A FFAIRES DE FAMILLE
 




Note de l'auteur: Cet épisode fait appel à des éléments ou personnages présents dans "Résurrection du point de vue de..." et "Who wants to live forever". Pour une meilleure compréhension, on s'y rapportera. Largo Winch, Joy Arden, Simon et Vanessa Ovronnaz, Georgi Kerensky, John Sullivan et les membres du conseil sont la propriété des créateurs et auteurs de Largo Winch.


Irish Pub 21h
Vanessa en était à sa troisième bière lorsqu'elle vit son frère arriver. Un sourire illumina immédiatement son
visage. Elle se leva et l'embrassa avec chaleur. Un peu surpris, Simon Ovronnaz toussota. Il ne voulait pas ternir sa réputation de tombeur juste à cause d'un malentendu. Vanessa était redevenue sérieuse.
-        Simon, je dois te parler de quelque chose. Tu te souviens de la femme que j'ai retrouvé et qui… Le jeune homme l'interrompit : " Si c'est pour remuer de vieux souvenirs, laisse tomber. "
-        C'était vraiment notre mère. La bouche ouverte, Simon la regarda. " Oui, j'ai supplié John et Kerensky de ne rien te dire, mais aujourd'hui je dois t'en parler. " Médusé, Simon n'avait pas la force de lui répondre.
-        J'ai retrouvé une lettre qu'elle avait cachée chez moi, continua Vanessa. Elle y explique que la Commission l'avait retrouvée et voulait se servir d'elle pour faire pression sur toi. Elle a refusé, et pour ne pas nous mettre en danger, elle a… elle s'est suicidée. Les yeux fixés sur son verre, Vanessa reprit son souffle.
-        Ce n'est pas tout Simon. Elle m'a laissé autre chose. La Commission a un service de recherches. Ils tentent de retrouver les membres disparus d'une famille. Ça leur permet d'avoir un moyen de pression. Et sur la liste, il y a la mère de Largo et la sœur de Kerensky.
-        La sœur de Kerensky ?? Simon n'en revenait pas. Il allait de surprises en surprises.
-        Attends, tu vas trop vite. Notre mère… Vanessa soupira : " On a tout monté avec John, toute la mise en scène du meurtre mais je t'assure… "
-        Non, ça ne colle pas. Et tu oublies un détail, Kerensky nous a présenté sa sœur donc tes infos sont fausses.
Exaspérée, Vanessa sortit un dossier de son sac. " Tiens, les infos ont moins d'un mois ! Et ton Kerensky, depuis quand est-il en contact avec sa "sœur" ? "
-        Six ans au moins… Simon découvrait les papiers et il se sentait complètement perdu…
-        Vanessa… qui te dit que nous ne sommes pas victimes d'un coup monté ?
-        Personne. Mais tu n'as qu'à demander à ton copain russe, il te dira si les infos sont vraies ou non.
-        Mais, et la mère de Largo ? Vanessa fit la moue : on m'a piqué le dossier. Je l'ai trouvé le matin et l'après-midi, il avait disparu. Je sais, tout ça c'est bizarre, mais moi, je ne veux plus m'en occuper. Je ne
veux plus d'ennuis. Je veux avoir une vie rangée, heureuse… Débrouille-toi. Et si tu veux plus de précisions, demande à John Sullivan. Elle se leva et, avant qu'il ait eu le temps de réagir, était sortie du pub. Il resta assis à la table, le dossier devant les yeux, à se demander quoi faire.
Le Bunker 7h30
Kerensky, les yeux encore ensommeillés, ouvrit la porte du Bunker. Lumières, mise sous tension de tous
les ordinateurs, extinction de la sécurité. Il n'avait rien oublié. Il accrocha son manteau, lança la cafetière, alla à son PC et s'immobilisa brusquement. Il se frotta les yeux, non, il ne rêvait pas. Il refit le tour de
la pièce. Rien. Personne n'avait pénétré par effraction. Il retourna à la table. Posé bien en évidence se trouvait un dossier blanc sur lequel était inscrit en noir : SNEJANA KERENSKY. Il ouvrit la chemise et sortit un à un
les feuilles. Extrait de naissance, photos… il avait devant les yeux la vie de sa sœur. Lui qui s'était toujours cru fils unique avait découvert que sa mère avait eu une fille. Elle prétendait que le père était son défunt mari. Elle
avait joué les Céline Dion avant l'heure et avait accouché à Moscou. Georgi avait bien compris, la carrière de sa mère, déjà compromise par le suicide se son mari avait subi bien des revers, et la pauvre enfant n'était
qu'un prétexte pour se faire remarquer. D'après les papier qu'il avait sous les yeux, Snejana avait passé sa jeunesse aux Etats-Unis avant d'être placée en pension en Suisse. Le jour de ses 13 ans, elle s'était enfuie pour
ne pas retourner vivre avec sa mère. Le rapport de la police suivait sa trace jusqu'à Bruxelles. Elle n'avait jamais été retrouvée et ne s'était jamais manifestée. Le rapport qu'il avait sous les yeux faisait état d'une
piste à Gand sept ans auparavant. L'adresse était fausse et la piste avait été abandonnée. Georgi contempla longuement les photos, puis alluma son PC. Joy et Simon arrivèrent à ce moment, et devant le regard soucieux de Kerensky, se jetèrent un regard complice.
-        Ça va Georgi ?
-        Pas vraiment.
-        Tu veux un café ?
-        …
Simon déposa d'autorité une tasse à côté du russe et s'assit à ses côtés.
-        C'est moi qui te l'ai déposé, dit-il en montrant le dossier.
Vanessa me l'a donné. Elle prétend que c'est la femme qui a fini dans le
ravin qui lui a confié. Elle dit aussi que c'est un coup de la Commission pour faire pression. A ton avis ?
-        Comment veux-tu que j'aie un avis objectif sur la question ? Il n'y avait aucune agressivité dans sa voix,
juste une pointe de résignation.
-        Georgi, j'ai perdu ma mère à cause d'eux. On doit sauver ta sœur. Elle doit bien être quelque part !
-        Simon…
-        Allez, on va en Belgique à sa dernière adresse connue.
-        C'était il y a plus de sept ans !
-        Et après ? Largo est déjà dans le jet !
Gand
    Largo regardait les façades de maison. La rue Sainte-Catherine était un drôle de mélange architectural. Les
demeures du 17ème y côtoyaient des maisons fraîchement bâties. Kerensky était touché par le geste de ses amis, Largo avait été emballé par l'aventure, et même Joy avait l'air ravie d'être là. Enfin, ravie n'était pas le terme exact, plutôt heureuse de quitter la vie trépidante de New-York. Simon était déjà à la porte et la femme qui leur ouvrit les regarda d'un air méfiant.
-        Goeden dag ! Hoe makt U het ?  nous cherchons une personne qui a vécu ici. Nous travaillons pour une chaîne américaine… Surpris par tant d'aplomb de la part de Simon, Kerensky n'osa pas intervenir. Comme il le craignait, la propriétaire ignorait ce qu'était devenue sa jeune locataire, tout ce qu'elle put leur dire, c'est qua la jeune femme se faisait appeler Sarah Brewsky et fréquentait un café, De Rotonde, Kortrijksesteenweg. Ils s'en furent, déçus, mais déterminés. Au café, la patronne leur apprit que la jeune femme avait fréquenté le café assidûment et qu'elle y avait même travaillé pendant près d'un an. Puis elle avait trouvé un travail mieux payé dans un entrepôt des quais. Elle ne l'avait plus revu depuis et ne savait pas ce qu'elle était devenue. En
sortant du café, ils étaient retournés à la case départ. Largo avait l'air songeur : " Kerensky, Fyorentina… elle travaillait bien dans un entrepôt ? Les dates concorderaient… je sais, ça paraît fou
mais… " Georgi secoua la tête : Non Largo, même en rêvant, Fyora et moi ne sommes pas apparentés. Je l'ai rencontrée chez ses parents après la première affaire avec Klaus… "
-        Mais peut-être qu'elle pourrait nous aider ? proposa Joy.
-        Ça, c'est une bonne idée, s'enthousiasma Simon pour donner le change. Elle connaît la Belgique mieux que nous ! Tu nous guides, Georgi ? Le russe les conduisit à travers un dédale de rues et sa mémoire força l'admiration de Largo. Enfin, ils arrivèrent devant une jolie villa, malheureusement très fréquentée. Des voitures de police étaient garées, des policiers en uniforme étaient sur le pas de la porte. Le petit groupe se concerta du regard et se dirigea vers un homme vêtu en costume qui donnait des ordres à des policiers sur le trottoir. En les voyant arriver, il fronça les sourcils.
-        Bonjour, je suis Largo Winch, je viens voir Fyorentina Van Wynckel. Le policier le jaugea du regard. " Vous tombez on ne peut plus mal, monsieur et madame Van Wynckel ont été assassinés. On vient de retrouver leurs corps. Vous ne leur connaissiez pas d'ennemis par hasard ? "
-        J'avoue que nous avions plus de contacts avec leur fille…
-        Oui, Fyorentina, un sacré drôle d'oiseau. Elle a appelé la police et s'est envolée. J'aimerais assez la retrouver. Largo l'assura de sa collaboration, et l'Intel Unit retourna au jet. Kerensky était silencieux. L'inquiétude se lisait sur son visage. Il n'avait rien dit en partie parce qu'il ne maîtrisait ni le flamand, ni le français assez bien pour espérer glaner quelques renseignements. Il connaissait suffisamment Fyorentina pour savoir qu'elle était capable de se venger, même si pour cela, elle devait faire exploser la moitié de la planète.
-        Nous sommes encore moins avancés qu'au départ, soupira Joy. D'abord, on se retrouve à chercher la sœur de Kerensky, et maintenant, on cherche celle qu'il a fait passer pour telle…
-        Pour Fyorentina, c'est différent, elle nous a bien aidée…, répondit Simon, par contre, je n'ai pas compris pourquoi tu l'as fait passer pour ta sœur, Georgi…
-        Je ne le sais pas moi-même, j'avais peur de votre réaction à son égard, c'est la première chose qui m'est venue à l'esprit.
-        Bon, trêve de bavardage, qu'est-ce qu'on fait ?
-        On pourrait peut-être essayer de l'appeler sur son portable ? suggéra Kerensky. Tous le regardèrent avec des yeux ronds, complètement soufflés. Georgi fit le numéro et comme il s'y attendait, la jeune femme répondit presqu'aussitôt.
-        Allô ?
-        Fyo, c'est moi, Georgi.
-        Ah Georgi. T'es au courant ?
Kerensky sourit. Impossible de la surprendre.
-        Oui, tu es sur une piste ?
-        Nan, il y  a plus grave. C'étaient pas mes parents. Cette nouvelle surprit Georgi.
-        Je ne te l'ai jamais dit, mais j'ai été adoptée, mon père était mort et ma mère arrivait pas à me faire vivre. Elle m'a confiée aux Van Wynckel avant de se suicider. J'avais quoi, cinq ans ? Bref. J'ai appris qu'en fait, j'avais encore un oncle quelque part, alors je vais le chercher et ensuite, j'aviserai.
-        Fyora…
-        Ecoute. Si tu veux tout savoir, ça craint pour moi. J'ai comme dans l'idée que certaines personnes ne sont pas super contentes que j'aie liquidé Klaus, et ils ont l'intention de me le faire payer, alors évite de m'approcher, je ne veux pas te perdre.
-        Mais…
-        Je t'aime Georgi. La communication fut interrompue. Largo, Simon et Joy attendaient que Georgi leur dise de quoi il en retournait mais ce dernier semblait assez secoué. Enfin, il se souvient de leur existence : " C'est un règlement de compte d'après Fyorentina, mais je n'en suis pas si sûr… "
-        Et pour elle, on fait quoi ? demanda Simon. Georgi soupira : " Rien. Elle est en lieu
sûr. "
-        OK. Donc, on s'intéresse au double meurtre en priorité, si je t'ai bien suivi ? sourit Largo Kerensky acquiesça et joignant le geste à la parole, il brancha son portable et commença ses recherches.
-        OK, dit Largo. Joy et Simon, voyez ce que vous pouvez trouver du côté des enquêteurs, moi, je reste ici. On fait un point disons dans deux heures.
-        Amusez-vous bien ! lança Simon.
    Restés seuls, Largo et Georgi se regardèrent. " Georgi, tu crois que… "
-        Fyora a été adoptée. Elle n'a rien à voir avec ces gens, mais quelque chose me dit qu'il y  a un lien quelque part. Que je m'emploie à trouver.
-        Donc, tu laisses tomber Snejana ?
-        Non… enfin, si. J'ai parfois l'impression d'être ce type là dans votre série TV dont la sœur a été kidnappée par des extra-terrestres. Dès que je me rapproche d'elle, elle s'éloigne… Alors je continue d'avancer, comme je le fais à présent. Tu comprends ?
-        Oui, Georgi. Moi aussi, j'essayais d'avancer… pour retrouver mon père… sauf que dans mon cas, son éloignement était volontaire. Alors que toi… Qui sait, peut-être te recherche-t-elle aussi ? Kerensky eut l'air peiné : " Tu sais, Largo, je ne lui simplifie pas la tâche. " Largo Winch lui donna une tape sur l'épaule. " Ne t'en fais pas. On la retrouvera. Pour le moment, on s'occupe des Van Wynckel. "
    Joy et Simon étaient en vue de la maison. " Bon, Joy, une idée ? " demanda malicieusement Simon.
-        Pas évident… Pourquoi tu n'irais pas faire la causette à la belle plante là-bas sur le trottoir ? dit-elle sur le même ton en désignant une jeune policewoman.
-        OK.
-        Moi, je vais me renseigner chez les commerçants. Simon quitta le véhicule et Joy le regarda se
diriger d'un pas nonchalant vers la jeune femme. En souriant, elle se dit que le jeune homme était un tel Don Juan et pourtant, il était toujours célibataire… Un peu plus tard, ils se retrouvèrent et firent lepoint : les Van Wynckel avaient été tués par balles, chacun dans une pièce différente de la maison. D'après les témoignages recueillis, ils apprirent que le couple s'entendait plutôt mal. Joy et Simon avaient de nombreuses informations similaires et décidèrent de retourner au jet.
    En arrivant au jet, ils trouvèrent Largo profondément endormi dans un fauteuil et Kerensky qui imprimait des documents. " Eh ben ! Notre patron a l'air débordé !, plaisanta Simon en secouant Largo qui se réveilla.
-        Alors ? Comment s'est passée votre promenade ? demanda t-il pendant que Joy et Simon s'asseyaient.
-        Bof, on a pas découvert des masses tu sais… Les Van Wynckel ne s'entendaient pas bien et d'après les rumeurs, monsieur souhaitait le divorce.
-        Les enquêteurs privilégient la thèse du meurtre passionnel, déclara Simon, fier de ses sources.
-        D'après les voisins, Fyorentina a filé de la maison juste avant le drame. Et elle avait l'air très pressée…
Simon se tourna vers Georgi : " Et toi, qu'es-tu découvert ? "
-        Eh bien,  j'ai à peu près réuni toutes les informations disponibles. Monsieur Van Wynckel était avocat et avait pignon sur rue jusqu'à ce qu'il fasse des placements douteux. A partir de ce moment, il semble que ses affaires aient chutées au point qu'il ait envisagé de se reconvertir… Madame ne travaillait pas mais était du genre mondaine, ce qui n'était pas du goût de monsieur dont la situation peu reluisante attirait les commérages.
D'autant qu'elle le trompait allègrement avec un jeune mannequin, et tenez-vous bien, elle avait entamé une procédure de divorce. Le problème c'est que les Van Wynckel avaient contracté une assurance-vie assez
confortable, et que la bénéficiaire était pour celle de monsieur, Fyorentina, alors que madame avait modifié le bénéficiaire initial, à présent c'est ce mannequin qui récupère tout.
-        Ce qui fait que les deux suspects principaux sont Fyorentina et ce gars…, dit Joy.
-        Oui… Joy se leva : " Bon, je propose que nous allions rendre une petite visite à ce garçon. " Tout le monde suivit. Georgi avait trouvé le nom et l'adresse dudit mannequin. Il vivait dans un appartement chic de l'Orban Laan, financé par les bonnes grâces de madame Van Wynckel.
    L'appartement était situé sur une grande artère en dehors du centre ville, non loin de la bibliothèque. En arrivant devant la porte, Simon fit preuve de ses talents de serrurier. Ils n'avaient pas envie d'attirer l'attention de l'homme en sonnant et en révélant le but de leur visite. " Il habite au 7ème étage "
remarqua Georgi. En sortant de l'ascenseur, ils notèrent que l'étage ne comportait que deux appartements et qu'il serait impossible au mannequin de fuir étant donné que le palier était ridiculement petit et que les escaliers
de secours étaient placés à côté de l'ascenseur. Georgi toqua, une voix nasillarde lui répondit :
" C'est pour quoi ? " Simon parla en français : " C'est la voisine, vous pourriez m'aider ? " Devant le regard étonné des autres, il leur montra la sonnerie de ladite voisine : Annabelle Dupuis. " Plus français que ça tu meurs… " souffla t-il en riant. Sa ruse fonctionna à merveille, la porte s'entr'ouvrit, et Joy le bouscula violemment et l'immobilisa contre le mur. Largo, Simon et Georgi entrèrent à leur tour et refermèrent la porte derrière eux. " Je ne sais rien, je le jure !!! " hurla le jeune homme. Joy le relâcha. Il avait l'air très effrayé. Il
était encore jeune la vingtaine, des cheveux court décolorés et vêtu d'un seul peignoir. " Tu as l'air au contraire de savoir quelque chose, sinon pourquoi réagir ainsi ? ", lui dit Joy.
-        …
-        Allons, dit Simon d'un air mauvais, ce serait plus simple de parler, tu ne crois pas ?
-        Mais je vous jure…
-        Bon Georgi, tu veux bien le faire parler ? Le jeune regarda l'homme blond s'approcher de lui avec frayeur.
" Non…non… je vais tout vous dire… "
-        Voilà une bonne idée, dit Simon qui alla s'installer dans le canapé du salon. Les autres le rejoignirent. Le jeune mannequin avait l'air très inquiet. " Ils m'ont demandé de semer la zizanie dansle couple. Je devais draguer madame Van Wynckel… Ca a marché, elle est vraiment tombée amoureuse de moi et elle m'a nommé bénéficiaire. Ca ce n'était pas prévu, tous les soupçons devaient retomber sur leur fille… Maintenant, je suis moi aussi sur la liste et j'ai décidé de balancer ce sale type. "
-        Quel type, demanda Largo qui avait peine à suivre le discours du mannequin.
-        Celui qui m'a payé pour ce sale job…
-        Tu as son nom ?
Le jeune homme ouvrit la bouche, mais aucun son n'en sortit. Du sang venait de gicler de sa tête. Il s'effondra alors que Joy et Georgi couraient vers le porte vitrée d'où était parti le coup de feu. Sur le balcon, une silhouette vêtue de noir courait vers la rambarde. Le temps pour Joy et Georgi d'arriver, et la silhouette s'était élancée dans le vide. Elle descendait en rappel plusieurs étages. Joy sortit son arme et tira. Largo n'avaient pas attendu et s'étaient précipité à l'ascenseur qui s'avéra être bloqué. Ils descendirent quatre à quatre les escaliers et arrivèrent sur le trottoir où se bousculaient déjà quelque badauds. Au loin une sirène annonçait l'arrivée de la police. Au centre du groupe de curieux gisait la silhouette désarticulée. Quelqu'un lui avait ôté son masque et Simon reconnut une employée de sa sœur. Joy et Georgi arrivèrent et firent signe à Largo et Simon de les rejoindre. " Mieux vaut ne pas trop traîner dans le coin. On a ce qu'on veut. "
-        Vous pourriez être légèrement plus précis ? demanda Simon.
-        La corde a cassé, répondit Georgi d'un ton froid.
-        Elle a cassé ou tu l'as aidée ? voulu savoir Simon. Il rencontra les yeux de glace du russe : " Tu veux vraiment le savoir ? "
           Dans le jet, Largo leur fit part de ses doutes. " J'ai un peu peur pour Fyorentina. Je ne
vois pas comment elle pourrait s'en tirer, tous les soupçons pèsent sur elle, nous n'avons aucun moyen de prouver le contraire… " Joy toussota : " Quand la fille est tombée,
nous n'avons pas traîné et nous avons fouillé rapidement dans la pièce. Dans le bureau du gamin nous avons trouvé des cassettes. Je me demande si ça ne pourrait pas nous aider à innocenter Fyorentina. "
Georgi brancha le magnétophone devant Simon, admiratif : " Décidément tu as tout sur toi… "
-        On ne sait jamais, mieux vaut être bien préparé ! Il lança les cassettes. Sur la première se trouvait les conversations du mannequin avec son agent, sur une autres ses conversations privées. " C'est dingue, murmura Largo, ce gars a enregistré toute sa vie, pourquoi ? "
-        Pour avoir un moyen de pression ? suggéra Simon.
-        Chut, les interrompit Joy. La cassette avait défilé et ils entendirent la conversation que leur avait rapporté le jeune homme. Toute l'affaire était là, étalée à leurs oreilles. Georgi avait bondi sur son portable et enregistrait toute la conversation qu'il retranscrit en données. Il lança ensuite une recherche sur les bases de données vocales. Les autres le regardaient travailler et n'osaient pas l'interrompre. Ils attendirent patiemment, et à aucun moment il ne relâcha son attention. Puis soudain : " Ca y est… Je sais qui c'est. " Il n'avait pas l'air ravi. Simon, Joy et Largo vinrent se placer derrière lui, il cliqua sur le fichier qui s'ouvrit sur le dossier personnel de monsieur Van Wynckel. " Oh mon dieu ", s'exclama Joy. " La reconnaissance vocale donne un résultat de fiabilité de 97% ; c'est lui. " Simon était perdu. " Ce type aurait voulu faire croire que sa fille était responsable d'un meurtre ? Mais attendez…je ne comprends pas… "
-        C'est clair au contraire… dit Joy, j'ai déjà vu ce genre de situations ; il est acculé, il sait que sa femme le trompe, et sa fille adoptive a l'intention de retrouver sa vraie famille. Il y a de quoi péter un plomb. Il tue sa femme infidèle, se suicide et fait porter le chapeau à sa fille qui devrait passer le reste de ses jours en prison. Ca se tient comme scénario.
-        Sauf que madame Van Wynckel tombe vraiment amoureuse du mannequin et le nomme bénéficiaire… Que vient faire notre grimpeuse là-dedans ? continua Largo.
-        Je pense qu'elle a dû piquer le dossier qu'avait Vanessa. Vu qu'elle travaillait chez elle. Mais pourquoi descendre le jeune ?, dit Simon. Georgi intervint pour la première fois : " peut être pour brouiller les pistes… " Largo n'était pas convaincu. " J'avoue ça me dépasse. Mais la question la plus importante est de savoir ce que nous faisons maintenant. "
-        Le mieux serait de nous rendre avec les cassettes à la police. Nous aviserons ensuite. Joy avait l'air sûre d'elle.
    Effectivement, la police privilégiait la piste du suicide et lorsque l'Intel Unit leur apporta la preuve qui leur manquait, les policiers ne furent pas longs à classer l'affaire. Assis à la terrasse d'un café où ils sirotaient une Chouffe les quatre s'interrogeaient : " vous ne trouvez pas leur empressement à étouffer l'affaire étrange ? " demanda Simon.
-        Oui, lui répondit Joy, moi ce qui me dérange c'est l'assassinat du mannequin. La police a conclu à un règlement de compte entre dealers, mais je n'arrive pas à y croire, la coïncidence est trop grande. Je crois qu'il en savait plus.
-        Et toi Georgi, qu'en penses tu ?
-        Moi ? Rien. J'espère juste que Fyorentina n'est pas trop malheureuse et que Snejana où qu'elle soit est en sécurité… Personne ne répondit mais Simon et Largo d'un même geste levèrent leur chope en guise de porte bonheur. Ils connaissaient trop bien l'inquiétude pour un proche disparu…

FIN