R ETOUR (part 4)
 




...
Fyorentina s'était installée dans l'appartement que John Sullivan lui avait prêté, le temps qu'elle travaille au groupe W. Couchée toute habillée sur le lit les yeux fixés sur le plafond, elle laissait défiler ses pensées. Son sac de voyage était intact, comme si elle était prête à partir. Elle n'avait jamais eu sa place ici.
Elle se mit sur un coude et attrapa le téléphone. Elle connaissait le numéro par cœur.
" Giovanni ? Sono io. Sono a New York, mi puoi aiutare prego? Cose strane stano succendendo al Groupe W. Si. Va bene. Ciao. " (Giovanni, c'est moi ? Je suis à New York, tu peux m'aider s'il te plaît ? Des choses étranges se passent au Groupe W. Oui. Sans problèmes. Ciao.)
Elle raccrocha. Giovanni l'aiderait pour sûr. Lui au moins lui restait fidèle. La rage au cœur, elle pensa à la froideur de Georgi lorsqu'elle était arrivée…
Elle s'endormit, vaincue par le décalage horaire.

Lorsqu'on tambourina à sa porte, elle se réveilla se demandant où elle se trouvait. " Oui ! " cria t-elle. Quelle ne fut pas sa surprise de voir entrer Simon.
" Salut ! Ecoutes, on a besoin de toi en bas, c'est urgent. "
Il était déjà reparti. Estomaquée, elle regarda sur son réveil. 7heures du matin. Super comme réveil le premier jour. 15minutes plus tard, elle entrait dans le Bunker pour trouver tout le monde, enfin Largo, Simon, Georgi et Joy très affairés. Georgi était blême, et tapait comme un fou sur les touches de son ordinateur. Joy était au téléphone et Simon essayait de calmer un Largo complètement dépassé par les événements.
" Salut tout le monde ! "
Pas de réponse. " Merci l'accueil ", maugréa t-elle.
Simon se tourna vers elle : " Leena a disparu. Visiblement, elle a quitté le building vers 6h30. Georgi a été réveillé par un bruit mais le temps qu'il bouge elle était déjà partie. "
" Génial. " soupira t-elle. " Elle ressemble à quoi votre fugueuse ? "
Toujours sans parler, Georgi afficha un portrait.
" Je peux avoir un topo ou son dossier, si c'est pas trop demander ? "
La voix glaciale de Fyorentina résonnait dans le bunker. Kerensky lui indiqua l'ordinateur en face de lui. Non sans ironie, elle nota que désormais elle n'était plus à côté de lui. Un dossier complet sur Leena Artuy était affiché. Fyorentina prit le temps de lire, sentant que tout le monde la regardait. Un demi-sourire aux lèvres, elle prit son téléphone portable.
" Ciao, sto cercando una raggazza… si ti mando tutto… " (salut ! Je cherche une jeune fille… oui je t'envoie tout ce que j'ai… "
Elle s'appuya sur le dossier de sa chaise et croisa le regard désapprobateur de Georgi.
" Il ne nous reste plus qu'à attendre. "
Effectivement à peine 10 minutes plus tard, le téléphone sonna. Fyorentina répondit, prit quelques notes et raccrocha.
" Votre petite Leena s'est barré pour aller rendre visite à ses potes danseurs. Elle est à l'académie de danse de New York, et très certainement avec Andreï truciev machin. "
Tous bondirent, laissant la jeune femme derrière.
" Surtout ne me remerciez pas ! " cria t-elle.
Un sourire mauvais aux lèvres, elle entendit la porte claquer. Elle se remit à lire le dossier, et continua à envoyer mail après mail les éléments qui lui semblaient les plus intéressants.
" Tu vas me payer ça mon Georgi, on ne se moque pas impunément de moi… "
Elle resta désœuvrée un long moment pensant principalement à son arrivée et au manque d'intérêt que lui avait porté l'intel unit.
Elle quitta le bunker, emmenant juste une oreillette pour le cas improbable où on l'appellerait et monta chez Sullivan. Comme elle s'en doutait, il était déjà dans son bureau. Ce type n'avait pas de vie privée. Un peu comme elle.
Il parut surpris de la voir. Elle s'assit sans lui demander son autorisation.
" Mlle Van Winckel ? j'avoue je ne m'attendais pas à vous voir… "
- Je m'en doute bien. Remarquez je ne m'attendais pas vraiment à me trouver ici aujourd'hui…
- C'est à propos de Leena ? La pauvre, elle aura tout vu cette année…Elle est arrivée un peu après votre départ en Belgique, la pauvre avait de très sérieux problèmes, elle a de la chance d'avoir Joy Arden pour amie. Elle a tout perdue la pauvre enfant. Et maintenant, la voilà victime d'un attentat, elle apprend que son père a été assassiné et qu'elle risque de subir le même sort d'un moment à l'autre. La vie ne vaut rien face à des conflits d'intérêts.
Raconté par Sullivan, les événements semblaient plus tragiques que sur un simple papier… Mais cela n'excusait pas la conduite de Georgi.
" Kerensky m'a téléphoné, il m'a demandé de venir en renfort. "
- Ah, tout s'explique, je suis heureux de vous voir, vous pourrez nous être d'une aide précieuse. Quel dommage que Largo n'aie pas été aussi emballé que moi…
Fyorentina accusa le coup sans broncher. Ainsi c'était fait exprès ?
" Je suis sûr que tout va s'arranger pour le mieux… "
- Je pense que le plus urgent est de récupérer ces documents, le plus rapidement possible, et de les mettre ailleurs, afin d'orienter l'attention des terroristes ailleurs que sur Leena. Une surveillance rapprochée est inutile sur le long terme.
Le ton de la voix de Fyorentina effraya John Sullivan. La jeune femme avait quoi, entre 20 et 25 ans ? et réagissait déjà comme une pro. Il lisait la même froide détermination que dans les yeux de Kerensky. Cette fille devait avoir un iceberg à la place du cœur.
" Qu'en pensez vous ? "
- je … je ne sais pas…Ce n'est pas à moi de répondre…
- C'est à vous que je le demande. Tout le monde est parti en virée. Si nous n'agissons pas de suite, il sera trop tard.
- Oui…je pense que vous avez raison… Nous pourrions mettre les documents en sécurité au groupe W en attendant que Largo et Leena prennent une décision…
- Excellente idée…
- Très bien, je lance l'opération immédiatement…
Fyorentina quitta la pièce en jubilant, laissant un John Sullivan complètement dépassé… Une fois arrivée dans le Bunker, Fyorentina orienta les satellites vers sa cible, en l'occurrence une certaine banque… Elle superviserait l'opération de loin, laissant le soin à une équipe d'élite de récupérer le tout. Ils n'auraient que très peu de temps devant eux, mais étaient en place. L'avantage d'avoir Giovanni de son côté c'était qu'il comprenait souvent plus vite que la plupart des gens… Une fois les dossiers envoyés il avait " réveillé " quelques hommes en sommeil et leur avait ordonné de se tenir prêts à intervenir. Fyorentina se doutait que Sullivan allait alerter Largo, le temps qu'ils rentrent au bercail, tout serait terminé… Fyorentina remercia Leena in petto. Sa bêtise lui avait certainement rallongé la vie. Et Georgi qui lui avait laissé le contrôle du Bunker… Elle sourit et lança le signal.

John Sullivan hésitait. Il avait le téléphone en main et ne savait quelle conduite adopter. Il avait confiance en Fyorentina, mais se doutait qu'elle avait enfreint certaines règles élémentaires du code de conduite de Largo. Cette pensée lui donna le courage de téléphoner.
" Largo ? Ici John Sullivan… Ecoutez je crois que Fyorentina a l'intention de cambrioler la banque pour récupérer les documents du père de Leena… Et je dois avouer que je l'ai encouragée sans le vouloir… Je crois qu'il faudrait revenir très vite…elle est dans le Bunker. " Dans le taxi qui la ramenait au groupe W, Leena repensait à tout ce que lui avait dit Andreï Kamarevsky. Elle savait qu'il avait raison…
Elle se dit que ses amis étaient certainement réveillés et qu'ils devaient la chercher. Elle décida qu'elle les rejoindrait directement au bunker puisque c'était leur QG.

Pendant ce temps Joy, Georgi, Largo, et Simon arrivaient à l'Académie de Danse.
Pendant que Largo et Simon attendait dans la voiture, Joy et Georgi se dirigèrent vers le bureau d'Andreï Kramarevsky.
Joy frappa à la porte.
Andreï : entrez!
Joy : bonjour Mr Kamarevsky
Andreï: Melle Arden! Décidément c'est le jour des surprises.
Ils s'étaient déjà rencontrés à l'occasion de spectacles de Leena. Joy aimait le vieux monsieur et comprenait parfaitement que Leena lui soit terriblement attachée.
Joy : je vous présente Georgi…
Elle fut interrompu par Andreï qui termina pour elle.
Andreï :…Kerensky, n'est-ce pas.
Georgi un peu interloqué: oui c'est cela ! mais…

Aussitôt sa méfiance habituelle reprit le dessus. Ce type était russe et s'il le connaissait, ce n'était certainement pas en bien…A moins qu'il n'ait été chargé de le surveiller…

Andreï : je vous rassure nous ne nous connaissons pas mais une amie commune nous est très chère si je ne m'abuse…
Il regarda Georgi dans les yeux avec beaucoup de bienveillance.

Ouf… Fausse alerte, Leena lui avait parlé de lui…

Georgi : elle vous a parlé de moi, je vois -puis continua un peu en colère- je suis désolé mais je n'ai pas eu cet honneur puisqu'elle a disparu ce matin sans rien dire à personne
Andreï : Du calme jeune homme. Il faut savoir laisser au temps que les choses se fassent…ça viendra !
Joy : je vois que Leena est venu ici, nous la cherchons depuis ce matin
Andreï : oui elle est arrivée vers 7H15 ce matin. Elle n'avait pas la grande forme et j'ai mieux compris quand elle m'a tout raconté.
Georgi : elle vous a TOUT raconté
Le Russe se disait qu'elle était décidément inconsciente et que la protéger n'allait pas être une mince affaire. Il comprenait mieux ce que Joy avait voulu leur dire dans ce sens la veille.
Andreï devinait les craintes de son compatriote.
Andreï ironique: oh vous savez voilà bien longtemps que j'ai appris à tenir ma langue et pourtant vos anciens collègues ont bien essayé de me faire parler à une époque pour tout autre chose…je n'ai jamais rien dit !
Georgi se sentait un peu confus car il n'avait pas eu l'intention de le blesser. Toujours cette maudite inquiétude…Si d'être amoureux le mettait dans cet état alors il n'allait pas tarder à devenir cinglé, pensait-il.

Andreï qui avait là encore deviné le cheminement des pensées se dit que l'homme qu'il avait devant lui était vraiment très attaché à sa protégée.

Joy : savez-vous où elle est partie ?
Andreï : Elle m'a dit qu'elle rentrait directement car elle n'avait pas envie de vous inquiéter !
Joy : alors on vous laisse. Au revoir et merci.
Andreï : au revoir Melle et merci de prendre soin de Leena comme vous le faites.
Mr kerensky ! Puis-je vous dire deux mots en particulier ?
Joy : Georgi je rejoins les autres à la voiture. A tout de suite !
Andreï : vous savez Leena se sent complètement perdue.
Georgi : oui je m'en doute et je n'ai rien fait pour arranger les choses.
Andreï : c'est quelqu'un de très sauvage et toute sa vie elle a lutté pour ne pas se laisser enfermer de quelque façon que ce soit. Il va vous falloir être patient pour l'apprivoiser sinon elle n'aura que le réflexe de vous échapper.
Georgi : mais elle est vraiment en danger de mort croyez-moi
Andreï : je n'en doute pas mais elle est persuadée qu'elle ne craint plus rien avec son attentat raté. Prenez le temps de tout lui dire et de lui expliquer si vous voulez qu'elle comprenne.
Elle ne peut pas deviner.
Georgi : oui je sais mais tout a été si vite depuis hier…
Andreï : pensez à ce que je vous ai dit. Au revoir Mr Kerensky.

Georgi rejoint les autres en pensant à la sagesse du vieux Maître de Ballet. Décidément cet homme lui plaisait.
Il rentrèrent au groupeW.


Leena était arrivée au bunker et qu'elle ne fut pas sa surprise de tomber sur une ravissante jeune femme, qui devait avoir à peu près son âge, assise à la place de Georgi et en train de pianoter sur le clavier.
Toutes les deux, surprises de se retrouver face à face, se dévisagèrent un moment en silence.
Leena la trouvait belle avec ses cheveux châtains immenses et ses yeux gris/bleu. Elle se demandait qui elle était et surtout ce qu'elle faisait là. Elle semblait suffisamment à l'aise pour avoir l'habitude de l'endroit et devait sûrement travailler avec Georgi à l'occasion. Leena ne pu s'empêcher d'avoir un petit pincement de jalousie tout en se disant qu'elle ferait mieux de lui demander qui elle était.
Leena : Bonjour je suis Leena Artuy
Fyora : oui je sais
Aïe ! la jeune femme ne semblait pas décidée à engager la conversation et paraissait de très mauvaise humeur.
Leena : je suis navrée de vous déranger mais je suppose que vous travaillez ici ?
Décidément peu enclin à lui faciliter la conversation Fyora lui répondit ironiquement:
Fyora : d'après vous ?
Leena qui sentait qu'elle commençait à s'énerver : écoutez, je ne sais pas si c'est votre état naturel d'être aussi peu aimable, ou si c'est un traitement qui m'est spécialement réservé, mais je cherche mes amis et je pensais que vous auriez pu me renseigner. Mais je m'en voudrais de vous déranger plus longtemps.

Elle soutint le regard de Fyora, qui la regardait toujours de façon ironico-moqueuse. En fait, Leena était très mal tombée, l'opération était sur le point de se terminer, il ne manquait que quelques minutes, disons 5 pour faire large, et elle avait besoin de sa concentration… Mais elle nota que Leena avait plus de caractère que prévu et cela lui mit du baume au cœur, Georgi n'était pas tout à fait stupide.
" Bon, je n'ai pas toute la journée devant moi, alors tout le monde est à ta recherche, et tu peux te vanter de nous avoir foutu la trouille, mais si je peux me permettre, la prochaine fois, évite ce genre de petite virée ou c'est moi qui te colle une balle entre les deux yeux. "
Oups, Georgi la tuerait quand il apprendrait sa conduite à l'égard de celle qu'ils devaient protéger. Mais flûte. Cette fille complètement inconsciente n'avait que ce qu'elle méritait. Evidemment sa remarque acerbe ne lui avait pas fait plaisir… Quelque part, Fyora était satisfaite de lui avoir fait mal… C'était pour compenser sa propre douleur. Bien sûr ça n'excusait pas sa conduite, mais…

Elle se remit à taper sur le PC. Effacer les dernières traces, voilà… Ne pas oublier d'envoyer le mail, donner un alibi à tout le monde. Elle faillit pousser un cri de victoire en voyant le mail qui lui était adressé : " Mission réussie à 100%. Perfect. "

Elle jeta un coup d'œil vers Leena.
" Bon écoute excuse moi mais j'ai vraiment très mal commencé ma journée. Et on est tous sur les nerfs avec ta disparition. "

Leena un peu inquiète quand même de la réaction de Georgi lui rétorqua un peu vexé: -tant mieux si ça te fait rire mais moi je file au studio de danse pour travailler et qui sait, il ne m'en voudra pas trop en rentrant.
Fyora qui s'était calmée la regarda désarçonnée : " Là tu rêves… Mais je leur dirai où tu es. Attends toi quand même à te faire passer un savon.
Leena : merci ! Au fait, tu es son amie si je ne me trompe pas, alors essaye d'intervenir en ma faveur lui dit-elle en faisant une mimique comique.
Fyora : quelque chose me dit que je n'ai pas grande influence sur lui en ce moment lui rétorqua-t-elle froidement.
Leena :tant pis alors, je me sauve…A plus tard…j'espère que tu es là pour quelque temps car j'ai vraiment envie de te connaître mieux ; on pourrait être amie qui sait ?
Et elle quitta la pièce sans lui laisser le temps de répondre à ça.

Fyorentina était à la limite d'exploser de rage et frappa le clavier avec hargne. Cette fille la dépassait. Elle faisait tout pour être désagréable et Leena malgré tout restait elle-même, prête à être son amie. Et comment savait-elle que Georgi et… Elle se figea soudain alors que les paroles de Leena lui revenaient en mémoire : " tu es son amie si je ne me trompe pas ". Les larmes jaillirent de ses yeux au moment où elle se rendait compte que pour Georgi qui l'avait présenté comme sa sœur elle devenait une simple amie… Elle se leva avec brusquerie, ramassa ses affaires, et s'apprêta à quitter le bunker juste au moment où Largo, Joy, Simon et Georgi entraient. Largo, surpris se retrouva face à la jeune femme. Elle le poussa violemment et s'apprêtait à faire de même avec tous ceux qui se mettraient en travers de son chemin.
" Votre petite protégée est dans son studio ! "
Georgi la regardait avec stupeur : " Fyorentina ?… "
De se voir appeler de cette manière la brûla comme au fer rouge, et c'est la haine dans les yeux qu'elle répondit : " La prochaine fois, oublie moi ! Ca me fera des vacances ! "
Simon fit un signe discret à Joy et Largo et tous s'en furent laissant Georgi et Fyorentina seuls dans le Bunker. Georgi avait repoussé la jeune femme et claqué la porte derrière lui.
" Tu réagis comme une gamine jalouse… "
- Mais peut être que je le suis !
Georgi soupira, il ne lui manquait que cela.
" Fyorentina assieds toi. On doit parler. "
Etrangement elle lui obéit. C'était à moitié gagné.
" Je regrette, j'aurais dû t'en parler plus tôt. Leena représente plus qu'une simple mission. J'ai des sentiments pour elle. Et c'est le genre de chose qui te tombe dessus sans que tu puisses rien y faire. Je t'avoue, je suis un peu perdu, je ne sais pas comment réagir. Elle te connaît un peu parce que je lui ai parlé de toi. Mais je ne t'ai pas présenté comme je l'ai fait pour Largo et Simon… Je ne sais pas quoi te dire… Mais… j'aimerais juste que tu essaies de comprendre… s'il te plaît… Ca ne changera rien, tu sais cela n'est ce pas ? Nous resterons toujours proches… Nous avons partagé… "
- Ca va, arrête le baratin. Je ne suis pas stupide non plus. Je respecte ton choix, ok. Je te filerai un coup de main. Mais dès que tout ce bordel est fini, je me casse. Et définitivement. De toute façon l'Amérique, ça craint de trop.
Défait, Georgi regarda la jeune femme. En un instant, il avait vu ses yeux changer… La lumière qui y brillait s'était éteinte. Elle était redevenue la jeune fille qu'il avait connu 6 ans auparavant. Il la connaissait assez pour savoir ce que ça signifiait : elle tiendrait sa promesse puis disparaîtrait. Il n'était plus qu'un employeur… Pire que tout, elle avait repris sa manie de parler n'importe comment… et ça, ça signifiait qu'elle avait tellement mal qu'elle se cachait derrière un mur de fierté…
Elle avait posé son sac, allumé son écran.
Il ne se sentit pas la force de se battre. Il sentait qu'elle était très loin de lui. Largo, Joy et Simon entrèrent à ce moment.
" Fyorentina… ", commença Simon…
Elle ne leur accorda pas un regard. " On vous demande pardon, on vous a mal accueillie quand vous êtes arrivée pour nous aider… Enfin, je sais pas faire de grands discours…Mais tu fais partie de l'équipe… "
Pas de réaction. Joy haussa les épaules et Largo soupira. Simon avait vu les larmes perler aux coins des yeux de la jeune femme. Il essayait de se mettre à sa place et comprenait sa douleur.
" Fyo ? Ca va aller ? "
Le ton de la voix de Simon les surprit tous. Il avait l'air de savoir quelque chose que tous ignoraient. L'effet fut immédiat : " Simon, tu es un type bien tu sais ça ? Si j'avais eu un grand frère, j'aurais voulu qu'il te ressemble. " La sincérité dans la voix de la jeune femme l'émut profondément. Kerensky baissa la tête. Elle n'avait pas dit cela incidemment c'était destiné à quelqu'un qui l'avait blessé…
" Bon, dit Joy, c'est pas tout ça, mais il faudrait aller voir Leena. J'y vais, qui vient avec moi ? "
Personne ne répondit à sa proposition car tout le monde était secoué par la réaction de Fyorentina.
Joy se tourna vers Georgi avec un air interrogateur. Il savait qu'il avait trop de choses à régler ici et avait besoin de retrouver un peu son calme avant de se retrouver devant Leena.
Georgi : non vas-y sans moi, dis-lui que je la verrai plus tard à l'appartement.
Fyora ironique: parce qu'en plus vous vivez ensemble ! Remarque dans le genre protection rapprochée, on ne fait pas mieux !!!

Georgi la regarda très en colère cette fois. Il n'avait peut-être pas été très correct avec elle et le regrettait sincèrement. Mais là elle dépassait les bornes d'autant plus qu'ils n'étaient plus seuls et que ses trois amis avaient été choqués par sa réflexion.

Georgi glacial: Fyorentina ça suffit ! ton attitude est puérile et inadmissible. Sache, pour ta gouverne, que Leena est l'invitée de Largo et, qu'en tant que telle, elle occupe un appartement privé du groupe W. Pour des raisons, que je n'ai nullement envie de justifier devant toi et essentiellement liées à sa sécurité, je suis installé dans l'appartement communiquant avec le sien. C'est comme cela même si ça te déplait. De toute manière, ta réflexion est absolument déplacée!

Fyorentina retint la remarque acide qu'elle allait lui lancer. Il était vraiment furieux et de savoir que sa colère était dirigée contre elle la rendait trop malheureuse. En d'autres occasions elle se serait excusée, mais là il en était hors de question…

Le silence tomba dans le Bunker. Joy décida de monter au studio de danse.
Largo sentait que quelque chose leur avait échappé dans la relation de Georgi et de Fyora. Mais il aurait été bien incapable de dire quoi, avec précision. Cette fille l'avait toujours mis un peu mal à l'aise.
Quant à Simon il ressentait la douleur de Fyora. En grand sentimental, il se demandait comment une jeune femme superbe comme elle en était arrivée à être aussi dure. Il soupçonnait le fait que la vie ne lui ait certainement pas fait de cadeaux à elle non plus, mais ne savait pas quoi faire pour qu'elle se sente mieux avec eux. Ce qu'elle avait dit sur lui, l'avait profondément remué et lui faisait penser à sa petite sœur Vanessa. Fyo était si différente. Pourtant il voulait bien jouer les grands frères si elle le souhaitait, à défaut de jouer les chevaliers servants.

Chacun était retranché dans ses pensées et ils travaillaient en silence. Largo leur annonça qu'il devait voir Sullivan car il n'avait pu lire le message de son portable dont il oubliait régulièrement de recharger la batterie.
Fyora pensa que Sullivan avait dû essayer de le joindre à cause de l'opération de récupération qu'elle avait lancé et remerciait intérieurement Largo de son oubli et John de ne pas avoir insisté.

Elle aurait dû les prévenir, mais finalement, mieux valait attendre. Georgi était encore trop retourné, et les autres ne comprendraient pas. Le mieux était d'en parler à Giovanni. Il avait certainement eu le temps de rapatrier les documents. Et peut être même avait-il eu le temps de les étudier. L'idée de jouer les traîtres lui traversa l'esprit, et elle jeta un regard vers Georgi. Elle savait ce qui arrivait aux traîtres. Et le visage fermé de Georgi indiquait clairement qu'il la tuerait lui-même et sans faire de sentiments si elle jouait à ce petit jeu. Une autre idée germa dans son esprit lorsqu'elle repensa à Leena. Elle avait vraiment été dure avec elle. Elle devait leur montrer qu'elle était capable de faire du bon boulot, et surtout qu'elle n'avait besoin de personne… Elle en avait assez de s'accrocher aux gens… d'être déçue… Elle se leva et tous les regards convergèrent vers elle.
" Je voudrais vérifier un contact en ville… "
- tu veux parler de Giovanni ?, demanda sèchement Georgi.
- Il pourra nous aider.
- Je préfèrerais que tu ne le mêles pas à ça.
- Je ferai attention…promis, mais je dois le prévenir que je suis en ville.
Sans attendre d'autorisation, elle quitta la pièce.

Georgi la regarda partir. Il sentait que quelque chose avait changé, mais ne se sentait pas la force de réagir. Il préférait se concentrer sur le plus urgent : Leena.
Leena avait rejoint sa loge. Elle se sentait de nouveau complètement perturbé et le peu d'apaisement qu'elle avait trouvé dans sa rencontre avec Andreï Kamarevsky avait bel et bien disparu. Elle repensait à Fyorentina. Quelle fille étrange ! Elle semblait lui en vouloir personnellement et Leena ne comprenait pas son agressivité ou plutôt ne voulait pas comprendre…
Après avoir enfilé son justaucorps blanc et un pantalon large en toile noire elle se dirigea vers le studio. Trop tendue pour commencer directement son entraînement elle décida de commencer par une séance de tai chi.
Elle effectuait ses mouvements lents avec application depuis une bonne demie-heure quand Joy entra dans le studio.
Quand elle vit que Leena était en pleine séance de tai chi elle eut bien envie de la rejoindre en se disant qu'elle en aurait bien eu besoin elle aussi! Mais elle ne voulait pas troubler Leena.
Elle attendit patiemment qu'elle termine, ce qui fut le cas 20 minutes plus tard.
Joy s'approcha d'elle.

Joy : bonjour Leena.

Leena : bonjour Joy. Je n'ai pas la moindre envie de discuter de ma promenade de ce matin si c'est pour ça que tu es venue.
Décidément Leena ne changeait pas. Elle était toujours aussi têtue quand elle s'y mettait.
Joy sentit qu'il fallait qu'elle lâche du lest sur la question mais lui dit quand même :
Joy : il faudra bien que l'on reparle de tout à un moment ou un autre Leena et le plus tôt sera le mieux.
Leena : peut-être mais pas maintenant. J'aimerais continuer à travailler un peu.
Joy sentait que son amie était à saturation aussi acquiesça t-elle à sa demande.
Joy : ok mais tu sais que si tu as envie de me parler, je suis toujours ton amie.
Leena : oh Joy je sais ! mais là tu vois…
Joy : bien, bien ! au fait Georgi m'a chargé de te dire qu'il te verrait à l'appartement tout à l'heure
Leena soudain crispée: ah !
Joy : t'es sûre que tu ne veux rien me dire ?
Leena : que pourrais-je te dire que tu ne sais déjà ?
Joy : je ne sais pas moi…ce que tu penses de Georgi par exemple
Leena : que veux-tu entendre Joy ? que tout comme tu l'es de Largo, je suis amoureuse de Georgi. Et bien non ! je ne peux pas te dire cela pour la bonne raison que je ne sais pas. Pas plus que je ne connais ses sentiments à mon égard même si je le sens attaché à moi.
Joy : Attaché à toi ! tu plaisantes. Il donnerait sa vie pour toi.
Leena : et bien je ne veux pas de ça justement. Depuis hier il n'est question que de vie ou de mort et là tu vois c'est trop pour moi…
Joy : tu es injuste Leena des milliers de gens voudraient qu'on les aime comme ça !
Leena : Joy arrête de me faire la morale ! tout ce que je te dis c'est que j'ai besoin de temps. Tout va trop vite pour moi et je ne maîtrise plus rien. Je t'en prie comprends-moi.

Joy comprenait mais elle voulait tellement la voir heureuse et aussi étrange que ça puisse paraître et bien elle savait que Georgi était un homme pour Leena.
Elle décida de laisser travailler son amie et quitta l'étage.
Sur le chemin dont elle fit une partie à pied, Fyorentina ne cessait de repenser à sa dispute avec Georgi, et plus elle y pensait, plus elle se sentait malheureuse. Ce ne serait jamais arrivé, avant. Elle était très abattue lorsqu'elle arriva au restaurant italien, base de Giovanni. Tara et Mario furent très heureux de la voir, le vieux couple avait été si gentil avec elle autrefois, elle se sentit beaucoup mieux tout à coup… Ils la firent entrer dans le bureau de Giovanni qui sourit avec chaleur en la voyant.
" Ma princesse ! "
Il l'embrassa sur les deux joues et lui fit signe de s'asseoir dans un des fauteuils face au bureau. Suivant son habitude, il s'assit non pas derrière son bureau mais sur le fauteuil à côté d'elle. La pièce n'avait pas changé. Elle se souvint de sa première nuit, terrifiée, elle avait dormi dans le fauteuil, croyant naïvement qu'elle ne risquait rien.
Giovanni avait l'air très sérieux.
" L'opération s'est très bien passée, mais j'aimerais en savoir plus. "
- Je ne connais pas tous les détails, tout ce que je peux te dire c'est qu'ils appartiennent à une fille complètement paumée que Winch a décidé de défendre. En fait, elle a déjà été victime d'un attentat et visiblement ce ne sera pas le dernier tant que les documents seront en sa possession. Vu qu'ils ne le sont plus, elle n'intéresse personne à présent et elle sera tranquille. Enfin j'espère.
- C'est très possible en effet. Si ses agresseurs apprennent qu'elle n'a plus rien…
- En plus, il paraîtrait qu'elle ignore totalement de quelle nature sont ces documents, elle ne les a jamais vu. Elle est donc en théorie hors de danger.
- Fyorentina, je suis ton raisonnement, mais j'aimerais assez que tu en viennes au fait…
- Le concept est simple. Si les agresseurs de Leena se détournent d'elle et se tournent vers moi, on a une chance de les coincer !
- Attends… tu es en train de me dire que ton plan d'enfer c'est de prendre la place de Leena ?
Très froidement la jeune femme répondit : " Oui. "
- Tu es folle !
- Tu vois une autre solution ?
- Détruire ces putains de documents !
Devant la hargne de Giovanni, Fyorentina le regarda interloquée. L'italien se reprit et lui raconta : " Les types comme Artuy sont des fous qu'il vaut mieux éliminer. Ils inventent de merveilleuses sources d'énergie qui finissent toujours par tuer des innocents. Leurs inventions sont détournées soit disant et ils jouent les étonnés alors qu'ils savent exactement les conséquences possibles. Tu sais ma petite Fyo… je ne suis pas blanc comme neige, loin de là… et j'ai fait des choses horribles… et l'une d'elles, est d'avoir commandité le meurtre de Artuy quand j'ai su qu'il s'alliait à Winch… Je n'en suis pas fier, c'était un type bien, mais naïf et inconscient. Humainement il était merveilleux… Je regrette parfois, mais il est trop tard, ça ne le ramènera pas. "
Fyorentina cru qu'une bombe avait explosé à ses pieds. D'une voix blanche elle lui répondit : " Tu te rends compte… Tout le monde cherche l'assassin de son père…S'ils apprennent que c'est toi… "
- Ils ne l'apprendront jamais. Je suis trop malin pour me faire prendre. mais je ne veux pas que tu deviennes la prochaine cible…
- Ce serait l'occasion de te racheter pourtant…
Giovanni faiblit. Dans ses yeux se lisait l'hésitation, mais la tendresse qu'il avait pour Fyorentina prenait le dessus. Avec un pincement au cœur, Fyorentina nota que pour Georgi c'était l'inverse. Il ne faisait pas de sentiments.
" S'il te plaît Giovanni… Laisse moi terminer cette mission. Elle a encore plus d'importance à mes yeux à présent… "
Devant la voix suppliante de la jeune femme, l'italien ne résista pas.
" C'est d'accord, je lancerai l'information. Mais à condition que tu sois surveillée en permanence par des hommes à moi. Et… attends toi à une sévère engueulade de la part de Winch… "
Fyora sourit : " Je m'en sortirai déjà. Si tu me montrais ces documents que je voie un peu de quoi il en retourne ? "
Giovanni lui passa le dossier complet, mais il avait l'air plus vieux tout à coup. Il regarda la jeune femme intensément, et comprit qu'une fois encore, elle avait souffert, elle était raide, et trop sérieuse. Elle était déjà adulte alors que ses préoccupations auraient dû être le prochain concert de son groupe préféré, ou aller faire du shopping avec les amies qu'elle n'avait pas. Elle ne vivait pas, et il n'avait même pas été capable de lui offrir cela…
Près de deux heures plus tard, tout était terminé, le journal télévisé annoncerait la disparition des précieux documents de même que dans le milieu on saurait bientôt qui avait commandité le vol…

Part 5