"R ESURRECTION" suite (part 2)
 




Deux jours plus tard (veille du jour de sortie de Joy) :
Joy attendait la visite quotidienne de ses amis avec impatience et appréhension. Largo et elle n'avaient pas parlé du baiser. Ils ne s'étaient même pas retrouvés seuls pour en discuter. Mais le moment où ils allaient devoir aborder ce sujet se rapprochait fatalement. Peut-être pas ce jour précis, mais elle sentait que dès sa sortie de l'hôpital...

Pourquoi redouter ce moment ? se demanda-t'elle. Après tout, c'était ce qu'elle avait voulu; en fait, elle souhaitait cela du plus profond de son coeur depuis des mois. Alors pourquoi, maintenant qu'elle avait enfin une opportunité de voir son voeu se réaliser, le craignait-elle ?
Ses sentiments n'étaient pas,à priori, à mettre en cause, elle savait très bien qu'elle l'aimait : habituellement, les playboys dans son genre ne lui plaisaient guère; Largo était différent, il avait tout pour lui, et tout pour plaire à Joy.

Et elle savait exactement ce qui l'empêchait de se jeter tout de suite dans les bras de Largo : sa règle héritée de la CIA comme quoi les relations patron-employé sont à proscrire pour une efficacité maximum; et surtout, la peur que Largo la lâche pour une autre, plus belle ou plus jeune. Ce n'était pas plus compliqué que cela; pour le travail, elle lui confierait sa vie, pour les affaires de coeur, elle n'avait pas confiance.
Cependant, la peur de se sentir rejetée venait peut-être aussi du fait de penser que l'amour qui les liait l'un à l'autre n'était qu'éphémère et ne persistait qu'à cause de leur relation professionnelle.

Le cours de ses pensées fut interrompu par l'arrivée des trois amis. Ils étaient tout sourire. Ils discutèrent pendant toute la matinée. Joy n'avait de cesse de lancer des coups d'oeil furtifs vers Largo qui lui rendait bien.

Vers 11h30, Simon rappela qu'ils avaient un travail à accomplir, des heures de recherches qui les attendaient. Largo et Simon se dirigèrent vers la sortie mais Georgy ne bougea pas.
"Eh, Kerensky ! l'interpella Simon. Tu viens pas ?
-Allez-y, je prendrai un taxi.
Tous, y compris Joy, parurent étonnés, mais Largo et Simon quittèrent la chambre.
-Georgy, qu'est-ce qu'il y a ?Qu'est-ce que tu as ?
-Non, qu'est-ce que TU as ? Qu'est-ce qui s'est passé avec Largo ?
-Rien.
-Joy...
Plusieurs secondes passèrent.
-D'accord, je vais te dire. Mais... c'est si voyant que ça ?
-Simon est peut-être aveugle mais pas moi. Alors qu'est-ce qui est arrivé ?
-On s'est embrassé, voilà, t'es content ? répondit Joy un peu violemment.
-Non. Que s'est-il passé après ?
-Il s'est passé qu'il est sorti de la chambre et puis c'est tout.
-Et toi, tu ne veux pas que ça aille plus loin, c'est bien ça ?
-Enfin Kerensky, ça ne peut pas arriver, c'est mon patron!
-Oh, il y en a d'autres à qui s'est arrivé, alors s'il te plait trouve une autre excuse.
Joy inspira longuement.
-Si un jour on m'avait dit que je me confierais à un ex du KGB...
-Mais le KGB raffole de confidences, tu sais ?
Joy eut un léger sourire.
-J'ai peur que ça ne marche pas. C'est un homme à femmes, et moi je suis d'une nature jalouse, alors...
Elle fut interrompue.
-Il est près à tout laisser tomber pour toi. Ne ris pas, je ne mens pas. S'il s'engage auprès de toi maintenant, tu peux être assurée qu'il n'ira pas voir ailleurs.
-Goergy, il y autre chose.
-Vas-y, je t'écoute.
-En fait, je crois que... je crois que j'ai peur que notre attirance ne vienne que du fait que nous travaillons ensemble; tu sais ça rapproche. Enfin je veux dire... je sais que ce que je ressens n'est pas de l'amitié. Mais est-ce que c'est de l'a-
Elle fut coupée net par un baiser fougueux de Kerensky. Un bruit de porte se fit entendre, mais aucun n'y prêta attention.
La surprise était totale pour Joy, elle s'était attendue à tout de la part de Georgy sauf à ça! Et elle lui fit vivement remarquer une fois qu'il l'eut relâché.
-Mais enfin, qu'est-ce que tu fais ?! s'écria-t'elle. C'était pas vrai, hein? J'ai juste imaginé ce qui s'est passé ?
-Pas du tout Joy, répondit-il d'un ton très calme. Par contre, as-tu ressenti quelque chose de spécial ?
-Quoi ?! Bien sûr que non ! Mais Georgy, qu'est-ce que ça signifie ?!
-On travaille ensemble pourtant, ça devrait nous rapprocher, dit-il ironiquement.
Joy compris où Kerensky voulait en venir et se détendit.
-Tu vois Joy, tu l'aimes. Evidemment que votre relation amoureuse va se baser sur votre relation professionnelle, et sur la confiance qu'elle apporte. C'est un élément indispensable, ce n'est absolument pas une mauvaise chose. Maintenant, la question est que vas-tu faire ? Lui simplifier la tâche ou continuer à faire ta tête de mûle ?
-Je crois que j'ai compris ce que je dois faire. Merci Georgy.
-Ah! Comme quoi le partage n'est pas une mauvaise idée.
-Je dois avouer que de ce point de vue là, le KGB et meilleur que la CIA.
-Bon je vais te laisser.
-D'accord, à demain.
-A demain."
Et Kerensky sortit.

Largo était furieux. Il avait simplement oublié ses clés, alors il était retourné dans la chambre d'hôpital pour les retrouver, se disant aussi que ce serait une excuse pour voir Joy. Et là, il tombe sur Joy et Kerensky en train de...

Impossible! Ca ne voulait rien dire! Ou alors... peut-être qu'ils s'étaient bien moqués de lui, peut-être que ça durait depuis des mois, peut-être même qu'ils le menaient en bateau depuis le début parce que c'étaient eux les taupes au Groupe W.

Largo ne savait plus quoi penser, son cerveau s'emballait. Il allait faire des recherches. Il devait tout découvrir de Joy et de Kerensky.
C'est dans cet état d'esprit qu'il rentra au bunker.

Largo arriva au bunker bien décidé à découvrir le fin mot de cette histoire. Simon était là. Largo lui ordonna :
"Simon, on arrête les recherches sur Diana.
-Quoi ? Mais pourquoi ?
-Parce qu'on a deux taupes et que Diana n'en fait pas partie.
-Mais qu'est-ce que tu racontes ? Qui ça peut-être sinon Diana ?
-Joy et Kerensky.
-Mais t'es tombé sur la tête ou quoi ? T'as pété un fusible ! C'est pas parce que Kerensky veut parler à Joy en tête-à-tête que tout de suite faut s'en méfier.
-Tu m'obéis, un point c'est tout.
Le ton employé était ferme, autoritaire. Simon l'avait rarement entendu. Et à chaque fois, il avait le même effet sur lui.
-T'es peut-être le patron, mais tes jugements sont vraiment injustes et malvenus. Tu te débrouilleras tout seul sur ce coup-là... à moins bien sûr que tu me donnes une raison valable pour que j'enquête sur mes meilleurs potes.
-Ecoute Simon, c'est vraiment pas le moment de m'énerver. Je te demande de me faire confiance pour cette fois.
Largo avait changé de ton, il redevenait amical et presque suppliant. En fait, il était totalement désespéré et il le savait.

De son côté, Simon ne comprenait plus les réactions de Largo. Qu'avait-il bien pu dire, entendre ou voir qui le mette dans cet état ? Il préféra attendre pour poser la question. Ce n'était effectivement pas le moment d'énerver Largo.
-Bon très bien, je vais voir ce que je peux faire.
-Merci, tu es mon seul véritable ami."
Simon était décidemment dépassé par les évènements mais resta muet quant à la déclaration de Largo.

Celui-ci quitta le bunker et monta à l'étage des appartements des invités. Il devait se confier un peu, et Diana était la seule personne qui lui venit à l'esprit : dans sa tête, elle n'était plus coupable, plus suspecte, juste victime tout comme lui.
Il frappa à la porte et attendit qu'on lui ouvre. Plusieurs minutes passèrent avant que Diana n'apparaisse dans l'entrebaillement. Elle parut surprise de le voir sur le pas de sa porte.
-Salut. Je ne te dérange pas ?
-Euh non... bien sûr que non. Je faisais le ménage. Jake a mis un tel bazar, dit-elle génée.
-On ne s'est pas beaucoup vus ces derniers jours.
-C'est vrai, j'avais besoin de recul pour réfléchir.
-A propos de ...?
-A propos de toi, de moi... de Joy aussi. De beaucoup de choses en fait.
Largo ne fut pas surpris par cette déclaration. Ils s'assirent sur le canapé.
-Diana, je veux être franc avec toi. J'ai eu pas mal de problèmes récemment, des choses que j'ai mal supportées, je n'ai pas besoin de te les rappeler je pense. Bref, lorsque nous nous sommes demandés ce qui se passait, nous avons conclu d'une part qu'il y avait une taupe et d'autre part que les problèmes étaient arrivés avec cette photo que tu nous a ramenée. Et je me suis laissé porter à croire que tu nous avais trahi. Je suis désolé.
-Largo, je...
-Non, laisse-moi finir. Toujours est-il qu'aujourd'hui je me suis rendu compte que les traîtres étaient encore plus proches de moi que je ne le pensais. Alors je tiens à m'excuser pour ma méfience et peut-être aussi pour mes préjugés.
-Tu as fini? Parce qu'il faut que je te demande qui sont ces traîtres selon toi.
-Kerensky et... et Joy, hésita-t'il.
-Largo, regarde-moi, ordonna-t'elle en se rapprochant de lui. Largo, tu sais que je t'aime, n'est-ce pas? Tu sais que je ne te veux aucun mal?
-Bien sûr.
-Parce que ce que je vais te dire va certainement t'en faire, mais il y a une raison pour laquelle j'ai fais ça, et à présent je ne peux plus garder ça pour moi.
-Diana tu me fais peur, que se passe-t'il ?
Largo était perdu, il ne comprenait pas où elle voulait en venir et était incapable d'imaginer une quelconque réponse à sa question.
-Crois-tu vraiment Joy et Georgy capables de te trahir ?
-Après ce que j'ai vu, oui, dit-il hésitant.
-Es-tu sûr à 100% ?
-Non mais... Je ne sais pas, je sais plus quoi penser de tout ça.
-Qu'est-ce que tu as vu ?
-Je les ai vu s'embrasser.
-S'embr-!!! Et c'est pour ça que... Largo, depuis que je te connais, je ne t'avais jamais vu jaloux! Aujourd'hui c'est une grande première! Alors parce qu'ils s'embrassent, ils sont des traîtres ? Tu crois pas que tu pousses le bouchon un peu loin? D'accord, moi aussi je pensais qu'entre Joy et toi, il y avait quelque chose mais de là à supposer que ce sont eux qui... Ah, ça dépasse tout !
Largo la fixa. Alors il n'avait pas rêvé, elle aussi avait bien remarqué un changement depuis leur dernière rencontre, un rapprochement mutuel de Joy et de lui-même. D'ailleurs, c'était bien pour cela que Diana s'était éloignée de lui.
-Ecoute moi bien Largo, je peux t'assurer que Joy et Kerensky ne sont pas des traîtres.
-Comment?
-C'est moi ta taupe, fit-elle calmement.
-Quoi?! Qu'est-ce que tu me chantes? C'est impossible !
-C'est très possible et c'est la vérité mais...
-Ne bouge pas, l'interrompit Largo en sortant son arme et la pointant vers elle.
-Mais laisse-moi t'expliquer...
-M'expliquer quoi ?Comment tu m'as trahi, comment tu as enlevé Nério, comment tu nous as divisé, comment tu as envoyé Joy à l'hôpital, comment tu as failli me faire perdre la femme que j'aimais ?
-Mais ils avaient Jake! s'écri-t'elle.
Largo resta immobile, ne sachant pas quoi penser, puis il baissa peu à peu son arme.
-"Ils" avaient Jake?
-Oui, la Commission Adriatique, dit-elle en pleurs. Ils ont menacé Jake pour que je leur rende leur "service".Ils ne m'ont demandé que deux choses : que je te séduise et que je laisse leur taupe entrer dans les appartements auxquels j'avais accès, notamment celui de Simon. Pour ce qui est de te séduire, dans mon optique, ce n'était pas un problème, quel mal cela pouvait-il te faire? On avait une histoire ensemble, je te connaissais bien, c'était l'occasion de renouer. Je n'avais pas prévu qu'il y aurait Joy.
-Quand t'ont-ils rendu Jake?
-Lorsque tu es parti pour Montréal; ce qu'ils voulaient, et c'est à l'occasion de ce voyage que je l'ai compris, c'était vous diviser. Alors une fois l'équipe disperçée, ma mission était terminée et ils m'ont rendu Jake.
-Pourtant il était bien là lorsque toi et Simon êtes revenus de Berlin, et ce jusqu'à mon départ pour Montréal?
-Oui, mais il était surveillé par Marissa.
-Alors, c'est elle leur taupe?
-Non, elle ne fait pas partie de la Commission , elle n'est au courant de rien. Mon contact ici est Michel Cardignac, qui grâce à sa secrétaire Marissa pouvait garder un oeil sur Jake.
-Je commence à comprendre.
-Oui, j'ai cru entendre que Cardignac et toi, c'était le grand amour, dit-elle ironiquement.
-On peut dire ça oui. Mais au fait, maintenant c'est terminé n'est-ce pas? Ils ne te menacent plus? Tu n'as plus de problèmes?
-Eh bien, ça n'est pas aussi simple. Ne m'en veux pas surtout, mais si tu veux, quand je me suis rendue compte que tu ne m'aimais pas et surtout que tu me préferais Joy, j'ai été prise de jalousie...
-Oh mon Dieu, qu'est-ce que...
-Oh ne t'inquiète pas, je ne leur ai pas donné d'infos ou quoique ce soit d'autre. Mais je leur ai offert mon aide. Non attends, écoute-moi jusqu'au bout s'il te plait. En fait, je me suis dit que si je t'aimais vraiment, j'allais t'aider. C'est ce que j'ai fait avec les moyens du bord. Je suis retournée voir la Commission Adriatique, prétendant être folle de jalousie, et ça me donnait une excuse pour vouloir vous éliminer toi et l'équipe. Ca leur a suffit. Pour eux j'étais la taupe idéale, sauf que c'est eux que je trahis.
-C'est pas vrai, t'as pas fait ça! Tu imagines s'ils découvrent le poteau rose ? Non mais c'est de la folie furieuse!
-Je t'aime Largo, je voulais juste t'aider. Je... Ecoute, j'ai découvert quelque chose qui pourrait t'aider à te débarrasser de la Commission une bonne fois pour toute.
Mais Largo n'écoutait plus. Il ne voulait plus rien savoir, il avait déjà appris trop de choses en à peine une heure. Sa tête allait litéralement exploser s'il apprenait ne serait-ce qu'un détail de plus. Pendant cette heure, il avait tout de même découvert une aventure à Joy et Georgy, une trahison de Diana et de Cardignac, bien que de la part de ce dernier Largo ne fut pas trop surpris.
Comme pour préciser et mettre de l'ordre dans ses pensées, il coupa Diana.
-Et Michel Cardignac, il fait bien partie de la Commission alors?
-Oui, mais ce n'est qu'un souffifre qui se prend pour un haut dirigeant. Il est un exécutant tout comme je l'étais. Mais il ferait tout pour aligner les dollars alors la Commission a confiance en lui.
-Et quelle est ta position actuelle au sein de leur groupe?
-Je fais partie des leurs à présent, dit-elle en tendant sa main gauche.
Largo la prit et regarda la longue entaille dans sa paume.
-Alors ils t'ont fait signer le manuscrit.
-Oui, c'est ce que je voulais te dire. Maintenant j'y ai accès."
Largo releva la tête et lui fit un grand sourire.
Appartement de Dianna :
D : "Maintenant j'ai accès à ce manuscrit.
Largo releva la tête et lui fit un grand sourire.
-Tu sais que je t'adore, dit-il en s'emparant de son portable.
-Oh, je ne le sais que trop bien, fit-elle tout bas.
-Allo Simon? C'est moi... Ecoute, il y a eu un développement important... Non, je ne peux pas t'en parler là. Préviens-moi quand Kerensky revient... D'accord, à tout de suite.
Et il raccrocha.
-Kerensky a appelé, il ne va pas tarder à arriver. Il faur qu'on descende au bunker pour analyser toutes ces nouvelles informations. Merci Diana, on tient le bon bout grâce à toi."

Ils sortirent de l'appartement et prirent l'ascenseur jusqu'au troisième sous-sol. Largo était transporté de joie : il allait peut-être enfin vivre une existence plus tranquille, sans société secrète sur le dos; juste lui et ses amis et la femme qu'il ai-
Dès qu'il entra dans le bunker et aperçut Kerensky qui venait d'arriver lui aussi, le baiser de l'hôpital lui revint en mémoire. D'accord, pensa-t'il, il verrait plus tard pour ce qui d'être entouré d'amis et de la femme qu'il aime. Il devrait d'abord trouver ce que ces deux-là lui cachaient, puisque Diana l'avait assuré qu'ils n'étaient pas de la Commission.

En descendant les escaliers, il fixa Kerensky pour voir s'il se comportait différemment de d'habitude. Aucun changement. Mais enfin, à quoi cela rimait-il?

La main de Diana sur son bras l'extirpa de ses tristes interrogations. Il se tourna alors vers Simon et reprit l'histoire de Diana. A la fin de son récit, Kerensky demanda :
"Je croyais que le manuscrit leur avait été volé.
-C'est vrai, par une certaine Martine Duclerc. Mais ils l'ont vite retrouvée, ainsi que le manuscrit.
-Et pour Nério? des nouvelles?
-Aucune, je n'ai rien pu trouver. Cependant Largo, il y a une forte probabilité pour que ce ne soit pas ton père. Je suis désolée de ne pas pouvoir t'aider plus pour l'instant, mais ils se méfient encore trop de moi pour me laisser libre accès à ce genre de renseignements.
-Je ne t'en veux pas le moins du monde. D'ailleurs, maintenant il serait plus prudent que l'on te mette à l'abri, avec Jake.
-Quoi ? Mais non, je peux encore vous être utile!
-C'est trop risqué Diana.
-De toute façon, je suis la seule ici à avoir accès au manuscrit, il faudra bien que j'y retourne.
-Diana... Largo commençait à s'impatienter.
-Non Largo, elle a pas tort, ne serait-ce que pour récupérer le bouquin...
-Simon, je t'en pris, ne te mêle pas de ça.
-Ben tiens que je vais me gêner. Je suis ton chef de la sécurité je te signale, ce qui veut dire que je dois trouver le meilleur moyen de te protéger. Là, en l'occurence, c'est laisser Diana infiltrer la Commission Adriatique.
-C'est n'importe quoi! s'exclama Largo.
-C'est absolument sensé, affirma Kerensky calmement.
Largo lui jeta un regard noir. Non seulement il lui piquait sa copine mais en plus il le contredisait sur le plan d'action, lui qui ne sortait jamais de son bunker! Il eut le plus grand mal à se contrôler et à ne pas se jeter sur Georgy. Cependant, il lâcha :
-Kerensky, tu n'es pas le chef de la sécurité, tu es encore moins mon supérieur. Ton boulot se cantone aux recherches informatiques, alors reste en-dehors de ça.
Georgy fut très surpris de ces propos mais ne laissa rien paraître. Il s'arrêta seulement de pianoter, se tourna vers les trois autres et croisa les mains, attendant que la dispute reprenne.

C'est Simon qui la relança.
-Largo, elle ne risque rien. Ils ne sont absolument pas au courant qu'elle est avec nous. Ils lui font confiance. Et...
Largo se tourna vers Diana.
-Sais-tu qui du Groupe W travaille pour la Commission?
-Il n'y a que Cardignac.
-Personne d'autre? Un coursier, un stagiaire, une secrétaire?
-Il n'y a que Cardignac et moi. Michel est innoffensif, aveugle et orgueilleux comme il est. Il ne se rendra jamais compte de rien.
-Bon, si tu pense que tu es de taille à le faire, alors tu as ma bénédiction.
-Merci Largo.
-Mais attention, hein? Pas de prise de risque inutile. Non, pas de prise de risque du tout. C'est un ordre.
-C'est d'accord.
-Bon, je dois vous laisser, j'ai une réunion. Continuez les recherches, je vous rejoins d'ici deux heures.
-A plus tard."
Et chacun vaqua à ses occupations.
Hôpital :
"Bon ben Diana, je crois qu'on a tout ce qu'il nous faut. C'est gentil d'avoir répondu à nos questions. Merci pour ton aide, ça va pas mal nous faciliter la tâche. Mais il va falloir que tu sois très prudente, hein?
-Ne t'inquiète pas pour moi Simon, tout ce que je demande, c'est que vous protégiez Jake.
-Bien sûr. Oh d'ailleurs, tu devrais peut-être remonter, il va pas tarder à se réveiller.
-Tu as raison, merci. Je vous laisse."

Une fois la porte du bunker fermée derrière Diana, Simon fit volte-face dans son siège et fixa Kerensky jusqu'à ce que celui-ci lève les yeux.
Il se posait beaucoup de questions sur les récentes réactions de Largo par rapport à Kerensky. Il avait du se passer quelque chose entre le moment où ils avaient quitté la chambre de Joy ensemble et l'instant où il était revenu au bunker.
-Simon, tu n'as rien de mieux à faire que de me regarder travailler? Travailler toi aussi, par exemple?
-Pourquoi Largo t'as parlé sur ce ton? Tu est la seule personne que je connaisse, de ses amis proches, qui ne se soit jamais faite engueuler par Largo... enfin, jusqu'à aujourd'hui.
-Il y a un début à tout. Il m'a pris de haut, je ne sais pas pourquoi mais je ne m'offusque pas. J'avoue que quand même j'aimerais bien savoir ce qui a bien pu me coûter ça. J'espère que ça ne va pas être une habitude parce que je n'apprécie pas de me rabrouer sans raison par un jeune capitaliste milliardaire.
-Georgy, arrête ça tu veux? C'était vraiment dirigé contre toi tout à l'heure. Allez, tu peux bien me dire ce qui s'est passé à l'hôpital, sois sympa, dis-moi. Vous vous êtes disputés, c'est ça? A propos de quoi?
-De quoi tu parles? Quelle visite à l'hôpital?
-Largo avait oublié ses clés alors il est retourné à la chambre de Joy, tu sais, quand tu voulais lui parler seul-à-seul.
Soudain Georgy se souvint du bruit de porte lorsqu'il avait embrassé Joy! Il avait pensé que c'était une infirmière ou du personnel hospitalier... Mais non, ça ne pouvit être que Largo... C'était donc la jalousie qui l'avait fait réagir ainsi. Eh bien, il n'aurait plus qu'à expliquer à Largo la situation dès qu'il le verrait. Ou alors... ou alors il pouvait attendre un peu. Après tout, Largo avait rendu Joy malade avec Diana, il l'avait fait souffrir. Peut-être que le faire mariner un peu ne lui ferait pas de mal, juste le temps d'en parler avec Joy, juste le temps de faire Largo se demander s'il y avait vraiment quelque chose entre lui, Georgy, et Joy.
-Kerensky, tu m'écoutes?
-Hein? Ouioui bien sûr. Tu disais?
-Est-ce qu'il s'est passé quelque chose quand il est revenu dans la chambre?
-Oh, trois fois rien, j'irai lui parler plus tard, ce n'est pas urgent.
-Bon, si tu le dis" déclara Simon perplexe.
Et ils reprirent le travail.

Largo était revenu au bunker après plus de 3 heures de réunions. Il était éreinté, cependant il se força à déscendre au bunker. Il était déjà 18h00 passées mais Simon et Kerensky étaient restés fidèles au poste. Rien ne les auraient empêché de continuer à travailler.

Kerensky, qui avait à peine levé son nez de son écran depuis l'arrivée de Largo, prit la parole.
"Bon, cette fois, j'ai pris le temps d'examiner en détail la séquence vocale du coup de téléphone de Nério. La réponse est formelle : ce n'est pas ton père.
-Quoi?! Mais je croyais que les empruntes et la morphologie correspondaient? s'écria Simon.
-Tu serais surpris de voir ce qu'on peut faire avec la chirurgie esthétique et le laser.
Cette phrase surprit Simon : ce n'était pas Kerensky qui l'avait prononcée mais Largo. Celui-ci ne semblait d'ailleurs pas très affecté par la nouvelle.
-Largo? Tu n'as pas l'air surpris.
-Diana nous avait prévenu qu'il y avait peu de chances pour que ce soit Nério, je m'attendais à ce résultat là.
-Bon très bien. N'empêche qu'il faut qu'on le sorte de là ce pauvre gars, parce qu'ils n'ont pas l'air de l'apprécier plus que ça à la Commission, fit Simon.
-Simon, on ne sait rien de ses motifs pour s'être fait passer pour mon père. Si ça se trouve, il fait partie de la Commission, dans tous les cas ce n'était qu'une mise en scène.
-Une mise en scène?
-Jagger a voulu continuer à me faire croire jusqu'au bout que c'était mon père. Il a dit "attrapez le père et le fils vivants".
-Et alors?
-Et alors je me demande si lui^-même était au courant du fait que ce n'était pas Nério. La Commission ne doit être qu'un panier de crabes, tu sais. Et à mon avis, moins les exécutants en savent, mieux c'est.
-D'accord, mais alors qu'est-ce qu'on fait?
-Je pense que le plus sage pour l'instant est de laisser agir Diana.

A cet instant, on frappa à la porte du bunker. John Sullivan entra.
-John, que se passe-t'il? s'inquiéta Largo.
-J'ai entendu que vous aviez eu des nouvelles à propos des traîtres. Je venais aux renseignements.
-Vous avez entendu juste John, nous connaissons les taupes, et l'un travaille de notre côté et l'autre est un abruti notoire.
-Pardon?!
-Dans l'ordre, Diana et Cardignac, se précipita Simon.
-Di... mais... je croyais... enfin je n'aurais jamais cru que... Cardignac j'aurais deviné, mais Diana... Je suis désolé Largo, je ne voulais pas remuer le couteau dans la plaie, je... je suis confus, je...
-Ne vous inquiétez donc pas autant. Le problème de Diana n'en est pas un, en réalité c'est elle qui a infiltré la Commission; quant à Cardignac, il est assez inoffensif.
-Si vous le dites... Au fait Largo, la vraie raison de ma visite c'est que l'hôpital a appelé pour demander s'il serait possible d'aller chercher Mlle Arden. Il semblerait que sa vitalité déplaise au personnel. Elle est en bonne santé à présent, elle peut sortir. Je leur ai dit que vous seriez là-bas à l'heure, c'est-à-dire 19h00.
-19h00?! Mais c'est dans une demi-heure ça! s'exclama Largo. Je me dépêche!
-Eh! Attends-nous! cria Simon.
-Non, vous vous continuez les recherches. J'y vais seul. Je dois lui parler.
-Simon, on a du pain sur la planche, dit calmement Kerensky. Si tu voulais bien laisser Largo tranquille, il pourrait peut-être y aller et être à l'heure à l'hôpital. J'imagine très bien Joy en ce moment même, à trépigner d'impatience en attendant que quelqu'un daigne venir la chercher.
Largo se tourna vers lui, le regard noir. Georgy lui dit :
-J'ai tort?
-Non, tu as tout à fait raison, dit Largo d'un ton monocorde.
Le simple fait d'admettre que Kerensky avait raison, même pour quelque chose d'aussi insignifiant, le faisait enrager. Il se tourna vers Simon.
-Tu restes ici, je vais la chercher.
Simon soupira et leva les mains en signe d'abandon.
-Très bien, dit Largo avant de sortir.

Dès que Simon fut certain que Largo n'allait pas rerentrer, il se précipita sur Kerensky.
-Raconte-moi tout, c'est quoi le problème?
-Il n'y a aucun problème. Tu cherches des choses là où il n'y en a pas.
-Oh je t'en prie! T'as vu comment il te regardait? Il t'aurait fusillé sur place si j'avais pas été dans la salle. Allez, sois sympa, moi j'ai pas de secrets pour toi.
-Et moi j'en ai.
-Oh, t'es vraiment pas marrant, hein! Je croyais qu'on partageait dans ton pays.
-Ah ça c'est fini mon petit Simon! Ca doit bien faire 15 ans maintenant, il est temps de te mettre à la page.
-Non mais sérieusement, qu'est-ce que vous vous êtes dit à l'hôpital?
-Je ne te dirais rien, tu gafferais.
-Moi, gaffer? C'est bien la première fois qu'on me dit ça!
Georgy rit malgré lui et se décida à tout dire à Simon. Après tout, ce n'était pas un secret d'état, et quelle importance que Largo l'apprenne de la bouche de Simon. De toute façon, si tout se déroulait bien, tout serait découvert dans la soirée.

Après avoir pris connaissance des faits, Simon demanda :
-Et tu crois que ça va aboutir à quelque chose? Je veux dire, qu'il vont pas se fâcher pour de bon?
-Ecoute, si je fais ça, c'est pour qu'ils partent sur des bases saines, qu'ils aient une bonne discussion et que toutes les tensions et trahisons des derniers jours disparaissent.
-Ouais, effectivement ça peut marcher.Ah! J'en reviens pas, Largo jaloux! Et de toi qui plus est. Alors ça, c'est une première.
-Je te l'ai déjà dit, il y a un début à tout.

Ils furent interrompu par l'entrée de Diana dans le bunker. Le deux autres la regaredèrent et Simon cessa de rire.
-Que se passe-t'il? demanda-t'il.
-Largo est là?
-Non, pourquoi?
-Je viens de recevoir un appel de Michel.
-Et? la pressa-t'il.
-Et ils semblerait qu'ils aient appelé Largo pour le faire venir à l'hôpital.
Simon la coupa.
-C'est l'hôpital qui a appelé. Joy était prête à sortir.
-Oh mon Dieu! C'est un piège! Largo va se faire prendre si on n'y va pas tout de suite.
-Dépêchons-nous!
-Non! cria Diana.
-Comment ça non?
-Quand est-il parti?
-Il y a un peu plus de 10 minutes.
-Alors c'est trop tard, et dans ce cas on ne peut pas se permettre de perdre ma couverture. Si on y va, ils vont savoir que je vous renseigne.
-Mais on ne peut pas laisser Largo tout seul là-bas!
-Simon, Diana a raison, c'est déjà trop tard. Le mieux que l'on puisse faire est d'attendre une heure avant d'aller se renseigner à l'hôpital et voir s'ils ont laissé des indices.
-C'est pas possible! Dans quoi on est tombé encore!"


Part 3