L A CHUTE DE LA MAISON... (1 ère partie)
 




Note de l'auteur: Pour une meilleure compréhension, se référer à la nouvelle d'Edgar Allan Poe, La Chute de la Maison Usher à laquelle j'ai fait de très nombreux emprunts.

A Edgar Allan Poe, Mon compagnon et maître de plume.


Le Bunker
Assis autour de la table, Largo, Joy et Simon attendaient, quoi?
Joy explosa la première: " Quelqu'un peut-il m'expliquer? Cette fille est complètement givrée!!! "
Simon secoua la tête. " Non, je crois qu'elle est déphasée, c'est tout. "
- Déphasée? Comment cela? demanda Largo.
Simon soupira: " Elle est juste très éprouvée. Elle ne sait plus où elle en est et je crois qu'elle essaie de faire revivre le passé. "
" Euh, Simon, tu pourrais être plus clair? Je ne te suis pas là... "
Joy et Largo regardaient, inquiets, Simon qui faisait preuve d'une gravité peu commune.
" Ecoutez, je ne peux pas vous en dire plus, mais je vous en prie, pour une fois, faites moi confiance, laissez lui le temps. On a qu'à considérer que Georgi est en vacances... "
- Mais tu délires!! s'énerva Joy, c'est quoi ces histoires? Georgi a été enlevé!
Simon ne savait pas quoi dire ou faire. Joy et Largo ne comprenaient pas. Lui, si. Pour la première fois, il se sentit un étranger devant Largo, et d'une voix triste lui dit : " Tu sais Largo, tu réagis vraiment comme un mec plein aux as. Tout t'appartient. Mais non. Ça ne fonctionne pas comme ça. Georgi n'est pas un objet. C'est un être humain. S'il est parti avec Fyora, c'est qu'il a ses raisons.
Largo encaissa le coup : " Simon, tu sembles oublier un détail. Il n'est pas lui-même. Tu as entendu ce qu'ont dit les médecins. Il est amnésique. La Commission aurait pu venir le chercher, il n'aurait rien dit. Il a besoin de soins et c'est pour ça que nous devons le retrouver. "
- Parce que tu crois Fyorentina incapable de veiller sur lui ?
Largo soupira, Joy répondit pour lui : Simon, cette fille est imprévisible et dangereuse. Elle est capable du pire. "
Pas sur Georgi, pensa Simon en lui-même. Du pire sur n'importe qui d'autre mais pas sur lui. Ensembles ils sont en sécurité.
Simon se leva : " Bon, faites ce que vous voulez, mais sans moi. "
Il partit en claquant la porte laissant Joy et Largo désorientés.
" C'est dingue, soupira Largo, nous n'avons même plus besoin de la Commission pour nous diviser. "
- Je crois que Simon en sait beaucoup plus sur Fyorentina qu'il ne veut l'admettre. Si seulement je savais…
Joy était perdue dans ses pensées. Elle regardait distraitement les ordinateurs. Brusquement, elle en alluma un et commença à ouvrir des fichiers.
Intrigué, Largo la regarda faire : " Tu m'expliques ? "
- depuis que je connais Georgi, lui répondit-elle, il a toujours fait des recherches sur ceux qui l'entouraient. Tout le monde est passé au peigne fin. Ca m'étonnerait qu'il aie fait une exception pour Fyorentina. Tiens, la preuve.
Largo regarda l'écran. Effectivement, il y avait un dossier nommé " Fyorentina ". Quelle ne fut pas leur déconvenue en découvrant qu'il était vide…
" Bon sang, comment allons-nous la retrouver… "
Simon était retourné dans son appartement et tournait en rond. Il ne savait pas quelle conduite adopter et commençait à douter. L'inaction lui pesait. Il essayait de se mettre à la place de Fyorentina, mais il devait admettre que la jeune femme était tellement imprévisible, comme le disait si bien Joy, qu'il ne savait pas ce qu'elle aurait pu faire. En désespoir de cause, il résolut de se rendre à l'appartement de Georgi.
L'appartement était sombre et meublé de manière fonctionnelle. Il n'y avait que le strict minimum, et pourtant, Simon s'y sentit à l'aise. Comme il le constata, quelqu'un semblait être passé récemment. Fyorentina sans doute. Il continua son exploration et fut surpris de trouver plusieurs cadres photos. Sur le premier qu'il tint en main, se trouvaient Fyorentina et Georgi enlacés. La photo datait avait sans doute quelques années. Ils souriaient devant l'objectif et Simon fut frappé par leur ressemblance entre les deux. Venait ensuite un portrait de Leena Artuy. Georgi n'en parlait jamais, mais cette photo témoignait de l'attachement qu'il avait pour elle. Elle avait un charme fou, et sur cette photo en noir et blanc, elle semblait adresser un message à celui qui la regardait. La photo suivant était jaunie par les ans, et l'homme avait le même regard que Georgi. Son père sans doute. Simon fut bouleversé par le cadre qu'il prit en dernier. C'était une photo de groupe. Joy, Largo et lui. Simon se demanda comment le russe avait pu se la procurer. Il reposa le cadre et poursuivit son exploration.

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Pendant toute une journée d'automne, journée fuligineuse, sombre et muette, où les nuages pesaient lourds et bas dans le ciel, j'avais traversé seul et à cheval une étendue de pays singulièrement lugubre, et enfin, comme les Ombres du soir approchaient, je me trouvai en vue de la mélancolique Maison Usher.
Fyorentina Van Winckel, alias Madelyne Uscher descendit du taxi, le cœur battant. Devant elle se trouvait la maison qu'elle avait passé des années à chercher. Elle remit son admiration à plus tard et aida le chauffeur à sortir les valises du coffre. Ensuite elle fit descendre Georgi dont l'état ne s'était toujours pas amélioré. Il resta planté sur le trottoir, regardant autour de lui, l'air hébété. Le chauffeur fut payé et il fila sans attendre. Fyorentina soupira de soulagement. Elle ouvrit son sac, en sortit un livre et lut un passage à haute voix. Georgi se tourna vers elle, émerveillé et l'écouta avec recueillement :
Je regardais le tableau placé devant moi, et, rien qu'à voir la maison et la perspective caractéristique de ce domaine, - les murs qui avaient froid - les fenêtres semblables à des yeux distraits, - quelques bouquets de joncs vigoureux, - quelques troncs d'arbres blancs et dépéris, - j'éprouvais cet entier affaissement d'âme, qui, parmi les sensations terrestres, ne peut se mieux comparer qu'à l'arrière-rêverie du mangeur d'opium.
Je secouai de mon esprit ce qui ne pouvait être qu'un rêve, et j'examinai avec plus d'attention l'aspect réel du bâtiment. Son caractère dominant semblait être celui d'une excessive antiquité. La décoloration produite par les siècles était grande. De menues fongosités recouvraient toute la face extérieure et la tapissaient, à partir du toit, comme une fine étoffe curieusement brodée. Mais tout cela n'impliquait aucune détérioration extraordinaire. Aucune partie de la maçonnerie n'était tombée, et il semblait qu'il y eût une contradiction étrange entre la consistance générale intacte de toutes ses parties et l'état particulier des pierres émiettées, qui me rappelaient complètement la spécieuse intégrité de ces vieilles boiseries qu'on a laissées longtemps pourrir dans quelque cave oubliée, loin du souffle de l'air extérieur. A part cet indice d'un vaste délabrement, l'édifice ne donnait aucun symptôme de fragilité. Peut être l'œil d'un observateur minutieux aurait-il découvert une fissure à peine visible, qui, partant du toit de la façade, se frayait une route en zigzag à travers le mur et allait se perdre dans les eaux funestes de l'étang.

Sa lecture terminée, Fyorentina regarda vers la maison. Elle semblait les appeler. Georgi souriait.

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Simon avait trouvé un carton, au fond d'une armoire dont le contenu le remplit de surprise. Il avait toujours considéré Georgi comme un homme ultra sophistiqué, et le carton semblait réfuter cette thèse. Il était plein de photos, de lettres, de coupures de journaux… Simon renversa le tout sur le sol, et tria. Il allait de surprises en surprises… découvrant une partie de l'histoire familiale de Georgi, sa quête désespérée… La tragédie de son père, la trahison de sa mère. La consultation de ces documents le laissa dans un état second. Il sortit son portable et composa le numéro de Largo.
" Largo, c'est Simon. Je vais vous filer un coup de main. Prépare le jet, je vous rejoins, on part à Bruxelles. "
Largo raccrocha, très surpris. Devant l'air interrogateur de Joy il haussa les épaules : " C'était Simon. On doit se préparer. On fait une virée en Europe. Ne me demande pas pourquoi, j'ai dans l'idée qu'il veut retrouver Georgi. "
Le sourire énigmatique de Joy l'amusa : " Simon a toujours des intuitions plutôt étranges. Mais ok, va pour un voyage. Mais si c'est une ruse, il me le paiera. "
- Mais non !
Largo entoura les épaules de Joy et l'entraîna vers la porte. D'abord étonnée, elle lui sourit : " dis donc… "
Pour toute réponse il lui adressa un clin d'œil ravageur qui la fit rire.
Comme promis, Simon les rejoignit dans le jet. Il paraissait très excité et inquiet. Sans leur laisser le temps de parler il attaqua :
" Je crois qu'il faut aller chez Fyora. Georgi et elle ont un truc en commun, il faut absolument que je vérifie. C'est pas des cracks, je vous jure. "
- Ah ouais ? fit Joy d'un ton moqueur.
- Oh ça va einh. Je veux bien vous en dire plus, mais euh, ça risque de vous paraître un peu…
- Aller, accouche ! de toute façon, on a l'habitude avec toi ! sourit Largo, qui même s'il ne voulait pas l'admettre, était ravi du revirement de Simon.
- Bon, alors… Je crois que Georgi et Fyora ont quelque chose en commun.
- Ca tu l'as déjà dit !
- Joy ! Si tu m'interromps tout le temps je n'y arriverai jamais…
- Ok, ok…
- Donc, Georgi avait entamé des recherches généalogiques, du genre très poussées.
Joy ricana et Largo lui donna un coup de coude.
" Bref, j'ai découvert que Georgi et Fyorentina avaient un ancêtre commun. Enfin, je suis arrivé à cette conclusion… Ils seraient les descendants d'Edgar Allan Poe… "


La chute de la maison... une autre histoire