contacter pour le moment. Retenez bien ça Maria car il y va de sa sécurité. C'est bien entendu ?

Maria : Oui Mr Kerensky
Répondit Maria un peu effrayée. Même si Giorgi avait toujours été gentil et correct avec elle, il n'empêche qu'il l'impressionnait fortement et qu'elle n'avait aucune envie de lui déplaire.

Elle retourna à l'appartement.
Giorgi raccompagna Leena jusque dans sa chambre. Il prit son visage entre ses deux mains et posa délicatement ses lèvres sur celles de Leena. Il sentit une grosse larme qui mouillait sa main.
Giorgi : ne pleure pas je t'en prie, je ne le supporte pas !
Leena se disait que si cela était arrivé hier encore elle aurait été tellement heureuse. Mais s'il devait arriver quelque chose à Giorgi par sa faute elle en mourrait cette fois.
Leena : Il ne faut pas m'aimer Giorgi ! Regarde, je ne t'apporte, à toi et à nos amis, que le malheur et des ennuis.
Giorgi : tu dis n'importe quoi !…Et puis c'est trop tard.
Conclut-il avec un tout petit sourire en plongeant ses yeux dans les siens et en l'embrassant de nouveau complètement bouleversé.
Leena poussa un gémissement de désespoir et Giorgi pensa qu'elle devait se reposer et que tout lui paraîtrait moins noir en étant moins fatigué.
Giorgi : Avec l'accord de Largo, je m'installe dans l'appartement qui communique avec le tien, afin d'être plus proche de toi. Tu n'as rien à craindre. Je retourne au bunker. Repose-toi. A plus tard.
Leena lui sourit faiblement et se sentit néanmoins un peu mieux. Peut-être que de bonnes choses l'attendaient encore dans sa vie même si aujourd'hui elle en doutait.

Il mémorisa le numéro du bunker et de son portable sur le téléphone de l'appartement et prévint Maria de son départ.

Il avait décidé de passer à son appartement pour prendre des affaires vu qu'il ne savait pas quand il rentrerait chez lui…
Karensky avait pris sa décision sur le chemin. Il allait contacter Fyorentina. Il s'enferma chez lui, éteignit son téléphone portable, s'assit sur le canapé et se saisit du combiné. Il tremblait. Elle répondit directement.
" Allo ? "
- Fyorentina, c'est Georgi…
- Georgi! Que je suis heureuse de t'entendre!
Effectivement, elle avait l'air très heureuse…
" Ecoute, j'aurais besoin de toi à New York, tu pourrais te libérer ? "
- Au ton de ta voix je me doute que c'est grave. Alors c'est oui, je prends le premier avion.
Elle avait raccroché. Il n'avait même pas eu le temps de lui parler de Leena…

Elle tint parole. Elle lui téléphona de l'aéroport et lui demanda s'il pouvait venir la chercher en soirée. D'abord tenté de laisser Simon y aller à sa place, il changea d'avis en se disant qu'elle serait sur ses gardes et trouverait ça louche. La connaissant, elle était même capable d'aller se réfugier chez Giovanni ! A l'aéroport il se sentit angoissé. Avant, il veillait sur Fyorentina. Il avait toujours tenté de veiller sur elle. Aujourd'hui ce n'était plus le cas, et connaissant la sensibilité de la jeune fille, il se doutait qu'elle réagirait à l'arrivée de Leena dans la vie de Georgi.
Il la vit arriver de loin, et eut un pincement au cœur. Elle était habillée d'une costume noir à veste redingote. Ses cheveux pendaient librement sur ses épaules, et elle portait un sac de voyage dans lequel à n'en pas douter se trouvait essentiellement du matériel. Elle lui fit un signe de la main et se précipita vers lui. Lorsqu'il évita son baiser, il la vit se crisper légèrement, et lorsqu'ils se dirigèrent vers la voiture, il vit qu'elle se doutait de quelque chose. Ses yeux avaient viré au gris, signe de contrariété.
" Bon c'est quoi le topo ? "
Aie, le moment qu'il craignait tant.
" Nous assurons la protection de Leena Artuy. Elle est au groupe W. Et, nous avons besoin de quelqu'un pour rester au bunker. "
- Tu ne suffis plus à cette tâche ?
- En réalité j'ai demandé à être sur le terrain. Pour assurer sa protection rapprochée.
- Ah.
Elle avait dit ce " ah " d'un ton ambigu qui semblait signifier tant : " j'ai compris " que " arrêtons là, j'ai compris ton manège ".
Il n'osa rien dire de plus, la sentant déçue et légèrement contrariée. En effet, dès leur arrivée : " Bon je suppose que j'ai toujours mon placard habituel. "
Le ton cynique était sans appel il signifiait " N'étant que la bouche trou du coin, je suppose que je ne dois pas m'attendre à plus. "
Georgi soupira, ça risquait d'être plus compliqué que prévu. Il vit Fyorentina disparaître dans le Hall et se douta que la première chose qu'elle ferait serait d'appeler Giovanni pour savoir exactement ce qui se tramait. Mais il n'avait pas le temps de discuter, il avait trop de choses à penser et à faire.

Il était 6h00 du matin quand Leena se réveilla le lendemain. Elle avait dormi d'une traite après le départ de Giorgi vers 15H00, beaucoup trop épuisée par le décalage horaire, le peu de sommeil de la nuit d'avant et le choc qu'elle avait reçu en fin de matinée qui avait eu raison de ses dernières forces.

Elle allait mieux physiquement et sentait son tempérament de battante reprendre un peu le dessus. Mais ça n'était pas vraiment la grande forme et elle n'était pas dupe.
La tristesse qui l'accompagnait depuis pas mal de semaines n'était que plus ravivée par les événements de la veille. Elle se demandait si elle n'avait pas rêvé. Mais ce n'était pas un rêve, plutôt un vrai cauchemar. Elle ne se rendait pas bien compte des enjeux et des risques encourus. Vu que l'attentat contre elle avait échoué, elle pensait un peu naïvement qu'on la laisserait tranquille dorénavant. Elle pensait également que Giorgi exagérait à cause des sentiments qu'elle lui inspirait.
D'ailleurs tout était confus pour elle. Il l'avait embrassé et Leena se disait qu'il avait sûrement voulu la consoler…Elle ne savait plus. Mais tout ce dont elle était sûre, c'est que tout allait beaucoup trop vite pour elle. Et le comportement de Giorgi à son égard l'effrayait plus qu'autre chose. Ils étaient si différents tous les deux. Elle savait qu'elle l'aimait beaucoup et qu'il l'avait toujours fasciné. Elle était troublée en sa présence et elle avait beaucoup pensé à lui en rentrant en France après leur première rencontre. Mais était-ce suffisant pour dire qu'elle était amoureuse. Leena était bien trop honnête pour l'affirmer. Et puis l'expérience avec Michaël l'avait refroidit et elle avait tellement peur de se tromper encore et d'être blessée une fois de plus …Giorgi était différent de Michaël et elle se remémorait ses deux mains lui prenant le visage pour l'embrasser avec tant de douceur et d'amour dans le regard…mais non…elle avait besoin d'un peu de temps…elle se sentait encore plus perdue et n'avait qu'une envie : s'échapper quelques heures, sans rien dire à personne, afin de retrouver un peu de sérénité.

Aussitôt décidée, elle se dirigea d'un pas rapide vers la douche mais sans faire trop de bruit pour le cas où Giorgi dormirait dans l'appartement d'à côté.
15 minutes après elle quittait le groupe W pour échapper un peu à la sollicitude de ses amis. Elle culpabilisait un peu de partir ainsi, mais si elle attendait leur réveil, ils ne la laisseraient pas sortir seule et elle avait vraiment d'un moment sans eux pour se retrouver.
Elle héla un taxi sans trop de problème à cette heure là.
Elle savait qui voir, à New York, quand ça n'allait pas…
Elle donna l'adresse au chauffeur de Taxi " 70 Lincoln Center Plaza, s'il vous plait ! "
Taxi : eh ! vous êtes bien matinale ma petite dame !!
Leena se contenta de lui sourire car elle n'avait pas envie de parler.

Peu de temps après elle paya le chauffeur et leva la tête le cœur battant.
Sur la façade du bâtiment on pouvait lire " School to American Ballet "
L'école de danse du New York City Ballet ; une des plus prestigieuses écoles de danse américaine, l'équivalent de l'école nationale de danse de l'Opéra de Paris.
Leena pensait aux dix années de sa vie passées dans cette Académie. Que de souvenirs : des rires mais beaucoup de larmes aussi. Quelle dure école que celle du ballet classique ! On n'y fait pas de cadeaux afin de forger les volontés. Après dix ans passés avec eux, Leena n'avait eu qu'une envie : quitter le carcan du ballet classique afin de faire de la danse contemporaine Elle était alors partie étudier en Suisse. Mais elle avait gardé un contact privilégié avec son Maître de Ballet de l'époque Andreï Kamarevsky, qu'elle admirait tant et à qui elle devait tant d'instants magiques. Il était Russe lui aussi, transfuge passé à l'ouest quand il était, dans sa jeunesse, danseur étoile au Kirov. Beaucoup d'autres danseurs avaient fait comme lui. Ils ne supportaient plus le régime de leur pays qui les empêchaient de danser tant de choses sous prétexte que ça n'était pas conforme à la culture du parti.
Andreï kamarevsky avait tout abandonné, le cœur lourd, pour la liberté. Il l'avait payé au prix fort en laissant toute sa famille et ses amis derrière lui.
Leena aurait bien été incapable de lui donner un âge tant il semblait faire partie des murs de l'Académie. Mais il commençait à être âgé. Pourtant il était toujours actif.
Il s'était toujours montré dur mais juste avec elle quand elle était à l'Académie. Il savait lui redonner confiance dans les moments de découragement et d'incertitude.
Elle pouvait compter sur lui car il était devenu un peu son père spirituel avec le temps depuis qu'elle était adulte et qu'elle avait quitté l'Académie. Ils entretenaient une correspondance régulière depuis, et Andreï Kamarevsky ne l'avait jamais perdu de vue. Entendant parler d'elle dans les journaux professionnels, il la voyait sur scène, en Europe ou aux Etats-Unis, dès que cela lui était possible.
Malgré l'heure plus que matinale elle était pratiquement sûre de le trouver dans son bureau en train d'écrire.

Leena frappa à la porte toujours entrebâillée.

Andreï : entrez !
Leena : bonjour Maître
Il connaissait cette voie…Andreï leva la tête
Andreï :…..Leena ! Mais que fais-tu à New York et à cette heure. Dans ta dernière lettre tu sortais à peine de l'hôpital.
Leena : c'est une longue histoire…Vous allez bien ? Vous avez l'air en pleine forme !
Andreï : Bahh ! ça va tu vois…Mais je n'en dirais pas autant de toi. Tu as une tête à faire peur. Viens, allons prendre un café à l'extérieur, les professeurs ne vont pas tarder. Nous serons plus tranquilles et tu me raconteras ce qu'il se passe car, vu ton air, je suis sûr que tu as des tas de choses à me dire.
Leena lui sourit en pensant qu'il la connaissait bien.
Ils étaient attablés depuis près de deux heures et Leena lui avait tout raconté. Tout…même Giorgi…
Andreï la regardait avec un air désolé. Il pensait que la jeune femme avait eu sa dose de chagrin ces derniers temps.
Les larmes qui avaient perlé au bord de ses yeux pendant son récit coulaient maintenant sur ses joues. Elle n'essayait plus de les retenir. Andreï l'avait souvent vu pleurer quand elle était enfant.
Tentant de la faire rire il lui dit avec un petit sourire en coin.
Andreï : il n'y a que toi pour me faire ça ! Fréquenter un ex-agent du KGB. Franchement tu exagères.
Cette petite remarque qui se voulait humoristique ne fit que relancer ses larmes. Elle n'arrivait pas à en rire même si elle avait bien compris qu'il plaisantait.

Andreï : ne pleure plus ! tu sais si tu l'aimes et bien je m'y ferais va. Tu l'aimes ?
Leena à voie basse : je ne sais pas…j'ai besoin de temps.
Andreï : alors prend-le ! S'il est aussi intelligent que tu le dis - ce dont je ne doute pas car n'oublions pas qu'il est Russe comme moi tout de même lui dit-il en souriant - et qu'il t'aime et bien il patientera crois-moi !
Leena : je ne veux pas qu'il lui arrive quoi que ce soit à cause de moi.
Andreï : chaque homme dans la vie a le droit de faire ses propres choix. Tu n'as pas à décider pour lui. Si son choix est de rester malgré le danger près de toi, tu dois respecter cela. Les hommes comme lui ou moi se sont battus, chacun à sa manière, pour cette liberté là. Et puis si tu écoutes ton cœur, il te guidera et toi aussi tu feras les bons choix.
Leena ne pouvait tout de même pas s'arrêter de pleurer mais c'était nerveux. Elle savait que son maître avait raison.
Andreï : tu te souviens de ce que je te disais quand tu pleurais enfant ?
Leena récitant de mémoire : " Les larmes sont justes là pour rafraîchir le ciel avant l'arrivée du soleil. Chasse-les et tu verras comme il brillera pour toi ". Je m'en souviens encore maintenant comment oublier ça ? J'y croyais tellement que ça consolait la plupart de mes chagrins d'enfant. Est-ce que ça les consolera toujours aujourd'hui ?
Andreï se leva et la serra dans ses bras. Il lui murmura doucement :
Andreï : Essaye et tu verras je suis sûr que ça marchera. Je suis au moins sûr qu'une petite chose aujourd'hui te fera plaisir.
Leena le regarda intriguée.
Andreï : tu veux faire ton petit tour habituel dans l'Académie pour vérifier que rien n'a changé ?
Leena retrouvant un peu le sourire : allons-y, je ne raterais ça pour rien au monde.

Leena resta quelques heures encore avec son vieux maître puis décida de prendre congé.
Elle n'avait absolument pas conscience de l'affolement que son absence avait crée chez ses amis, ni de l'arrivée de Fyorentina qu'elle ne connaissait pas…

Part 4