"R ESURRECTION" suite (part 1)
 




Note de l'auteur: C'est ma toute première fanfic, soyez indulgents. Je veux remercier Lyne (on ne trouve pas meilleure correctrice) et je m'excuse d'avance pour les fautes d'orthographes que j'ai essayé de réduire au minimum mais qui trainent quand même ça et là en quantité suffisante pour gêner.
Ne pas publier sans autorisation merci.


...
Largo pleurait. Que pouvait-il faire d'autre ?
Joy venait d'être transférée sur son ordre a l'hopital de New-York, ceci contre l'avis des medecins. Elle avait donc quitté Montréal dès que son état avait été assez stable. Cela n'avait pris que quelques heures.
Mais elle était toujours inconsciente, et d'après ce que le médecin avait dit, son coeur s'était arrêté trop longtemps pour être certain qu'aucun dommage cérébral n'en résulterait.

A côté de Largo, assis dans la salle d'attente, se trouvait Simon. Lui ne pleurait plus, il était rentré dans un état de catatonie totale.

Tout était allé de travers depuis le debut, depuis que Diana avait pris cette photo. C'est a ce moment precis que Largo s'était retranché dans ses pensées, ne laissant entrer occasionnellement que Diana. Largo avait peu a peu perdu contact avec chacun de ses amis, tout specialement Joy. Ensuite, c'est Kerensky qui s'était ecarté de l'équipe en mentant au sujet de Jagger. Bon Dieu, ils savaient tous qu'il y avait une taupe. Agissant ainsi, Kerensky serait accusé a coup sûr. Lorsque cette photo de Jagger leur est parvenue dans le jet, lui, Simon, l'a tout de suite jugé coupable. Largo était déjà perdu depuis longtemps. Joy fut la seule à avoir les pieds sur terre et émit des doutes raisonnables ; sans vouloir trahir sa confiance, elle préféra assurer leurs arrières, elle a été la voie de la raison et Largo l'a suivie…

Mais il fallait voir maintenant ou ils en étaient : Kerensky avait demissionné en laissant un petit cadeau d'adieu, le numero de fax depuis lequel avait été envoyée la photo, le numero de Simon. Il y eut alors un déclic dans la tête de Simon : Largo ; il était là, à côté à pleurer comme si Joy était déjà morte, mais il ne savait même pas pour le reste. Il fallait le lui dire maintenant ; le plus tôt il le savait, le plus tôt il réagirait.

Mais Simon ne savait pas par où commencer. Il se tortilla quelques minutes dans sa chaise, puis il finit par se tourner vers son ami.
"Largo ? l'interpella-t-il d'une voix timide.
Le jeune homme lui renvoya son regard. Simon continua.
-Là, on a vraiment un probleme.
En voyant Largo froncer les sourcils, il s'empressa de reprendre.
-Non, je veux dire… Joy est le plus gros soucis à présent mais il y a autre chose; tu sais comment on en est arrivé là ?... On nous a divisé."

Il enchaîna tout de suite, ne laissant pas a Largo le temps de placer une remarque.
Lorsqu'il eut enfin terminé, il regarda attentivement les différentes expressions sur le visage de son ami. Elles reflétaient généralement parfaitement les sentiments qui luttaient en lui : la haine envers Jagger et le traître, l'indignation envers leurs methodes qui ont conduit a ce carnage, cette disperçion, et bien sûr à la condition présente de Joy.
Mais à travers cela , Simon eut une lueur d'espoir : il comprenait surtout que Largo avait toujours confiance en lui et en Kerensky. Il savait que leur équipe était à nouveau reconstituée, sauf bien sûr pour…
Sauf bien sûr pour Joy.

Ils virent tous deux arriver le docteur qui les prevint :
"Messieurs, Mademoiselle Arden est installée dans la chambre 132. Son opération s'est bien passée, cependant elle n'a toujours pas repris connaissance. Souhaitez-vous la voir quelques minutes ?
-Bien sûr, repondit Largo sortant peu a peu de sa trance.
-Avez-vous contacté sa famille ?"
Simon se charga d'expliquer que Charles Arden viendrait peut-être. Quant à Largo, il était déjà sur le seuil de la chambre 132.
C'est là qu'il la vit, allongée au milieu de machines dont il ne savait que penser : elles étaient là pour permettre à Joy de rester parmi les vivants, elles étaient aussi la pour rappeler que Joy était plus morte que vivante sans elles.
Largo franchit le seuil et s'approcha lentement du lit. Il prit la chaise à côte du lit, s'assit et caressa tendrement la main de Joy.

Sur ces entrefaits, Simon arriva, il attrapa l'autre main et tenta de rassurer Largo.
"Enfin Largo, tu la connais, elle ne peut pas ne pas terminer une mission, c'est plus fort qu'elle. Je te parie qu'elle reviendra juste pour protéger tes fesses encore quelques années.
-Je pense que c'est tout le contraire et c'est bien ce qui me fait peur, repondit Largo d'un air plus las que deprimé. Regarde-la, elle semble ne pas souffrir, elle va accomplir sa mission, Simon, elle va donner sa vie pour sauver la mienne. C'est comme… c'est comme si elle y trouvait son compte. Oh mon Dieu, Simon, je n'oublierai jamais son regard quand je la tenais, elle semblait heureuse avec la situation, elle était comme a sa place, elle était…"
Largo ne put continuer, un énorme sanglots l'en empêcha.
De son côté, Simon n'en revenait pas de ce qu'il entendait et il dit très froidement :
"Est-ce que je peux te parler deux minutes… dehors ?
-Simon, j'aimerais bien rester avec elle un petit peu, OK ?
-Non pas OK, je crois qu'il faut que tu comprennes quelque chose avant de…
-Avant de quoi ?
-Viens."
Intrigué à la fois par les propos et le ton de son ami, Largo se décida à le suivre.

Aussitôt la porte refermée, Simon plaqua légèrement Largo contre le mur et pointa l'index vers sa poitrine.
"Mais qu'est-ce que ca veut dire ? C'est quoi ces conneries ? "Oh, elle a l'air heureuse"!!! Comme si elle était contente d'être entre la vie et la mort. Tu parles d'elle comme si elle était déjà plus là ou qu'elle avait aucun espoir. Je ne t'ai jamais vu baisser les bras aussi vite. Mais enfin, quoi ? C'est Joy qu'est la, c'est pas n'importe qui. Tu crois vraiment que c'est en parlant comme ça qu'on va l'aider ? Alors t'es plus atteint que ce que je pensais ! Je vais essayer d'aller trouver Kerensky, je ne pense pas qu'il la laissera mourir, lui."
Et il sortit de l'hopital encore plus énervé qu'en y rentrant.

Largo n'avait rien fait pour se défendre. Il pensait simplement à Joy, à toutes ces occasions perdues. Il se sentait l'entier responsable, et il l'était.
Soudain il comprit, Simon avait raison, Joy était encore là et il savait qu'avec tout leur soutien, elle reviendrait, qu'avec toutes leurs preuves d'amitié, de respect et aussi du besoin qu'ils avaient qu'elle soit à leurs côtés, elle se réveillerait.
C'est avec ce nouvel état d'esprit qu'il rentra dans la chambre. Mais rien n'était plus pareil. Cette fois, lorsqu'il la vit, il sentit le courage, la force qui émanaient d'elle. Il reprit alors sa place initiale à ses côtés et lui chuchota des mots d'encouragements pendant plus d'un quart d'heure, jusqu'a ce qu'une infirmière le prie de sortir. Il ne remarqua pas les légers soubressauts de l'électrocardiogramme lorsqu'il lui dit au revoir, baisa son front et lâcha sa main.

Kerensky entendit frappés trois coups à sa porte. Il vérifia la caméra de sécurité du couloir. Simon ! Que pouvait-il bien faire là ?
Ca ne pouvait être qu'un piège. Pourtant il ne croyait pas que Simon était la taupe, c'était absolument impossible. Même s'ils avaient tous perdu mutuellement la confiance des uns et des autres à un moment donné, ce n'était que passagé.

Mais il y avait trop de preuves pour ne pas les croire. Et c'est bien ce qui gênait Kerensky : "trop" de preuves.

Il s'arma cependant pour ouvrir la porte. Simon parut surpris.
"Quoi ? Tu es étonné d'être dans ma ligne de tir peut-être ? dit Georgy impassible.
-Non, je suis surpris que tu m'ais ouvert.
-Mpf ! Qu'est-ce que tu veux Simon ?
Le ton alors employé s'était voulu glacial mais une pointe de dédain avait trahi sa réelle douleur et colère à se savoir accusé de traîtrise par ceux qu'il considérait ses amis.
-Ecoute vieux, je ne te demande pas de revenir au Groupe W si tu veux pas. Par contre, on a eu des gros pépins à Montréal. Joy a été touchée et elle est dans le coma. Largo est à son chevet et il la voit déjà morte. En plus, son père a été capturé à nouveau. En gros, on est dans une merde noire."

Une fois encore, Simon avait dit cela dans un souffle, il ne voulait pas être interrompu et avait aussi besoin de montrer à quel point il était bouleversé et à bout de nerfs.
Kerensky n'hésita pas une seconde. Il avait comprit que Simon ne mentait pas, et Joy comptait parmi ses amis les plus proches ; la savoir entre la vie et la mort lui ferait rapidement perdre son sang froid légendaire. Il se précipita vers la porte; Simon, sur ses talons l'interpella :
"Kerensky, attends ! Ils ne vont plus nous laisser rentrer à l'hôpital, on devrait plutôt essayer de trouver Largo chez lui ou au bunker. Comme je l'ai vu la dernière fois, soit il fait sa tête de mûle et il est juste allé retrouver Diana, soit il m'a compris et il la met elle et Jake à l'abri pour commencer les recherches sur la bande à Jagger.
-Euh... à ce propos, j'ai quelques informations. La photo que vous avez reçue est un montage. Ensuite, Diana : j'ai fait une petite recherche sur elle et j'ai trouvé quelquechose de très bizarre. Il semble que dernièrement, elle ait été régulièrement en contact avec un de nos amis : Michel Cardignac. Il va falloir prévenir Largo très rapidement."
Simon ne répondit même pas et s'élança vers la sortie, en direction du Groupe W.

Largo referma la porte de son appartement. Toutes les lumières étaient allumées, il ne comprenait pas pourquoi.
Jouant la sûreté, il sortit son revolver et l'arma puis s'avança vers sa chambre. Sur son chemin, il butta contre quelquechose. Un jouet de Jake ! Il avait totalement oublié que Diana était là. Il rangea son arme tout en allant jusqu'à sa chambre.

Il trouva Diana endormie dans son lit, ses bras autour d'un des ours en peluche de Jake.
Il s'avança et la réveilla doucement.
"Hey, Diana, je suis là, hey, réveille-toi.
Diana s'étira longuement avant d'ouvrir les yeux.
-Largo, tu es revenu ! s'écria-t'elle en se jetant à son cou. J'était si inquiète, je t'ai attendu toute la nuit. Et ton père, tu l'as trouvé ?
-Je l'ai vu, c'est tout ce que j'ai eu le temps de faire. Ils nous ont retrouvé, il a été enlevé.
-Oh Largo, je suis désolée.
A ce moment, Largo s'effondra en larmes dans les bras de Diana, moins par désespoir que par fatigue. Elle le laissa pleurer en lui murmurant :
-Je sais c'est très dûr. Mais il est en vie, non ? On le retrouvera, Largo, je te promets qu'on mettra tout en oeuvre pour le retrouver et on te le ramènera.
-C'est pas lui le problème, réussi à articuler Largo. Enfin si mais... Il soupira. A l'aéroport, il y a eu une fusillade. Joy a été touchée, maintenant elle est dans le coma. J'aurai beau déployer tous les moyens imaginables, faire toutes les recherches possibles, il n'y a rien d'autre qu'elle même qui puisse me la ramener."

Diana eut un mouvement de recul : le choix de mots de Largo lui ouvrait définitivement les yeux sur la relation qu'entretenait Largo avec sa garde du corps. "Lui" ramener Joy.
Elle sentait les larmes lui venir peu à peu aux yeux mais résista à l'envie de les laisser tomber. Bien sûr, elle avait senti qu'il y avait quelquechose entre eux et elle avait d'ailleurs eu le besoin plus ou moins conscient de les séparer, de les monter l'un contre l'autre.

Mais à ce moment présent, Largo avait besoin de réconfort, celui qu'il serait certainement allé chercher auprès de Joy en temps normal. Elle savait à présent qu'elle n'était réellement qu'une distraction à ses yeux, certes plus importante qu'une autre de ses conquêtes mais jamais qu'une issue de secours face à Joy.
Elle se rendait compte à présent à quel point elle aimait Largo. Le fait de le savoir perdu à une autre la faisait enrager.
Elle dit à Largo :
"Tu ferais mieux de te reposer maintenant. Tu n'es pas en état de faire quoique ce soit de toute façon."
Elle le berça jusqu'à ce qu'il s'endorme puis s'en alla voir Jake dans sa chambre.



Entretemps, Simon et Georgy avaient réintégré le bunker. Leur réaction à leur arrivée fut similaire, ce qui dispensa Simon de demander à son à nouveau collègue si c'était un de ses petits cadeaux d'au revoir.

Kerensky était furieux ; on s'était introduit dans son antre, détruit son matériel et peut-être mis toute la faute sur son dos.
Mais à y regarder de plus près, il fut surpris de constater qu'en fait de gros dégâts, il n'y avait que des fils arrachés faciles à ressouder, des papiers à ramasser et un clavier à remplacer, café renversé dessus oblige. Il s'empressa aussi bien sûr de vérifier qu'aucun des fichiers importants n'avaient été supprimés.

Vérification et ménage faits, Simon quitta le bunker en direction des apparts privés de son copain.
Il trouva ce dernier dans la même position que Largo avait trouvé Diana. Il préféra s'en aller sur la pointe des pieds, Largo le méritait ce sommeil; il en avait bavé moralement depuis plusieurs jours, il était temps qu'il se repose un peu et remette ses idées en place.
Ceci dit, lui aussi, Simon, avait pas mal trinqué, entre Joy à l'hôpital, Kerensky à l'accuser de traîtrise et largo avec le moral à zéro, il n'était plus très frais, et bien qu'il eut voulu continuer les recherches avec Georgy, il se résolut à prevenir celui-ci qu'il irait dormir quelques heures.
Le lendemain vers 8h30 :
Largo se réveilla en sursaut. Il avait peur. Un affreux cauchemar l'avait perturbé : il retrouvait son père l'espace d'un instant, tout ça pour le reperdre, lui, en même temps que Joy. Mais c'était terminé maintenant.
Il se leva, et ce faisant, il remarqua qu'il s'était endormi tout habillé. Machinalement, il alla jusqu'au miroir pour déboutonner sa chemise. Il stoppa net ses mouvements à la vue de la tâche de sang. Il n'avait pas rêver, ou plutôt, il avait revécu la scène dans son sommeil.

Ne pensant plus à rien, il se changea et descendit au bunker. Il y trouva Kerensky à sa place habituelle et Simon bien réveillé, à lire au-dessus de son épaule.
Il lui semblait pourtant que Kerensky avait démissionné, mais il préféra ne pas aborder ce sujet de prime abord. Sa priorité était Joy et il ne voulait pas entrer dans les détails d'une autre affaire, qui de plus semblait réglée, avant d'avoir revu sa garde du corps.

Le désespoir qu'il avait ressenti en voyant la tâche de sang s'atténua lorsqu'il aperçut Simon. Il se remémorait aussi à présent les paroles, assez violentes, de son ami.

Il mit le plus d'entrain dans sa voix qu'il pouvait en générer dans une telle situation et afficha un léger sourire.
"Ah ! Vous êtes tous les deux là, c'est parfait ! Les visites commencent à 9 heures."

Kerensky se leva sans dire un mot tandis que Simon restait béat devant ce nouveau Largo. Ce dernier lui fit un signe de tête pour le remercier de lui avoir secouer les puces. Simon lui répondit par un grand sourire.

Quelques minutes plus tard, ils entraient dans l'hôpital et Simon se mit directement à la recherche du médecin traitant Joy, pendant que Largo et Georgy arrivaient devant la chambre 132. Ils s'installèrent auprès du lit et parlèrent à Joy, lui apportant le plus de soutien qu'ils le pouvaient.
Lorsque le russe commença à lui parler et à la rassurer, Largo fut très surpris. Il découvrait le respect et la réelle et profonde amitié sous-jacente dans leur relation apparemment conflictuelle. Il voyait aussi que Georgy savait laisser plus qu'entrevoir ses sentiments lorsqu'il le fallait. Largo ne le verrait plus jamais de la même façon, il était beaucoup plus sensible qu'il n'y paraissait.

Du côté de ses propres sentiments, Largo ne cherchait pas réellement à fouiller. Il est vrai que Joy l'avait toujours attiré physiquement, mais au fil du temps, il avait vu cette attirance non pas s'effacer mais bien au contraire se transformer en quelquechose de plus profond qu'il ne connaissait pas mais il était savait une chose : ce n'était certainement plus de l'amitié. D'ailleurs, il n'avait pas besoin de fouiller, d'analyser pour savoir ce que c'était. Mais il avait préféré enfouir cela, il en avait peur, peur que ce ne soit pas du vrai amour, peur que si ça l'était ce ne soit pas réciproque, et aussi, il fallait bien qu'il se l'avoue, peur de devoir renoncer à toutes ses aventures. C'est pour cette raison qu'il s'était distancé d'elle à l'arrivée de Diana, elle était l'excuse parfaite.
Cependant le problème de la véritable nature de ce sentiment était maintenant résolu ; il savait sans se poser de question qu'il l'aimait. La réciprocité du sentiment était évidente. La jalousie de Joy était très marquée et il la remarquait souvent depuis "l'incident" en Arctique. Bien sûr, il avait joué l'innocent et l'aveugle face à Simon lorsque celui-ci avait abordé le sujet, mais il savait mieux que quiconque ce qu'il en était vraiment. Il lui restait donc un problème : les autres femmes. Mais cela aussi était réglé : il savait à présent qu'il pouvait largement se contenter d'une seule femme, du moment que c'était Joy.
Ils devaient maintenant tous lui apporter tout le soutien possible et le sien ne consistait désormais plus en de simples preuves d'amitié. Mais ces paroles, il les réservait pour elle seule. Il attendrait que les autres soient partis.

Simon entra dans la chambre, précédé du docteur. Ce dernier fit un rapide examen de Joy et s'adressa aux trois hommes :
"Ses blessures se cicatrisent très rapidement mais elle n'a toujours pas repris connaissance, je ne peux donc que vous encourager à venir la voir, lui parler comme vous l'avez fait jusqu'ici. Sur ce, Messieurs, je m'en vais, d'autres patients m'attendent."
Et il sortit.

Simon et Kerensky commencèrent à parler à Joy pendant que Largo, muet, souriait en la regardant tendrement, sa main toujours dans la sienne.
Lorsque Simon remarqua l'inactivité de son patron, il eut peur. Et s'il avait encore changer d'avis ? S'il était à nouveau au 36ème dessous ? Il n'avait pas envie de l'engueuler tous les jours le Largo.
Mais il s'aperçut du sourire que Largo arborait et s'empressa d'interpeler Georgy.
"Allez mon pote ! lui dit-il en lui tapotant l'épaule, je crois qu'on a encore pas mal de recherches à faire.
Kerensky lui lança un regard sombre mais Simon fit un énorme signe de tête pour désigner Largo. Georgy acquiesça de la tête et plaça tout bas :
-Aujourd'hui Simon, Je vais t'inculquer une notion nouvelle, cela s'appelle la subtilité. Tu verras, ça pourrait te servir un jour.
-Largo, on s'en va, dit Simon tout en grimaçant vers Georgy.
-Ouais, à plus" répondit Largo assez nerveusement.
Il avait à présent peur de se lancer mais c'était le moment ou jamais. Rien ne l'arrêterait, pas ses incertitudes, pas les principes de Joy, rien...

Sauf peut-être le réveil de Joy.
En effet, à peine ses deux collègues avaient-ils refermé la porte que Joy ouvrait ses yeux, très lentement et très difficilement. Mais ses beaux yeux bruns apparaissaient enfin à Largo.
"Oh mon Dieu ! Tu... c'est... enfin..." Mais aucune parole cohérente ne se décidait à sortir de la bouche de Largo.
"Ne bouge pas, j'appelle le médecin tout de suite !" Et il sortit en trombe de la chambre en criant à qui voulait bien l'entendre que Joy Arden était sortie du coma. Le docteur se dépêcha de venir et Simon et Georgy, qui n'avaient pas encore quitté l'hôpital et alertés par les cris phrénétiques de Largo, le suivirent.

Eux et Largo ne restèrent pas bien longtemps dans la chambre : sitôt arrivé, le docteur les fit sortir le temps d'examiner Joy.
Cela ne dura que cinq minutes mais celles-ci semblèrent une éternité pour les trois hommes. Simon s'approcha de Largo :
"Bien joué mon pote ! On peut dire que t'as su trouver les mots justes. T'as dit les mots magiques ?
Largo le regarda et on put lire l'espace d'un court instant de la déception dans ses yeux.
-Je n'ai eu le temps de rien Simon."
Avec cela, le sourire de Simon s'atténua. Et voilà, pensa-t'il, encore une occasion manquée, Largo était remonté à fond mais maintenant qu'il a raté l'occasion, à tous les coups, il va se dégonfler ; et faut pas compter sur Joy pour se bouger. Donc retour à la case départ.
Mais au moins, se dit-il, on l'a ce nouveau départ.
Appartement de Largo :
Largo n'en revenait pas. Joy s'était réveillée ! Il l'avait vu ouvrir les yeux, il lui avait parlé, elle lui avait répondu.
Dès que le médecin avait eu fini d'examiner Joy, les trois hommes étaient à nouveau entrés dans la chambre. Ils étaient restés près de dix minutes avant qu'une infirmière ne leur dise de laisser Joy se reposer.
A présent, c'était le soir et Largo n'en revenait toujours pas. Il était à nouveau heureux et avait passé une fin de journée normale, entre réunion du conseil et bunker.
Il avait appelé l'hôpital pour savoir quand Joy pourrait sortir. Elle semblait se rétablir très vite, en moins de deux semaines elle serait sur pied.

Cependant, cette affaire était loin d'être terminée : son père n'avait pas été retrouvé et il restait le traitre à démasquer.

L'arrivée de Simon le tira de ses pensées ; ils n'avaient pas vraiment eu le temps de discuter entre les réunions et les recherches.
Simon entra dans le vif du sujet.
"Alors, heureux ? dit-il en affichant un grand sourire.
-Ce matin, je n'ai jamais été aussi content d'entendre Joy et Georgy se disputer, dit-il en riant.
Simon aquiesça et continua mais avec un sourire plus triste.
-Tu vas pas lui dire, hein ?
-De quoi tu parles ?
-De Joy et de ce que t'étais près à lui avouer ce matin.
Largo sourit.
-Je le ferai dès qu'elle sortira de l'hôpital.
-C'est vrai ?! répondit Simon incrédule.
-Bien sûr, plus rien ne me retient. Je l'aime, c'est tout.
-Rien ne te retient à un détail près. Tu oublies Diana.
-Je ne l'oublie pas. De toute façon, je crois qu'elle sait ce qu'il en est de la situation, je ne l'ai pratiquement pas vu aujourd'hui, elle semble m'éviter.
-Dans ce cas, tu crois qu'elle va rester longtemps ici ?
-Je n'en sais trop rien, mais elle peut rester autant qu'elle le veut ici, c'est tout de même une amie.
-Euh, Largo... Je sais que tu l'aimes beaucoup mais méfie-toi d'elle quand même. Je sais que tu as confiance en elle mais je sais aussi par Kerensky qu'elle a eu des contacts avec Cardignac. Et je pense pas que ce soit pour te préparer une surprise-party.
Largo rejeta sa tête en arrière. Il ne manquait plus que ça : Diana une traîtresse. Il en avait plus que marre et commencait à regretter sa décision un an plus tôt de reprendre le flambeau de l'empire Winch.
-Es-tu sûr de ce que tu avances ?
-Positif.
-Bon, très bien, je serai sur mes gardes.
-Bien, c'est tout ce que je te demande. Bon, je vais redescendre continuer les recherches.
-Simon, il est déjà tard, va te coucher. Je vais aussi renvoyer Kerensky chez lui, on doit être en forme pour allez voir Joy demain matin.
-Très bien. Bonne nuit.
-Bonne nuit."
Et Simon se retira.

Largo descendit au bunker. Il y trouva Georgy à sa place habituelle.
"Salut. Tu as trouvé quelque chose ? demanda Largo sans préambule.
-Rien de plus. Mais j'ai une petite question à te poser. Diana t'a-t'elle dit où était Jake lorsqu'elle était poursuivie à Berlin ?
-Oui, on en a parlé. Si je me souviens bien, elle l'avait mis chez ses parents.
-Oui, c'est bien ce qu'elle a dit.
-Alors où est le problème ?
-Je les ai appelé et Jake n'était pas avec eux ce jour-là.
-Où veux-tu en venir ?
-Je n'en sais rien, j'essaie juste de reconstituer la scène et trouver une preuve la culpabilité ou non-culpabilité de Diana dans l'affaire.
-Oui, Simon vient de me prévenir pour elle et Cardignac. Mais il va falloir que j'aille la voir. De quelle façon dois-je l'aborder à ton avis ?
-Il ne faut pas qu'elle sache qu'on la soupçonne, donc tu restes ami avec elle. Après, soit tu choisis d'être plus qu'amis, si elle est la taupe, elle aura accès à pas mal d'informations, faudra filtrer, on pourra aussi essayer de la lancer sur une fausse piste ; soit tu la largue en douceur. Le risque avec la deuxième solution, c'est qu'elle n'accuse pas bien le choc et qu'elle devienne une furie, auquel cas on sera fixé, ou encore qu'elle se barre. Vu la situation actuelle, je sais ce que tu vas faire alors ménage Diana dans la séparation. Je te répète, il faut impérativement qu'elle reste pour que l'on sache à quoi s'en tenir.
Largo parut surpris.
-Comment tu peux savoir ce que je vais décider ?
Kerensky le regarda par dessus ses lunettes.
-Tu me prends vraiment pour un imbécile, n'est-ce pas ? Devant l'incompréhension de Largo il soupira. Ah ! Les occidentaux et la finesse ! Bon, vu l'état de Joy et tes nouvelles résolutions, je pense que le choix est fait, n'est-ce pas ?
-Quoi ? Mais... de... de quoi tu parles là ?
-De ces six ou sept derniers mois, je ne compte plus, où Joy et toi n'avez cessé de vous tourner autour.
-C'est si évident que ça ?
-Ca ne se verrait pas mieux si c'était inscrit en gros sur une pancarte.
-Bon ben, au moins je sais ce qui me reste à faire. Et sur ces sages conseils, Georgy, je t'envoie au lit. J'ai promis à Joy qu'on viendrait la voir tous les trois demain matin. Je veux que tu sois frais, alors va t'en.
-Oui chef. Faites de beaux rêves chef.
-Je n'y manquerai pas."

Largo se retrouvait maintenant seul dans le bunker. Et il commençait à assimiler les nouvelles données.
Ainsi, Diana serait la taupe. Mais pourquoi ? Il pensait qu'ils étaient amis. Justement ! Elle était arrivée au Groupe W en tant qu'amante presque dès le début, et ça, ce n'était pas vraiment son genre, de venir en conquérante comme elle l'avait fait. Il aurait dû se méfier, mais il ne l'avait pas fait car généralement les femmes qu'il fréquentait se comportaient ainsi. Il serait plus prudent à l'avenir.
Hôpital :
Elle s'ennuyait. Pour une femme d'action comme elle devant rester clouée au lit pendant plusieurs jours, ça semblait plutôt normal. D'autant plus que ses collègues et amis, qui venaient la voir tous les jours, se refusaient à lui donner de plus amples renseignements sur leurs dernières recherches.

Cela faisait maintenant trois jours que Joy était sortie du coma. Chaque jour, elle avait une visite de Largo, Simon et Georgy, chaque jour ils refusaient de lui parler boulot tant qu'elle ne serait pas sortie de l'hôpital, et chaque jour le médecin lui disait qu'elle sortirait bientôt sans dire quand.
Elle commençait à s'énerver contre les infirmières, bien qu'elle sache pertinemment que les pauvres femmes n'y étaient pour rien.

Effectuvement, le fautif était un certain beau et jeune milliardaire qui l'avait décidemment bien malmenée ces derniers temps. D'ailleurs, il lui semblait bien que Largo cherchait à s'excuser de toutes les manières possibles. Il faisait en quelque sorte penitance en venant à toute les heures de visite avec des fleurs ou d'autres présents. Il était définitivement plus attentionné qu'auparavant et Joy appréciait cela. Cependant, elle avait cru comprendre au cours d'une conversation que Diana était encore dans les parages.

Lorsque Simon entra suivi de Georgy et Largo, elle ne put s'empêcher de demander où en étaient les recherches.
Simon répondit en rigolant :
"Ca avance, ma belle.
-Oh, mais arrêtez de me ménager les gars ! En plus, je pourrais peut-être vous aider.
-La consigne du médecin est stricte, rappela Kerensky, pas de stress.
-Bon, très bien.
Et Joy prit un air résigné. Elle attendit quelques secondes avant de dire :
-Au fait Simon, j'allais presque oublier. Il faut que je te parle de quelque chose... (elle regarda Largo et Georgy)... en privé.
-Quoi ? Tu me caches des choses maintenant ? dit Largo sur un ton faussement vexé.
-S'il vous plaît, j'aimerais vraiment parler à Simon seul à seul.
-Vous entendez les gars, allez ouste, du balai ! s'exclama Simon tout réjouit.
Largo et Georgy quittèrent donc la pièce, non sans se poser quelques questions.
-Alors ma belle, qu'est-ce qui se passe ?
-Viens voir, dit Joy en lui tendant la main. Simon, sans se douter de quoique ce soit, lui attrapa la main. Il se trouva entraîné avec force et rapidité vers le lit, où Joy le coinça.
-Très bien Simon, maintenant tu vas me dire où en sont les recherches, dit-elle calmement.
-Mais enfin Joy, tu sais bien que c'est mauvais pour toi !
-Et toi, tu sais très bien que tu ne peux pas me résister. Alors mets-toi à table.
-Je vais me faire déchiqueter par Largo, tu penses à ça ?
-Je pense juste à ta position actuelle.
-D'accord, d'accord, c'est bon.
Joy le relâcha.
-En fait tout ce qu'on à c'est pas grand chose, juste que la photo de Jagger et Kerensky était truquée et qu'on a une taupe bien infiltrée dans le groupe. On cherche encore.
-Et c'est ça que vous me cachiez. Non mais tu te fous de moi ?!
-Ecoute, tu vas pas encore m'agresser parce que je peux pas t'inventer des infos moi.
-Ouais, d'accord. Fais rentrer les autres tu veux bien ?
-Je vais les chercher."
Simon sortit avec un soupir de soulagement.
Il trouva Largo et Georgy attendant dans le couloir.
"Elle m'a fait avouer.
-Non de Dieu, Simon, t'as quoi dans le crâne ?!
-Eh! Elle t'a déjà menacer toi ? Non. Parce qu'elle fait vachement peur, j'te jure.
Largo s'apprêtait à rentrer dans la chambre lorsque Simon le retint par le bras.
-J'ai rien dit pour Diana.
Largo poussa à son tour un soupir de soulagement et sourit :
-Je sais qu'elle fait peur."
Et il poussa la porte de la chambre. Joy les attendait tous trois à l'intérieur. Largo apparut le premier.
"Je ne te laisse plus seule avec Simon, Joy, tu m'entends ?
-Quoi ? J'avais juste envie de savoir. D'ailleurs, pour ce qu'il y avait à savoir, vous auriez pu épargner à Simon l'entrevue.
-Il faut vraiment que je prenne des cours de self-defense contre elle, marmonna Simon.
Kerensky prit la parole.
-Joy, on a quand même une bonne nouvelle pour toi.
-Ah ?
-On a vu le docteur, et dans trois jours, il pense que tu pourras sortir.
-C'est vrai ?! Au mon Dieu, c'est vrai ? Je vais sortir ? Je vais travailler ?
-Oh là ! On se calme, on ne s'emballe pas, Largo se dépêcha de répondre. Tu vas sortir, mais pas d'action tout de suite pour toi. D'abord, tu prends des vacances et... Oumpf !
Largo venait de se prendre un coup de coude de la part de Simon qui lui dit tout bas :
-T'es malade de lui dire ça! T'as décidé de déclencher l'Hurricane Joy ? Eh ben, attends qu'on soit sortis, je tiens à ma vie, moi ?!
Et effectivement, les yeux de Joy brillaient de furie. Simon enchaîna :
-Bon, Joy on va te laisser, hein ? Kerensky et moi on a des recherches à continuer, pas vrai vieux ?
Comme réponse, il n'eut qu'un regard glacial. Ils se dirigèrent tous deux vers la porte en disant au revoir, laissant Largo et Joy seuls.

-Largo, tu sais très bien que je vais mieux. T'as pas le droit de me faire ça, j'ai besoin de bouger moi.
-Je sais, je sais mais... Il soupira. On va faire un compromis. La première semaine tu bosseras au bunker, aux recherches. Mais attention, pas de boulot sur le terrain. En voyant Joy s'apprêtant à intervenir, il enchaîna avec : Pepep ! Pas de mais. Ca c'est pour la première semaine. Après, on avisera, mais si tu vas bien, alors tu viendra avec Simon et moi. Ca te semble équitable ?
-J'accepte la proposition... Mais une semaine ça fait beaucoup, tu penses pas que 3-4 jours...
-Joy, c'est ça ou rien. Et je ne suis pas Simon, je ne plierai pas.
Joy fit un signe de résignation.
Ils passèrent alors une minute dans le plus profond silence. Largo s'assit sur le lit et prit la main de Joy dans la sienne.
-Ecoute, je veux prendre soin de toi maintenant, j'ai vraiment été un salaud avec tout le monde ces derniers temps. C'est toi qui en a le plus pâti. Je tiens à m'excuser pour ma conduite irresponsable et égoïste, et je ne veux plus te blesser, moralement ou physiquement.
-Je te pardonne.
Joy avait à présent les larmes aux yeux. Mais il fallait qu'elle continue, il fallait qu'elle lui demande si...
-Largo, à ce propos... est-ce que Diana est encore... est-ce qu'elle est au Groupe ?
-Oui.
-Bien, je voulais savoir, c'est tout.
-Et j'espère que vous allez vous entendre à présent... rajouta-t'il calmement.
-On va essayer, dit-elle. Les larmes coulaient librement maintenant.
-...parce que j'espère qu'elle va rester avec nous encore un peu... dit-il sur le même ton qu'auparavant.
-Ah bon... dit Joy d'une voix faible. Elle avait soudain du mal à respirer.
-...parce qu'elle est peut-être la taupe, finit Largo.
-D'accord... Quoi ?!! C'est elle ! Je le savais, je vous avais prévenu. Mais bien entendu, personne ne tient compte de mon avis, certainement pas le grand Largo Winch. Non bien sûr, toi, tu préfères...
-Joy ! Ne t'inquiète pas, tout est OK !
-Qu'est-ce qui est OK ?
-Déjà, Diana et moi on n'est plus ensemble. Deuxièmement, on reste amis, comme ça on pourra la surveiller, savoir si oui ou non c'est elle qu'on cherche. De plus, c'est notre seule piste pour l'instant.
-Je suis désolée Largo.
-Tu n'as pas à l'être. Tu m'avais dit de me méfier, je n'en est rien fait, alors c'est à moi d'être désolé.
-Mais ça veut dire que Simon ne m'a pas tout dit ! Je vais l'étriper.
-Oui, et bien attends un peu, j'en ai encore besoin, répliqua-t'il en rigolant. Allez, maintenant repose-toi si tu veut être en forme pour pouvoir sortir.
-D'accord. Et Largo ? Merci de me l'avoir dit.
-J'aurais été incapable de te le cacher. Je sais pas comment Simon a pu se débrouiller mais je l'admire.
-Attends que je lui mette la main dessus à celui-là.
Largo lui baisa tendrement le front et se leva.
-Je vais te laisser maintenant, d'accord ?
Elle fit un rapide signe de tête avant d'éclater en sanglots. La fatigue et le stress la rattrapaient finalement.
Largo la prit dans ses bras, la berça jusqu'à ce qu'elle se calme. Dans ses bras, elle se sentait enfin en sécurité, comme à chaque fois qu'il l'enlaçait. Mais elle continuait à pleurer, de peur, de joie, de soulagement...
Elle releva lentement la tête et le regarda dans les yeux. Largo profita de cette occasion pour l'embrasser. Pas un baiser passionné, juste un petit de réconfort, mais qui les remua autant l'un que l'autre.
Ils se sourirent puis Largo se releva et sortit.
Sitôt la porte fermée, le sourire de Joy s'effaça.


Part 2