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EFILER EXPLOSIF (1 ère et 2 ème parties) |
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Hall du groupe W.
L'agent de sécurité en faction n'en croyait pas ses yeux. La femme qui avançait avec grâce était tout simplement magnifique. Grande, mince, court vêtu, des cheveux blonds coiffés avec art, un visage de poupée. Elle lui fit un sourire enjôleur et il soupira. Son coéquipier lui donna un coup de coude : " Allons, ne rêve pas ! Toutes ces jolies filles sont là pour le défilé… " Il jeta un regard sur le programme. Largo Winch avait accepté de servir de mécène à un jeune couturier très prometteur et le défilé aurait lieu dans les locaux du groupe W à partir de 17h. Depuis le matin très tôt, les vigiles voyaient passer des célébrités du monde de la mode.
Bureau de Largo Winch.
John Sullivan se frottait les mains de satisfaction : " Franchement Largo, là je suis fier de vous. Vous venez de réaliser un coup de maître. Même Cardignac est impressionné. Récupérer ce jeune couturier… Mais dites-moi, comment avez-vous fait ? "
Le jeune multimilliardaire sourit et trempa ses lèvres dans le champagne : John, ça c'est mon petit secret… "
On toqua et Simon et Joy entrèrent. La jeune femme était habillée au goût du jour et John ainsi que Largo ne purent s'empêcher de porter leurs regards sur elle. Voyant cela, Simon jubila : " Tu vois, je te l'avais bien dit ! Tu ferais un excellent mannequin, je serais ton photographe attitré. "
Sous les regards amusés de John et Largo, il tournait autour de la jeune femme faisant mine de la prendre en photo. Elle fit mine de balayer l'appareil des mains de Simon et regarda d'un air atterré John et Largo qui riaient. John consulta sa montre : " Il est temps d'y aller. "
- Kerensky nous accompagne ?
- Non, répondit Joy, il préfère rester ici, il ne veut pas que le système électronique surchauffe.
- OK.
Largo fut accueilli comme un roi. Il avait en plus du défilé organisé un gigantesque repas et avait réservé un restaurant non loin du building. Tout le monde avait été convié à ce qui ressemblait à une grande fête. Il souhaitait en effet que tous conservent un souvenir mémorable de cette journée qui ouvrirait au groupe W les portes de la heute couture.
" Dommage que Kerensky ne soit pas là ", souffla Simon à Joy.
- Tu le connais, il a horreur des mondanités et ce restaurant est bien trop loin de ses chers ordinateurs…
Simon pouffa.
Les applaudissements interrompirent leur début de conversation et Simon se replongea dans l'étude du premier plat qui lui était servi. Le repas était grandiose, en fait, Simon n'avait jamais rien vu de tel, ni autant de jolies femmes rassemblées en un seul endroit. Largo évoluait dans ce milieu comme un poisson dans l'eau, et Simon ne put s'empêcher de couler un regard vers Joy. Elle suivait des yeux son patron et son visage restait impassible. Elle faisait son boulot. Les membres du conseil passaient de tables en tables et John affichait un sourire satisfait. Même Cardignac semblait vraiment heureux.
L'onde de choc de la déflagration fut si violente que tout fut secoué comme lors d'un tremblement de terre. Comme dans un rêve, Simon entendit les cris paniqués alors qu'il suivait Joy et Largo. Il les retrouvé pétrifiés, debout sur le trottoir qui regardaient en direction du building. Simon n'en crut pas ses yeux. Une épaisse fumée sortait du hall. Tout le rez de chaussée avait été soufflé par une explosion. En un clin d'œil les secours étaient arrivés. Simon et Joy virent Largo se précipiter vers le bâtiment. Il fut arrêté par des agents de police qui sécurisaient le périmètre. Lorsqu'il se fut présenté, il fut dirigé vers un officier supérieur qui déclara prendre l'affaire en main. Il ne faisait aucun doute pour lui qu'il s'agissait d'un attentat, et il expliqua le déroulement de la procédure à Largo. Dans un premier temps, il fallait évacuer tous les étages supérieurs pour se concentrer ensuite sur le lieu de l'explosion et les éventuels survivants à l'explosion. Mais très franchement, il doutait qu'il y aie encore des survivants. Il fallait savoir qu'une telle explosion supposait des kilos et des kilos d'explosifs et vous comprendrez monsieur Winch que nous ne nourrissons que peu d'espoirs de trouver des survivants. Bien sûr monsieur Winch était prié de rester à la disponiblité des enquêteurs, mais il pouvait rentrer chez lui.
Largo avait écouté tout le baratin du policier d'une oreille distraite. John Sullivan le rejoignit, livide.
" Le Conseil voudrait savoir quelle conduite adopter. "
Devant l'air étonné de Largo, il se justifia : " Le Conseil est dépassé. Cette situation est totalement nouvelle pour eux, ils s'en remettant entièrement à vous. Ils sont complètement dépassés. "
- Dites-leur de renvoyer tout le monde. Le défilé est annulé.
John semblait lui aussi résigné. Simon toussota.
" Excusez-moi, mais je ne crois pas que ce soit la meilleure idée… "
Les deux hommes le regardèrent : " Oui. Je crois que ceux qui ont fait ça souhaitent justement voir le défilé annulé. En mettant tout le monde à contribution, nous pouvons faire de la salle de restaurant une salle de défilé tout à fait acceptable… enfin je pense. Et Largo tu montreras à ces terroristes que tu ne cèderas jamais à leurs méthodes… "
Largo hésitait. Enfin il donna son accord. Aussitôt John courut annoncer la nouvelle au Conseil.
Georgi Kerensky ôta ses lunettes, les posa sur la table et s'étira. Il suivait l'installation de la salle grâce à ses caméras vidéos, mais surtout, il veillait à ce que chaque branchement soit opérationnel. Il n'aimait pas ce travail, mais préférait le faire lui-même pour plus de sûreté. Sur l'écran tous les voyants étaient vert. Tout se passait bien. Il pensa à Joy, Largo et Simon qui devaient s'en donner à cœur joie, surtout Simon qui n'avait certainement jamais vu un tel rassemblement de femmes. Il sourit à cette pensée et à la pensée de la pauvre Joy entourée de toutes ces rivales potentielles. Il se rendit soudain compte que quelque chose n'allait plus. Un des voyants venait de virer au rouge. Il se leva, prêt à aller voir ce dont il s'agissait lorsque la terre se mit à trembler. Mû par un réflexe il s'accroupit su le sol en attendant que la secousse passe. L'alarme générale s'était mise en marche et il ressentit l'urgence de quitter le bâtiment. Ses yeux se tournèrent presque malgré lui vers l'écran de contrôle. Il assista bouche-bée à l'explosion et, sous la violence du choc, fut projeté violemment au sol. Il entendit de sinistres craquements. Autour de lui tout s'effondrait.
" Oh non… "
Dans un ultime réflexe de survie, il se jeta sous la table. Les lumières explosèrent et le ciel lui tomba sur la tête.
Simon avait eu pour ordre de superviser les préparatifs du défilé. Il s'était exécuté sans broncher, et Joy le soupçonnait de faire cela uniquement pour se trouver une occupation. Elle n'avait, pour sa part, pas quitté Largo d'une semelle, elle avait l'impression d'être son ombre. Il avait répondu aux questions des enquêteurs, fourni des alibis, rassuré les membres du Conseil. Joy admirait son patron. Le vieux Winch était d'être aussi humain que son fils. Mais peut-être ç'avait été cela, le succès de sa réussite. Il n'avait jamais fait de sentiments. Comment l'aurait-il pu, alors qu'à l'égard de son fils il était aussi froid et distant. Largo avait réussi à se libérer et vint vers elle. Ils s'éloignèrent. Assis sur une borne incendie, Largo contemplait les dégâts. D'une voix atone, il fit part des dernières nouvelles à Joy.
" Tous les étages ont pu être évacués. Il n'y a pas de blessés. Ils se sont attaqué au rez-de-chaussée, et à l'étage inférieur. "
Joy tourna la tête.
" Ils ont retrouvé deux des vigiles. Ils pensent qu'il y aurait entre 5 et 10 morts. Et que personne n'aurait pu survivre après une telle explosion. D'après eux, le sol à dû s'effondrer. "
La garde du corps soupira. Largo distillait ses informations dans un seul but : lui faire comprendre qu'il n'y avait rien à espérer pour l'ex agent du KGB. Mais elle ne voulait pas avoir l'air de se résigner.
" On n'en sait rien, Largo. Nerio avait conçu le Bunker comme refuge au cas où… C'est mieux qu'un abri atomique… "
Largo la regarda, et elle faillit fondre devant le regard implorant qu'il lui lançait.
" Je t'en prie Joy… Je n'ai pas envie de me raccrocher à des espoirs vains. Je préfère me préparer au pire. "
Elle s'assit sur le trottoir et regarda droit devant elle. Elle ne voulait pas montrer à Largo ses sentiments, ni à son égard ni à ceux du russe. Il avait voulu prendre sa retraite. S'éloigner de la violence. Et il finissait victime d'un attentat.
Simon s'était dissimulé derrière un pilier de la salle de restaurant. Son front était creusé de rides. Il avait tout organisé mais dans son esprit était gravé le visage de Kerensky. Fou d'angoisse, il avait tenté de se renseigner auprès de secouristes. Ceux-ci ne lui avaient laissé aucun espoir. Il tenait son portable serré très fort, et fébrilement composa le numéro du bunker. Kerensky ouvrit le
" Le numéro que vous avez demandé n'est pas disponible pour le moment. Veuillez rapeler ultérieurement. "
il raccrocha et réfléchit très vite. Il composa le numéro du portable de Kerensky. Ca sonnait.
" Réponds, réponds, réponds… "
Le répondeur se mit en marche. Il raccrocha et recommença. Encore et encore. Et brusquement, il craqua. De grosses larmes roulèrent sur ses joues. Il cacha la tête dans ses mains, et sanglota. Il ne vit pas Largo et Joy qui s'approchaient. Il sentit une main sur son épaule, et, relevant la tête il vit Joy accroupie, l'air triste qui le regardait. Il entendit des applaudissements. Largo qui prenait la parole, le défilé commençait.
La nuit était tombée. Une à une les équipes de secours étaient parties. Ils avaient travaillé toute l'après midi et la soirée. Le bilan faisait état de 6 morts et aucun survivant. Ils n'avaient plus aucun espoir de retrouver des vivants.
Joy, Largo et Simon et Simon étaient debout et regardaient les hommes qui abandonnaient progressivement les recherches. Largo avait tenté en vain de les convaincre de rester. Ils ne voulaient ni ne pouvaient travailler de nuit. La promesse d'argent n'y changea rien. Largo frissonnait de colère. Tout le monde était parti. Le défilé avait été un succès total. Tous les médias parlaient de Largo Winch comme le digne successeur de son père. Mais Largo avait envie de vomir. Ce succès lui était odieux. Il avait fallu la mort de 6 personnes et peut être celle d'un ami pour qu'on le respecte enfin. Il était écœuré.
Son attention fut attirée par une ombre, non loin du building, qui visiblement avait passé outre, l'interdiction de franchir la zone de sécurité. Vêtue d'un long manteau noir, elle se frayait un chemin dans les décombres.
" Eh ! ", appela Largo.
La silhouette tressaillit et battit en retraite. D'un même mouvement, Largo, Joy et Simon coururent dans sa direction. Largo ne pouvait l'expliquer, mais il ressentait l'importance d'attraper cette personne. Etait-ce dans l'espoir de trouver un coupable ? De trouver qui avait eu assez d'inhumanité pour poser une bombe et avoir la mort d'êtres humains sur la conscience. Ou était-ce juste pour se libérer. Cette course effrénée lui faisait du bien. Joy et Simon étaient restés derrière lui, et il supposait qu'ils cherchaient un moyen de bloquer le coureur qui les devançait. Il piqua un sprint et réussit à atteindre la silhouette. Il tendit le bras, frappa l'épaule devant lui, et déséquilibrée, l'ombre s'effondra à terre. Essoufflée. Surpris, Largo la vit rester à genoux, les mains posées sur le sol et tenter de reprendre son souffle. Joy l'avait rejoint et criait : " Attention Largo, c'est peut être un piège ! "
Elle avait dégainé son revolver et Simon avait fait de même. Ils attendaient. Un peu intrigué, Largo ne savait que penser. Il en fut incapable lorsque la personne tourna la tête et qu'il vit le visage blafard de Fyorentina Van Wynckel sous la lumière du lampadaire, qui le regardait de ses yeux tristes.
Kerensky ouvrit les yeux. Il toussa. Il était allongé, où ? il l'ignorait. Il tâta autour de lui. Des gravats, des câbles électriques. Surpris, il essaya de se remémorer les événements qui l'avaient conduit dans cette situation. Impossible. Il avait trop mal à la tête pour cela. Il devait se contenter de sortir de là. Sortir, il était donc enfermé. Et pourquoi ne pouvait-il pas bouger ? Pourquoi n'y avait-il pas de lumière ? Son mal de crâne le reprit et il referma les yeux. Il se sentit vaguement sombrer et dans un demi-sommeil entendit la sonnerie de son téléphone portable. Il eut la force de le prendre et voulut décrocher. La terre trembla à nouveau, et le téléphone lui tomba des mains en même temps qu'un amas de terre et de gravats tombaient sur lui. La douleur le refit plonger dans son monde de ténèbres qui lui renvoyer la question qui lui brisait le crâne : qui ?
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Complètement abasourdis, les trois amis regardaient Fyora. De grosses larmes roulaient le long de ses joues. Largo ne savait pas quoi dire. Brusquement, elle se mit à parler : " Je ne veux pas le perdre, je ne veux pas qu'il meure ! "
Simon s'était précipité vers elle et le serrait très fort dans ses bras : " Je sais, je sais, Fyora. C'est dur pour tout le monde mais pour toi c'est différent, tu connais Georgi d'une autre manière… "
L'ambiguïté de la phrase de Simon n'échappa à personne, mais aucun d'entre eux ne releva. Fyora semblait si défaite que même Joy en fut bouleversée. Autant qu'elle était touchée par la tragédie, autant, elle avait appris à faire son deuil très vite, et Georgi avait beau être un ami, en plus d'un collègue, elle avait repris ses habitudes de garde du corps.
Ils retournèrent dans le périmètre de sécurité, traversèrent le hall dévasté. Fyorentina tremblait comme une feuille dans les bras de Simon et tout à coup elle poussa un grand cri : " Georgi !!!! "
Simon, Joy et Largo crurent d'abord à une crise de nerfs avant de la voir courir à un bout de la pièce. Fébrilement, elle s'était mise à dégager les gravats, très vite rejointe par Simon. Largo et Joy virent, sous les décombres, une main ensanglantée. Largo détourna les yeux tandis que Joy aidait Fyorentina et Simon. En un temps record ils eurent dégagé Georgi. Le russe avait les yeux ouverts, il avait visiblement tenté de se dégager du mieux qu'il pouvait, mais vaincu par l'épuisement, il avait abandonné, tout près du but. Ses ongles étaient brisés, ses mains pleines de sang, mais il ne semblait pas grièvement blessé. Joy avait déjà appelé l'ambulance. Fyorentina serrait l'ex-agent du KGB dans ses bras et lui parlait pour retenir son attention.
Simon sourit amèrement : " Bientôt, on pourra demander une carte de fidélité à l'hôpital, vous ne croyez pas ? "
Personne ne trouva la force de sourire ni même de répondre. Simon baissa le nez dans son gobelet. Sa voix était changée lorsqu'il reprit : " Vous savez, moi aussi je souffre, moi aussi je m'inquiète, mais je ne supporte pas de vous voir tous malheureux. Je n'y peux rien. Je préfère me forcer même si j'ai mal, mais je fais tout pour vous rendre la vie plus facile. Parfois j'aimerais reprendre ma vie d'autrefois. Tu avais raison Largo quand tu as voulu refuser l'héritage. Mais tu ne pouvais pas faire ça. Moi je regrette, mais je ne peux pas te laisser. Je n'ai rien. Tu es ma seule famille. Bien sûr il y a Vanessa. Mais elle est enfin heureuse… "
Joy regardait Simon complètement sous le choc. Jamais il n'avait parlé ainsi, enfin pas depuis qu'elle le connaissait. Largo, lui, avait saisi le message, il se leva, rejoignit Simon et lui donna une accolade sur l'épaule.
" Simon. Tu es le meilleur ami que quelqu'un puisse rêver avoir. "
Visiblement touché, le jeune homme sourit. Un médecin arriva et leur fit un petit signe de la main.
" Je rêve ou pour une fois un médecin est optimiste ? ", souffla Joy.
Le médecin les rassura presqu'immédiatement, leur annonçant que les blessures de Georgi étaient superficielles mais qu'il devrait se reposer, et surtout ne pas se surmener. Ils le gardaient en observation la nuit mais il pourrait sortir dès le lendemain. Fyorentina exigea de le voir, et fut introduite auprès de lui. Quelque chose dans le regard de Georgi l'inquiéta lorsqu'elle entra dans la chambre. Il avait l'air absent, comme ailleurs. Le choc peut être ?
" Salut Georgi. Je suppose que tu ne t'attendais pas vraiment à me voir… "
Il la regardait fixement. Sans comprendre. C'est le choc, elle essayait de se rassurer.
" Tu sais, Largo, Simon, Joy et moi étions très inquiets… "
" Largo ? Simon ? Joy ? ", répéta t-il.
Un frisson parcourut la jeune femme, il était vraiment secoué. Et elle n'aimait pas cela. Elle voulait que le Georgi qu'elle connaissait revienne vite. Très vite si possible.
" Oui, tu sais tu nous as fait peur, mais je savais que tu survivrais à l'explosion ! "
- L'explosion ? Quelle explosion ? "
Fyora s'interrompit ne sachant pas si elle devait lui expliquer ou non.
" Le rez-de-chaussée du building a été soufflé par une explosion. Un attentat. "
Elle avait parlé prudemment, attendant une réaction qui ne vint pas. Il fronçait les sourcils.
" C'est normal que tu ne te souviennes pas, Georgi, tu étais dans le Bunker. "
- Le Bunker ?
Ah qu'il était agaçant à tout répéter.
Il sembla la voir pour la première fois : " Mais mademoiselle, vous êtes de la police ? "
Sous le choc, elle tomba assise sur une chaise.
" Georgi…dis moi que c'est une blague… C'est moi Fyorentina ! Tu te souviens ? "
L'air malheureux, il la regarda, faisant un effort. Enfin, il secoua la tête.
" Non. Je ne sais pas, plus. "
Cette fois très inquiète, elle se remit debout et s'approcha de lui : " Dis moi ton nom. "
Quelques gouttes de sueur perlèrent à son front.
" … "
- Pour qui travailles-tu ?
- …
- Quel jour sommes nous ?
- …
- Où habites-tu ?
- …
" Oh, non, pas ça… ", songea t-elle.
Elle s'assit sur le bord du lit et serra le russe dans ses bras.
" Je m'appelle Fyorentina Kerensky, je suis ta sœur. Ta petite sœur. Je vis en Belgique, je suis venue parce que tu étais dans un bâtiment qui a explosé. Tu as survécu. Tu t'appelles Georgi Kerensky, tu es russe. Et je vais te sortir de là. Mais tu dois me promettre de ne parler à personne. De ne rien dire. Personne ne doit savoir que tu ne te souviens de rien. Promets. "
Il fit oui de la tête. Et ferma les yeux.
Lorsqu'elle fut sûre qu'il dormait, elle quitta la chambre et rejoignit Largo et les autres.
" Comment va t-il ? "
Elle se força à sourire.
" Bien, un eu secoué, et très fatigué, il s'est endormi. "
- Bon, demain j'enverrai la limousine le chercher. En attendant nous ferions mieux d'aller à l'hôtel. Tu nous accompagnes ?
Largo la regardait, souriant. Elle secoua la tête.
" Non, Gio vient me chercher. A demain. "
Elle tourna les talons et quitta le service. Elle monta dans la voiture noire qui l'attendait devant la porte et aussitôt celle-ci démarra.
Dans l'appartement de Georgi, elle réfléchit. Elle devait faire très vite. Avant que quiconque se doute de quelque chose. Elle avait demandé à un des hommes de Gio de réserver l'avion. Elle prit un sac de voyage et jeta les affaires de Georgi à l'intérieur. Elle prit le strict minimum. Là où ils allaient, il pourrait refaire sa vie. Une joie sauvage au fond du cœur elle songea à la chance que lui donnait le destin. Une chance qu'elle ne laisserait pas s'échapper.
" Tu ne trouves pas qu'elle était bizarre ? "
- Qui ?, demanda Largo.
- Fyo, répondit Simon.
- Elle s'inquiète pour Georgi, c'est normal, continua Joy.
Ils étaient tous les trois dans le petit salon de la suite que Largo avait loué pour la nuit.
" Je sais pas, je la trouve changée… "
- Tu sais, la dernière fois que Georgi et elle se sont vus, ils n'étaient pas en très bons termes.
Simon resta silencieux.
" J'ai parfois l'impression que tu en sais plus sur ces deux là que tu ne veux le dire. ", sourit Joy.
Simon ne répondit pas.
Très tôt le matin.
Fyorentina, un peu angoissée était venue chercher Georgi. Elle avait prévenu l'infirmière dans la nuit. Les papiers étaient prêts, et elle put emmener Georgi sans problèmes. Ses yeux avaient la même fixité que la veille, et rien qu'en le voyant, Fyora compris qu'il n'avait pas encore recouvrer la mémoire. La voiture démarra sur les chapeaux de roues, direction l'aéroport. La jeune femme, assis à côté de Georgi était relativement inquiète. Elle craignait que son complot soit découvert et déjoué par Largo. Elle s'en voulait un peu de lui faire ça, mais pour une fois, elle avait le sentiment de faire quelque chose de bon. Elle regarda Georgi. Il regardait par la fenêtre, et ne semblait pas être présent. Comme s'il vivait dans un autre monde. Elle prit sa main, et le voyant sans réaction, elle se mit à douter. Il était trop tard pour reculer. Trop tard.
Lorsque Largo, Joy et Simon arrivèrent dans le service, une infirmière vint les prévenir que Georgi n'était plus là. Elle leur apprit que la jeune femme qui les accompagnait était venu le chercher très tôt dans la matinée. Le médecin vint les retrouver et dut affronter la colère de Largo :
" Qu'est ce que ça veut dire ! Jamais il n'aurait fait ça de son plein gré ! "
- Mademoiselle Van Wynckel ne vous l'a pas dit ?
- Dit quoi ?
- Monsieur Kerensky pouvait sortir de l'hôpital à la seule condition qu'il soit pris en charge.
- Pris en charge ?
- Il a subi des dommages au cerveau, monsieur Winch. Il est non seulement amnésique, mais…
- Mais quoi ?
- Il perd progressivement conscience de la réalité.
Largo avait changé de couleur : " Vous pourriez être plus clair ? "
Le médecin soupira. " Votre ami a été enterré vivant, il a subi un grave traumatisme que le scanner et l'irm n'ont révélé que cette nuit. Je suis désolé. "
Dans la voiture, Largo ne desserra pas les dents. Ni Joy, ni Simon n'avaient le courage de lui parler. Ils étaient aussi abattus que lui. Le jeune multi milliardaire parla enfin :
" Je ne comprendrai jamais cette fille. Ca me dépasse. "
- Moi ce qui m'inquiète, continua Joy, c'est que Giovanni n'a aucune idée de l'endroit où elle se trouve.
- Ouais, dit Simon, sauf que ce type ment comme il respire.
- Pas cette fois, dit Largo, il s'inquiète autant que nous. Tu as vu comme il est devenu blanc ? Et il nous a proposé son aide !
- Qu'est ce qu'on fait alors ?
Largo haussa les épaules.
Aéroport de New York.
La jeune femme accompagnée de Georgi se dirigea vers le comptoir d'enregistrement et présenta deux billets pour Londres ainsi que deux passeports. L'employée sourit en voyant le couple. Ils allaient très bien ensemble. Et semblaient très attachés l'un à l'autre. L'homme ne quittait pas sa femme des yeux.
" Madelyne et Roderick Usher, c'est bien cela ? "
- Oui.
- Très bien, vous pouvez y aller. Porte A.
Georgi était resté sans réaction durant toute la transaction. Entendait-il seulement les mots qu'elle prononçait ? Le cœur battant elle l'entraîna vers la salle d'embarquement. Encore quelques instants et Largo Winch ne pourrait plus rien. Ni lui, ni personne.
Simon se mordait les lèvres d'angoisse. Joy et Largo avaient remarqué son trouble, mais chacun respectait sa décision de ne rien dire. Ils voyaient bien que cela lui faisait mal.
" Si j'étais elle où irai-je ? " réfléchit Largo à haute voix.
- Loin. Répondit Simon.
- L'aéroport !, s'écrièrent-ils en cœur.
- Ouais, soupira Simon, mais l'aéroport est grand. Et je vous rappelle que le seul à pouvoir nous aider à retrouver Fyorentina est actuellement avec elle.
Aussitôt leur enthousiasme retomba. Largo contacta Giovanni qui leur avoua avoir déjà entamé des recherches en ce sens. Mais ses hommes étant tout autant fidèles à Fyora, aucun ne voulait la trahir. Même les menaces n'y avaient rien changé.
Ils se rendirent à l'aéroport, et tentèrent de les retrouver, sans succès. Simon s'était accoudé à une balustrade et regardait les avions décoller.
Fyorentina et Georgi devenus Madelyne et Roderick embarquèrent dans l'avion qui devait les mener à leur nouvelle vie. Fyora ne regrettait plus rien. Rien n'était venu entraver leur départ, signe positif pour elle. Georgi était assis, les yeux dans le vague dans le fauteuil. Elle avait essayé de lui parler, sans succès. Il ne répondait pas. Lorsque l'avion décolla, elle lui serra la main très fort, sans se douter que Simon était témoin impuissant. Lorsque Joy, Largo et Simon déclarèrent forfait, l'avion avait déjà décollé depuis longtemps. Ils retournèrent au building, participer au dernières recherches, le cœur lourd, et la tête pleine de questions sans réponses.
La chute de la maison...
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